Vie professionnelle

Patrick Bastian, conseiller régional

Un pacte pour la ruralité

Publié le 27/06/2016

La Section départementale des anciens exploitants du Bas-Rhin a réuni récemment ses délégués cantonaux à la Maison de la Région à Strasbourg. L'occasion de se familiariser avec le fonctionnement de la grande région, sous l'égide de Patrick Bastian, conseiller régional.

La Région Grand Est vient d'adopter le budget primitif 2016, le premier de son histoire. Il s'élève à 2,5 milliards d'euros (Md€), dont 800 millions d'euros (M€) consacrés aux dépenses d'investissement. Au lendemain de ce véritable marathon budgétaire, Patrick Bastian prévient : il ne faut pas s'attendre à faire des économies. « C'est un budget d’harmonisation des politiques des trois anciennes Régions. Dans cette phase de mise en place de la nouvelle région, il fallait partir d'un socle commun. Il reste beaucoup de travail à accomplir pour lancer cette grande machine. » Dans cette grande région, la déprise médicale et hospitalière est flagrante, a indiqué Patrick Bastian. « Même si la santé n'est pas de la compétence de la Région, c'est un problème auquel nous devons nous atteler d'urgence, en renforçant l'attractivité de nos territoires », indique le conseiller régional. L'Alsace est une région très peuplée et au niveau de vie plus élevé, mais dans des départements comme la Meuse ou la Haute-Marne, il est très difficile d'attirer de jeunes médecins. « 30 % des médecins vont partir à la retraite prochainement. Si on ne trouve pas de financement pour inciter les médecins à s'installer, on court à la catastrophe. C'est aussi cela, le pacte de la ruralité : faire en sorte que les jeunes médecins formés aujourd'hui aient envie de s'installer à la campagne. » Renforcer le budget de l'agriculture Sur un budget de 2,50 Md€, c'est la formation et les transports qui constituent les postes les plus importants. 23 M€ sont injectés tous les ans dans l'agriculture, l'agroalimentaire et la forêt. « C'est l'un des plus petits budgets, et je le regrette, car il est amplifié par le Feader. C'est notre rôle d'élus agricoles de faire augmenter ce budget. Nous sommes l'une des premières régions agricoles françaises, avec près de 50 000 exploitations agricoles. En y ajoutant l'industrie agroalimentaire, nous constituons la première puissance économique de cette région. » Patrick Bastian a évoqué le Plan bâtiment, dont le budget n'est pas suffisant. « Nous nous devons d'accompagner les exploitants entreprenants. Nous avons bon espoir de doubler le budget pour pouvoir satisfaire au moins 70 dossiers en Alsace. » Patrick Bastian est satisfait que le premier pacte signé par les nouveaux conseillers régionaux soit celui de la ruralité. Le but est de rendre les territoires ruraux plus accessibles. « Notre premier chantier est celui du numérique. À l'horizon 2020, toute l'Alsace devra être couverte. » La bataille sur le marché mondial reste primordiale. « La Région ne doit pas oublier qu'une grande partie de notre développement passe par l'exportation. Dans le même temps, nous devons développer les circuits courts, notamment dans la restauration hors foyer - pas seulement les restaurants de collectivités, mais aussi les restaurants d'entreprise. » Dans ce domaine, « on n'est pas bon », estime Patrick Bastian : l'agriculture n'est pas toujours en mesure de fournir les quantités demandées. « Il faut mettre des moyens afin d'organiser l'offre et de répondre à la demande. Cela marchera à une seule condition, qu'on accepte de revaloriser le prix de ces repas pour que le producteur s'y retrouve. » Patrick Bastian veut s'efforcer de dégager des moyens supplémentaires pour l'installation des jeunes. « Si on n'y prend garde, l'agrandissement des exploitations empêchera l'installation des générations futures. Pour cette année, c'est trop tard, mais il faut être prêt pour le débat sur les orientations budgétaires de 2017 qui aura lieu prochainement. » Concernant le dossier Copvial, Patrick Bastian a rassuré les agriculteurs : « La Région répondra présent lorsqu'il s'agira d'aider le repreneur et de soutenir les éleveurs sinistrés. Ces aides dépendront de la solution retenue. » Conclusion de Paul Schiellein : « Tant qu'il y aura des personnes compétentes pour s'approprier des dossiers et qu'on y ajoute un peu de passion à la Bastian, on ne peut qu'être optimiste ».

Chambre régionale d'agriculture du Grand Est (Crage)

Pour une agriculture performante et innovante

Publié le 25/06/2016

La Crage a tenu sa session plénière vendredi 17 juin à Sainte-Croix-en-Plaine. L'occasion de faire un premier bilan après six mois d'activité dans cette grande zone géographique, mais également de parler d'avenir et de développement stratégique.

En ouvrant cette session, le président de la Chambre d'agriculture d'Alsace (CAA) Laurent Wendlinger s'est voulu positif. Il s'est félicité du chemin déjà parcouru ensemble par les trois régions historiques. En tant que conseiller régional, il a rappelé que le président de la région Grand Est, Philippe Richert, avait rencontré le 24 février dernier les forces vives du monde agricole pour définir avec eux la politique agricole de cette grande région. Il a ainsi assuré que la compétitivité des entreprises agricoles et leur modernisation par le biais de l'innovation et du savoir-faire étaient au cœur des préoccupations du conseil régional. Sur le budget 2016, ce sont plus de vingt millions d'euros qui ont été octroyés pour accompagner les politiques agricoles dont six millions d'euros en faveur des élevages inscrits dans le plan bâtiment. Le soutien du conseil régional passe également par la formation professionnelle, le tourisme, l'environnement ou encore le soutien aux lycées agricoles. « La tâche est grande, mais sachez que la région restera un partenaire fidèle pour affronter avec vous les nombreux défis de demain. La région Grand Est, comme la Chambre d'agriculture, est en ordre de marche pour assurer la continuité de nos politiques », a conclu Laurent Wendlinger. Une motion pour un classement en zone de « catastrophe naturelle » L'actualité agricole du moment est difficile. Du point de vue économique d'une part, mais également par rapport aux conditions météorologiques. C'est ce qu'a rappelé le président de la Crage Jean-Luc Pelletier. « Intempéries et inondations marquent brutalement cette fin de printemps. Nous ne pouvons que ressentir une forte compassion pour nos collègues agriculteurs qui souffrent et j'espère sincèrement que, par nos travaux, nous apporterons notre pierre à la reconstruction de notre profession ». En Alsace, en effet, le volume de précipitations depuis avril est deux fois plus important que la moyenne régionale. Les semis se sont déroulés dans des conditions pénibles. Plusieurs phénomènes se sont conjugués et ont débouché sur des inondations. Les cultures céréalières souffrent. « Et toutes les productions d'élevage de ruminants sont particulièrement touchées. De nombreux éleveurs ont dû rentrer les animaux qui avaient été mis à l'herbe début avril. Les parcelles de prairies submergées ont été malmenées et dégradées par les piétinements. Les récoltes de fourrage sont en train d'être perdues avec des conséquences encore non mesurables sur la quantité et la qualité des stocks actuels et futurs », ajoute Jean-Luc Pelletier. Les vignobles d'Alsace et de Champagne ne sont pas davantage à la fête. Le mildiou et l'apparition de pourriture sur feuilles et grappes sont bien présents. Cette situation difficile s'ajoute à celle déjà compliquée de certaines filières. « Les dégâts causés par les récentes intempéries sont tels que même les assurances ne nous permettront pas de faire face aux difficultés. Et avec les problèmes de l'abattoir d'Holtzheim, les agriculteurs ne savent plus où ils en sont. Il faut réfléchir à de nouveaux outils pour pouvoir les accompagner. Car, vraiment, aucune filière n'est épargnée. Nous devons demander d'urgence aux pouvoirs publics de tenir compte des conditions climatiques exceptionnelles actuelles lorsque seront réalisés les déclarations et les contrôles de la Pac pour 2016. Par ailleurs, je demande l'adoption d'une motion pour le classement en zone « catastrophe naturelle » de toute la région Alsace Champagne Ardenne Lorraine au titre de l'agriculture », explique Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin. Une motion, qui a été approuvée à l'unanimité. Pour autant, les représentants agricoles du Grand Est préparent l'avenir et cherchent à avancer. Un gros travail a déjà été réalisé lors de ces six premiers mois d'existence. Le schéma de gouvernance, approuvé en février 2016, se déploie. Les commissions fonctionnent. Les chantiers se coordonnent. À l'image, en interne, de la préparation de la régionalisation des fonctions supports (ressources humaines, systèmes d'information, administration), mais également celui de la préparation du transfert du périmètre régional de la Chambre de région Alsace dans le cadre de la création de la Chambre régionale. Cette dernière sera donc au complet avec les trois fondateurs au 1er juillet prochain. Trois défis En outre, le projet de développement stratégique de la Chambre d'agriculture se construit. L'ambition des élus est de créer les conditions d'une agriculture performante et innovante. « Pour réussir, trois défis s'offrent à nous. Nous devons créer de la valeur dans les exploitations et dans les filières en amont et en aval pour développer la compétitivité, générer de l'emploi. Nous devons également consolider les systèmes de production spécifiques à une région caractérisée par une agriculture très diversifiée, et adaptés au contexte géographique tout en se basant sur les atouts du maillage territorial, sur la force des organisations en place. Nous devons enfin préserver les ressources naturelles et contribuer à l'aménagement équilibré du territoire, au développement des relations villes-campagnes », assure Jean-Luc Pelletier. Une réussite qui passe par le réseau des Chambres d'agriculture (la Chambre régionale et les neuf Chambres départementales et/ou interdépartementales). Quatre axes sont clairement identifiés : assurer le renouvellement des générations, le développement de l'emploi et des compétences ; développer l'innovation et la bio économie au service de la compétitivité et de la préservation des ressources naturelles ; développer le potentiel technique et économique des filières existantes, et accompagner l'émergence de nouvelles filières ; promouvoir une agriculture au service de la dynamique des territoires, facteur d'attractivité de la région. « Le projet agricole pour le Grand Est devra permettre l'initiative et l'expérimentation territoriale infra-régionale de manière à favoriser l'agilité dans l'accompagnement des mutations des diverses filières. La mise en oeuvre de ce projet et la construction de cette nouvelle région nécessite aussi de participer à l'organisation, au niveau Grand Est, de réseaux de partenaires que sont, par exemple, les jeunes agriculteurs, la Safer », a conclu Jean-Luc Pelletier. Transfert du périmètre régional La session a par ailleurs permis de présenter le budget rectificatif de la Chambre d'agriculture, d'évoquer les travaux des différentes commissions et enfin d'évoquer le transfert du périmètre régional de la Chambre d'agriculture d'Alsace dans la nouvelle structure régionale du Grand Est. Ainsi, le transfert des biens et des personnels de la CAA vers la Crage sera réalisé avant ce 30 juin 2016. Il s'agit d'intégrer les effectifs pour mettre en place la nouvelle organisation et préparer à la mise en application du décret sur l'organisation du réseau des Chambres mais également de régionaliser les activités qui sont d'ores et déjà mises en oeuvre à l'échelle des trois trois territoires comme Ecophyto, le maraîchage et Planète Légumes. Ce transfert concerne huit salariés et neuf bureaux pour une valeur immobilière de 282 000 euros.  

Le mal-être des agriculteurs

Identifier la détresse en amont

Publié le 22/06/2016

Le monde agricole est mis à rude épreuve, ces derniers temps. Ces difficultés, il est dur de les surmonter tout seul. Mais demander de l’aide n’est pas évident. La Mutualité sociale agricole d'Alsace s'investit auprès de ses adhérents pour les aider à franchir le cap. Un numéro spécial a été mis en place pour intervenir le plus tôt possible.

C'est bien connu, les agriculteurs ont les pieds sur terre. Mais il arrive un moment où même le chêne le plus solidement enraciné finit par trembler sur ses bases lorsque les éléments se déchaînent. Alors que les attaques médiatiques contre le monde agricole se multiplient, la crise de l'élevage et les déboires de l'abattoir régional provoquent chez certains un sentiment d'impuissance, voire de désarroi. Parfois aussi, la colère devant tant d'infortune se double d'un profond mal-être. Les agriculteurs sont généralement bien entourés par une famille qui les chérit, qui comprend mieux que personne leurs difficultés puisqu'elle les partage au quotidien. Ils peuvent aussi compter sur la solidarité du monde agricole qui n'est pas un vain mot. Cependant, dans certaines situations, on se sent seul - à tort ou à raison - et on se referme sur soi-même, plutôt que d'appeler à l'aide. Éviter le passage à l'acte désespéré Pourtant, tout un dispositif a été mis en place pour épauler les agriculteurs en détresse. Un dispositif dont la Mutualité sociale agricole est le pivot central. Sensible au mal-être des agriculteurs, la MSA d'Alsace a ouvert un numéro dédié au signalement des situations de détresse, le 03 88 81 75 95, ces appels aboutissant chez des professionnels formés à l'écoute. Mais elle va beaucoup plus loin, comme elle l'indique dans la plaquette résumant l'ensemble des mesures mises en place. En plus des aides financières pouvant être accordées (lire en encadré), élus et salariés de la MSA d'Alsace se mobilisent pour identifier les situations de détresse et accompagner les adhérents en grande fragilité. Ils mettent tout en œuvre pour apporter un soutien moral et psychologique aux agriculteurs en souffrance. « Notre ancrage dans la ruralité est notre force de frappe », affirme David Herrscher, président de la MSA d'Alsace. 1 200 adhérents ont ainsi pu être accompagnés ces derniers mois par les conseillers sociaux. L’un des enjeux majeurs est d’identifier le plus précocement possible les adhérents en difficulté, afin d’agir au plus vite et d’éviter des drames. C’est pourquoi la MSA mise sur tous ses réseaux pour signaler les situations de détresse. Élus, partenaires agricoles et leurs techniciens, centres de gestion, personnels MSA, tous sont mobilisés et à l’écoute des adhérents sur le terrain. Un incendie, des propos inquiétants, une situation financière délicate sont autant de points de vigilance et d'alerte. Dès qu’une situation de fragilité est repérée et confirmée, l’adhérent est orienté vers les conseillers sociaux de la MSA afin de bénéficier d’un accompagnement et, si nécessaire, d’aides financières. Un accompagnement à plusieurs dimensions En 2011, la MSA a mis en place un plan de prévention du suicide des agriculteurs. Elle a créé des cellules spécialisées, composées de médecins et de travailleurs sociaux pour prendre en charge les situations de détresse. En 2014, un numéro d’écoute téléphonique national s’est ajouté au dispositif, Agri-écoute. Le n° 09 69 39 29 19 d'Agri-écoute est disponible 7 jours/7 et 24 h/24 et apporte aux appelants un premier soutien par une écoute anonyme et confidentielle, quel que soit le moment de la journée ou de la nuit, face au découragement, lorsque l’on ressent le besoin de parler à quelqu’un, d’être écouté ou de se libérer d’une étreinte d’angoisse. Faites connaître ce numéro autour de vous ! Ce service d’écoute permet d’éviter un éventuel passage à l’acte et peut faire office de premier sas vers une démarche d’accompagnement plus approfondi. Depuis la crise de 2015, la MSA d’Alsace a créé en plus une cellule locale « filière en crise ». Cette cellule permet de prendre en charge immédiatement l’adhérent, de l’informer et de déclencher une coordination pluriprofessionnelle pour rechercher des solutions concertées et personnalisées. Le cas échéant, de soutien financier, de soutien psychologique et d’accompagnement vers le changement. Un exemple probant de l’intérêt du guichet unique MSA. La MSA propose en outre des aides spécifiques à caractère social et familial pour accompagner de manière plus personnalisée ses adhérents : pour des dépenses de santé particulières, l’aide aux études ou aux vacances des enfants ou bien pour financer un service de remplacement, ou avec un service de médiation aborder les conflits au sein de la famille ou entre associés… De même, pour faciliter la rencontre avec des professionnels de santé et d’accompagnement psychologique, elle peut prendre en charge des consultations chez un psychologue ou un psychothérapeute, un professionnel à l'écoute qui fera des propositions de prise en charge en fonction des besoins et des attentes. Cette crise s’enracine, mais le conseil d’administration de la MSA compte aller de l’avant. Il œuvre pour que soit réinstauré un système de préretraite pour les exploitants en fin de carrière confrontés à des difficultés insurmontables. Il renforce les partenariats avec les acteurs locaux et agricoles pour partager l’information et répondre le plus justement aux besoins des adhérents. Il travaille notamment étroitement avec les centres de gestion pour conseiller au mieux leurs clients et identifier rapidement les situations préoccupantes. David Herrscher l’affirme : « Il faut que le partenariat et les échanges d’information entre OPA fonctionnent encore plus en 2016. Pas de partenariat sans solidarité. »

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