50e congrès de Jeunes Agriculteurs
« Alimentons notre avenir »
50e congrès de Jeunes Agriculteurs
Publié le 10/06/2016
Au cours de son congrès annuel qui s’est tenu du 31 mai au 2 juin dernier, Jeunes Agriculteurs a élu sa nouvelle équipe de représentants nationaux. Éleveur de bovins viande en Saône-et-Loire, Jérémy Decerle, précédemment en charge du dossier installation, prend la tête du syndicat et remplace ainsi le Bas-Rhinois Thomas Diemer. Samuel Vandaele prend le poste de secrétaire général, succédant à Florent Dornier.
À l’ouverture de sa deuxième journée de travail, le syndicat Jeunes Agriculteurs a présenté sa nouvelle équipe nationale pour les deux ans à venir. Une équipe fortement renouvelée, avec notamment un nouveau duo de tête. À noter, l’accession au bureau du Bas-Rhinois Sébastien Richard au poste de secrétaire général, après deux années passées en tant qu’administrateur. Avant de laisser la place au débat, le syndicat JA a invité, à l’occasion de ses 50 ans d’existence, ses anciens présidents et secrétaires généraux. « Jeunes Agriculteurs a toujours été aux côtés des agriculteurs même lors des crises mais aussi pour voir au-delà », souligne le président sortant, Thomas Diemer, dans son discours de fin de mandature. La matinée s’est poursuivie avec une table ronde sur l’histoire du syndicat et ses perspectives d’avenir. L’agriculture, au carrefour de voies multiples « La France s’est longtemps définie comme un territoire et un terroir de paysans. Nous sommes alors dans un consentement général du développement de l’agriculture en France. Les lois agricoles se font en faveur des jeunes et du renouvellement des générations », rappelle l’historien Jean-Luc Mayaud. Si l’agriculture de l’après-guerre est devenue le fer de lance de la relance économique, le contexte économique de nos jours a radicalement changé les points de vue et les attentes, tant sociétales que politiques. Pour Gérard Le Puill, journaliste à L’Humanité, « nous sommes aujourd’hui à une époque charnière pour réfléchir sur les conditions de l’exercice du métier d’agriculteur ». L’agriculture d’aujourd’hui doit faire face à de nombreux enjeux et défis comme celui du réchauffement climatique ou encore celui de l’augmentation de la population mondiale. Pour Gérard Le Puill, l’enjeu principal réside dans la gestion de la rareté des ressources : « L’avenir est à la proximité et non au libéralisme. Le bien le plus précieux au 21e siècle sera les terres agricoles. » Face à ce tournant la capacité d’adaptation de l’agriculture sera déterminante. Damien Abad, député de l’Ain, dénonce quant à lui la concurrence déloyale que subit l’agriculture au sein de l’Europe. Pour lui, « l’échelon territorial est aussi un levier, avec les économies d’échelles », citant ainsi la valorisation des produits régionaux dans les cantines. C’est d’ailleurs en ce sens que Jeunes Agriculteurs travaille, comme le rappelle Céline Imart-Bruno, vice-président de JA : « Les valeurs de JA poussent toutes les filières pour que les agriculteurs puissent obtenir du revenu et de la considération ». Autre évolution, celle de la gestion politique de l’agriculture. « Depuis sa création, le CNJA devenu ensuite Jeunes Agriculteurs a été un aiguillon de la profession », souligne Jean-Luc Mayaud. Gérard Le Puill rappelle, quant à lui, que « la mise en place, grâce à JA, de la Dotation jeune agriculteur, a fortement contribué à l’installation en agriculture ». JA faisait pleinement partie de la cogestion de l’agriculture qui existait entre les syndicats agricoles et les politiques. « Aujourd’hui on est éloigné de la cogestion telle qu’elle était », concède Céline Imart-Bruno. « On n’est plus sur une décision unique du gouvernement mais sur une pluralité des droits de regard avec l’insertion des sociétés civiles. Le lien avec la société est devenu une nécessité. » Pour JA, avec la multiplicité des centres de décisions, l’approche plurielle est déterminante. « Le seul moyen de se faire entendre est d’aller au contact de ceux qui prennent la parole, à savoir toutes les organisations qui prennent part au débat public », ajoute Joseph Dauzay, ancien directeur du CNJA. Pour des filières plus fortes Moment fort du congrès, le rapport d’orientation « Alimentons notre avenir par des filières structurées » a d’ores et déjà posé les jalons de la nouvelle mandature. JA dresse le constat d’une perpétuelle évolution en matière de consommation et d’une répartition des marges trop souvent inégale : « L’offre de produits alimentaires et les filières doivent s’adapter ». Si certaines filières se portent bien, comme la filière comté citée en exemple, ce n’est pas le cas de toutes. JA souligne « un manque de stratégie collective, nuisible aux filières », comme pour la filière viande bovine et plus précisément le cas du steak haché, où « le manque de segmentation par races est destructeur de valeur ajoutée pour les élevages allaitants ». Dans son rapport, JA s’interroge quant « aux importations de produits respectant des normes inférieures aux normes françaises » et demande l’étiquetage obligatoire pour tous les produits, transformés ou non à l’échelon européen. Le syndicat place la qualité de la production agricole française comme un véritable atout à condition qu’elle fasse l’objet d’une valorisation en termes de communication. Cette vision permettrait « de trouver de la valeur contrairement aux marchés de commodités qui entraînent les acteurs d’une même filière dans la course à la compétitivité destructrice de valeur ». JA estime que les agriculteurs doivent « reprendre en main la distribution des produits agricoles et alimentaires pour répondre à la demande des consommateurs, retisser des liens avec les citoyens et se réapproprier la valeur de la mise en marché et répartir la valeur créée de manière plus équitable ». Selon le syndicat, la structuration de l’offre et la sécurisation du revenu des agriculteurs passera par des interprofessions fortes au niveau national et régional, des politiques dirigées vers une alimentation saine et durable, une politique agricole commune davantage régionalisée dont la stratégie permettrait de sécuriser le revenu des agriculteurs en cas de crise. Pour JA, une filière n’est pas uniquement une succession d’actions, « une filière, pour réussir, doit mettre l’homme au cœur des stratégies ».












