Avec la CAAA et Distel
Prendre de la hauteur oui, mais en sécurité
Avec la CAAA et Distel
Publié le 28/11/2022
Jeudi 17 novembre, la Caisse d’assurance-accidents agricole (CAAA) du Bas-Rhin organisait une réunion d’information de ses délégués au sein du centre de formation Distel à Brumath, alors qu’une année noire en termes de chutes de hauteur se termine.
Après trois années d’interruption de cette réunion, les organisateurs ont souhaité lui donner une dimension pratique en invitant les délégués et administrateurs de la CAAA à une formation sur les risques liés aux travaux en hauteur au sein du centre de formation Distel à Brumath. Le président de la CAAA, Denis Ramspacher, a accueilli les participants en les remerciant pour leur engagement. « Après 133 ans d’existence, la Caisse se porte bien. » Les charges sont en hausse malgré une diminution du nombre de déclarations d’accidents et de maladies professionnelles, en lien avec la gravité des accidents. Le niveau du taux des cotisations foncières a été maintenu pour 2022 après deux années de baisse. Le résultat de l’exercice devrait donc être équilibré. « Nos actions de prévention doivent être maintenues et renforcées afin de limiter le nombre et la gravité des accidents et maladies professionnelles », a poursuivi le président. En effet, si les actions menées portent leurs fruits, les accidents et maladies professionnelles qui subsistent sont toujours trop nombreux. En 2022, cinq accidents mortels sont survenus dans le périmètre d’action de la Caisse. « Le nombre de décès accidentels, ainsi que la diversité des situations, nous obligent à rester humbles et exigeants en matière de prévention », a constaté Denis Ramspacher. Autre point noir de l’année 2022 : les chutes de hauteur représentent en moyenne 10 % des accidents enregistrés. Elles concernent aussi bien les salariés que les chefs d’exploitation, et ont souvent des conséquences graves. Ce risque s’inscrivant dans les axes prioritaires du plan Santé sécurité au travail 2021-2025, « il nous a paru intéressant de mettre un coup de projecteur sur les aspects techniques et réglementaires de ce risque à l’origine de tant d’accidents dans nos entreprises agricoles », a déclaré Denis Ramspacher. Le centre de formation Distel a donc été privatisé le temps d’une matinée. Et les délégués ont pu y découvrir des moyens de prévention des chutes de hauteur par le biais d’ateliers pratiques animés par les formateurs de Distel et les conseillers en prévention de la CAAA. 30 minutes d’espérance de vie dans un harnais L’un de ces ateliers concernait plus particulièrement le port du harnais. Certes, cet équipement sécurise les opérateurs, mais encore faut-il savoir l’utiliser. « Ne gardez rien dans vos poches », explique par exemple le formateur. Car, en cas de chute, ce qui se trouve dans les poches peut blesser l’opérateur. « Travaillez toujours à deux », poursuit-il. En effet, une fois suspendu dans le vide, on ne fait plus grand-chose. Pour le prouver, les animateurs de Distel suspendent un à un les délégués de la CAAA à une potence. Même les plus grands gaillards se trouvent complètement démunis. Il est d’autant plus important d’être à deux que, si le port du harnais empêche de s’écraser au sol en cas de chute, il ne sauve pas forcément la vie. « L’espérance de vie dans un harnais, c’est trente minutes. En effet, les artères fémorales sont comprimées, et le sang se charge en toxines », prévient le formateur. Une fois équipés en casque - avec sangle jugulaire - et harnais, les délégués sont invités à effectuer un parcours en hauteur façon accrobranche. Les animateurs de Distel distillent des conseils : « Pour monter à une échelle, mieux vaut se tenir aux barreaux qu’aux montants, la prise est meilleure et permet de mieux se rattraper en cas de déséquilibre. » Dans un autre atelier, les délégués sont invités à se munir d’un casque de réalité virtuelle. Leur mission : aller changer une ampoule défectueuse suspendue au plafond d’une étable. Pour ce faire, ils montent, virtuellement, sur une palette qu’un chariot élévateur érige au gré de leurs indications. Quasiment tout le monde fini les quatre fers en l’air ! Et l’ampoule continue de clignoter dans le vide… Les agriculteurs montent et descendent de leur tracteur des dizaines de fois par jour. Une action qui semble anodine tant elle est répétitive, mais qui en fait ne l’est pas du tout pour les articulations, surtout lorsqu’on saute pour gagner du temps. La preuve avec cette plateforme équipée d’une balance, sur laquelle les délégués sont invités à descendre depuis un escabeau. Qu’ils marchent ou qu’ils sautent, le poids est facilement multiplié par trois ! « Ce qui joue aussi beaucoup, c’est de bien utiliser la dernière marche », glisse Denis Litt, conseiller en prévention à la CAAA. Les délégués réagissent. Si les tracteurs sont bien conçus, avec les télescopiques, impossible de se retourner pour descendre dos au vide, et la dernière marche est souvent très haute. Savoir s’arrêter Pour éviter les chutes de hauteur, une possibilité consiste à louer une nacelle. « Pourquoi ne pas réserver tous les travaux à faire en hauteur et les programmer un jour où on loue une nacelle ? » suggère Denis Litt, qui encourage les agriculteurs à au moins faire un devis en ligne, pour voir combien ça coûte, et envisager cette possibilité. En effet, une chute de hauteur peut avoir de lourdes conséquences. Denis Litt rapporte le cas d’un agriculteur dont toute l’exploitation a dû être réadaptée pour qu’il puisse reprendre le travail après un tel accident. Les nacelles peuvent sauver des vies, à condition d’être bien utilisées. Or, le Certificat d’aptitude à la conduite d’engins en sécurité (Caces) n’est pas une obligation mais une recommandation, soulignent les formateurs Distel, qui rapportent néanmoins recevoir de plus en plus d’employeurs en formation : « Ils souhaitent être formés au même titre que leurs salariés. » « Avec l’augmentation de la taille des exploitations, il y a de plus en plus de travail, et certains agriculteurs ont du mal à s’arrêter », note Denis Litt. Mais, même si la profession d’agriculteur est « un métier passion », il faut se poser certaines questions : « Quand s’arrête ma journée de travail ? Est-il normal que mon travail ne soit plus rémunéré à partir d’un certain temps passé ? Est-il normal de perdre un bras à cause d’un accident qui a eu lieu à 19 h ? »












