Vie professionnelle

Association de la bourse de commerce de Strasbourg

Antoine Wuchner succède à Jean-Laurent Herrmann à la présidence

Publié le 02/06/2022

L’association de la bourse de commerce de Strasbourg, qui rassemble des acteurs du marché des céréales, a organisé sa traditionnelle journée des grains vendredi 6 mai à Strasbourg. L’occasion pour les différents maillons de parler business, bilan, perspectives, enjeux. Et cette année, d’entériner la succession entre Jean-Laurent Herrmann et Antoine Wuchner à la présidence de l’association.

L’association de la bourse de commerce de Strasbourg est une institution discrète, mais efficace. Elle regroupe des acteurs de la filière céréalière rhénane, ses adhérents venant aussi bien de France que d’Allemagne, de Suisse, du Luxembourg, de Belgique, ou encore des Pays-Bas. Ce sont des producteurs de semences et de produits phytosanitaires, des organismes stockeurs, des courtiers, des transporteurs, des transformateurs… « La bourse de commerce est une structure nous permettant de travailler sur des sujets transversaux, afin d’adopter des positions communes pour défendre les revenus de chaque maillon de la chaîne », indique le nouveau président Antoine Wuchner. Responsable d’Eurépi et de la filière houblon au Comptoir agricole, il a indiqué vouloir créer des groupes de travail pour capitaliser sur « l’intelligence et la volonté » des membres de l’association afin « d’apporter des réponses concrètes » aux thématiques qui seront portées par ces groupes de travail. Elles restent à affiner mais il sera question de compétitivité, de contraintes environnementales (lire encadré), de logistique, de nouvelles filières, sans oublier la loi Egalim 2… Egalim 2 : la filière céréalière amère La filière céréalière est particulièrement impactée par la loi Egalim 2. David Dutruch, courtier au sein de la société alsacienne Bloch & Rehs, spécialisée dans le courtage de céréales dans le bassin rhénan, explique en quoi la loi Egalim 2, telle qu’elle est écrite actuellement, est préjudiciable à sa profession. « Nous sommes des intermédiaires de commerce, indépendants des deux parties. Notre rôle est notamment de rapprocher l’offre des organismes stockeurs, négoces privés et coopératives agricoles ; de la demande des meuniers, semouliers, amidonniers, éthanoliers, fabricants d’aliments du bétail… », présente-t-il. 80 % des flux générés par l’activité de Bloch & Rehs transite en péniche sur le Rhin, dans un marché concurrentiel. David Dutruch replace son activité dans une perspective historique : « Avant d’être dématérialisées, les bourses de commerce étaient des lieux d’échanges physiques entre acheteurs et vendeurs. Leur dématérialisation s’est traduite par une plus grande visibilité des marchés. Aujourd’hui, tout le monde peut suivre comment les prix évoluent sur les marchés à terme, en fonction de l’offre et de la demande. Cela contribue à la grande volatilité des marchés des matières premières, dont les mouvements figurent parmi les plus compliqués à comprendre, car ils sont régis par de très nombreuses variables explicatives : la météo, les taux de change, la géopolitique … « Nous évoluons dans un monde de risques. Aussi des outils ont été mis en place pour transférer les risques. Quand nous établissons un contrat, nous spécifions pour quel produit, quelle quantité, quelle est la période d’exécution, nous fixons des conditions de paiement, un prix… Tout est noté, acté dans les contrats et, s’ils sont signés par les deux parties, c’est qu’ils conviennent à tout le monde. La loi Egalim 2 vient se greffer sur ce système, et dit qu’on peut revenir sur un prix qui avait été acté. Ce qui revient à dire que le contrat ne vaut rien », décrit David Dutruch. Il ne remet pas en question l’utilité de la loi dans d’autres filières, qui pâtissent de relations inégales avec la grande distribution. « Il y a eu des abus, et il faut agir pour mieux encadrer certaines pratiques, comme la vente à perte. Mais il y a le Code du commerce, des lois qui encadrent les relations commerciales et, dans la filière céréalière, des outils et des stratégies de gestion des risques qui existent et qui fonctionnent, comme des assurances, qui couvrent les risques de hausse et de baisse des prix. » Aussi, pour le courtier, dans la filière céréalière, la loi Egalim 2 « ne sert à rien ». Pire, « elle est néfaste car elle casse les contrats et les rapports de confiance en disant qu’il est possible de revenir en arrière ». La profession s’est donc adaptée, notamment en faisant des contrats pour des périodes d’exécution de trois mois au lieu de six, pour ne pas qu’un prix qui avait été acté puisse être révisé. Mais les courtiers français doivent expliquer cette spécificité française à leurs partenaires étrangers, ce qui complique les échanges. « Nous faisons tout pour ne pas perdre nos clients », indique David Dutruch, qui remarque, que la loi est « compliquée à mettre en place, et présente notamment de nombreuses zones d’ambiguïtés ».

Syndicat betteravier d’Alsace

Un dossier chasse l’autre

Publié le 02/06/2022

Défendre les moyens de production et le revenu des betteraviers constitue les missions de la CGB Alsace. Il y a des victoires, mais encore de nombreux combats à mener. Le syndicat reste donc mobilisé pour défendre les intérêts des planteurs, qu’ils aient les moyens de protéger leurs cultures contre la jaunisse de la betterave, mais aussi qu’ils puissent faire face à la flambée du coût des engrais et de l’énergie.

« Je suis serein et rassuré quant à l’avenir. Cette année, nous aurons certainement des betteraves payées à 35 €/t, donc pourquoi pas 40 €/t l’année prochaine ? » a lancé Franck Sander, président du Syndicat betteravier d’Alsace et de la Confédération générale des planteurs de betteraves, pour faire la transition entre l’assemblée générale de la section d’Erstein de Cristal Union et celle du syndicat. « Durant la campagne 2021, la betterave a repris des couleurs », s’est félicité Joseph Behr, directeur du syndicat. À 89,4 t/ha de betterave à 16, le rendement se situe au-dessus du rendement moyen des cinq dernières années, et place la section d’Erstein en deuxième position après l’Aube sur le podium de la productivité. Particulièrement humide, la campagne 2021 s’est traduite par « des économies de tours d’eau » mais aussi une tare terre assez élevée, liée à des sols humides, des durées de stockage au champ courtes, qui n’ont pas permis aux silos de toujours suffisamment ressuyer. La campagne a été riche de quelques rebondissements pour le syndicat, entre l’épisode de gel, qui a donné droit à des indemnisations, l’évolution de la réglementation sur les néonicotinoïdes, avec l’interdiction de semer du maïs après des betteraves protégées avec des NNI, ce qui constitue un handicap certain en Alsace. « Heureusement, il est possible d’implanter du soja », rappelle Joseph Behr. Il a espéré que les planteurs aient rapidement accès aux variétés rendues tolérantes à des herbicides, car elles doivent permettre de réduire le recours aux produits phytosanitaires, donc les IFT, donc de lever un point de blocage pour l’accès à la certification HVE de certains agriculteurs. Joseph Behr a également évoqué la mise en œuvre des écorégimes à partir de 2023 : « Le syndicalisme a obtenu que la betterave fasse l’objet d’un bloc à part entière et ne soit pas noyée dans les cultures de printemps. Ainsi, avoir 10 % de betteraves dans son assolement permettra de gagner des points. » Autre sujet qui occupe le syndicat : la refonte de l’assurance climatique. À partir de 2023, la gestion des risques reposera sur plusieurs niveaux, dont « des outils d’épargne de précaution qui permettront de lisser la fiscalité tout en constituant une épargne ; une Caisse activable en cas de coup dur… » Jaunisse, charges : la vigilance s’impose Pierre Raye, directeur de la CGB, a souligné que la filière contribue à conforter deux souverainetés « alimentaire et énergétique ». S’il estime que « les fondamentaux sont solides pour aller chercher une valorisation renforcée de la betterave », il constate aussi que l’envolée du coût des engrais va constituer un enjeu majeur. « Leur surcoût est estimé à 7 €/t, sous réserve de disponibilité », indique-t-il. Des mesures sont prises, comme « une cellule de suivi et de sécurisation au niveau du ministère de l’Agriculture ». En outre, des « négociations bilatérales engrais contre grains sont engagées entre un certain nombre de pays », rapporte-t-il. Sur le dossier des néonicotinoïdes, qu’il qualifie de « sprint de fond », il indique : « La deuxième année de dérogation a été difficile à obtenir en raison de pressions interministérielles fortes. » Réjouissance en demi-teinte pour cette campagne : « L’arrivée des pucerons s’est faite conformément aux modèles, ce qui prouve qu’ils sont pertinents. » Alors que deux tiers des betteraves ne sont plus protégées par des néonicotinoïdes en Alsace, « il faut être très vigilant », a indiqué Franck Sander. « L’épidémie de Covid-19 a commencé à reposer la question de la souveraineté alimentaire. Puis la guerre en Ukraine a remis le sujet au centre des débats. Mais, entre les deux crises, les consommateurs avaient oublié leurs craintes. Cela montre qu’il faut faire en sorte que ces sujets restent sur la table même hors temps de crise », a-t-il averti. Autre constat : le marché du bio fléchit, la vente directe aussi. « Cela montre qu’il y a d’autres modèles, territoriaux, comme ceux des filières betteravières et céréalières, qui sont aussi souhaitables et durables que ceux qui nous ont été vendus comme des solutions supérieures, et qui ont été subventionnés », analyse Franck Sander. Qui considère : « Il va falloir produire. Pour assurer la stabilité des pays d’Afrique du Nord. Pour piéger du carbone dans de la biomasse. » Cela passera notamment par le progrès génétique, dont les nouvelles techniques de sélection NBT (New Breeding Techniques). Il a mis en garde contre un possible effet ciseaux si les prix des denrées agricoles venaient à s’écrouler alors que les charges resteraient élevées. « Cela pourrait être fatal à certaines exploitations. »

Cristal Union

Tout va mieux mais…

Publié le 02/06/2022

L’assemblée générale de Cristal Union s’est déroulée dans un meilleur contexte que les années précédentes. Les cours du sucre sont en hausse, ce qui permet à la sucrerie d’affirmer que le prix de 28 €/t de betterave annoncé pour la future campagne sera forcément dépassé. La cercosporiose est désormais maîtrisée, la lutte contre la jaunisse sans néonicotinoïdes avance à grands pas… Pourtant, la campagne de recrutement de nouveaux betteraviers pour alimenter l’usine d’Erstein n’a pas donné les résultats escomptés.

Dans le bassin de production d’Erstein, la campagne betteravière 2021 s’est soldée par une production de 89,4 t/ha de betterave à 16°S (expression du rendement qui prend en compte la richesse en sucre des betteraves), ce qui place l’Alsace parmi les régions les plus productives de France. Une bonne performance que Gérard Lorber, président de la section d’Erstein de Cristal Union, relie à des conditions météorologiques favorables à la culture, la bonne maîtrise de la cercosporiose, et la faible pression en pucerons vecteurs de la jaunisse de la betterave, alors que 55 % des betteraves n’étaient pas protégées par des néonicotinoïdes (NNI). Le principal accident de parcours a été l’épisode de gel au printemps, qui a entraîné 200 ha de resemis. La rémunération des betteraves s’est élevée à 29 €/t, toutes primes confondues. Une embellie qui n’a pas suffi à séduire autant de nouveaux betteraviers qu’escompté. En effet, la campagne de prospection pour trouver 2 000 ha de betteraves supplémentaires s’est soldée par une déception. 700 agriculteurs ont été contactés, 121 ont été rencontrés, mais seuls 27 ont rejoint les rangs de la coopérative : huit dans le Bas-Rhin, six dans le Haut-Rhin, douze en Moselle, et un Allemagne, avec 260 ha en tout. « Ce travail devra se poursuivre pour faire adhérer les indécis, car il y a encore du potentiel », commente Gérard Lorber, pour qui les prix actuellement élevés des céréales peuvent expliquer la frilosité des agriculteurs alsaciens à se (re) lancer dans la culture de la betterave. « Nous sommes confiants » Bruno Labilloy, directeur agricole de Cristal Union, a pris son bâton de pèlerin pour défendre la betterave. En effet, si certains combats - fin des quotas, cercosporiose - sont désormais gagnés, d’autres restent à mener, comme la lutte contre la jaunisse sans NNI. Mais la recherche avance : « Des combinaisons de solutions sont testées dans des fermes pilotes. La principale réponse viendra sans doute de la génétique. Nous sommes confiants ». Autre atout majeur de la betterave, ses coproduits, dont la valorisation constitue « un élément de résilience de la filière ». En effet, les minéraux prélevés au sol par la betterave sont recyclés dans les écumes, les pulpes, la vinasse, et retournent au sol via l’élevage, la méthanisation. La filière betteravière est très structurée. Ainsi, les chantiers de récoltes sont organisés via une application dédiée. « Actuellement nous testons le transport par camions de 48 t afin de réduire le nombre de voyages », indique Bruno Labilloy qui termine son plaidoyer par l’adaptation de betterave au changement climatique. « Il va y avoir un impact sur les dates de semis, qui seront plus précoces, ce qui va se traduire par une durée de végétation plus longue, donc plus de temps pour faire du sucre. Il y aura aussi plus de jours chauds et secs en été, mais grâce à l’irrigation et au progrès génétique, la betterave a de l’avenir. » Des propos appuyés par Gérard Lorber, qui évoque aussi la mise au point de variétés rendues tolérantes à des herbicides, qui pourraient faciliter le désherbage. Et l’importance d’avoir des assolements diversifiés en Alsace pour la Pac, mais aussi pour lutter contre la chrysomèle des racines du maïs. Olivier de Bohan, président de Cristal Union, enfonce le clou : « Les semenciers sont en train d’élaborer des solutions pour lutter contre la jaunisse, réduire les besoins en intrants et en eau, afin de stabiliser les rendements. Ces nouvelles variétés qui arrivent sont source d’espoir ». La rémunération progresse À 29,37 €/t en 2021, la rémunération de la betterave progresse de 4 €/t par rapport à 2020. Et elle aurait pu être encore plus élevée si des planteurs de Cristal Union n’avaient pas dû détruire des parcelles traitées avec un herbicide défectueux. « Ça a été un préjudice industriel important puisque nous avons perdu l’équivalent de la production d’Erstein, soit autant de sucre dont le fruit de la vente ne figure pas dans nos comptes à un moment où le marché est ascendant », indique Olivier de Bohan. Des discussions sont en cours avec la société Adama pour réparer le préjudice subi. Le fruit de ces négociations devrait être obtenu pour la campagne en cours. « Donc si aujourd’hui nous annonçons un prix de la betterave à 28 €/t pour 2022, c’est que nous sommes prudents. Ce sera plus, forcément », annonce-t-il. Certes le prix de la betterave augmente. Mais « quand je vois celui des céréales, ça ne me fait pas rêver », pointe Julien Koegler, membre du conseil de section d’Esrtein, qui s’interroge : « Est-ce qu’on ne se trompe pas d’objectif en s’attaquant aux surfaces ? Est-ce qu’il ne serait pas plus efficace de proposer un prix qui fasse que les surfaces augmentent ? » Un argument entendu, mais nuancé, par Olivier de Bohan : « Des betteraves à 60 €/t, on en rêve tous. Mais il faut de la surface pour écraser les charges fixes et variables. » Bruno Labilloy reconnaît de son côté que l’amélioration du prix de la betterave doit se poursuivre, car les coûts de production, notamment des engrais, augmentent en parallèle. Défis actuels et à venir « Cristal Union génère 23 000 emplois et 1,60 milliard d’euros de PIB en France », souligne Xavier Astolfi, directeur général de la coopérative, avant de détailler les défis que la coopérative va devoir relever : « La crise géopolitique que nous traversons révèle la fragilité de l’Europe quant à son approvisionnement énergétique. C’est un sujet qui nous préoccupe au quotidien. Avec deux priorités : sécuriser nos approvisionnements en énergie, et nous faire reconnaître comme secteur prioritaire pour l’approvisionnement en énergie. » La guerre en Ukraine fragilise aussi la souveraineté alimentaire européenne. « Les crises entraînent parfois des prises de conscience salutaires. Désormais, plus personne ne remet en question la nécessité d’assurer la souveraineté alimentaire et énergétique de l’Europe. Les agriculteurs et les industriels apparaissent donc comme des solutions », déclare Olivier de Bohan. C’est pourquoi Cristal Union s’oppose à la décroissance : « Nous sommes capables de transformer la betterave en préservant l’environnement », affirme Xavier Astolfi, qui rappelle la transition énergétique des usines, les investissements pour leur décarbonation, pour généraliser la méthanisation des effluents… Quant à Olivier de Bohan, il fustige les ambitions « hors sols » de la stratégie Farm to Fork. Pour lui, elle reviendrait à « annihiler la puissance agricole de l’Europe pour un résultat environnemental illusoire. » S’il estime que l’autorisation de mise en culture des jachères va dans le bon sens, il souhaite que cette mesure soit inscrite dans le temps. « Nous avons une obligation morale de produire. Il n’est pas possible d’accepter que par dogmatisme, certains peuples risquent la famine, a-t-il lancé, rappelant que la souveraineté alimentaire se joue d’abord dans les champs. » Le contexte actuel génère de nouveaux défis pour la coopérative. Xavier Astolfi pointe « la hausse des besoins en bioéthanol, et la baisse de consommation des produits carnés, ce qui signifie moins de débouchés pour les coproduits de l’industrie sucrière ». « Nous avons la capacité de relever ces défis », a assuré Olivier de Bohan. Hommages Cette assemblée générale a été l’occasion de rendre hommage à deux acteurs de la cause betteravière. Antoine Herth, d’une part, qui a décidé de ne pas briguer de nouveau mandat de député. Il a rappelé avoir accompagné la sucrerie d’Erstein lors de la fin des quotas sucriers et lors de son « mariage » avec Cristal Union. « J’ai travaillé avec les pères de ceux qui sont aujourd’hui aux manettes, signe que l’heure de passer le relais est venue. Mais je vais continuer à cultiver des betteraves », a-t-il indiqué. D’autre part, Georges Burger, administrateur à la sucrerie depuis 26 ans, démissionne. Il est remplacé par Thomas Friess, en cours d’installation à Rohr.

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