Vie professionnelle

Produits de qualité et restauration collective

« Mettre les politiques devant leurs contradictions »

Publié le 16/07/2016

Comment favoriser les produits label rouge et à Indication géographique protégée en restauration collective ? Tel était le thème de la table ronde qui a clos l’assemblée générale de FedeLIS, mercredi 15 juin au Bischenberg.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes : à l’exception de l’agriculture biologique, les signes officiels de qualité peinent à se faire une place dans la restauration collective. Si le label rouge frôle la barre des 5 % pour les fruits et légumes, les viandes de porc, de veau et d’agneau, les indications géographiques n’ont pas vraiment droit de cité. Seule la volaille tire son épingle du jeu, avec 15 % de label rouge, 2,5 % d’AOP et moins d’1 % d’IGP. Pour Dominique Benezet, délégué général du Syndicat national de la restauration collective, les sociétés de restauration collective ont deux clients en face d’elles : le client et le consommateur. « La demande du consommateur de prendre en compte le critère qualitatif est forte, mais c’est le client qui détermine la qualité de la prestation, en fonction du prix qu’il est prêt à y mettre. Pour développer une restauration de qualité, il faut mettre les politiques devant leurs contradictions », estime-t-il. « Le convive demande autre chose » Éric Lepêcheur, président de Restau’co, réseau de gestion directe auquel adhèrent les Crous, partage cet avis : « Le consommateur, dans sa vie personnelle ou professionnelle, recherche davantage de qualité. Mais il doit être conscient que la qualité a un prix. Ce n’est pas vraiment le discours ambiant, notamment dans la grande distribution qui prône le moindre coût. » Il y a une vraie demande du consommateur sur l’origine des produits, le producteur, poursuit-il. « Nous nous efforçons d’avoir cette lisibilité dans les restaurants. Nous affichons le visage du producteur, c’est une forme de réassurance face aux problématiques sur les produits venant de l’extérieur, aux craintes suscitées par les futurs accords commerciaux internationaux. » Pour Éric Lepêcheur, la restauration collective est un vrai vecteur d’information sur l’origine des produits, l’intérêt de consommer français. « Le rôle de l’élu est plus prégnant s’il peut développer son territoire par des achats locaux de qualité », souligne-t-il. Pour Dominique Benezet, le consommateur recherche avant tout la diversité et la qualité organoleptique, la sécurité alimentaire étant un prérequis. « Mais il y a une demande de plus en plus forte de connaître l’origine des produits, sachant que l’origine n’est pas garante de qualité. » La seconde partie de ce débat a mis aux prises Richard Guyomard, chef de cuisine au cercle mixte des Armées de Strasbourg, Éric Wolff, directeur général de l’Alsacienne de restauration, Cyril Besnard, responsable commercial des Volailles Bruno Siebert, Anne Cathy de Taevernier, directrice de produit chez Elior France, ainsi qu’Elisete da Gosta et Aude Darkkonen, de la société Transgourmet, grossiste pour la restauration commerciale et collective. L’Alsacienne de restauration sert chaque jour 45 000 repas, soit 9 millions de repas par an, indique Éric Wolff. Le bio a fait son petit bonhomme de chemin, ces dernières années, notamment dans la restauration scolaire : « On le trace et on le marque local ». L’Alsacienne de restauration travaille 240 tonnes de produits bios, dont 150 t viennent d’Alsace, soit 6 % du nombre annuel de repas. C’est le fruit d’un partenariat développé avec l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) : « Nous avons travaillé main dans la main pour avoir une offre et favoriser les produits locaux. » Par contre, le label rouge reste confidentiel : « Sur une année, nous achetons 50 000 € de produits label rouge sur un montant total de 20 M€. Ils sont réservés à la restauration des « clubs de direction », une prestation plus chère, réservée à une élite. » Des produits label rouge pour l’armée Richard Guyomard apporte un éclairage différent. Le Cercle mixte de la garnison de Strasbourg prépare jusqu’à 500 repas par jour, opération Sentinelle oblige. « Nous proposons deux services de produits labellisés et deux services de viande bio par semaine. La viande de volaille et de porc labellisée est arrivée il y a un an dans nos catalogues. C’est une conviction personnelle. J’estime que c’est important pour notre territoire, pour notre agriculture. » Il le reconnaît, la clientèle très jeune n’est pas très sensible à cet effort qualitatif. « Mais les plus âgés remarquent la différence. » Éric Lepêcheur est gestionnaire de la restauration de l’université d’Orsay, qui prépare 3 000 repas par jour. « Ce n’est pas le même public, pas le même budget : j’ai un budget de 3,15 € par repas. » Mais il existe, selon lui, une vraie marge de progrès. « Il faut faire naître tout une diversité sur notre territoire, utiliser des produits équitables, bios, label rouge, bleu blanc cœur. J’achète 5 % de produits bios et je n’irai pas beaucoup plus loin, car la production de mes fournisseurs est limitée. J’achète 10 % de produits label rouge, surtout de la volaille. Les prix sont fixés à l’année dans nos restaurants, ce qui nous impose des contraintes importantes. » La baisse du budget des collectivités locales risque d’impacter la restauration collective, indique Éric Lepêcheur. Il souligne cependant que les Crous ont accepté de dépenser plus pour leurs achats alimentaires. Pourquoi propose-t-il des Signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine (Siqo) dans ses menus ? « Nous avons un rôle pédagogique à jouer et nous devons contribuer à préserver les filières sous Siqo. » Le goût et le plaisir restent au cœur des préoccupations. Plutôt que de jeter un produit qui n’est pas consommé, il préfère acheter un produit de meilleure qualité, quitte à réduire légèrement les quantités pour respecter les coûts. À la clé, une meilleure perception de la qualité du repas et moins de gaspillage. « Nous avons, dans l’ensemble, une clientèle peu captive (mis à part les prisons ou les armées), nous devons apporter des réponses adaptées. L’important, c’est la transparence de ce qu’il y a dans l’assiette. Le prix du ticket d’entrée est peu élevé, c’est pour cela que les gens viennent manger chez nous. » Quels sont les freins qui empêchent le développement des produits de qualité dans la restauration collective ? Pour Anne Cathy de Taevernier, le premier frein, ce sont les donneurs d’ordre. « Ce sont eux qui décident dans leur cahier des charges s’ils veulent des produits de qualité et s’ils acceptent d’en payer le prix. » Mais il y a aussi une méconnaissance du label rouge et une confusion entre produit local et produit labellisé. « Seule la volaille fermière est bien identifiée. » « Il faut séduire tout le monde » Une certaine monotonie s’installe lorsqu’on mange au même endroit tous les jours, souligne Éric Wolff. « Il faut la rompre en montrant ce que l’on fait dans nos restaurants. C’est fondamental ! D’un coup d’œil, le client doit comprendre ce qu’il a dans son assiette. » La grosse difficulté, c’est la connaissance du produit, estime Cyril Besnard. « Élu, gestionnaire, chef de cuisine, convive : il faut séduire tout le monde, d’où la complexité de ce marché. » Elisete Da Gosta et Aude Darkkonen admettent que le prix et la méconnaissance des produits sous signe officiel de qualité peuvent constituer un handicap. Mais l’intérêt de ces produits est réel, car le bien-être animal, la responsabilité sociétale et environnementale sont des demandes fortes des consommateurs. « La complexité des signes de qualité ne nous facilite pas la tâche. C’est pourquoi nous avons créé Transgourmet Origine, une marque qui nous permet de mettre en avant ces produits, d’expliquer pourquoi les grammages diffèrent dans ces produits de qualité. » L’éducation du consommateur est primordiale, estiment-elles. L’attente du convive, c’est de bien manger et de savoir d’où vient le produit, ajoute Éric Wolff. « Mais une fois qu’on le met dans l’assiette, il faut pouvoir le proposer toute l’année. » C’est pourquoi il faut sécuriser les approvisionnements. Aussi l’Alsacienne de restauration a-t-elle travaillé avec la filière fruits et légumes, mais aussi avec les Volailles Bruno Siebert, pour avoir des produits locaux toute l’année. « Pour que le consommateur s’y reconnaisse, il faut de la constance. Sinon, c’est du saupoudrage. Actuellement, nous sommes en discussion pour avoir des knacks 100 % Alsace. » Pour surmonter l’obstacle du prix, plusieurs pistes sont explorées, explique Cyril Besnard. « Nous pouvons travailler sur la forme des découpes (émincés, sautés), pour élaborer des portions dont le coût est maîtrisé. » Le conditionnement aussi peut constituer un frein à l’utilisation de ces produits, souligne Richard Guyomard. « Préparer 5 000 suprêmes de volailles par poche de deux, ce n’est pas possible. » C’est pour cela qu’il est indispensable de rencontrer les industriels avant d’élaborer le cahier des charges, renchérit Cyril Besnard. « On ne peut pas faire du label tous les jours, prévient Éric Lepêcheur. Notre réponse, c’est : allons-y tous ensemble, de plus en plus. Il faut construire des filières sur le long terme, accompagner l’évolution de la production pour fidéliser les producteurs sur des quantités et des prix. Éric Wolff enchaîne : « Pour avoir du bio accessible, il faut s’engager sur des volumes. La visibilité de nos achats permet aux producteurs de s’organiser et de concéder des prix plus accessibles demain. Cela doit être une démarche commune avec un engagement sur les volumes et la durée. »

Agriculteurs et faune sauvage Alsace (Afsal)

Grand hamster : 400 terriers recensés en 2016

Publié le 15/07/2016

Les compensations versées aux agriculteurs engagés dans la protection du grand hamster ont été payées tardivement. Alors que le nombre de terriers recensés remonte en 2016, l’Afsal maintient la pression pour que le solde soit réglé au plus vite.

Signataires d’une MAET (mesure agri-environnementale), les 150 agriculteurs volontaires engagés dans le programme de protection du grand hamster d’Alsace ont été payés tardivement cette année. Ces retards ont entraîné un fort mécontentement, indique Laurent Fischer, président d’Agriculteurs et faune sauvage Alsace (Afsal), qui tenait son assemblée générale le 20 juin à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. « Nous avons fait une pression maximale pour obtenir un acompte, explique-t-il. Nous espérons que pour l’année qui vient, les paiements interviendront plus tôt, notamment pour le blé sur pied. Un versement fin juillet serait convenable vu les moments extrêmement difficiles que nous traversons. » D’après les comptages réalisés par la mission hamster de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), 224 terriers ont été recensés en 2015 et 400 en 2016. Très loin des « 800, 1 000, 1 200 terriers » auxquels rêverait Julien Eidenschenck, responsable de la mission hamster à l’ONCFS. L’espèce est présente dans une quinzaine de communes alsaciennes représentant 1 700 hectares de terres agricoles. « Nous recherchons des espèces dans l’intégralité des 30 communes qui font partie de la zone de protection stricte (ZPS) », indique Julien Eidenschenck. La population de hamsters de la zone d’Obernai est la plus stable, celles de Geispolsheim et d’Elsenheim sont en voie de fragilisation. Plus de 30 % de cultures favorables Les recensements réalisés depuis 2013 montrent une stabilité globale, avec d’importantes fluctuations d’une année sur l’autre : en 2014, les 436 terriers comptabilisés s’expliquaient par la réussite des lâchers de hamsters réalisés un an plus tôt. En 2015 et 2016, les conditions climatiques exceptionnelles (grande sécheresse, puis pluviométrie record) ont pu faire chuter les effectifs. À moins que ce ne soit la conséquence de la prédation effectuée par les renards. Un lien qui pour le moment n’est pas suffisamment démontré, selon Jean-Philippe d’Issernio, directeur départemental des territoires. Environ 450 hamsters ont été lâchés fin juin début juillet dans les communes de Geispolsheim, Blaesheim et Griesheim-près-Molsheim, avec l’accord des maires et d’une quinzaine d’agriculteurs concernés, précise Julien Eidenschenck. Le Plan national d’action (PNA) hamster, qui porte sur la période 2012-2016, est en voie d’achèvement, indique Philippe Osswald, conseiller spécialisé en protection des milieux à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Ce plan prévoit notamment d’encourager les cultures favorables au hamster (céréales à paille et luzerne) et d’améliorer le maillage des cultures favorables à travers la gestion collective des assolements. De nombreuses réunions d’animation ont été organisées à l’intention des agriculteurs dans les différentes zones concernées. Le pourcentage de cultures favorables, qui était de 27 % en moyenne en 2013, dépasse désormais 30 %, constate Philippe Osswald, reconnaissant que « la conjoncture a peut-être aidé ». Dans certaines communes, comme Geispolsheim, ce pourcentage avoisine même 40 %. Maintenir la gestion collective En 2016, une extension de la zone de Blaesheim est prévue, pour y inclure 64 ha et 4 agriculteurs volontaires de Duppigheim. L’Afsal recherche par ailleurs des agriculteurs supplémentaires pour consolider la zone collective d’Elsenheim. L’association s’investit également dans la préparation du nouveau PNA hamster qui succédera au plan actuel. Dans ce cadre, un groupe de travail a été créé et procède à un bilan des mesures en cours. Même si certaines dispositions restent à améliorer, l’intérêt de maintenir une gestion collective apparaît clairement, indique Philippe Osswald. La future MAET hamster devrait donc retenir ce principe de gestion collective assortie d’une incitation individuelle. L’objectif serait de réduire la période sans couvert végétal après moisson et de répondre aux besoins nutritionnels du hamster. Philippe Wolff, trésorier, a présenté les comptes 2015. Il en ressort que les aides versées aux agriculteurs dans le cadre de la protection du grand hamster se montent à près de 520 000 euros en 2015, dont 406 000 € au titre de la MAET hamster et près de 114 000 € au titre du blé sur pied. De ce montant, environ 100 000 € restent à payer. Dans ces conditions, la nouvelle campagne de souscription s’annonce difficile s’il n’y a pas d’accélération dans les paiements, prévient Philippe Wolff. « La main lourde » « L’État se soucie plus que jamais du grand hamster, indique Laurent Darley, directeur régional adjoint de l’environnement, de l’aménagement et du logement, tout en saluant l’engagement des agriculteurs dans le programme de protection du mammifère. Mais nous sommes encore loin d’être au point où la Cour européenne va nous féliciter. Le contentieux est toujours en cours. » S’agissant des arrêtés interministériels de protection du grand hamster récemment cassés par le Conseil d’État, suite au recours déposé par plusieurs communes, il rappelle que l’effet de cette décision n’interviendra qu’à la mi-octobre. D’ici là, il va falloir se mettre d’accord sur l’étendue du périmètre de protection à mettre en place autour des terriers de hamster. « Le Conseil d’État estime que le ministère a eu la main un peu lourde avec les 600 mètres. À nous de proposer de remettre le curseur au bon endroit. »

Les produits de qualité dans la restauration collective

Le code des marchés publics, un frein ?

Publié le 13/07/2016

Jusqu’ici, le code des marchés publics ne facilitait guère la tâche aux gestionnaires de restaurants collectifs désireux d’utiliser des produits de qualité ou d’origine locale. Ces règles viennent d’être assouplies.

Trois principes régissent le code des marchés publics : liberté d’accès à la commande publique, égalité de traitement des candidats, transparence des procédures. Mais de nouvelles dispositions, introduites très récemment, donnent une plus grande latitude aux acheteurs dans l’élaboration de leurs cahiers des charges. Les acheteurs peuvent par exemple réaliser des études de marché, prendre contact avec les entreprises pour les informer de leurs besoins, c’est-à-dire faire du sourcing. Ils ont également la possibilité d’intégrer dans leur cahier des charges des spécifications techniques, sur l’alimentation de l’animal, la distance parcourue, les économies d’énergie, l’environnement, la lutte contre le gaspillage, sans toutefois indiquer une provenance ou une origine. Les maîtres mots étant « pas de favoritisme, pas de localisme, pas de contraintes trop limitantes, au risque de se faire taper sur les doigts ». Ainsi, explique l’animatrice de FedeLIS, il est possible de demander des produits sous signe officiel de qualité, mais pas de mentionner une AOC ou une AOP particulière, par exemple Volailles fermières d’Alsace. « Mais en introduisant en complément un critère de distance, on peut réduire le champ des possibilités. » Dans le même ordre d’idées, on ne peut pas demander une provenance géographique particulière, comme Viande de France ou Camembert de Normandie ; on peut par contre exiger une SGT comme les moules de Bouchot. Les produits label rouge peuvent être cités, car il ne s’agit pas de localisme et il existe des équivalents européens. La loi offre quelques interstices qui permettent de cibler certains fournisseurs. Ainsi l’article 62 fait référence à la pluralité des critères d’attribution des marchés que l’on peut citer : la qualité, l’accessibilité, la diversité, la disponibilité, l’insertion professionnelle des publics en difficulté, le bien-être animal, la rémunération équitable du producteur, la protection de l’environnement, la vente directe, les circuits courts, la biodiversité. Mais aussi les délais d’exécution, les conditions de livraison, le SAV, la sécurité des approvisionnements. Une seule réserve : ces critères doivent être explicités et pondérés. L’animatrice a livré une botte secrète. Il est possible de réaliser un marché avec des opérateurs privés, dans le cadre d’un « marché à procédure adaptée et négociée ». Ce type de marchés est réservé aux marchés sociaux - la restauration collective en fait partie. Il s’agit, en fait, de transformer un marché d’approvisionnement de denrées en marché de services. Le prestataire étant du domaine privé, il échappe aux contraintes du marché public pour ses achats. Il est plus facile, dans ce cas, de favoriser l’intégration de produits locaux. Du local, du local et du local « Nous avons une volonté politique forte de développer les filières de proximité », indique Joëlle Rohr, chef de service Missions opérationnelles des collèges au Département du Bas-Rhin. Les 51 restaurants des collèges bas-rhinois sont des entités autonomes. Ils adhèrent à des groupements d’achat qui se regroupent pour gérer les appels d’offres. Dans ces appels d’offres, très peu de produits labellisés figurent pour l’instant, mis à part les volailles. « Il y a peut-être une certaine méconnaissance de ces produits, mais c’est surtout une histoire de coût », explique-t-elle. Le Département a mené une expérimentation dans sept établissements scolaires du secteur d’Obernai, avec l’appui de la Chambre d'agriculture d’Alsace qui a mis en relation les producteurs locaux et les chefs de restaurant. « Plusieurs restaurants scolaires achetaient déjà leurs denrées en proximité, mais chacun avait des contraintes différentes (horaires de livraison, quantités). Une fois que tous ces freins ont été identifiés, nous sommes arrivés à les lever en réunissant les acteurs autour d’une même table. » Cette expérimentation a débouché sur la création de la plateforme ApproAlsace. Cette plateforme, qui devrait être étendue à la Région Grand Est, recense l’ensemble des agriculteurs proposant des produits contrôlés par des organismes de certification. Accompagner les chefs de cuisine par la formation Comment sensibiliser les prescripteurs à la qualité et à l’origine des produits qu’ils utilisent ? « Nous accompagnons les chefs et les équipes de cuisine par la formation : avec l’Ariena, nous menons par exemple une action pour lutter contre le gaspillage, explique Joëlle Rohr. Nous en avons déjà formé seize. » Par ailleurs, certains collèges sont certifiés bio et proposent 30 à 40 % de produits bios tout au long de l’année. « Ils n’ont pas attendu notre démarche pour se lancer… » Adjointe au maire de Strasbourg et conseillère eurométropolitaine déléguée en charge du développement de la politique agricole communautaire et des circuits courts, Françoise Buffet a indiqué que le maire de Strasbourg, Roland Ries, a pour ambition de développer les circuits courts. « Nous avons mis en place en 2010 une convention avec la Chambre d'agriculture pour le développement d’une agriculture durable. » Mais pour que les agriculteurs changent leurs pratiques, il faut leur assurer des débouchés, estime la conseillère eurométropolitaine. « Je me suis approchée de ma collègue en charge de la restauration scolaire, et nous avons élaboré un cahier des charges entièrement tourné vers les circuits courts. Nous avons soumis nos prestataires à des contraintes fortes en matière d’empreinte carbone, ce qui suppose un partenariat de proximité. Au fur et à mesure que cette production locale se développait, nous nous sommes orientés vers le bio. Nous sommes partis d’un chiffre assez bas, correspondant à la capacité locale à produire. » Plus de 10 000 repas sont servis chaque jour dans les cantines scolaires de l’Eurométropole, avec une moyenne de 20 % de produits bios, la moitié des sites étant à 40 %. « La mayonnaise a pris » Si on veut développer le label rouge, il faut aussi développer la réflexion sur le bien-être animal, estime-t-elle. « Dans les prochains marchés que nous sommes en train de préparer, de nouvelles notions seront introduites, comme le bien-être animal. Il existe des solutions, aux industriels d’y répondre. Le politique peut insuffler ce genre de réaction en chaîne. » Mais, estime-t-elle, c’est auprès du consommateur qu’il faut agir, là où il fait ses courses. « Le label rouge, il faut vraiment le chercher dans les rayons des supermarchés. » Si on veut sensibiliser le parent d’élève à une hausse du tarif pour intégrer davantage de produits label rouge, il faut un message compréhensible, lié à l’air du temps. Valérie Pieprzownik l’assure, les pouvoirs publics continueront à insuffler cette volonté de manger mieux, de manger local. « La loi sur l’ancrage territorial de l’alimentation a été considérablement « allégée » par les parlementaires, mais nous allons remonter au créneau, réaffirmer ce principe dans d’autres projets de loi à venir. » Pour Françoise Buffet, « la hausse de prix, on peut l’admettre car elle permet la croissance ». Les produits bios connaissent une croissance de 20 % depuis le début de l’année, explique-t-elle. « Il faut raisonner cela de manière globale pour inclure cette augmentation de prix dans le budget. Cela demande une réflexion globale. Nous réunissons nos chefs de restaurant une fois par an. En un an et demi, la mayonnaise a pris et les commandes, notamment sur les fruits et légumes, ont décollé. »

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