Relance tabacole
« Il y a une place pour de jeunes producteurs »
Relance tabacole
Publié le 03/10/2016
Opération de communication réussie pour les responsables tabacoles alsaciens, lundi dernier à Weyersheim. L’objectif était de montrer les atouts d’une filière qui a le vent en poupe et qui veut installer de nouveaux planteurs.
La coopérative Tabac et Feuilles de France (CT2F) a lancé une campagne de communication pour séduire de nouveaux planteurs. « Elle se déroule en plusieurs phases », explique Olivier Riedinger, directeur de la coopérative CT2F. Tout a commencé par l’envoi à 1 800 agriculteurs sélectionnés dans 26 départements (la coopérative en couvre 61) d’un flyer sur le thème « Cette production sera-t-elle la vôtre demain ? », avec un accès personnalisé au nouveau site internet. Dans les prochains jours, une brochure présentant la CT2F sera envoyée aux prescripteurs de l’agriculture, afin qu’ils soient en mesure de conseiller les agriculteurs lors d’une installation ou d’une diversification. Cette campagne de communication se poursuivra par l’envoi d’un dossier de presse aux journaux agricoles, précise Olivier Riedinger. La mise en ligne du site internet CT2F constituera la quatrième phase de ce plan. En Alsace, où les surfaces tabacoles sont en retrait, une autre stratégie s’imposait. Aussi Olivier Riedinger et les les trois techniciens, Philippe Sigrist, Thierry Bonet et Thomas Lux, ont-ils décidé, avec le soutien du président Rémy Losser, de monter une opération d’envergure sur la ferme du Kestlerhof à Weyersheim, lundi 26 septembre. Cette après-midi s’est déroulée en plusieurs temps : après les prescripteurs de l’agriculture alsacienne, la coopérative a accueilli les jeunes agriculteurs et les responsables des organisations professionnelles agricoles. À la fin, les adhérents se sont joints à eux en début de soirée. Le tabac fait partie depuis toujours du paysage agricole alsacien. Mais peu de gens savent qu’il a opéré une mutation en profondeur ces dernières années, a souligné Rémy Losser. Avec la mécanisation de la récolte, la culture du tabac s’est profondément modernisée, même si, précise-t-il, la récolte manuelle est toujours pratiquée dans certaines exploitations. Objectif : gagner en compétitivité Du côté des structures aussi le paysage a changé : après s’être restructurée en profondeur, Alsatabac s’est alliée à Nord et Loire Tabac pour former la CT2F et la fusion avec Poitou Tabac devrait être officialisée lors des assemblées générales de fin d’année. À la clé, un président et un directeur communs, un service administratif centralisé à Schiltigheim, et des frais généraux à la baisse. « Nous avons réussi, en anticipant, à optimiser nos structures dans un contexte de baisse des surfaces. » Mais surtout, le fait d’avoir réuni les trois services a créé une nouvelle dynamique, grâce aux échanges d’expériences des techniciens de terrain. Le meilleur exemple, souligne Rémy Losser, est celui de l’irrigation au goutte-à-goutte jetable expérimentée depuis deux ans en Alsace, mais couramment pratiquée plus à l’ouest. Mais d’autres expériences pourraient intéresser de nouveaux planteurs, comme le tabac à faible teneur en résidus, et même le tabac bio. La CT2F réalise un chiffre d’affaires de 16 M€. C’est une coopérative qui a les reins solides : « Nous avons consolidé notre situation financière, avec des fonds propres de 6,50 M€, explique Rémy Losser. Il y a quelques années, on ne donnait pas cher de notre filière, avec la fin des soutiens directs européens. Nous avons anticipé, par une amélioration de notre productivité et une adaptation de notre production aux besoins du marché. Aujourd’hui, nous ne percevons plus aucune aide couplée. » « Le tabac à chicha français est vraiment très prisé » C’est donc du côté des marchés qu’il faut se tourner pour expliquer le dynamisme de la filière tabacole. Seule une petite partie de la production est désormais écoulée auprès des grands industriels comme tabac de remplissage, explique Rémy Losser. Environ 15 à 20 %, précise-t-il. « Près de 70 % de notre virginie est commercialisé comme tabac à chicha, annonce Rémy Losser. Le tabac français est vraiment très recherché au Moyen Orient. Nous nous sommes engouffrés dans cette brèche. » De nouveaux clients viennent régulièrement frapper aux portes de France Tabac. « Cela nous a permis de faire monter le prix commercial qui a quasiment triplé en cinq ans. » La création d’une marque pour valoriser la qualité du tabac français est d’ailleurs envisagée. Comme à son habitude, Rémy Losser a fait preuve d’une grande transparence : « Notre tabac correspond parfaitement à la demande… pour l’instant. Mis à part l’Allemagne, les autres pays n’arrivent pas à produire un tabac de cette qualité. Mais pour combien de temps ? » C’est pourquoi d’autres pistes sont explorées, comme les tabacs spécifiques à faibles résidus. « Un opérateur veut même lancer une cigarette bio. » Des débouchés à forte valeur ajoutée s’ouvrent donc pour la filière. « Mais pour y accéder, il faut être dans les clous, niveau prix. » L’effort de productivité doit donc se poursuivre sur tous les plans. France Tabac s’est fortement investie pour maintenir la recherche, l’expérimentation, la production de semences - elles aussi en pleine restructuration -, afin de proposer des variétés plus productives, moins sensibles aux maladies (mildiou notamment), et continuer à lutter contre des fléaux comme la verse ou l’orobanche. Dans les exploitations, des investissements sans précédent ont été consentis pour moderniser les ateliers. « Au cours des dix dernières années, les planteurs ont investi entre 30 et 35 M€ dans la récolte du virginie. » Rémy Losser conclut : « Avoir une perspective de débouchés et de prix à court et moyen terme, c’est encourageant. Il y a donc une place pour de jeunes producteurs. »












