Vie professionnelle

L’EARL Solanacea, à Breitenheim-Mussig

La porte ouverte va faire un tabac

Publié le 26/08/2022

Étienne et son père Rémy ouvrent les portes de leur ferme, située presque en face du Gaec Losser, où se dérouleront les épreuves de la finale départementale de labour du Bas-Rhin. Leur exploitation était la plus grande de France à être spécialisée dans la culture du tabac, dans les années 2000.

Les visiteurs seront frappés par la délicieuse odeur de tabac chaud, lorsqu’ils pénétreront dans le hangar des Losser, à Breitenheim-Mussig. La variété Virginie, que cultivent exclusivement Étienne et son père Rémy, est séchée, en vrac, dans des fours, d’où exhalent les parfums de la plante, de la famille des solanacées. « Nous sommes, ici, sur l’exploitation familiale, transmise par mon grand-père paternel, Eugène. De mes aïeux maternels, nous avons encore des terres à Richtolsheim. Quand mon père s’est installé, il cultivait du céleri. Dans les années 1980, il a choisi d’arrêter cette spécialisation pour le tabac. Il a modernisé et augmenté la surface dédiée au tabac, au fur et à mesure, pour arriver à un système 100 % mécanisé, avec des fours pour chauffer les feuilles en vrac, en 2005, et 40 ha de SAU. Aujourd’hui, on cultive encore entre 36 et 37 ha de tabac », raconte Étienne Losser, 35 ans. Au début des années 2000, avec 25 ha en récolte manuelle, Rémy Losser était le plus gros producteur de France, ajoute Étienne. Culture spéciale L’ingénieur de formation s’est installé en avril 2019, associé à 50/50, avec son père. Il a travaillé pour Arvalis, sur le stockage des grains, de 2011 à 2015, et a été salarié sur l’exploitation, ensuite. Avec Rémy, ils ont choisi le nom de l’EARL en fonction de leur culture spéciale : Solanacea, plus évocatrice que Wolfsgrube, par exemple, le nom du lieu-dit. Ensemble, père et fils cultivent 75 ha de SAU : 36,5 ha de tabac Virginie, 25,5 ha de maïs, 9 ha de blé, 3 ha de soja et 1,2 ha de prairies, en conventionnel. Tout est irrigué. Le tabac représente 75 % de leur chiffre d’affaires, environ. Ils sont adhérents à la Coopérative Tabac Feuilles de France (lire l’encadré). Pour le reste, ils livrent le soja au Comptoir agricole, et, le maïs et le blé, au Comptoir agricole, à Armbruster, au Moulin Stoll… L’herbe sur pied est principalement vendue au Gaec Losser, des cousins, éleveurs de vaches laitières. En réflexion constante, Étienne souhaite se diversifier mais des contraintes techniques ou économiques freinent, pour l’instant, son élan. Si Étienne et Rémy n’ont pas de salariés permanents, ils travaillent avec des saisonniers, qui équivalent à cinq ETP, en moyenne, sur l’année. « Alexis Losser, mon voisin, est trésorier adjoint et responsable installation des Jeunes Agriculteurs (JA). Avec les JA des cantons de Marckolsheim et Sélestat, ils cherchaient un endroit pour les portes ouvertes, lors de la finale départementale de labour du Bas-Rhin. Puisque je suis JA aussi et qu’on a une culture spéciale à faire découvrir, je me suis porté volontaire », explique Étienne Losser. Dimanche, il exposera son matériel, répondra aux questions sur l’itinéraire de la plante, à l’aide de posters et de films… à l’ombre du hangar à tabac.

Finale départementale de labour du Bas-Rhin

Les cousins Staath dans les starting-blocks

Publié le 25/08/2022

Georges Staath se passionne pour le labour de compétition. Il a entraîné son cousin Thibaut dans l’aventure. Tous deux participeront à la finale départementale de labour du Bas-Rhin, ce dimanche 28 août à Mussig. L’un en labour en planches, l’autre en labour à plat.

« Ce sera ma huitième ou ma neuvième participation à une finale départementale cette année ». Georges Staath n’est plus sûr du nombre mais il se souvient que sa première départementale, « c’était à La Wantzenau ». À 26 ans, le jeune bûcheron n’a jamais réussi à se hisser sur la première marche du podium mais on peut, à coup sûr, lui décerner la médaille de la persévérance. Depuis quelques années, il finit second de l’épreuve de labour en planches, catégorie qui réunit le plus grand nombre de participants à chaque finale départementale. Fils d’agriculteur, Georges a passé un bac pro CGEA (Conduite et gestion de l’exploitation agricole) au lycée agricole d’Obernai, mais il ne s’est pas installé sur l’élevage familial de Wickersheim, que dirigent son père et sa tante. Après deux années passées comme intérimaire au Comptoir agricole, il a bifurqué vers le secteur forestier. Entré comme apprenti à l’ONF (Office national des forêts), il a passé un bac pro Gestion forestière avant d’être engagé à l’agence Nord Alsace de l’ONF, où il officie depuis comme bûcheron et débardeur. Parallèlement, il a créé une entreprise de bois de chauffage. Mais il continue d’aider à la ferme, ce qui fait de lui un « triple actif ». Une charrue numérotée Georges a toujours aimé labourer. « Je viens d’une ferme où on laboure tout, c’est vraiment ancré chez nous. » Plus jeune, il a fréquenté des concours de labour. C’est en voyant des candidats à l’œuvre qu’il a eu envie de participer. « J’ai emprunté une charrue et un tracteur, puis en 2011, j’ai acheté ma première charrue, une Kverneland », raconte-t-il. C’est avec celle-ci qu’il est sélectionné pour sa première finale départementale. Il laboure avec, pendant cinq à six ans. « Mais le châssis me bloquait. Il me manquait toujours quelques points pour gagner. » Il décide d’acheter une charrue de compétition neuve. Toujours une Kverneland. Numérotée. « Depuis que je laboure avec celle-là, c’est plus simple », confie Georges. Le labour est une passion qui coûte cher : il contracte un prêt pour acquérir l’engin, qui coûte plus de 8 000 €. « Et encore, dit-il, le matériel, ce n’est pas ce qui coûte le plus. C’est le temps qu’on y passe. » Car le jeune homme ne se contente pas de creuser des sillons. Sur sa charrue, il essaie d’améliorer « tout ce qui peut être amélioré » pour devenir plus performant au concours suivant. « Ce qui m’a bien changé la vie, c’est d’avoir installé un système pour relever les corps séparément, ce qui donne plus de facilité dans les ouvertures de sillon. » Ainsi, il peut aisément régler le niveau des socs de sa charrue. Cette charrue à 2 socs simples, il l’attelle à un tracteur de la ferme, un TL 90 New Holland auquel il a rajouté « pas mal d’équipements » : trois points hydraulique, stabilisateur hydraulique, chandelle… Tout ceci lui permet de régler plus facilement et en continu son matériel. S’adapter à des conditions sèches Mais le matériel ne fait pas tout : Georges sait bien que pour décrocher la victoire, il lui faut s’entraîner de manière intensive. « C’est le plus gros souci, je manque de temps pour le faire. Avec le bois de chauffage, il n’y a jamais de période creuse. » Logiquement, il s’est posé la question d’arrêter les compétitions de labour. « Mais, maintenant que j’ai acheté la charrue, il faut que je continue », raisonne-t-il, quand bien même il projette de construire sa maison, ce qui, là aussi, va l’occuper pendant quelque temps. À dix jours de la finale départementale, Georges continue donc à s’entraîner. Autant que sa triple activité le lui permet. « Le plus dur, ça va être de s’adapter aux terres, surtout avec des conditions aussi sèches. » Il prévoyait de participer au concours de labour du canton de Niederbronn-les-Bains, le week-end précédent à Oberbronn, histoire de se préparer pour le jour J. À Oberbronn comme à Mussig, le jeune homme sera accompagné de son cousin Thibaut. De deux ans son cadet, Thibaut a passé beaucoup de temps à la ferme avec Georges et son frère lorsqu’ils étaient enfants. Lui aussi a fait des études agricoles à Obernai : un CAP production animale, puis un bac pro agroéquipement. Il travaille, maintenant, dans les travaux publics. Depuis que son cousin sillonne les concours de labour, Thibaut le suit. « Et j’ai fini par me lancer là-dedans aussi. Au départ, dans la même catégorie, puis, quand le frère de Georges a arrêté la compétition, j’ai repris sa charrue et j’ai changé de catégorie. » Il concourt désormais en labour à plat avec une charrue réversible 2 corps Kverneland et emprunte des tracteurs « à gauche à droite » pour s’entraîner. Pour la finale départementale, ce sera un tracteur Fend 312 prêté par un agriculteur de Zoebersdorf, à qui il donne parfois des coups de main. S’entraîner davantage « J’ai arrêté les concours ces deux, trois dernières années, mais, cette année, j’ai voulu me lancer à nouveau », explique le jeune homme, qui pour l’heure, n’a réussi à accéder en départementale qu’une fois, à Mietesheim. Cette fois-là, il n’a pas fini aux premières places car il ne possédait pas une charrue aussi sophistiquée que ses concurrents, pense-t-il. Mais cela ne le décourage pas. « Ce qui me plaît, c’est de participer, de rencontrer d’autres passionnés. On apprend à chaque concours, on peut se comparer aux autres », confie-t-il. Comme son cousin, il pense qu’il faudrait s’entraîner davantage pour percer. Il est aussi à la recherche d’une nouvelle charrue : « Avec celle que j’utilise actuellement, je suis au bout, elle ne me permet pas de faire plus. » En matière de labour, Thibaut sait qu’il doit beaucoup à son cousin. « Il m’aide plus que je ne l’aide. On discute de ce qui ne va pas, de ce qui peut être amélioré », détaille-t-il. Georges, de son côté, ne rechigne pas à faire profiter d’autres compétiteurs de son expérience. « Si un jeune est intéressé, je le soutiens. Il y a tellement peu de gens que le travail de précision intéresse ! Je donne aussi des conseils à ceux qui commencent les concours. Je ne me vois pas faire autrement. »

À la porte nord de la route des vins d’Alsace

« Le vin est l’âme de Marlenheim »

Publié le 11/08/2022

« Une fois que tu as bu du vin de Marlenheim, tu ne quittes plus la ville », se plaisait à dire Jérôme Fritsch, le père du vigneron Romain Fritsch. C’est ce qui est arrivé à Daniel Fischer, en quelque sorte. Venu faire les vendanges lorsqu’il était étudiant, il a décidé de s’y installer quelques années plus tard avec son épouse… Et il en est devenu le premier magistrat en 2020.

L’histoire de Marlenheim est intimement liée à la viticulture, souligne Daniel Fischer. « Le patrimoine architectural, à commencer par la mairie, montre l’opulence de la ville dans les siècles passés, une opulence qu’elle doit essentiellement à la viticulture. Cela a forcément un impact sur le plan économique, culturel et touristique. » Le vignoble couvre 110 ha, sur un ban communal de 1 459 ha.     « Le vin est l’âme de Marlenheim. Notre ville constitue la porte nord de la route des vins d’Alsace, inaugurée le 31 mai 1953. Nous fêterons donc son 70e anniversaire l’an prochain, avec toute une série d’événements. Nous faisons partie de la Couronne d’or qui regroupe les villages viticoles autour de Strasbourg, communément appelée Vignoble de Strasbourg. » Dans son ouvrage « Historia Francorum », Grégoire de Tours évoque la présence de vignes en l’an 589, raconte le maire. « Il y avait une résidence mérovingienne dans la commune. » L’historien rapporte que, suite à un complot contre le roi Childebert, Droctulf est condamné à travailler dans les vignes… En plus de sa chapelle, célèbre pour son chemin de croix du XVIIIe siècle, le Marlenberg renferme un véritable joyau, le Steinklotz, le plus septentrional des grands crus d’Alsace. Son classement a été publié au Journal officiel du 19 décembre 1992. C’est son microclimat qui fait sa particularité, explique le maire. Les Vosges protègent le coteau du vent et de la pluie. De ce fait, les précipitations sont plus faibles et les températures un peu plus élevées (+ 1,5 °C) que ce qui serait attendu à cette latitude. Outre la maison de négoce Arthur Metz, la ville compte six vignerons indépendants : Clément Fend, Florence Michel, Richard Specht, Romain et Jérémie Fritsch, Paul et Jean-Marie Mosbach, Danièle et Jean-Daniel Eckendoerffer et Xavier Muller. Sans oublier le nouveau venu, le domaine du Petit Poucet de Gérard Blaess, en agriculture biologique. À côté de cela, il y a un nombre important de propriétaires de vigne qui livrent leurs raisins à Arthur Metz ou à la cave du Roi Dagobert. La promotion de la viticulture marilégienne est une affaire prise très au sérieux. Les deux fêtes emblématiques organisées chaque année, le Mariage de l’Ami Fritz les 14 et 15 août et la fête des vendanges fin octobre, contribuent à son rayonnement. Mettre en exergue les vins du terroir, c’est aussi la motivation de l’Ordre œnophile de Marlenheim et de la Couronne d’or, ainsi que de l’association des Amis des bons crus, présidée par Jean-Michel Laugel qui possède également la Vinothèque du Lys. Mais n’oublions pas l’agriculture et l’élevage qui occupent plus de 900 ha. « Des agriculteurs, il n’y en a plus tellement », indique Daniel Fischer. Il cite la famille Schaeffer, Paul Eberlé, Charles Goetz et son frère. Un tissu économique dynamique Dans les années 1970-1980, la commune a tout fait pour développer son activité économique et commerciale. Avec succès : « Avec Molsheim et Obernai, nous faisons partie d’un bassin de plein-emploi. On recense 4 431 habitants à Marlenheim, pour un bassin d’emploi de 1 500 emplois, ce qui n’est pas négligeable. Cela permet aux Marilégiens et aux habitants de la communauté de communes Mossig et Vignoble de travailler à proximité de leur domicile. » Outre ses nombreux commerces, Marlenheim recèle de belles pépites. Parmi elles, Alsapan, spécialisée dans la fabrication de sols stratifiés et vinyle, mais aussi la maison Arthur Metz, premier élaborateur de crémant d’Alsace, les Pâtes Grand’Mère, le Moulin du Kronthal et le Comptoir agricole. La coopérative y possède trois implantations : un dépôt central, une usine de production de semences de maïs et un magasin VitiVina. « Nous avons également quelques fleurons gastronomiques, avec un restaurant étoilé de renom national, le Cerf. » Un seul regret : la pénurie d’établissements hôteliers. Faire bouger les lignes « Ce que l’on ressent - et la jeune génération y est pour beaucoup -, c’est le souci de préserver ce vignoble et ce paysage qui font la richesse de notre territoire. Ils sont conscients du changement climatique et de la nécessité de s’investir dans la transition écologique, avec une volonté de plus en plus prononcée de travailler en agriculture biologique et en biodynamie », affirme Daniel Fischer. La municipalité en collaboration avec les viticulteurs et les agriculteurs, a monté un projet audacieux : la plantation, en novembre, de 800 mètres linéaires de haies et d’arbres dans le cadre de la trame verte et bleue, en partenariat avec l’association Haies Vives d’Alsace. Les vignerons marilégiens ont aussi été parmi les premiers, en Alsace, à mettre en place la confusion sexuelle pour lutter contre les tordeuses de la grappe, afin de réduire l’utilisation d’insecticides chimiques. Très tôt, ils ont compris l’importance de communiquer autour de leurs pratiques. « Seul un chemin d’exploitation sépare les vignes des jardins des riverains, et notre école primaire est située au pied du vignoble. Nous avons mis en place des panneaux sur les chemins d’accès au vignoble pour prévenir que des traitements sont effectués de mai à août. » Lors de l’invasion du phylloxéra, la vigne a pourtant failli disparaître. « C’est pour cela que l’on trouve l’un ou l’autre verger sur la colline. La ville est elle-même propriétaire d’un verger, dans le cadre des mesures compensatoires imposées aux promoteurs qui ont construit des immeubles à l’entrée de la ville. Ce verger, entretenu par l’association des arboriculteurs, est à la disposition de nos concitoyens. » La cohabitation entre agriculteurs, vignerons et chasseurs se passe bien, estime Daniel Fischer. « Je n’ai pas connaissance de gros dégâts de gibier. Ce que je déplore, c’est plutôt l’irrespect de certains promeneurs, qui n’hésitent pas à circuler en quad ou à moto dans la forêt et le vignoble. À tel point que nous avons été obligés de faire des contrôles avec les gardes de l’OFB (Office français de la biodiversité). »

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