Vie professionnelle

Publié le 24/12/2022

Par Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin.

Après deux années marquées par la crise du Covid, nous aurions bien eu besoin d’un peu de répit. C’était sans compter sur la folie meurtrière d’un homme qui sème actuellement le chaos aux portes de l’Europe. En cette période de fête où nous partageons des moments de joie avec nos proches, mes pensées vont au peuple ukrainien qui, ne l’oublions pas, est la principale victime de cette guerre. C’est là-bas, dans les plaines du Donbass, sur les rives du Dniepr que des femmes, des hommes et des enfants tombent sous le déluge de feu. En Europe de l’Ouest, nous ne sommes que les victimes collatérales de ce conflit. Toutefois, l’inflation que nous subissons, liée à des choix stratégiques plus que douteux de nos dirigeants, risque de conduire de nombreuses filières dans l’impasse. Les bilans 2022 seront globalement bons : une partie de nos charges a été engagée avant la flambée du gaz, la hausse du prix de vente de nos produits permettra d’avoir des résultats. Nous restons vigilants pour la suite, car les prix d’équilibres nécessaires pour 2023 sont très élevés. Si les prix des marchés mondiaux dévissent, nous ne serons plus en capacité d’absorber ce niveau de charge. Faire face Pour faire face à l’augmentation des coûts de l’énergie, nous avons mobilisé de nombreux dispositifs : aide alimentation élevage, aide Porc, PEC, dégrèvement TFNB, aide carburant TIC. C’est plusieurs millions d’euros pour les agriculteurs alsaciens et des milliards à l’échelle de la France. La bonne mobilisation de ces aides est aussi le fruit de la coordination entre nos organisations professionnelles. Face à la complexité des dispositifs, nous avons besoin d’être efficaces et complémentaires pour accompagner au mieux les agriculteurs. La crise énergétique dans laquelle nous a conduits Poutine, doit nous interroger sur la suite et sur notre dépendance au gaz et au pétrole. Toute notre économie est dépendante de ces deux hydrocarbures dont la disponibilité sera limitée dans le temps. Il nous faut penser l’avenir sans pétrole. L’électricité et le gaz vert sont, avec le nucléaire, les énergies du futur, et l’agriculture est une source de production dans les deux cas. La loi d’accélération des énergies renouvelables va venir clarifier les choses, notamment sur l’agrivoltaïsme, pour assurer la compatibilité entre production agricole et énergétique. Autre piste d’innovation : l’utilisation de l’hydrogène vert pour les engins à forte puissance. L’autoconsommation apparaît de plus en plus comme une solution pour les activités agricoles fortement consommatrices. Demain un irrigant aura peut-être intérêt à produire son électricité pour alimenter ses pompes. D’ailleurs, continuer à avoir accès à l’eau est l’une de nos priorités. Alors que dans les Deux-Sèvres, les paysans doivent investir des millions pour stocker l’eau, nous avons la chance d’avoir la plus grande nappe d’Europe sous nos pieds. Dans ces conditions, nous ne comprenons pas la position de nos politiques à restreindre aveuglément l’utilisation agricole. Même s’il faudra optimiser son utilisation, l’accès à l’eau sera une nécessité pour continuer à produire certaines cultures, car contrairement à ce que veulent nous faire croire quelques illuminés sur internet, sans eau rien ne pousse et surtout pas les cultures à fortes valeurs ajoutées. Depuis des années, la FNSEA martèle que l’agriculture biologique aussi intéressante soit-elle, ne pourra pas dans notre modèle économique, être autre chose qu’une niche. Cette position nous a longtemps valu d’être catalogués « anti-bio ». Aujourd’hui, force est de constater que nous avions raison, dans un contexte d’inflation à deux chiffres, les consommateurs se détournent du bio au profit d’autres labels moins coûteux. Pire, cette tendance affecte tous les circuits courts qui avaient pourtant engagé des investissements suite aux embellies du Covid. Il est urgent de trouver des solutions pour ces exploitations. La Pac, preuve de l’importance d’un syndicalisme fort Point d’orgue de l’activité syndicale 2022, les conclusions de la réforme de la Pac. Même si tout n’est pas parfait, comment ne pas retenir la dérogation pour l’Alsace dans le cadre de la BCAE 7 sur la rotation ? S’il fallait encore une preuve de l’intérêt et de l’importance d’un syndicalisme fort, la voilà ! Cette dérogation va nous permettre de penser nos assolements autrement que par la contrainte administrative, mais cela ne veut surtout pas dire qu’il faut s’extraire de toute logique agronomique. En effet, la rotation reste bénéfique à bien des aspects pour les sols, pour la lutte contre les ravageurs et surtout pour la diversification du risque. La gestion des risques fait l’objet aussi d’une grande réforme. Ne sous-estimons pas l’importance de ces avancées. En augmentant le subventionnement, en diminuant le seuil d’intervention et surtout en actant la participation de l’État dans l’assurance récolte, c’est un vrai choc assurantiel qui doit s’opérer. Je vous invite à mettre à profit la période hivernale pour mesurer les tenants et aboutissants de cette victoire syndicale. L’hiver 2023 sera celui des élections syndicales : dans les communes, dans les cantons, c’est l’occasion de renouveler les membres de notre réseau. Notre présence sur les territoires est essentielle pour nous car elle fait notre force. J’invite les plus jeunes à franchir le pas et à nous rejoindre. On le voit sur les sujets locaux : cartographie des cours d’eau, définition des PLU, des ENS (espaces naturels sensibles), là où nous avons des femmes et des hommes engagés, les sujets sont mieux traités. Partout où c’est nécessaire la FDSEA intervient, ici pour obtenir des canetons pour les producteurs alsaciens pour tenter de sauver la saison, là pour maintenir un pont ouvert à Marckolsheim durant la saison de maïs… Nous ne pouvons pas obtenir gain de cause partout, mais à chaque fois que c’est nécessaire nous sommes présents pour accompagner les agriculteurs du département. Cela ne risque pas de changer car c’est notre ADN ! En attendant de vous retrouver le vendredi 13 janvier 2023 à Kurtzenhouse pour notre assemblée générale en présence de Jérôme Despey, secrétaire général de la FNSEA, je vous souhaite, à vous et à tous vos proches, de belles fêtes de fin d’année autour des produits d’excellence de l’agriculture alsacienne.

Section départementale des anciens exploitants du Bas-Rhin (SDAE)

Une année riche en satisfactions

Publié le 22/12/2022

Pour les représentants des anciens agriculteurs, l’année s’achève sur un sentiment de satisfaction. Une avancée majeure a été obtenue avec la reconnaissance d’une inégalité flagrante avec les autres catégories socioprofessionnelles. Dès 2026, la retraite des agriculteurs sera calculée sur les 25 meilleures années de carrière. Plus localement, ils ont été sur tous les fronts pour faire avancer leurs revendications.

« Les réunions transmission ont eu un succès incroyable. Nous avons touché 230 personnes : 130 à Strasbourg et 100 à Obernai », déclare Paul Schiellein, président de la SDAE. « Notre section est à l’origine de cette initiative », rappelle son secrétaire, Philippe Wolff. Lancée il y a cinq ans, elle implique la MSA d’Alsace, la Chambre d’agriculture Alsace, le Centre de fiscalité et de gestion, la FDSEA, les JA et la Safer. À la demande de la SDAE, la MSA d’Alsace avait envoyé une lettre individualisée à tous les exploitants agricoles âgés de plus de 55 ans. « Les réunions se sont très bien passées, il y a eu une parfaite harmonie entre les OPA », a constaté Paul Schiellein. Et c’est tant mieux : « Le but visé était d’émettre un message unique et clair sur le sujet de la transmission. » Faciliter la transmission, donner des perspectives aux jeunes agriculteurs qui s’installent… Ces questions sont vitales pour la pérennité de l’agriculture alsacienne, estiment les anciens exploitants. Il y a urgence : 54 % des actifs agricoles devraient partir à la retraite dans les dix prochaines années. « Nous étions parfaitement dans notre rôle de présider ces réunions, estime Daniel Saenger, vice-président. Cela nous a permis d’entrer en contact avec les futurs retraités afin d’assurer l’avenir de notre mouvement. » Une victoire syndicale, mais des zones blanches Au niveau national, les anciens exploitants agricoles ont obtenu une avancée spectaculaire il y a quelques jours. Après avoir approuvé la revalorisation de 4 % de leur retraite de base et de leur retraite complémentaire il y a quelques semaines, les députés viennent d’adopter une proposition de loi visant à calculer la retraite de base des non-salariés agricoles en fonction des 25 meilleures années de carrière. La profession d’agriculteur est aujourd’hui la dernière à calculer la retraite sur l’intégralité d’une carrière et non sur les 25 meilleures années. C’est donc dans un souci d’équité que les députés ont voté cette loi, à une belle unanimité, ce qui mérite d’être souligné. Toutefois, ils ont reporté son application au 1er janvier 2026 pour permettre à la MSA d’effectuer les mises à jour informatiques nécessaires. Cette proposition de loi doit encore être approuvée par le Sénat, mais les anciens agriculteurs sont confiants dans l’issue de ce vote. Pas de cocorico pour autant, prévient Paul Schiellein, car de nombreuses zones blanches subsistent. Les carrières des conjointes d’exploitation, souvent incomplètes, seront-elles concernées par le dispositif ? Y aura-t-il une rétroactivité pour les pensions déjà liquidées ? Et pourquoi avoir reporté à 2026 l’entrée en vigueur de cette loi ? « Même le ministre s’en est ému. Il a demandé à la MSA d’étudier la possibilité d’avancer l’échéance au 1er janvier 2025. » Pour le président de la SDAE, « l’essentiel à retenir est qu’un combat de 20 ans a enfin abouti. C’est une belle victoire syndicale, et ce n’est que justice ! Quoi qu’il en soit, nous serons vigilants sur les décrets d’application et leur mise en œuvre. » Et ils sont bien décidés à continuer le combat pour faire progresser le montant des retraites agricoles actuelles. Premier objectif : obtenir de nouvelles avancées pour les membres de la famille, principalement les femmes, qui ont souvent une carrière incomplète. « La loi Chassaigne 2 marque un début de reconnaissance du travail des conjointes d’exploitant : leur retraite est passée à 741 €/ mois, contre 555 € précédemment, pour une carrière complète. Mais, constate Philippe Wolff, seules 75 % des conjointes retraitées ont bénéficié de cette revalorisation. » À terme, ces retraites devront atteindre 75 % du Smic, soit 967 €/mois, car cela correspond au niveau de l’Aspa (Allocation de solidarité aux personnes âgées), estime-t-il. Lutter contre la désertification médicale Bien vieillir en milieu rural est l’un des fers de lance des anciens exploitants. « Nous continuerons nos actions sur la prévention santé, sur l’autonomie et l’aménagement de l’habitat », explique Christiane Bernard. Mais comment garantir le bien-être des seniors en perte d’autonomie face à une désertification croissante, tant sur le plan des médecins que des aides à domicile ? « Si une personne qui a besoin d’accompagnement ne trouve pas de réponse, la famille se débrouille comme elle le peut et s’épuise rapidement. Il serait temps de définir clairement un plan d’action services à domicile et aide aux aidants », estiment les anciens agriculteurs. Les moyens prévus par le Conseil national de la refondation sont clairement insuffisants pour couvrir les besoins sur le terrain. L’année 2022 a été mise à profit pour dynamiser les partenariats avec différents organismes, comme la MSA d’Alsace et Mutualia, Groupama Grand Est et le Crédit Agricole Alsace Vosges. « Ils sont à notre écoute et, comme ils savent que nos retraites sont faibles, ils nous accordent des tarifs avantageux sur leurs services », affirme Adeline Baur, vice-présidente de la SDAE. Une touche de convivialité Mais, alors que 2023 pointe le bout de son nez, les anciens exploitants préparent déjà la sortie de l’hiver. « Nous inviterons les délégués cantonaux au printemps, avec une touche de convivialité », annonce Daniel Saenger. Et, au lendemain de l’assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin, le 13 janvier, à laquelle l’ensemble des anciens exploitants sont invités, « le temps sera venu d’organiser les réunions territoriales pour informer nos adhérents sur nos actions », ajoute Paul Schiellein. Au nom des membres du bureau, il remercie Léa Froehlicher, animatrice FDSEA, pour le soutien logistique qu’elle leur a apporté tout au long de l’année. À quelques jours de Noël, les membres du bureau de la Section des anciens exploitants agricoles souhaitent de joyeuses fêtes à l’ensemble de leurs adhérents et, plus largement, du monde agricole et leur expriment leurs meilleurs vœux de santé et de bonheur pour l’année 2023.

Publié le 12/12/2022

Parmi les lauréats des trophées du tourisme 2022 figurent une ferme et une coopérative vinicole haut-rhinoises, dont les initiatives contribuent au rayonnement touristique de l’Alsace.

Organisés à l’initiative d’Alsace destination tourisme (ADT) et de ses partenaires, le Crédit Agricole Alsace Vosges et le réseau des offices de tourisme RésOT Alsace, les trophées du tourisme 2022 ont été remis le 28 novembre dernier au musée Würth à Erstein. Ils récompensent « les initiatives des acteurs touristiques qui génèrent de l’activité économique et favorisent l’attractivité du territoire », a rappelé Nathalie Kaltenbach, présidente d’ADT. Ces trophées ont pris la suite du challenge de l’initiative touristique qu’avait lancé le réseau des offices de tourisme d’Alsace en 2009. La cinquantaine de dossiers reçus cette année par ADT montre que l’émulation fonctionne toujours parmi les acteurs du tourisme, à qui s’adressent ces trophées : « L’Alsace est un terrain d’expérimentation fertile pour les idées innovantes, originales, durables et de qualité » , constate Nathalie Kaltenbach. C’est précisément sur ces critères que le jury a fait son choix dans les cinq catégories créées pour l’édition 2022 : la gastronomie, l’œnotourisme et l’agritourisme, les hébergements, les sites de visites et patrimoniaux, les activités et services. L’ADT et ses partenaires assureront la promotion des lauréats grâce à leurs différents canaux (salons, réseaux sociaux, sites institutionnels…). Un accompagnement leur est également offert sous forme d’une dotation à valoir auprès d’un média. « 100 % ludique, 0 % numérique » À elle seule, la catégorie œnotourisme et agritourisme a suscité douze candidatures. Le jury a décerné le trophée à la coopérative Bestheim, de Bennwihr, qui, avec sa chasse aux trésors des Mondfangers, propose une expérience ludique originale dans les vignes. Cette activité de plein air destinée aux familles a été imaginée en 2020, alors que l’équipe de Bestheim réfléchissait à développer son offre d’œnotourisme quasi inexistante. Grâce à un kit comprenant un carnet de bord et une carte, les visiteurs sont invités à résoudre des énigmes en sillonnant les pentes du grand cru marckrain. Cette activité « 100 % ludique et 0 % numérique » contribue à mettre en valeur l’histoire de la coopérative et des « chasseurs de lune » qui l’ont créée, souligne Vanessa Kleiber, directrice marketing et communication de la cave.   Un coup de cœur a été décerné à Jean-Daniel Steib et son épouse, éleveurs laitiers bio à Horbourg-Wihr, près de Colmar. Depuis deux ans, le couple accueille des visiteurs de tous âges et de toutes nationalités dans sa ferme. Cette forme d’accueil en immersion, le wwoofing, qui consiste à proposer le gîte et le couvert en échange d’une participation aux travaux de la ferme, est née en Angleterre dans les années 1970 chez les agriculteurs bio. Elle vise à créer des échanges entre personnes d’horizons divers, témoigne Jean-Daniel Steib. Dans le climat anxiogène actuel, pouvoir échanger et créer « des liens fraternels » avec ces hôtes lointains est une chance, estime l’agriculteur, qui a accueilli jusqu’ici des Chinois, des Japonais, des Européens et des Sud-Américains.

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