Vie professionnelle

Philippe Mangin en Centre Alsace

Ville-campagne : une agriculture connectée

Publié le 27/07/2016

Le premier acte de la Région Grand Est a consisté à jeter les bases du Pacte pour la ruralité. À la veille de la trêve estivale, Philippe Mangin, vice-président du Conseil régional, a voulu se rendre compte, en terre alsacienne, comment des exploitations agricoles voulant se développer peuvent coexister avec une population dense et une économie dynamique. Étude de cas en Centre Alsace.

Première étape à Muttersholtz pour Philippe Mangin, vice-président du Conseil régional. Il était accompagné de Patrick Bastian et Bernard Gerber, conseillers régionaux, ainsi que d’un aréopage d’élus et de responsables agricoles. Le maire, Patrick Barbier, les a accueillis dans la Maison de la nature du Ried et de Centre Alsace. Ce centre d’initiation à la nature et à l’environnement propose une découverte des milieux naturels du Ried, à travers des visites guidées, des ateliers, des balades. Dans cette zone de prairies inondables, à la faune et à la flore particulières, la sensibilité environnementale est très forte : « Les premières mesures agroenvironnementales ont été mises en place ici, explique Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. J’ose espérer que le Conseil régional continuera à soutenir cette politique. » La deuxième étape a conduit les participants à l’ancienne centrale hydroélectrique de Muttersholtz (photo 1). L’occasion, pour le maire, de présenter le projet d’équilibre énergétique de la commune qui prévoit de relancer la production d’électricité grâce à l’installation de nouvelles turbines. Cette centrale entrera en service l’an prochain et couvrira les trois quarts de la consommation électrique communale, celle-ci devant baisser à l’avenir grâce à une série de mesures d’économie d’énergie. Acharnement environnemental Tout à côté, dans la ferme de Roland Sigwalt et Claude Jehl à Muttersholtz, la problématique des inondations printanières a été posée (photo 2). Les deux associés du Gaec du Cygne cultivent 112 hectares, dont 50 ha de prairies, et élèvent 65 vaches laitières et leur suite, pour une production de 600 000 litres de lait. Ils visent l’autosuffisance fourragère, mais celle-ci est menacée : « Nous avons réussi à faucher certaines prairies avant les inondations d’avril, mais les autres, nous ne les récolterons pas car l’herbe est de qualité médiocre. Elle sent le poisson ! » Le Gaec du Cygne a décidé de ne pas s’engager dans un nouveau contrat MAEC, cette année : « Les obligations de ce programme, en particulier l’interdiction de faucher avant le 1er juillet, ne sont pas compatibles avec notre façon de travailler ». Roland Sigwald a dénoncé l’empilement des contraintes environnementales, entre périmètre de captage et protection des prairies. « Cet acharnement environnemental est notre plus gros souci. À un moment donné, il faut arrêter ! » « Les ruraux viennent vers les citadins » Embarquement pour Sélestat, où Denis Digel, président des Maraîchers réunis de Sélestat, dévoile les projets innovants de la coopérative qui réunit treize producteurs (photo 3). Spécialisée dans la salade - elle en produit 2 500 tonnes par an -, elle s’est équipée d’un système performant de lavage et d’hydrocooling pour une meilleure conservation. Cette production est vendue dans tout l’est de la France, notamment à travers les magasins Lidl. « La défense des produits locaux menée par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace commence à porter ses fruits : les consommateurs les demandent et les distributeurs sont obligés d’en proposer. » Denis Digel regrette cependant que les relations amont-aval soient si compliquées. C’est pour s’affranchir de cette pression que la coopérative a décidé de se lancer dans la vente directe. Elle a été sélectionnée pour participer au projet d’Agroparc qui devrait voir le jour en 2019 à Vendenheim. « Nous avons également l’ambition d’ouvrir un magasin de producteurs fermiers à Sélestat et à Colmar, poursuit Denis Digel. Notre objectif est de mutualiser nos efforts pour offrir aux consommateurs urbains, en un point de vente unique, l’ensemble des productions agricoles et alimentaires du secteur, afin de générer de la valeur ajoutée. » À Colmar, l’opportunité s’est présentée d’acquérir un ancien magasin Lidl de 600 m2, route de Neuf-Brisach. Une SCI a été constituée pour porter ce projet qui associe 25 producteurs fermiers de Centre Alsace. « Ce choix stratégique est primordial. Je ne me vois pas être producteur pour la grande distribution. » À Philippe Mangin qui s’inquiète de la réaction des distributeurs, il réplique : « Ils n’ont qu’à payer le prix ! » Attention, souligne Jean-François Vierling, président d’Alsace Qualité. La grande distribution, qui représente 75 à 80 % de la commercialisation, reste incontournable. « Notre ennemi, ce ne sont pas les magasins, mais les centrales d’achat qui ne considèrent que le prix. » La vente directe, un créneau d’avenir Marcel Bauer, maire de Sélestat et président de la commission agricole du Conseil départemental du Bas-Rhin, poursuit : « Je ne peux que soutenir les maraîchers dans leur démarche. S’ils ne prennent pas leur destin en main, ils sont condamnés à disparaître. Et alors, tous les légumes que nous mangerons viendront d’Allemagne. » Jean-Paul Bastian l’affirme, « c’est en multipliant les démarches alternatives que nous parviendrons à modifier le rapport de force. » En Alsace, 3 500 agriculteurs font de la vente directe (en dehors du secteur vin). C’est, estime-t-il, une des façons de faire vivre le modèle agricole alsacien. « Il faut trouver les moyens financiers pour encourager cette évolution. La Chambre d'agriculture est très pushing là-dessus », affirme Jean-Paul Bastian. La prochaine étape mène les participants à la ferme-auberge des Cimes à Urbeis. Quels meilleurs interlocuteurs que Bertrand Richard, son épouse Françoise et leur fils Sébastien, pour aborder le thème de l’agriculture de montagne ? « J’ai toujours milité pour une politique de montagne cohérente à l’échelle du massif vosgien, explique Bertrand Richard. La grande région devrait permettre d’avancer sur cette voie. Tous les agriculteurs du massif doivent bénéficier des mêmes aides à l’investissement. » « L’agriculture de montagne reste fragile » En Alsace, la problématique de l’agriculture de montagne a été prise à bras-le-corps à la fin des années 1990. « Nous étions une poignée d’agriculteurs motivés. Suite à l’arrêt de la collecte de lait par les laiteries, nous devions mettre en place une stratégie pour valoriser nos productions. Sans transformation, sans valorisation, nous étions morts. Une dynamique s’est créée, les fermes se sont restructurées, et aujourd’hui des jeunes investissent. Nous sommes précurseurs dans ce domaine. » L’agriculture de montagne reste fragile, prévient Bertrand Richard. « Nous avons réussi à sortir la tête hors de l’eau mais nous ne sommes pas à l’abri. C’est dans cette optique que nous avons créé un nouveau fromage, Cœur de massif, produit avec du lait de vosgienne. » Jean-Marc Riebel, président de la Communauté de communes du Val de Villé, présente les actions entreprises pour lutter contre la fermeture des paysages, nuisible à l’agriculture, mais aussi au tourisme, comme la suppression des microboisements et l’amélioration pastorale. « Nous avons défriché et remis en herbe 220 ha. » Cette politique agricole s’est développée en partenariat avec la Chambre d'agriculture et la Communauté de communes de la Vallée de la Bruche, dans une dynamique de coconstruction. « C’est là que nous avons besoin du soutien des collectivités territoriales. » S’associer pour mieux vendre Terminus de ce périple rue de la Gare à Villé, pour visiter le point de vente collectif Fermes et Compagnie (photo 4). Ce magasin de producteurs, explique Nanou Humbert d’Urbeis, est installé dans une ancienne usine. Tous les samedis, il accueille les clients à la recherche de produits de qualité et de proximité. « Après une formation en 2005, nous avons ouvert un premier magasin à Triembach l’année suivante. » Le succès est au rendez-vous, mais en raison de la fréquentation élevée, les producteurs se mettent en quête d’un local plus grand. Fin 2013, ils emménagent dans les locaux actuels qu’ils ont rénovés et aménagés. Rapidement victimes de leur succès, ils sont obligés d’agrandir le local de vente. Plus de trente producteurs proposent aujourd’hui leurs produits dans ce magasin qui fonctionne sous forme d’association et emploie une salariée, les producteurs assurant une permanence à tour de rôle.

Produits de qualité et restauration collective

« Mettre les politiques devant leurs contradictions »

Publié le 16/07/2016

Comment favoriser les produits label rouge et à Indication géographique protégée en restauration collective ? Tel était le thème de la table ronde qui a clos l’assemblée générale de FedeLIS, mercredi 15 juin au Bischenberg.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes : à l’exception de l’agriculture biologique, les signes officiels de qualité peinent à se faire une place dans la restauration collective. Si le label rouge frôle la barre des 5 % pour les fruits et légumes, les viandes de porc, de veau et d’agneau, les indications géographiques n’ont pas vraiment droit de cité. Seule la volaille tire son épingle du jeu, avec 15 % de label rouge, 2,5 % d’AOP et moins d’1 % d’IGP. Pour Dominique Benezet, délégué général du Syndicat national de la restauration collective, les sociétés de restauration collective ont deux clients en face d’elles : le client et le consommateur. « La demande du consommateur de prendre en compte le critère qualitatif est forte, mais c’est le client qui détermine la qualité de la prestation, en fonction du prix qu’il est prêt à y mettre. Pour développer une restauration de qualité, il faut mettre les politiques devant leurs contradictions », estime-t-il. « Le convive demande autre chose » Éric Lepêcheur, président de Restau’co, réseau de gestion directe auquel adhèrent les Crous, partage cet avis : « Le consommateur, dans sa vie personnelle ou professionnelle, recherche davantage de qualité. Mais il doit être conscient que la qualité a un prix. Ce n’est pas vraiment le discours ambiant, notamment dans la grande distribution qui prône le moindre coût. » Il y a une vraie demande du consommateur sur l’origine des produits, le producteur, poursuit-il. « Nous nous efforçons d’avoir cette lisibilité dans les restaurants. Nous affichons le visage du producteur, c’est une forme de réassurance face aux problématiques sur les produits venant de l’extérieur, aux craintes suscitées par les futurs accords commerciaux internationaux. » Pour Éric Lepêcheur, la restauration collective est un vrai vecteur d’information sur l’origine des produits, l’intérêt de consommer français. « Le rôle de l’élu est plus prégnant s’il peut développer son territoire par des achats locaux de qualité », souligne-t-il. Pour Dominique Benezet, le consommateur recherche avant tout la diversité et la qualité organoleptique, la sécurité alimentaire étant un prérequis. « Mais il y a une demande de plus en plus forte de connaître l’origine des produits, sachant que l’origine n’est pas garante de qualité. » La seconde partie de ce débat a mis aux prises Richard Guyomard, chef de cuisine au cercle mixte des Armées de Strasbourg, Éric Wolff, directeur général de l’Alsacienne de restauration, Cyril Besnard, responsable commercial des Volailles Bruno Siebert, Anne Cathy de Taevernier, directrice de produit chez Elior France, ainsi qu’Elisete da Gosta et Aude Darkkonen, de la société Transgourmet, grossiste pour la restauration commerciale et collective. L’Alsacienne de restauration sert chaque jour 45 000 repas, soit 9 millions de repas par an, indique Éric Wolff. Le bio a fait son petit bonhomme de chemin, ces dernières années, notamment dans la restauration scolaire : « On le trace et on le marque local ». L’Alsacienne de restauration travaille 240 tonnes de produits bios, dont 150 t viennent d’Alsace, soit 6 % du nombre annuel de repas. C’est le fruit d’un partenariat développé avec l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) : « Nous avons travaillé main dans la main pour avoir une offre et favoriser les produits locaux. » Par contre, le label rouge reste confidentiel : « Sur une année, nous achetons 50 000 € de produits label rouge sur un montant total de 20 M€. Ils sont réservés à la restauration des « clubs de direction », une prestation plus chère, réservée à une élite. » Des produits label rouge pour l’armée Richard Guyomard apporte un éclairage différent. Le Cercle mixte de la garnison de Strasbourg prépare jusqu’à 500 repas par jour, opération Sentinelle oblige. « Nous proposons deux services de produits labellisés et deux services de viande bio par semaine. La viande de volaille et de porc labellisée est arrivée il y a un an dans nos catalogues. C’est une conviction personnelle. J’estime que c’est important pour notre territoire, pour notre agriculture. » Il le reconnaît, la clientèle très jeune n’est pas très sensible à cet effort qualitatif. « Mais les plus âgés remarquent la différence. » Éric Lepêcheur est gestionnaire de la restauration de l’université d’Orsay, qui prépare 3 000 repas par jour. « Ce n’est pas le même public, pas le même budget : j’ai un budget de 3,15 € par repas. » Mais il existe, selon lui, une vraie marge de progrès. « Il faut faire naître tout une diversité sur notre territoire, utiliser des produits équitables, bios, label rouge, bleu blanc cœur. J’achète 5 % de produits bios et je n’irai pas beaucoup plus loin, car la production de mes fournisseurs est limitée. J’achète 10 % de produits label rouge, surtout de la volaille. Les prix sont fixés à l’année dans nos restaurants, ce qui nous impose des contraintes importantes. » La baisse du budget des collectivités locales risque d’impacter la restauration collective, indique Éric Lepêcheur. Il souligne cependant que les Crous ont accepté de dépenser plus pour leurs achats alimentaires. Pourquoi propose-t-il des Signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine (Siqo) dans ses menus ? « Nous avons un rôle pédagogique à jouer et nous devons contribuer à préserver les filières sous Siqo. » Le goût et le plaisir restent au cœur des préoccupations. Plutôt que de jeter un produit qui n’est pas consommé, il préfère acheter un produit de meilleure qualité, quitte à réduire légèrement les quantités pour respecter les coûts. À la clé, une meilleure perception de la qualité du repas et moins de gaspillage. « Nous avons, dans l’ensemble, une clientèle peu captive (mis à part les prisons ou les armées), nous devons apporter des réponses adaptées. L’important, c’est la transparence de ce qu’il y a dans l’assiette. Le prix du ticket d’entrée est peu élevé, c’est pour cela que les gens viennent manger chez nous. » Quels sont les freins qui empêchent le développement des produits de qualité dans la restauration collective ? Pour Anne Cathy de Taevernier, le premier frein, ce sont les donneurs d’ordre. « Ce sont eux qui décident dans leur cahier des charges s’ils veulent des produits de qualité et s’ils acceptent d’en payer le prix. » Mais il y a aussi une méconnaissance du label rouge et une confusion entre produit local et produit labellisé. « Seule la volaille fermière est bien identifiée. » « Il faut séduire tout le monde » Une certaine monotonie s’installe lorsqu’on mange au même endroit tous les jours, souligne Éric Wolff. « Il faut la rompre en montrant ce que l’on fait dans nos restaurants. C’est fondamental ! D’un coup d’œil, le client doit comprendre ce qu’il a dans son assiette. » La grosse difficulté, c’est la connaissance du produit, estime Cyril Besnard. « Élu, gestionnaire, chef de cuisine, convive : il faut séduire tout le monde, d’où la complexité de ce marché. » Elisete Da Gosta et Aude Darkkonen admettent que le prix et la méconnaissance des produits sous signe officiel de qualité peuvent constituer un handicap. Mais l’intérêt de ces produits est réel, car le bien-être animal, la responsabilité sociétale et environnementale sont des demandes fortes des consommateurs. « La complexité des signes de qualité ne nous facilite pas la tâche. C’est pourquoi nous avons créé Transgourmet Origine, une marque qui nous permet de mettre en avant ces produits, d’expliquer pourquoi les grammages diffèrent dans ces produits de qualité. » L’éducation du consommateur est primordiale, estiment-elles. L’attente du convive, c’est de bien manger et de savoir d’où vient le produit, ajoute Éric Wolff. « Mais une fois qu’on le met dans l’assiette, il faut pouvoir le proposer toute l’année. » C’est pourquoi il faut sécuriser les approvisionnements. Aussi l’Alsacienne de restauration a-t-elle travaillé avec la filière fruits et légumes, mais aussi avec les Volailles Bruno Siebert, pour avoir des produits locaux toute l’année. « Pour que le consommateur s’y reconnaisse, il faut de la constance. Sinon, c’est du saupoudrage. Actuellement, nous sommes en discussion pour avoir des knacks 100 % Alsace. » Pour surmonter l’obstacle du prix, plusieurs pistes sont explorées, explique Cyril Besnard. « Nous pouvons travailler sur la forme des découpes (émincés, sautés), pour élaborer des portions dont le coût est maîtrisé. » Le conditionnement aussi peut constituer un frein à l’utilisation de ces produits, souligne Richard Guyomard. « Préparer 5 000 suprêmes de volailles par poche de deux, ce n’est pas possible. » C’est pour cela qu’il est indispensable de rencontrer les industriels avant d’élaborer le cahier des charges, renchérit Cyril Besnard. « On ne peut pas faire du label tous les jours, prévient Éric Lepêcheur. Notre réponse, c’est : allons-y tous ensemble, de plus en plus. Il faut construire des filières sur le long terme, accompagner l’évolution de la production pour fidéliser les producteurs sur des quantités et des prix. Éric Wolff enchaîne : « Pour avoir du bio accessible, il faut s’engager sur des volumes. La visibilité de nos achats permet aux producteurs de s’organiser et de concéder des prix plus accessibles demain. Cela doit être une démarche commune avec un engagement sur les volumes et la durée. »

Agriculteurs et faune sauvage Alsace (Afsal)

Grand hamster : 400 terriers recensés en 2016

Publié le 15/07/2016

Les compensations versées aux agriculteurs engagés dans la protection du grand hamster ont été payées tardivement. Alors que le nombre de terriers recensés remonte en 2016, l’Afsal maintient la pression pour que le solde soit réglé au plus vite.

Signataires d’une MAET (mesure agri-environnementale), les 150 agriculteurs volontaires engagés dans le programme de protection du grand hamster d’Alsace ont été payés tardivement cette année. Ces retards ont entraîné un fort mécontentement, indique Laurent Fischer, président d’Agriculteurs et faune sauvage Alsace (Afsal), qui tenait son assemblée générale le 20 juin à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. « Nous avons fait une pression maximale pour obtenir un acompte, explique-t-il. Nous espérons que pour l’année qui vient, les paiements interviendront plus tôt, notamment pour le blé sur pied. Un versement fin juillet serait convenable vu les moments extrêmement difficiles que nous traversons. » D’après les comptages réalisés par la mission hamster de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), 224 terriers ont été recensés en 2015 et 400 en 2016. Très loin des « 800, 1 000, 1 200 terriers » auxquels rêverait Julien Eidenschenck, responsable de la mission hamster à l’ONCFS. L’espèce est présente dans une quinzaine de communes alsaciennes représentant 1 700 hectares de terres agricoles. « Nous recherchons des espèces dans l’intégralité des 30 communes qui font partie de la zone de protection stricte (ZPS) », indique Julien Eidenschenck. La population de hamsters de la zone d’Obernai est la plus stable, celles de Geispolsheim et d’Elsenheim sont en voie de fragilisation. Plus de 30 % de cultures favorables Les recensements réalisés depuis 2013 montrent une stabilité globale, avec d’importantes fluctuations d’une année sur l’autre : en 2014, les 436 terriers comptabilisés s’expliquaient par la réussite des lâchers de hamsters réalisés un an plus tôt. En 2015 et 2016, les conditions climatiques exceptionnelles (grande sécheresse, puis pluviométrie record) ont pu faire chuter les effectifs. À moins que ce ne soit la conséquence de la prédation effectuée par les renards. Un lien qui pour le moment n’est pas suffisamment démontré, selon Jean-Philippe d’Issernio, directeur départemental des territoires. Environ 450 hamsters ont été lâchés fin juin début juillet dans les communes de Geispolsheim, Blaesheim et Griesheim-près-Molsheim, avec l’accord des maires et d’une quinzaine d’agriculteurs concernés, précise Julien Eidenschenck. Le Plan national d’action (PNA) hamster, qui porte sur la période 2012-2016, est en voie d’achèvement, indique Philippe Osswald, conseiller spécialisé en protection des milieux à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Ce plan prévoit notamment d’encourager les cultures favorables au hamster (céréales à paille et luzerne) et d’améliorer le maillage des cultures favorables à travers la gestion collective des assolements. De nombreuses réunions d’animation ont été organisées à l’intention des agriculteurs dans les différentes zones concernées. Le pourcentage de cultures favorables, qui était de 27 % en moyenne en 2013, dépasse désormais 30 %, constate Philippe Osswald, reconnaissant que « la conjoncture a peut-être aidé ». Dans certaines communes, comme Geispolsheim, ce pourcentage avoisine même 40 %. Maintenir la gestion collective En 2016, une extension de la zone de Blaesheim est prévue, pour y inclure 64 ha et 4 agriculteurs volontaires de Duppigheim. L’Afsal recherche par ailleurs des agriculteurs supplémentaires pour consolider la zone collective d’Elsenheim. L’association s’investit également dans la préparation du nouveau PNA hamster qui succédera au plan actuel. Dans ce cadre, un groupe de travail a été créé et procède à un bilan des mesures en cours. Même si certaines dispositions restent à améliorer, l’intérêt de maintenir une gestion collective apparaît clairement, indique Philippe Osswald. La future MAET hamster devrait donc retenir ce principe de gestion collective assortie d’une incitation individuelle. L’objectif serait de réduire la période sans couvert végétal après moisson et de répondre aux besoins nutritionnels du hamster. Philippe Wolff, trésorier, a présenté les comptes 2015. Il en ressort que les aides versées aux agriculteurs dans le cadre de la protection du grand hamster se montent à près de 520 000 euros en 2015, dont 406 000 € au titre de la MAET hamster et près de 114 000 € au titre du blé sur pied. De ce montant, environ 100 000 € restent à payer. Dans ces conditions, la nouvelle campagne de souscription s’annonce difficile s’il n’y a pas d’accélération dans les paiements, prévient Philippe Wolff. « La main lourde » « L’État se soucie plus que jamais du grand hamster, indique Laurent Darley, directeur régional adjoint de l’environnement, de l’aménagement et du logement, tout en saluant l’engagement des agriculteurs dans le programme de protection du mammifère. Mais nous sommes encore loin d’être au point où la Cour européenne va nous féliciter. Le contentieux est toujours en cours. » S’agissant des arrêtés interministériels de protection du grand hamster récemment cassés par le Conseil d’État, suite au recours déposé par plusieurs communes, il rappelle que l’effet de cette décision n’interviendra qu’à la mi-octobre. D’ici là, il va falloir se mettre d’accord sur l’étendue du périmètre de protection à mettre en place autour des terriers de hamster. « Le Conseil d’État estime que le ministère a eu la main un peu lourde avec les 600 mètres. À nous de proposer de remettre le curseur au bon endroit. »

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