Vie professionnelle

Mutualité sociale agricole d'Alsace

Une chute historique des cotisations

Publié le 27/05/2016

L'année 2015 a été marquée par une baisse de 23 % des cotisations des employeurs et une hausse de 22 % des demandes d'échéanciers. La MSA d'Alsace a présenté ses résultats et ses perspectives pour l'avenir avec moins d'agriculteurs et exhorté vers une baisse de ses coûts.

La première année de David Herrscher en tant que président de la Mutualité sociale agricole d'Alsace a été marquée par la crise agricole. Les projets initiaux n'ont pas été abandonnés, mais il a fallu parer au plus urgent : constater les dégâts liés à la sécheresse, mettre en place un dispositif d’accompagnement des agriculteurs touchés par la chute des cours. « Les pouvoirs publics ont entendu les appels de la profession et ont annoncé plusieurs mesures en février : la baisse des cotisations personnelles maladie de 7 points pour les exploitants va alléger les factures, mais reporter une part de la charge de notre régime sur les autres régimes de sécurité sociale. Le report des cotisations personnelles des exploitants d’un an, sans pénalité, donnera une bouffée d’oxygène aux exploitations viables ; mais attention à utiliser cette mesure avec prudence : les cotisations devront être payées au final, car ce n’est pas une année blanche. La possibilité de changer exceptionnellement d’assiette est maintenue pour un an. Des prises en charge de cotisations seront possibles, mais nos enveloppes continuent à diminuer. Une soixantaine d’exploitants environ pourront être aidés. Nous continuons à porter des demandes complémentaires, notamment devant le Conseil régional. Nous proposons que soit ré-instauré un système de préretraite pour les exploitants en fin de carrière confrontés à des difficultés insurmontables. » David Herrscher annonce de bonnes nouvelles : « La baisse des cotisations concerne aussi les employeurs, notamment en prestations familiales. Après ces mesures, il faudra vérifier si nous redevenons compétitifs, en termes de coût du travail, face à nos concurrents allemands notamment. Plusieurs avancées sociales peuvent aussi être soulignées : la création de la prestation universelle maladie, qui évitera les ruptures de droit notamment pour les saisonniers passant d’un régime social à un autre ; ou encore la création de la garantie des impayés de pension alimentaire pour les couples divorcés ayant des enfants à charge. » S'agissant de la situation de la Coopérative des producteurs de viandes d'Alsace (Copvial), David Herrscher précise que « la MSA s’est fait un point d’honneur d'accompagner cet outil indispensable aux filières bovine et porcine alsaciennes, puisque plus de 600 éleveurs en dépendent, ainsi que 207 emplois salariés. Nous avons consenti un effort sans précédent, pour aider l’entreprise à surmonter ses difficultés. Il ne m’appartient pas de me prononcer sur l’issue du redressement judiciaire, mais la MSA sera présente auprès des éleveurs et des salariés s’ils devaient subir un préjudice. » Le président de la MSA appelle les organisations professionnelles agricoles (OPA) à la vigilance et à la solidarité : « La vigilance, parce que les difficultés du terrain sont parfois plus graves que ce qui nous est présenté, ou nous sont signalées trop tard. Il faut être en veille permanente. Trop d’entreprises meurent, car elles n’ont pas été lucides sur leurs difficultés, et n’ont pas pris les décisions qui s’imposaient pour leur survie. Les Alsaciens doivent rester unis pour défendre leurs outils de production, car personne d’autre ne les défendra à leur place ! » 8 697 exploitants couverts La directrice, Christelle Jamot, présente l'activité de la MSA en 2015 : « Nous couvrons 8 697 exploitants, en baisse de 69 personnes, et plus de 53 600 salariés, dont près de 30 000 travailleurs occasionnels. Sur le plan des prestations familiales, nous avons versé 16 millions d'euros (M€) - un montant stable - à 5 500 familles. Au chapitre des retraités, les pensionnés salariés, au nombre de 42 569, sont un peu plus nombreux qu’en 2014 et ont bénéficié de 88 millions d'euros de prestations, chiffre en légère hausse également. » Les agriculteurs retraités sont moins nombreux en 2015 qu’en 2014. Leur nombre (26 225) baisse de plus de 3 %. Le total de leurs pensions recule dans la même proportion. Les prestations santé, pour leur part, sont en hausse de plus de 2 % pour les salariés et les exploitants, « avec un fait notable : la hausse de 28 % des indemnités journalières (IJ) des exploitants par rapport à 2014. Ce jeune dispositif, obtenu de haute lutte par notre régime, a donc trouvé son public, mais il n’est pas encore utilisé au maximum des possibilités, et beaucoup moins en Alsace que dans d’autres régions. Des exploitants ou exploitantes ne demandent pas les IJ alors qu’ils ont parfois des maladies graves. » Au total, la MSA a versé plus de 348 millions de prestations légales, auxquelles s’ajoutent 2,60 M€ d’aides sociales. Les administrateurs avaient décidé l'an dernier de réorienter leurs priorités et d’accroître les aides sociales individuelles de près de 3 %. Plus d'employeurs qu'en 2014 Le ratio entre prestations et cotisations pour les salariés est déséquilibré : « Les cotisations salariales encaissées sont en léger recul de 1,35 %, mais uniquement sous l’effet des baisses de charges consenties par l’État, notamment en prestations familiales pour les employeurs. En revanche, le nombre d’heures de travail (21 millions) augmente, tout comme la masse salariale, ce qui est une bonne nouvelle, indique Christelle Jamot. En outre, nous avons enregistré 5 071 employeurs en 2015, contre 4 410 en 2014. Pour les encourager, des mesures de simplification ont été obtenues pour l’avenir par la Caisse centrale avec l’extension promise du Titre emploi simplifié agricole jusqu’à 20 salariés. » Pour le régime des agriculteurs, le ratio prestations-cotisations est très déséquilibré : « On observe une forte baisse des cotisations des exploitants, de 23 % par rapport à 2014, sous l’effet de la diminution de l’assiette (baisse des revenus des exploitants, et baisse de l’assiette Amexa décidée par les pouvoirs publics), souligne la directrice de la MSA. Les nouvelles baisses de cotisations annoncées en février par les pouvoirs publics devraient accentuer la tendance en 2016, et plus encore si la crise perdure. Nous n’avons jamais connu une telle chute des cotisations des exploitants, ni une telle hausse des demandes d’échéanciers, dont le montant a progressé de 22 %. » Pascal Cormery, président de Caisse centrale de la MSA, relève néanmoins que la prise en compte des problèmes de compétitivité par le gouvernement est une bonne chose. « Nous arrivons presque aux normes des cotisations sociales allemandes. Mais le problème est que lorsque les revenus sont à zéro, zéro moins sept fait toujours zéro. » Les salariés de la MSA (303 CDI) ont réalisé 8 127 heures supplémentaires en 2015, grâce à des crédits complémentaires attribués par la Caisse centrale. La prime d’activité a suscité 1 200 demandes de rendez-vous auprès de la MSA d’Alsace et une augmentation de 22 % des appels téléphoniques. Pour conserver une protection sociale performante, avec un réseau de 250 agences en France et de moins en moins d'exploitants, il faut « de l'activité », selon Pascal Cormery. « Est-il est normal qu'un négociant en grain, qui fait le même travail qu'une coopérative, même si la gouvernance n'est pas la même, ne soit pas affilié à la MSA ? Nous réfléchissons à un modèle d'action pour que nos 35 MSA puissent répondre à cette question. La décision appartiendra ensuite au Parlement. Je rassure les autres Caisses, notre objectif n'est pas de grossir. Nous représentons seulement 10 % des assurés. Mais il faut garder les spécificités du monde rural. »

Mutualité sociale agricole d'Alsace

Agir quand l'aide financière ne suffit plus

Publié le 26/05/2016

La MSA d'Alsace a choisi de tenir sa traditionnelle conférence de presse à la ferme Malaitis de Jebsheim. Après un incendie et pour faire face à la crise agricole, le chef de cette exploitation a accepté le soutien de la MSA.

Le matin du 20 mai, dans une exploitation portant toujours les stigmates de l'incendie de l'été dernier, le président de la Mutualité sociale agricole d'Alsace, David Herrscher, ouvre la rencontre sur le thème de la crise agricole avec ce constat : « L'Alsace est une région diversifiée en termes de filières, ce qui nous permettait de maintenir des revenus décents. 2015 est la première année où les revenus ont chuté à tel point que beaucoup d'exploitants ont rencontré des difficultés. » Pour répondre à cette baisse de revenus, la MSA a mis en place plusieurs dispositifs : la modulation des cotisations, le changement d'assiette pour le calcul des cotisations (se baser sur l'année précédente plutôt que sur les trois dernières années) et des délais de paiement. Le gouvernement a annoncé en février dernier des mesures complémentaires pour les chefs d'exploitation : la baisse de 7 points de cotisation d'assurance maladie et maternité (Amexa) pour l'année 2016 et le report de cotisations. Un cyclone sur les revenus En termes d'aide financière, la prime d'activité, lancée le 1er janvier dernier, est malheureusement victime de son succès. Pascal Cormery, président de la Caisse centrale de la MSA qui prenait part à cette conférence de presse, s'en désole : « Les pouvoirs publics prévoyaient 60 000 demandes, nous en sommes à 140 000. Soit plus de 5 000 demandes par semaine en France. La prime est demandée à 40 % par des exploitants agricoles et 60 % par des salariés. Et ce, pour espérer seulement autour de 250 euros ! Même si je reste optimiste, actuellement, c'est un vrai cyclone en termes de revenu. » Parfois, le soutien financier ou l'étalement des cotisations ne suffisent plus. « L'isolement peut entraîner des catastrophes familiales, affirme David Herrscher. Nous avons 528 délégués sur toute l'Alsace, ils sont les oreilles de la MSA, un relais indispensable pour connaître au mieux les situations du terrain. Nos conseillers sociaux ont détecté 1 200 cas de personnes en souffrance. Depuis un mois, nous avons mis en place un numéro spécial* et déjà plus de 23 appels nous sont parvenus. » « Si j'avais refusé l'aide, l'une des issues aurait pu être le suicide » Alfred Ritzenthaler, en Gaec avec son fils Yves depuis deux ans, présente son exploitation : « Elle compte 160 bêtes dont 75 vaches laitières, on produit 2 tonnes de lait par jour. On cultive une centaine d'hectares : maïs, blé et prairie. La moitié pour nourrir le bétail, le reste vendu à un négociant. Le blé est vendu à Alsépi. C'était avant le désastre. » L'an dernier un incendie a ravagé une grande partie de son exploitation. « Suite à l'appel d'un délégué de la MSA, je me suis dit ou j'accepte le soutien ou je dis non, je m'enfonce et la seule issue serait le suicide. J'ai décidé de leur faire confiance. J'ai bénéficié avec ma famille d'une aide psychologique. Cela nous a permis de remonter la pente et de retrouver confiance. » Avec d'autres personnes touchées par un accident de la vie, Alfred Ritzenthaler suit le « Parcours confiance ». « Cela m'a permis d'avoir à nouveau le goût de travailler. Grâce à la MSA, nous sommes ici et nous croyons à l'avenir. » L'avenir est représenté par ses fils, Yves et Lucas, avec qui il projette de reconstruire une nouvelle exploitation. Yves a bénéficié du « Passeport avenir jeunes », une enveloppe de 2 000 € destinée aux jeunes qui s'installent pour l'aide au financement d'une formation, d'un salarié, d'une mutuelle, de vacances… Les présidents des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, Thomas Gillig et Christophe Bitsch, soulignent le rôle essentiel de la MSA lors de l'installation, notamment grâce à cette aide. « On ne pourra pas aider si les prix agricoles n'augmentent pas », alerte Pascal Cormery. Pour autant, « la priorité est la prévention et la détection. Si l'agriculteur refuse, on est dans l'incapacité d'intervenir. » Le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass, salue le courage de ce témoignage et la capacité de l'agriculteur à rebondir. « On passe plus qu'une crise, c'est une mutation ». Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, s'accorde pour dire que l'agriculture est en mutation : « C'est un choc dans le monde agricole que nous ne pourrons pas gérer avec des pansements, il faut réorienter ».  Pas de bénévolat obligatoire pour les bénéficiaires du RSA affiliés à la MSA Éric Straumann, président du Conseil départemental, présente les liens entre le Département et la MSA : « Nous avons ensemble une convention de gestion du RSA : 200 bénéficiaires relèvent de la MSA, pour 20 000 bénéficiaires au total dans le Haut-Rhin et 30 000 dans le Bas-Rhin. Je précise que les heures de bénévolat ne les concerneront pas. Nous soutenons l'entreprise Germa qui met à disposition de l'agriculture du personnel en insertion. Nous menons des actions de prévention auprès des personnes âgées dans le secteur rural par un versement de 14 000 € à la MSA. Nous avons également des actions communes comme la protection maternelle et infantile et le service de remplacement du Haut-Rhin subventionné à hauteur de 8 000 €. La loi NOTRe ne nous permet plus d'effectuer des aides directes à l'agriculture, mais nous la soutenons à travers les Gerplan, les marchés paysans, l'abattoir départemental. Le Conseil départemental est à l'écoute du monde rural, avec les moyens dont il dispose, pour maintenir une agriculture de qualité. »

Publié le 23/05/2016

Afin de se mettre en conformité avec la fusion des régions, les Safer Alsace, Champagne-Ardenne et Lorraine ont décidé de procéder au regroupement des trois entités en une seule, et ce, au plus tard le 1er juillet 2017. Cette décision a été approuvée à l'unanimité des actionnaires présents de la Safer Alsace.

« La Safer Alsace est en train de vivre son dernier exercice sous la configuration actuelle », prévient le président Marc Moser. Mais il rassure : « Nos comités techniques resteront départementaux dans l'organisation de la Safer Grand Est. C'est la meilleure garantie pour répondre de manière adaptée aux enjeux locaux. » Avant de demander l'approbation de cette décision, la parole a été donnée aux invités de cette assemblée générale. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, confirme la nécessité d'un ancrage territorial : « La Safer est l'un des acteurs incontournables du territoire. Il faut que le travail fait ici soit au plus proche des attentes de l'économie et des citoyens. La Safer a un rôle politique aussi, en relation quotidienne avec les collectivités, les partenaires. La Safer doit pouvoir anticiper l'avenir, avoir une vision à long terme par son action et les compensations environnementales que l'on peut envisager dès aujourd'hui. Il faut qu'elle continue à donner de la compétitivité aux exploitations. Vous le faites beaucoup en viticulture, pourquoi ne pas aller plus loin en agriculture ? » « La régionalisation est complexe, mais pas insurmontable » Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d'Alsace, souligne la qualité historique de ce moment pour la Safer Alsace. Il balaie l'idée d'une baisse de pouvoir de l'Alsace : « Le poids de l'Alsace est celui que l'on veut lui donner. La grande région a un mérite : nous fédérer entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. L'identité alsacienne est en train de se renforcer dans cette grande région. La filière végétale est malmenée, la production animale est devenue complexe avec la fin des quotas laitiers. Il est important d'avoir auprès de nous une Safer dynamique. On peut définir des politiques régionales tout en gardant un ancrage territorial de proximité. La régionalisation est complexe, mais pas insurmontable. » Pour la directrice de la fédération nationale des Safer, Muriel Gozal, ce passage de 26 à 13 Safer dans notre pays est un « moment historique, surtout pas un enterrement. Il y a des perspectives intéressantes pour cette nouvelle échelle. Il faut en tirer le meilleur parti possible. Vous avez un marché qui se ferme, un parcellaire très atomisé, des transactions réalisées de manière complexe, on comprend l'importance de la dynamique de la Safer qui permet que les mutations aient lieu de manière coordonnée. Les missions de la Safer sont de donner accès au foncier aux porteurs de projet : pouvoir en devenir propriétaire ou le bénéficiaire, le renouvellement des générations, accompagner les stratégies des territoires et des filières. Les modèles agricoles sont divers. Il faut faire du sur-mesure. » Conserver la souveraineté alimentaire de la France Muriel Gozal a répondu à deux sujets abordés lors de l'assemblée générale. Concernant le portage de foncier, Franck Sander considère que « certains agriculteurs ne peuvent pas ou ne souhaitent plus acheter du foncier ». « La question du financement se pose dans tous les dossiers, estime Muriel Gozal. Des portages de court terme, de moyen terme et de long terme peuvent être proposés. On peut être agriculteur sans être propriétaire. Mais nous devons être attentifs : la prise de décision doit rester au chef d'exploitation. Pourquoi pas des apporteurs de capitaux, mais le centre de décision doit rester au chef d'exploitation. » Ceci est en lien avec le deuxième sujet plusieurs fois évoqué par les intervenants : l'acquisition par une société chinoise de nombreuses terres agricoles dans l'Indre : « En quatre à cinq transactions, 1 700 ha ont été acquis, sans aucune possibilité de contrôle. Le risque est de perdre notre souveraineté alimentaire. Il faut que nous gardions une cohérence tout en nous dotant d'outils d'intervention plus modernes. » Marc Moser conclut en précisant que « le législateur est en pleine réflexion pour faire évoluer les textes pour plus de transparence au niveau de ces pratiques ».

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