Autonomie énergétique des territoires
Des opportunités à saisir
Autonomie énergétique des territoires
Publié le 01/12/2022
Sans nucléaire, la France est dépendante de l’étranger pour son approvisionnement énergétique. L’autonomie énergétique du pays gagnerait donc à être renforcée par un mix énergétique qui valoriserait les potentialités de chaque territoire. Qui mieux que les agriculteurs pour déployer des solutions locales ?
La crise énergétique actuelle met en lumière la fragilité d’une économie dépendante aux énergies, y compris le modèle agricole. Déjà, des productions sont menacées. Les endives par exemple. D’autres pourraient suivre, notamment quand il faut du froid, du séchage… Le maïs alsacien, fleuron de l’agriculture régionale, est donc concerné, a introduit Franck Sander, vice-président de la CAA. Interrogé sur les leviers à actionner pour maîtriser les coûts d’approvisionnement en électricité, Jean-François Carpentier, directeur régional Grand Est d’Engie, a tenu à préciser que si « les prix de l’électricité et du gaz sont élevés, c’est que nous manquons d’outils de production » et que « c’est structurel ». De manière plus conjoncturelle, la très grande volatilité des prix doit amener à la plus grande prudence. Il préconise donc de ne conclure que des contrats courts, de faire appel à des experts qui adapteront la stratégie au profil, et de « se regrouper pour réduire les coûts de commercialisation quand c’est possible, car cela peut aussi donner accès à des offres ». La situation actuelle va sans aucun doute provoquer un boom de la demande pour l’énergie produite localement. Mais tant que l’offre et la demande ne sont pas structurées, Franck Sander a incité à aller avec précautions vers des solutions de vente type gré à gré. « Mieux vaut attendre d’avoir un pool de consommateurs bien identifiés, et que la massification de l’achat et de la revente sécurise ces relations. » D’autant que l’essor de ce type de relation va demander une adaptation des réseaux, a indiqué Vincent Maurer, délégué territorial Alsace pour Enedis, gestionnaire du réseau de distribution d’électricité. En outre, Jean-François Carpentier a rendu attentif au fait que, dans les ventes au gré à gré - qui pour l’heure ne concernent que l’électricité - « le producteur doit garantir la fourniture d’électricité au client ». Quelques panneaux photovoltaïques ne suffisent donc pas, d’où l’intérêt de regrouper les fournisseurs d’énergie, et les ressources exploitées, par exemple en mixant photovoltaïque et éolien, ou hydraulique. Le monde agricole ne doit pas devenir un simple apporteur Si l’alimentation doit rester la mission première de l’agriculture, Franck Sander a appelé à la mobilisation sur les sujets énergétiques pour à la fois « ne pas se faire doubler », et « disposer de modèles économiques qui soient adaptés aux enjeux agricoles ». Car « quand le monde agricole investit, il doit rester majoritaire et partie prenante dans les décisions. Il ne doit pas devenir un simple apporteur ». « Du photovoltaïque au sol, il s’en fera, mieux vaut que ce soit avec nous que sans nous. À nous aussi de veiller à ce que les terres agricoles soient préservées. » Sur l’agrivoltaïsme, qui doit permettre de coupler productions agricoles et d’énergie renouvelable, une charte a été portée localement afin de poser des limites tant sur la forme que sur la localisation de ces ouvrages. Le dossier est à l’étude en Commission de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF), a informé Franck Sander. La ligne de conduite est la même sur la méthanisation : « Nous prônons des cultures dédiées, déclarées comme telles à la Pac, afin d’éviter que des cultures alimentaires n’alimentent les méthaniseurs plutôt que les hommes ou le bétail. »












