Concours départemental de labour du Bas-Rhin
De l’espoir et du courage
Concours départemental de labour du Bas-Rhin
Publié le 25/08/2016
Les discours de rentrée qui précèdent traditionnellement la remise des prix du concours départemental de labour étaient bien sûr marqués par la crise agricole. Pour s’en sortir, les agriculteurs devront faire preuve d’espoir et de courage. Les décisionnaires devront quant à eux avoir le courage de prendre les bonnes décisions.
26 concurrents ont croisé le fer de leurs socs lors de cette 63e finale de labour. La remise de leurs prix aux champions a été l’occasion pour les responsables professionnels agricoles de s’exprimer sur l’actualité. À commencer par les Jeunes Agriculteurs, organisateurs de la manifestation, par la voix de leur président Thomas Gillig : « La finale de labour, c’est l’apothéose de la dynamique du réseau JA qui a permis d’animer les campagnes durant tout l’été grâce aux portes ouvertes dans les fermes. C’est aussi l’aboutissement du travail des JA du canton de Hochfelden. » L’intitulé de cette finale, Hop’Fest, prend une résonance toute particulière en ces temps de crise, a noté Thomas Gillig. Hop signifie en effet houblon en anglais (à rapprocher de Hopfe en alsacien) et Hope signifie espoir. « De l’espoir, nous en avons, mais pour combien de temps encore ? » C’est d’ailleurs pour faire preuve d’espoir en cette période difficile que la manifestation a été placée sous le signe du houblon, une production qui a failli disparaître mais qui renaît grâce à l’engagement de la profession et du Comptoir agricole. Un scénario qui fait vaguement penser à celui de la coopérative Copvial et de l’abattoir de Holtzheim. Pour Thomas Gillig, la page de ce dossier douloureux pour l’élevage alsacien doit être tournée pour continuer à aller de l’avant. Mais il faudra « tirer les leçons qui s’imposent et reconstruire la filière sur ce qui nous unit. Il faudra repartir sur des bases saines pour ne pas vaciller à nouveau ». « Le monde paysan souffre » Pour Thomas Gillig, les allées noir du monde « montrent que les citoyens ne se détournent pas des valeurs agricoles », qu'« il y a de quoi être fier d’être JA » et qu'« il est primordial de communiquer ». Notamment alors que l’agriculture est « fragilisée par la conjoncture économique et des accidents climatiques ». En effet, les citoyens doivent être conscients qu’être agriculteur, c’est « semer sans savoir si on va récolter, investir sans savoir ce que l’avenir nous réserve, travailler sans savoir comment on sera rémunéré, mais aussi faire vivre les territoires et nourrir la France ». Thomas Gillig ne le cache pas, « l’année à venir sera difficile. Il faudra du courage, et il en faudra à tous les niveaux. Car que penser des aides Pac qui n’arrivent pas, des charges qui augmentent alors que les prix baissent, des normes qu’on nous impose alors qu’on importe des produits qui n’auraient pas pu être produits en France… ? Il va donc falloir avoir le courage de prendre des mesures adaptées, des mesures urgentes et concrètes. Car le monde paysan souffre. » Aussi Thomas Gillig s’est-il exprimé en faveur d’une année blanche, avec prise en charge des intérêts, pas de déchéance de DJA. Il a pris en exemple la ferme qui accueillait cette finale, la ferme Pfister, où plusieurs jeunes se sont installés et où un petit Martin a pointé le bout de son nez quelques jours avant la finale. Car pour Thomas Gillig, la question c’est : «Veut-on encore des agriculteurs dans ce pays » ? Le petit Martin sera-t-il en mesure de perpétuer la tradition familiale ? « Les défis qui nous attendent sont nombreux. Alors forçons le destin, soyons fiers, libres, et debout », a conclu Thomas Gillig. « Continuer à exercer ce beau métier : nourrir les hommes. » Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, a félicité les Jeunes Agriculteurs pour le travail accompli : « Cette finale est une réussite et démontre qu’il y a encore des jeunes dynamiques, qui veulent faire découvrir leur savoir-faire. » Puis il a enchaîné sur la conjoncture actuelle, dressant la liste des mauvaises années qui se sont succédé depuis 2012. Parmi elles, 2016 décroche la palme de la médiocrité : « La récolte de blé est catastrophique. On annonce un rendement en blé moyen de 50 q/ha, ce qui signifie que certains agriculteurs ont perdu plus de la moitié de la récolte, ce qui se conjugue à des prix de vente catastrophiques. » Pour Franck Sander, il y a la de quoi se remettre en question pour faire évoluer le modèle agricole : « Nous sommes arrivés au bout de l’ultralibéralisme », estime-t-il. D’ores et déjà, certaines lignes bougent - régulation des prix, adaptation fiscale, consommation locale - mais devraient bouger un peu plus franchement, estime le responsable syndical, « car il y a encore des exploitations qui veulent investir, et la dynamique des installations est restée bonne… » Il a aussi évoqué quelques revendications syndicales plus locales : exonération de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB), exonération des semis de Cipan pour réduire les charges, reconnaissance des communes touchées par les intempéries en catastrophe naturelle… « C’est une somme de petites choses qui nous permettront de passer le cap. » Il a conclu en exhortant les agriculteurs à ne pas se décourager : « L’avenir nous appartient. Il y a toujours eu des hauts et des bas. Nous devons persévérer à exercer ce beau métier : nourrir les hommes. » Le sénateur Guy-Dominique Kennel a lui aussi salué l’organisation « remarquable » de la finale, alors que « le monde agricole dans son ensemble est en souffrance, touché par la crise ». « J’ai entendu vos revendications », a assuré le sénateur, qui a rappelé que le Sénat a fait une proposition de loi contenant une vingtaine de propositions pour à la fois répondre à la situation actuelle des exploitations et faire en sorte qu’elles soient durablement rentables et écologiques. Mais cette proposition de loi a essuyé une motion de rejet à l’Assemblée nationale. C’est pourquoi Guy-Dominique Kennel estime que pour sortir le monde agricole de la crise qu’il traverse, il faudra du « courage politique » : « Je souhaite que le gouvernement écoute et comprenne que le monde agricole se démène pour nous nourrir. » Des mesures concrètes Christian Riguet, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, a salué une manifestation qui, au cœur de l’actualité olympique, illustre à la fois l’adage « l’important c’est de participer », et « le savoir-faire de la profession ». Répondant aux revendications syndicales précédemment exprimées, il a rappelé que « toutes les réponses ne dépendent pas de l’État, mais aussi de Bruxelles. Il s’agit donc de savoir comment prendre les bonnes décisions pour obtenir l’adhésion au niveau européen. » Puis, il a évoqué très concrètement plusieurs mesures mises en œuvre, ou en passe de l’être, pour aides les agriculteurs à faire face à la crise. Ainsi, sept communes ont été placées en état de catastrophe naturelle, et d’autres le seront début septembre. Un arrêté préfectoral devait être publié dès la semaine suivant la manifestation pour invoquer le cas de force majeur face aux obligations qui incombent aux agriculteurs dans le cadre de la Pac. Un arrêté qui devrait concerner à peu près toutes les communes du département. En outre, une procédure de reconnaissance en calamité agricole est en cours pour les cultures non assurables qui ont été dégradées par les intempéries, une réunion sur le calcul de la TFNB est programmée avec la Direction régionale des finances publiques (DRFIP), et les mesures d’allégement des charges prises dans le cadre du plan d’urgence restent valables pour les éleveurs et ont été élargies aux céréaliers. Pour ce qui est du retard constaté dans le versement des aides Pac, Christian Riguet a indiqué que l’outil informatique défaillant est désormais opérationnel et que les dossiers des JA seront traités en priorité. Le solde des aides Pac 2015 devrait donc être versé pour certains le 10 septembre, pour les autres autour du 15 octobre. Et l’avance sur les aides Pac 2016, qui représente 90 % du montant de la Pac de 2015, devrait être versée le 16 octobre.












