Vie professionnelle

Publié le 16/09/2022

Francis Lehmann est responsable de l’agence CFNR Transport, à Kehl. Chaque année, elle affrète sur le Rhin 700 à 800 000 t de maïs alsacien, soit 80 % de la production locale, principalement à destination d’amidonniers, mais aussi de fabricants d’aliments pour bétail et de biocarburants. Francis Lehmann lève le voile sur le métier.

« Le maïs alsacien a son autoroute : le Rhin. D’autres origines se retrouvent aussi sur cet axe de communication millénaire, mais la qualité du maïs alsacien est supérieure. Si l’inconvénient de ce maïs est son prix plus élevé que la moyenne, l’avantage est qu’on est plus réactif. En trois jours, la cargaison de maïs alsacien est à Rotterdam, alors qu’un maïs d’Europe de l’Est ou du Brésil mettra plusieurs semaines à y arriver, par voie maritime ; celui des côtes atlantiques françaises, quatre jours », sait Francis Lehmann, responsable, depuis 2003, de l’agence CFNR Transport, à Kehl, qui affrète 80 % du maïs alsacien. Le stockage des matières premières coûte cher ; les transformateurs s’approvisionnent donc souvent. Tous les jours, des bateaux partent sur les fleuves, océans et mers du monde entier, pour assurer la continuité de la production industrielle des amidonniers, fabricants d’aliments pour bétail et de biocarburants ; dont les usines de Rotterdam, implantées le long des axes fluviaux. « Sur le Rhin, 60 % des navires battent pavillon hollandais. Aujourd’hui, les Hollandais sont les maîtres du Rhin car ils ont une culture fluviale qui n’existe nulle part ailleurs », assure le polyglotte Francis Lehmann. Les industries se sont donc développées, aux Pays-Bas, au fil de l’eau. Pour l’anecdote, Francis Lehmann ajoute : « Les Pays-Bas se sont construits avec le sable et le gravier d’Alsace, essentiellement. Ils en importent sûrement dix millions de tonnes par an. C’est le produit en vrac le plus chargé sur le Rhin, hormis les conteneurs. » Une journée pour charger ou décharger Ce 12 août 2022, l’affréteur est à Marckolsheim*, sur le pont de l’automoteur vraquier La Camargue, à l’occasion du déchargement de 2 500 t de maïs, pour Tereos, Starch & Sweeteners Europe, qui transforme betteraves, céréales et cannes, en sucre, amidon, alcool et bioéthanol. Christian Bontems, le capitaine du bateau, livre Tereos depuis une quinzaine d’années. En 1995, il y déchargeait une ou deux cargaisons par mois. Aujourd’hui, il y est deux fois par semaine, et Tereos commande encore d’autres bateaux à CFNR Transport. L’agence de Kehl livre aussi deux autres amidonniers : Roquette Frères à Beinheim, dans le Bas-Rhin, et Tate & Lyle, près d’Amsterdam. 700 à 800 000 t de maïs alsacien transitent ainsi, chaque année, via la compagnie fluviale française. Rien que La Camargue transporte 240 000 t de maïs par an, sur la centaine de voyages qu’elle effectue. Le blé ne remplit ses cales que quatre à cinq fois dans l’année. Quatre gros organismes stockeurs l’approvisionnent : le groupe Armbruster, la CAC, le Comptoir agricole avec Gustave Muller, et InVivo. Pour décharger 2 500 t de maïs à Tereos, à Marckolsheim, il faut compter quatorze heures. Un seul tuyau mobile assure l’opération. Une mini-chargeuse pousse le maïs vers l’aspiration. Le 11 août, La Camargue avait chargé le maïs à Rhinau, au silo portuaire de Lienhart, le négoce racheté par la CAC en 2021. Il a fallu une journée pour remplir le bateau, par gravité, et naviguer, jusqu’à bon port. La vitesse de croisière oscille entre 10 et 14 km/h, selon le débit de l’eau, le chargement et… le prix du gasoil. « On perd du temps aux écluses. Parfois, il y a quatre ou cinq heures d’attente, sans possibilité d’amarrage. Pour naviguer 50 km et passer trois écluses, je prévois six à huit heures », estime le capitaine de La Camargue. Entre Rhinau et Marckolsheim, il a navigué trois heures, le 11 août, pour effectuer 15 km : une écluse en réparation a allongé la durée du trajet. Moins polluant que la route Sur le Rhin canalisé, entre Bâle, en Suisse, et Iffezheim, en Allemagne, les basses eaux ne sont pas un sujet : un minimum de 3 m de fond est garanti toute l’année. C’est au nord de la commune du Bade-Wurtemberg, direction Rotterdam, que le niveau de l’eau peut descendre, jusqu’à avoisiner les 1,40 m, voire même 1 m de profondeur, en fonction de la pluviométrie. L’eau s’écoule de part et d’autre du fleuve, puisqu’elle n’est pas retenue. Il arrive alors que les cales des bateaux soient quatre à cinq fois moins remplies ; cinq navires sont nécessaires pour transporter le même tonnage. « Si la situation dure plusieurs mois, nous perdrons d’autant plus d’argent que nos clients se tourneront vers la route », sait Francis Lehmann. « Cette année, les silos tardent à se vider de la récolte de l’an passé, abondante, d’autant plus que les basses eaux du Rhin obligent à un chargement faible. Pourtant, la récolte 2022, précoce, doit trouver sa place. La période est compliquée. Les cours risquent d’être impactés », observait Antoine Wuchner, président de l’association de la bourse de commerce de Strasbourg, fin août. L’année 2022 ressemble à celle de 2003, selon le président ; une année de forte sécheresse, lors de laquelle la récolte avait été 25 % inférieure à la normale. « D’habitude, quand les eaux du Rhin sont basses, c’est qu’il n’a pas plu. Donc les volumes récoltés sont moindres et les chargements faibles », remarque Antoine Wuchner, pour dédramatiser. Mais, cette année, les récoltes de 2021 pèsent. Les basses eaux deviennent donc un problème. De 6 à 7 000 vraquiers traversent les pays rhénans, évalue Francis Lehmann, pour charrier près de 160 millions de tonnes de marchandises. Une centaine travaille avec CFNR Transport. « Je peux charger le contenu de cent camions dans mon bateau », calcule Christian Bontems. La coque de son automoteur a une durée de vie d’un siècle, celle de son moteur, 30 ans. Lui et Francis Lehmann regrettent que la France ait décidé de favoriser la route, dans les années 1970 et 1980, au détriment des voies navigables. Le réseau existant n’est plus adapté à la taille des engins flottants, ni entretenu ; pour relier la Seine au Rhin, via la Marne, notamment. À la fin des années 1990, la bourse d’affrètement de Strasbourg a fermé ses portes, signe que les heures de gloire des ports alsaciens et français sont passées. Aujourd’hui, alors que la réduction de l’impact environnemental des échanges devient primordiale, l’héritage bien géré de Napoléon, des canaux adéquats, aurait été une bénédiction.

Foire européenne de Strasbourg

La Foire européenne commence aujourd'hui !

Publié le 01/09/2022

La 90e Foire européenne de Strasbourg inaugure le nouveau Parc des expositions de la ville. Du 2 au 11 septembre, le rendez-vous annuel des consommateurs s’étalera sur 20 000 m2. 316 exposants y rivaliseront de savoir-faire, notamment à l’espace agricole. Ferme pédagogique, produits locaux, tracteurs anciens, tours à poney, en calèche, et bien sûr, dégustation-restauration : les visiteurs se régaleront.

Les bergers alsaciens et leurs moutons baptiseront le tout nouvel espace agricole de la Foire européenne de Strasbourg, situé entre le hall 5 et le hall Rhin, à l’entrée de la manifestation. Ce vendredi 2 septembre, à 18 h : méchoui, grillades et leur désormais fameux burger de mouton seront au cœur des festivités. Samedi et dimanche, les réjouissances continueront avec aussi des démonstrations de tontes et des ateliers autour de la laine, grâce à MOS-Laine et au syndicat des éleveurs ovins d’Alsace. À côté, les tracteurs anciens raviront les amateurs de vintage. Pour s’ambiancer en musique, rendez-vous vers le stand de Bienvenue à la ferme : tout ce week-end d’ouverture, orchestre alsacien, groupe folklorique mais aussi rock et tubes… Curiosité : ce vendredi de 18 h 30 à 19 h 30, un blind test agricole permettra de se mesurer et repartir avec des cadeaux. Rebelote, le vendredi d’après, avec un concert pop rock, à 20 h, pour continuer à danser. Insouciance et rentrée économique Mercredi 7 septembre, ce sera la journée des enfants. La Chambre d’agriculture Alsace (CAA), qui chapeaute l’espace agricole, y organise son traditionnel concours de dessin : « Dessine-moi un poulailler », cette année. Remise des prix à 16 h. Comme chaque jour de la Foire, la ferme pédagogique (animée entre autres par les lycéens d’Obernai et les syndicats d’élevage bas-rhinois, dont les aviculteurs), les balades à poney, les tours en calèche (avec l’association Cheval Grand Est, le haras de Pfaffenhoffen et le centre équestre des Deux rives), les dégustations de produits locaux, les démonstrations de pop-corn au miel caramélisé (avec les apiculteurs amateurs et professionnels de Rosheim), la vente de jouets agricoles réjouiront les petits et les grands enfants. Une exposition de lapins géants des Flandres ravira exceptionnellement les visiteurs du mercredi. Le jeudi 8 septembre, la CAA prévient d’un autre temps fort. L’insouciance de la jeunesse fera place à l’annonce des mesures d’aides en faveur des entrepreneurs. La rentrée économique des chambres consulaires aura lieu à 17 h 30, en salle événementielle du nouveau Parc des expositions de Strasbourg. Suivra un cocktail dînatoire, organisé par la Ferme Clarisse, sur l’espace agricole, accompagné d’un tour de chant.     La montagne au Wacken Le second week-end de la Foire européenne sera consacré aux vosgiennes. Pour l’arrivée des bovins, vendredi soir 9 septembre, une conférence de presse mettra la race à l’honneur… sous le regard des lamas et des alpagas, présents ce jour-là, uniquement ! Samedi et dimanche, démonstration de transformation et dégustation de fromage de la montagne s’enchaîneront. La Ferme des fougères proposera son burger fermier, les 10 et 11 au soir. Ces deux jours de septembre, sur l’espace agricole, retentiront des cors des Vosges et des Alpes, dès 10 h. Samedi soir, ce sera rock’n’roll. Tout le week-end, l’association d’histoire de Hunspach et environs plongera le public dans le folklore alsacien, à travers des histoires, des présentations de costumes traditionnels et la conservation des aliments, comme les générations précédentes pouvaient le faire. Solaal, l’association de solidarité des producteurs agricoles et des filières alimentaires sensibilisera à la pratique du don agricole, notamment via un quiz sur le gaspillage alimentaire et le don. Et si on travaillait dans l’agriculture ? Les dix jours de la Foire, l’espace agricole débordera d’animations : autour des cinq sens de l’élevage et autour du lait, avec Interbev Grand Est, notamment, et autour des produits locaux. Savourez l’Alsace Produit du Terroir, Bienvenue à la Ferme, les producteurs médaillés du Concours général agricole 2022, le Civa et les glaces de la ferme Huchot assureront des dégustations et les ventes. Du lundi au vendredi de 11 h à 14 h, il sera possible de se restaurer avec la planchette de la Table des terroirs, servie par les élèves du lycée d’Erstein. Et du lundi au jeudi, à partir de 17 h, les tartes flambées de la Ferme Adam calmeront les appétits. Météor, la sucrerie d’Erstein et Limo’s pourvoiront aux barbes à papa et aux rafraîchissements. Les Gîtes de France Alsace et Cigoland montreront encore à quel point, en Alsace, on sait recevoir. Et pour le fleurissement, l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep), via les établissements Wolff et Riehl, sera à pied d’œuvre. Du 6 au 10 septembre, la FDSEA du Bas-Rhin fera la promotion des formations et des métiers de l’agriculture, avec deux quiz (enfant et adulte) : et si on travaillait dans l’agriculture ? Un panier garni et des goodies seront en jeu.      

Finale départementale de labour du Bas-Rhin

Loïc Fischer et Victor Brumpter sacrés champions

Publié le 29/08/2022

Loïc Fischer, en labour en planches, et Victor Brumpter, en labour à plat, ont remporté ce dimanche à Mussig la finale départementale de labour du Bas-Rhin. Ils sont qualifiés, avec Romain Friess et Xavier Blatz, deuxièmes de chaque catégorie, pour la finale régionale Grand Est qui se déroule dimanche prochain à Dietwiller, dans le Haut-Rhin. 

« Ça va être serré… » « Ça va se jouer à 1/2 point ou 1 point entre les quatre ou cinq premiers ». À quelques heures de l’énoncé du palmarès, Loïc Fischer et Romain Friess échangent leurs impressions en bout de parcelle. Candidats à l’épreuve de labour en planches, ils ont participé à la finale départementale de labour du Bas-Rhin, ce dimanche à Mussig. Représentant le canton de Wasselonne, Loïc Fischer est un participant de longue date aux championnats de labour. Il a déjà été qualifié deux fois en nationale en labour en planches. Romain Friess, lui, a été champion de France en labour à plat, avant de se mettre en quête d’un nouveau titre dans la catégorie adverse. Il porte les couleurs du canton de Truchtersheim. Les deux jeunes gens ont trouvé les conditions « relativement bonnes », même s’ils ont dû s’adapter à des conditions de sol très changeantes. Deux parcelles plus loin, Nicolas Ventre, directeur départemental des territoires, examine le travail des laboureurs en compagnie d’Agnès Hardy, cheffe du service agriculture à la DDT. Il n’est pas expert en labour. Sa formation d’ingénieur agricole ne lui donne « aucune prétention », assure-t-il. S’il a accepté la présidence du jury, c’est qu’il peut compter sur les conseils de Freddy Bohr, ancien champion du monde de labour, qui l’accompagne durant la journée. « Vu la sécheresse, on pouvait avoir quelques inquiétudes quant au déroulement de ce concours. Mais je suis agréablement surpris. Il y a tout de même eu quelques pluies sur le secteur ces dernières semaines », constate Nicolas Ventre. Freddy Bohr ne s’attendait pas non plus à trouver cette humidité dans le sol. « C’est une chance. Sinon, on n’aurait pas eu ces sillons bien arrondis, cet enfouissement bien régulier. » Tous deux remarquent à quel point les 21 candidats sont « investis et motivés ». « Chercher tous les points qu’il y a à récupérer » « Il y a des bonnes parcelles et des moins bonnes, mais dans l’ensemble, c’est du beau boulot », commente pour sa part Alain Rinckel, membre du jury et double champion de France de labour en 2009 et 2014, originaire du canton de Soultz-sous-Forêts. Attentif à la rectitude des sillons et à la propreté du labour, il sait que, pour gagner, il faut aller chercher « tous les points qu’il y a à récupérer ». Avoir été soi-même champion de labour rend-il plus sévère dans la notation ? Pierre Kiffel, qui vient du canton de Truchtersheim, ne le croit pas. L’ancien champion de France en planches de 2006 pense qu’« en ayant vu plus de choses, on est peut-être plus objectif. On a une vision plus large » que ceux qui sont en lice ce jour-là. Le suspense autour du nom des vainqueurs s’achève un peu avant 20 h. En labour en planches, où s’affrontaient 17 candidats, c’est Loïc Fischer qui remporte le championnat départemental, suivi de Romain Friess et Georges Staath (canton de Hochfelden). En labour à plat, le vainqueur est Victor Brumpter, du canton de Truchtersheim, suivi de Xavier Blatz (canton de Marckolsheim) et Thibaut Staath (canton de Hochfelden). Les deux premiers de chaque catégorie participeront à la finale régionale dimanche 4 septembre dans le Haut-Rhin.

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