Comptoir agricole
Suspendus aux tarifs de l’énergie
Comptoir agricole
Publié le 02/01/2023
Alors que 2022 s’apprête à tirer sa révérence, l’assemblée générale du Comptoir agricole, qui s’est déroulée le 16 décembre à Bischoffsheim, a permis de dresser le bilan de l’exercice 2021-2022, déjà marqué par la flambée des prix des matières premières.
Une année « perturbée ». C’est ainsi que Marc Moser, président du Comptoir agricole, a décrit la campagne 2021, marquée par un printemps froid et humide, qui a particulièrement affecté les blés, « la plus grande partie ayant quand même été commercialisée en alimentation humaine », pointe Denis Fend, directeur du groupe. La qualité du blé dur, par contre, n’a pas permis sa commercialisation. Des conditions qui ont également entraîné une explosion des contaminations par le mildiou et l’oïdium dans les vignes et les houblonnières. L’été poursuit sur cette lancée froide et humide, retardant les récoltes de blé et de maïs, qui sont humides, alors que les cours de l’énergie commencent à augmenter. Au final, la récolte de maïs est de bonne qualité, avec un rendement moyen de 114 q/ha à 33 % d’humidité moyenne, à mettre en regard de la collecte 2022, fruit d’un été à l’exact opposé, chaud et sec, avec un rendement moyen de 97 q/ha, et une humidité moyenne à 22 %. En février, la guerre en Ukraine éclate, renforçant les tensions sur les approvisionnements en matières premières. « Nous avons enfin pu redéployer du revenu auprès de nos adhérents même si les conséquences du Covid, de la guerre en Ukraine et du dérèglement climatique ont perturbé nos résultats économiques », a déclaré Marc Moser. L’explosion du coût de l’énergie, notamment, impacte et inquiète la coopérative au plus haut point. Il s’agit non seulement d’un enjeu majeur pour maîtriser les frais de séchage, mais aussi l’approvisionnement en engrais et en produits phytosanitaires, dont certaines molécules de base fabriquées en Chine ne parviennent plus que difficilement, ou à prix d’or, en Europe. Courbe d’évolution du prix du gaz spot à l’appui, Denis Fend commente : « L’approvisionnement de l’Europe en gaz le plus efficient était le réseau Nord Stream, en provenance de Russie. L’erreur a été de tout miser dessus. Car quand le robinet a commencé à être tourné, ça a provoqué des coups de chaud. L’invasion de l’Ukraine s’est traduite par un gros pic. » Depuis, les cours font du yoyo. Résultat : « Nous avons séché les maïs de 2021 à des prix extrêmement fluctuants. » Les prix de l’électricité suivant ceux du gaz, le scenario se répète. Et l’Europe se trouve prise en « otage énergétique ». De tout le planisphère, c’est là que le prix de l’énergie est le plus élevé. « Cela nous isole en matière de compétitivité, que ce soit pour les céréales ou les produits manufacturés », constate Denis Fend. Lié au prix du gaz, celui des engrais s’est également envolé. « La campagne d’appro a été sport et l’est toujours », rapporte Denis Fend. « Les usines européennes de fabrication ont baissé leur capacité de production voire fermé leurs lignes de production plusieurs mois », poursuit-il. Une situation inédite La courbe qui s’affiche dans le dos d’Antoine Wuchner, responsable de la filière Eurépi, en charge de la commercialisation des céréales collectées par le groupe, est tout aussi stratosphérique. Le spécialiste des marchés apprécie de travailler sous adrénaline. Mais tout de même, il décrit un marché « stressant » pour l’économie, « impressionnant » car il s’est envolé très haut même si la récession amène des facteurs baissiers, et « intéressants » car c’est dans ce type de conjoncture qu’il faut savoir « profiter des situations ». Néanmoins, le contexte appelle à la prudence, à la bonne gestion des risques liés aux prix, ce qui nécessite « une connaissance pointue des outils à disposition ». Ces éléments se retrouvent dans les résultats chiffrés du groupe, présentés par Marc Belleil, son responsable administratif et financier. Les achats d’Eurappro, notamment, affichent une augmentation « considérable », à 101 M€, en lien avec la hausse des prix. Les investissements sont en baisse, de 9,7 à 5,30 M€. Une baisse qui reflète plutôt un retour à la normale, après une hausse liée à la remise en état de Silorins. Le chiffre d’affaires affiche une « forte » progression, à 60 % liée à celle de l’activité céréale, et davantage en raison des prix que des volumes. La marge progresse de 10 M€. Et le résultat, proche de zéro au 30 juin 2021 revient à des niveaux normaux un an après : à 5,20 M€, c’est « ni trop ni trop peu », commente Marc Belleil. Les capitaux propres continuent de progresser. En un exercice, ils sont passés de 156 à 161 M€. « C’est beaucoup, mais dans les situations comme celle que nous vivons aujourd’hui, ça sert ». Pour preuve, comme toutes les entreprises, le Comptoir agricole doit actuellement faire face à des besoins de trésorerie élevés pour financer des stocks, des créances clients… De sa carrière au Comptoir agricole, Marc Belleil n’a « jamais connu cette situation ». En conclusion, Marc Moser a essayé d’extirper le positif qui surnage de ce marasme. Un résultat de 5 M€, déjà, qui permet de « ramener du revenu après plusieurs années de vache maigre ». Les pénuries à répétition et la crainte de voir le scenario énergétique se propager aux denrées alimentaires ont aussi le mérite de faire prendre conscience aux consommateurs et aux élus de l’importance de préserver la souveraineté alimentaire du pays et que donc l’alimentation a un prix. « Déléguer notre alimentation serait une folie, a dit le président Emmanuel Macron. Mais il faut faire preuve de plus de courage pour la défendre, estime Marc Moser. Le renouvellement des générations en agriculture ne passera que par un revenu décent. Et pour produire plus et mieux avec moins, il faudra défendre nos moyens de production et l’innovation. » Une thématique qui a été abordée lors d’une table ronde et d’une conférence (lire ci-contre).












