Vie professionnelle

FDSEA-JA. Dégâts de corvidés

Les corbeaux en ligne de mire

Publié le 12/06/2016

Le phénomène n'est pas nouveau mais prend de l'ampleur. Face à l'importance des dégâts de corbeaux sur le secteur, les agriculteurs de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs des cantons de Marmoutier et Saverne ont organisé une rencontre à Lupstein.

« Comme si les conditions météorologiques n'étaient pas assez difficiles, il faut que les corbeaux s'en mêlent », peste Thierry Willem, nouveau président cantonal de la FDSEA de Marmoutier. Rien que sur la commune de Lupstein, ce sont près de 30 hectares de maïs qui ont été resemés. Le phénomène est particulièrement important ici, mais sur toutes les communes du secteur les agriculteurs ont dû resemer ou bien ils constatent des manques dans leurs parcelles. Si on ne compte que le prix de la semence, c'est un surcoût de 200 € de l'hectare et contrairement aux dégâts de gibiers, il n'y a pas d'indemnisation. « Ce qui est d'autant plus difficile pour nous, c'est que nous avons choisi de travailler en TCS et que ces parcelles sont particulièrement appétentes pour les corvidés. » Des agriculteurs désemparés Face à ce constat accablant, les délégués locaux FDSEA et Jeunes Agriculteurs du secteur se sont réunis en présence des chasseurs, de la Direction départementale des territoires, de la Fredon et de la municipalité. « Nous avons tenu à associer tout le monde car la solution ne pourra venir qu'à travers une action collective », a insisté Laurent Fischer, en charge de la problématique à la FDSEA. Les agriculteurs ont passé leur permis et ils ont pu constater que tirer des corbeaux n'est pas facile. «Vous les tirez une fois, ils font 100 m et 10 minutes plus tard ils sont de nouveau sur la parcelle», témoigne l'un d'eux.  Même problème avec les méthodes d'effarouchement : soit elles sont peu efficaces (cerf-volant, épouvantail) soit mal comprises des riverains (tonnfort, cadavres). Julien Jacob, des JA, a rappelé que le Mesurol, qui a un pouvoir corbifuge, est autorisé en Allemagne : « Une fois de plus en France, on veut laver plus blanc que blanc ». Insulte, vandalisme Hubert Gitz, chasseur sur la commune depuis plusieurs années, qui connaît bien les problèmes agricoles, y a détruit plus de 300 corbeaux. Tirer les corbeaux est assez difficile, cela nécessite beaucoup de temps, ce qui n'est pas forcément compatible avec une activité professionnelle. Le problème vient également des attaques dont font l'objet les chasseurs quand ils interviennent à proximité des corbeautières. « Nous sommes insultés, on nous envoie les gendarmes… » Le chasseur a également dû stopper le piégeage : « La nasse à corbeaux a été vandalisée sept fois, même avec la meilleure volonté du monde nous avons aujourd'hui abandonné ». Sur ce point, la municipalité a décidé de communiquer auprès des habitants sur le statut « nuisible » du corbeau et sur les dégâts qu'il cause, et de rappeler ce que risque une personne qui dégrade ou ouvre une nasse à corbeaux.  Laurent Fischer a réclamé de la sévérité à l'encontre des vandales et non pas envers les chasseurs. Par ailleurs, il est temps, pour lui, de rouvrir le débat sur le tir dans les nids. « Devant l'ampleur des dégâts, il faut pouvoir intervenir massivement. Un courrier en ce sens a d'ailleurs été envoyé au préfet et nous solliciterons nos députés sur le sujet. » (NDLR : lire aussi en pages 2 et 3). Philippe Wolff, représentant la DDT, a rappelé que le statut du corbeau permet de le tirer et de le piéger. Le tir dans les nids n'est pas autorisé. L'élagage des arbres peut permettre de diluer le problème quand il se concentre sur un secteur, a-t-il précisé. Une solution collective La Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon), représentée par Sonia Meyer, a présenté un dispositif de lutte collective, qui prévoit la mise en place massive de pièges sur un secteur géographique. « Des bénévoles sont formés pour relever les pièges et ainsi étaler la charge de travail. » En Loire-Atlantique les communes ont financé l'achat des nasses sur la base d'une cotisation à l'hectare. Une grande campagne de communication préalable avait été organisée pour sensibiliser le public. Pour Laurent Fischer, « il faut s'inspirer de ce dispositif, y travailler dès maintenant pour être opérationnel au printemps prochain. »  

50e congrès de Jeunes Agriculteurs

« Alimentons notre avenir »

Publié le 10/06/2016

Au cours de son congrès annuel qui s’est tenu du 31 mai au 2 juin dernier, Jeunes Agriculteurs a élu sa nouvelle équipe de représentants nationaux. Éleveur de bovins viande en Saône-et-Loire, Jérémy Decerle, précédemment en charge du dossier installation, prend la tête du syndicat et remplace ainsi le Bas-Rhinois Thomas Diemer. Samuel Vandaele prend le poste de secrétaire général, succédant à Florent Dornier.

À l’ouverture de sa deuxième journée de travail, le syndicat Jeunes Agriculteurs a présenté sa nouvelle équipe nationale pour les deux ans à venir. Une équipe fortement renouvelée, avec notamment un nouveau duo de tête. À noter, l’accession au bureau du Bas-Rhinois Sébastien Richard au poste de secrétaire général, après deux années passées en tant qu’administrateur. Avant de laisser la place au débat, le syndicat JA a invité, à l’occasion de ses 50 ans d’existence, ses anciens présidents et secrétaires généraux. « Jeunes Agriculteurs a toujours été aux côtés des agriculteurs même lors des crises mais aussi pour voir au-delà », souligne le président sortant, Thomas Diemer, dans son discours de fin de mandature. La matinée s’est poursuivie avec une table ronde sur l’histoire du syndicat et ses perspectives d’avenir. L’agriculture, au carrefour de voies multiples « La France s’est longtemps définie comme un territoire et un terroir de paysans. Nous sommes alors dans un consentement général du développement de l’agriculture en France. Les lois agricoles se font en faveur des jeunes et du renouvellement des générations », rappelle l’historien Jean-Luc Mayaud. Si l’agriculture de l’après-guerre est devenue le fer de lance de la relance économique, le contexte économique de nos jours a radicalement changé les points de vue et les attentes, tant sociétales que politiques. Pour Gérard Le Puill, journaliste à L’Humanité, « nous sommes aujourd’hui à une époque charnière pour réfléchir sur les conditions de l’exercice du métier d’agriculteur ». L’agriculture d’aujourd’hui doit faire face à de nombreux enjeux et défis comme celui du réchauffement climatique ou encore celui de l’augmentation de la population mondiale. Pour Gérard Le Puill, l’enjeu principal réside dans la gestion de la rareté des ressources : « L’avenir est à la proximité et non au libéralisme. Le bien le plus précieux au 21e siècle sera les terres agricoles. » Face à ce tournant la capacité d’adaptation de l’agriculture sera déterminante. Damien Abad, député de l’Ain, dénonce quant à lui la concurrence déloyale que subit l’agriculture au sein de l’Europe. Pour lui, « l’échelon territorial est aussi un levier, avec les économies d’échelles », citant ainsi la valorisation des produits régionaux dans les cantines. C’est d’ailleurs en ce sens que Jeunes Agriculteurs travaille, comme le rappelle Céline Imart-Bruno, vice-président de JA : « Les valeurs de JA poussent toutes les filières pour que les agriculteurs puissent obtenir du revenu et de la considération ». Autre évolution, celle de la gestion politique de l’agriculture. « Depuis sa création, le CNJA devenu ensuite Jeunes Agriculteurs a été un aiguillon de la profession », souligne Jean-Luc Mayaud. Gérard Le Puill rappelle, quant à lui, que « la mise en place, grâce à JA, de la Dotation jeune agriculteur, a fortement contribué à l’installation en agriculture ». JA faisait pleinement partie de la cogestion de l’agriculture qui existait entre les syndicats agricoles et les politiques. « Aujourd’hui on est éloigné de la cogestion telle qu’elle était », concède Céline Imart-Bruno. « On n’est plus sur une décision unique du gouvernement mais sur une pluralité des droits de regard avec l’insertion des sociétés civiles. Le lien avec la société est devenu une nécessité. » Pour JA, avec la multiplicité des centres de décisions, l’approche plurielle est déterminante. « Le seul moyen de se faire entendre est d’aller au contact de ceux qui prennent la parole, à savoir toutes les organisations qui prennent part au débat public », ajoute Joseph Dauzay, ancien directeur du CNJA. Pour des filières plus fortes Moment fort du congrès, le rapport d’orientation « Alimentons notre avenir par des filières structurées » a d’ores et déjà posé les jalons de la nouvelle mandature. JA dresse le constat d’une perpétuelle évolution en matière de consommation et d’une répartition des marges trop souvent inégale : « L’offre de produits alimentaires et les filières doivent s’adapter ». Si certaines filières se portent bien, comme la filière comté citée en exemple, ce n’est pas le cas de toutes. JA souligne « un manque de stratégie collective, nuisible aux filières », comme pour la filière viande bovine et plus précisément le cas du steak haché, où « le manque de segmentation par races est destructeur de valeur ajoutée pour les élevages allaitants ». Dans son rapport, JA s’interroge quant « aux importations de produits respectant des normes inférieures aux normes françaises » et demande l’étiquetage obligatoire pour tous les produits, transformés ou non à l’échelon européen. Le syndicat place la qualité de la production agricole française comme un véritable atout à condition qu’elle fasse l’objet d’une valorisation en termes de communication. Cette vision permettrait « de trouver de la valeur contrairement aux marchés de commodités qui entraînent les acteurs d’une même filière dans la course à la compétitivité destructrice de valeur ».  JA estime que les agriculteurs doivent « reprendre en main la distribution des produits agricoles et alimentaires pour répondre à la demande des consommateurs, retisser des liens avec les citoyens et se réapproprier la valeur de la mise en marché et répartir la valeur créée de manière plus équitable ». Selon le syndicat, la structuration de l’offre et la sécurisation du revenu des agriculteurs passera par des interprofessions fortes au niveau national et régional, des politiques dirigées vers une alimentation saine et durable, une politique agricole commune davantage régionalisée dont la stratégie permettrait de sécuriser le revenu des agriculteurs en cas de crise. Pour JA, une filière n’est pas uniquement une succession d’actions, « une filière, pour réussir, doit mettre l’homme au cœur des stratégies ».

Publié le 08/06/2016

Lundi 6 juin, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont convié des parlementaires alsaciens à une visite d'exploitation agricole. L'occasion de leur exposer quelques points que les responsables syndicaux souhaitent voir évoluer pour aider le monde agricole à sortir d'une crise agricole, à la fois généralisée et qui s'éternise.

Le rendez-vous était fixé à Kleingœft, au Gaec de la Prairie, une exploitation laitière. Devant une assemblée constituée de responsables des filières agricoles locales, de syndicalistes, d'élus à la Chambre d'agriculture d'Alsace, de représentants de l'administration et de parlementaires, Thierry Willem, l'un des associés du Gaec créé il y a 22 ans, raconte : « J'ai créé ce Gaec avec un couple qui est aujourd'hui parti à la retraite ». Pour les remplacer, Jacques Adloff s'est installé en hors cadre familial en 2005, après avoir suivi un cursus agricole. Une installation qui, pour être durable, s'est accompagnée de la reprise d'une autre exploitation agricole. La quantité de travail a donc elle aussi augmenté. Elle est abattue par Jacques Adloff, Thierry Willem, son épouse salariée, un autre salarié à temps partiel. « Nos enfants nous donnent aussi un coup de main, ce qui n'est pas négligeable », précise Thierry Willem. Pour vivre de la production de lait, le Gaec a mis en œuvre plusieurs actions pour limiter ses charges. Thierry Willem est ainsi président de la Cuma de la Zorn, ce qui lui permet de mutualiser les charges de mécanisation avec les 13 autres membres du groupement. Les associés travaillent aussi à l'amélioration de l'autonomie alimentaire du troupeau : « Nous avons augmenté la part des prairies dans l'assolement, et nous cultivons du méteil, un fourrage très riche en protéines du fait de la présence de légumineuses comme le pois, la féverole ou la vesce. Mais ce n'est pas toujours facile à réussir. » Durant sa carrière, Thierry Willem a régulièrement investi dans ses bâtiments d'élevage avec en ligne de mire « le bien-être animal et nos conditions de travail ». Dans l'étable, équipée d'une salle de traite en 2 x 8 avec décrochage automatique, les vaches laitières sont réparties en deux lots. D'un côté les vaches fraîchement vêlées, de l'autre les vaches en fin de lactation. Les deux lots reçoivent des rations adaptées à leur potentiel de production, afin d'optimiser le coût de l'alimentation. L'étable est équipée d'un système de raclage automatique pour récupérer les effluents d'élevage qui transitent par un séparateur de phase. Les éleveurs obtiennent d'un côté une phase liquide plus facile à épandre, de l'autre une phase solide, recyclée comme litière dans les logettes, avec des économies de paille à la clé. Prix du lait : intégrer les coûts de production Le Gaec de la Prairie a optimisé tout ce qui pouvait l'être. Et pourtant, comme tant d'autres éleveurs, Thierry Willem est inquiet : « Le prix du lait est catastrophique. On ne sait pas comment va se terminer l'année… » Thierry Willem livre son lait à la coopérative Unicoolait, sous contrat avec Lactalis. En 2015, la coopérative a pu revaloriser le prix payé par Lactalis de 20 € pour 1 000 litres, pour atteindre 320 €/1 000 l. Mais actuellement ce prix est passé à 270 €, un prix inférieur au prix de revient, et est annoncé à 260 € pour l'été. « Lactalis a un comportement inacceptable, ce sont eux qui paient le moins bien le lait », dénonce Denis Ramspacher, vice-président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), qui estime que le prix d'équilibre, qui permettrait aux éleveurs de continuer à investir pour rester compétitifs se situerait plutôt à 350 €. Didier Braun, responsable du groupe lait à la FDSEA du Bas-Rhin, ne mâche pas non plus ses mots envers Lactalis : « Cet industriel est un des leaders mondiaux de la transformation du lait. Il devrait donc être exemplaire sur la répartition des marges. Mais on a l'impression que son développement s'est fait sur le dos des producteurs. » « Dans la construction du prix de lait, il faut partir des coûts de production et légiférer en ce sens, car nous ne sommes pas en position de force face aux centrales d'achat qui imposent leurs règles du jeu », renchérit Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, ouvrant le bal des revendications énoncées face à Guy-Dominique Kennel et Claude Kern, sénateurs ; Laurent Furst, Antoine Herth et Patrick Hetzel, députés ; et Anne Sander, députée européenne. Car l'objectif de cette rencontre, c'était bien de faire passer quelques messages avant que les parlementaires débattent notamment de la loi Sapin II, qui encadre les relations entre les producteurs et les metteurs en marché, et de la loi biodiversité, « qui nous impose un certain nombre de choses qui pourraient fragiliser nos filières ». À quand une compensation agricole ? Concernant la loi Sapin II, les responsables professionnels agricoles souhaitent que les parlementaires fassent en sorte qu'elle impose davantage de transparence aux metteurs en marché, « par exemple en étant plus contraignante sur la publication de leurs comptes », demande Didier Braun qui exige aussi « davantage de transparence sur l'origine des produits entrant dans la fabrication des plats transformés ». Fabien Metz, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin, s'est exprimé sur la loi biodiversité : « Nous vivons de la nature et de la biodiversité, mais nous estimons aussi que cette loi ne doit pas tout mettre sous cloche, ni figer des situations qui feront que nous serons confrontés à des dégâts. » Le principe de non-régression de la biodiversité, qui n'a d'ailleurs pas été adopté par le Sénat, inquiète en premier les agriculteurs, car il sous-tend le principe de compensation, qui veut que si une zone naturelle est artificialisée, l'équivalent de trois à cinq fois cette surface doive être renaturé ailleurs. Des surfaces qui sont généralement prises au monde agricole : « La construction d'une éolienne équivaut à 2 ha de terres à renaturer, qui seront prises à l'agriculture. Mais comment la perte que cela représente est-elle compensée auprès de l'agriculteur ? On n'en parle jamais. » Or l'accès au foncier reste un dossier brûlant, comme le rappelle Laurent Fischer, trésorier de la FDSEA du Bas-Rhin, qui regrette de voir 1 700 ha de terres agricoles acquises par des investisseurs étrangers dans le Berry, et des zones d'activité se construire alors que d'autres sont à l'abandon à Lingolsheim, La Vigie ou encore au Port-du-Rhin. En outre, le principe de non-régression pourrait avoir des conséquences économiques directes sur les exploitations, d'ores et déjà confrontées à des difficultés à gérer certaines espèces : « Quand les dégâts sont trop importants, il faut avoir le courage de revoir le classement des espèces pour qu'elles soient considérées comme nuisibles. » Redonner un cap à l'agriculture Les parlementaires se sont montrés sensibles aux arguments des agriculteurs, ont posé des questions sur les leviers d'action à manœuvrer, mais ont aussi insisté sur les difficultés à faire bouger les lignes face à une « majorité fragile et divisée, qui a donc du mal à laisser l'idéologie et les symboles s'effacer devant le pragmatisme, analyse Antoine Herth. Ainsi, le dossier des néonicotinoïdes est l'otage de la volonté politique de montrer que le gouvernement se préoccupe d'écologie ». Patrick Hetzel confirme, par exemple, que le lobby anti-néonicotinoïde a été « considérable » et qu'en matière de protection phytosanitaire il y a « un travail collectif de communication à mener afin de faire passer le message de leur utilisation de plus en plus raisonnée ». Conscient de la gravité de la situation - « 14 % des exploitations agricoles seraient à la limite du dépôt de bilan » -, Antoine Herth exhorte les agriculteurs à « se projeter dans l'avenir, à élaborer une stratégie de reconquête ». Pour sa part, il appelle de ses vœux qu'un cap soit enfin redonné à l'agriculture.

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