Un magasin « paysan » prochainement à Colmar
Histoire de Cœur entre agriculteurs
Un magasin « paysan » prochainement à Colmar
Publié le 16/10/2016
Porté par une trentaine d’agriculteurs alsaciens, le magasin « Cœur Paysan » doit ouvrir ses portes début décembre à Colmar, dans les locaux de l’ancien Lidl situé route de Neuf-Brisach. Un projet qui doit permettre au consommateur de « relocaliser » son alimentation tout en offrant aux producteurs des prix « justes ».
Vous reprendrez bien un peu de filières courtes ? Après la Nouvelle Douane au Cœur de Strasbourg et la coopérative Hop’la à Oberhausbergen, c’est au tour de Colmar d’accueillir son magasin de vente de produits fermiers. Baptisée « Cœur Paysan », cette nouvelle structure doit ouvrir début décembre - et profiter au passage de « l’opportunité commerciale » de Noël - dans les locaux de l’ancien Lidl, route de Neuf-Brisach. Quand la grande distribution laisse la place à la vente directe. Tout un symbole. Vacant depuis plus de trois ans, le bâtiment a été racheté par une SCI composé de six agriculteurs, désireux de créer une nouvelle structure capable d’écouler les productions en circuit court. « L’idée a émergé début avril. Au fil des discussions, nous avons appris que ce site était disponible. Du coup, nous avons exploité nos réseaux pour savoir si des agriculteurs étaient intéressés pour se joindre à nous. Vincent Goetz, en tant qu’ancien de l’Afdi, a ainsi été d’une aide considérable pour trouver des producteurs prêts à se lancer dans l’aventure. Aujourd’hui, ils sont trente à être actionnaires de la SAS qui va louer les locaux à la SCI. Tous sont déjà rompus à l’exercice de la vente directe. Et puis le marché est mûr désormais, on ne peut plus passer à côté de ces points de valorisation », explique Denis Digel, le président de la coopérative des Maraîchers réunis de Sélestat, et l’une des chevilles ouvrières de ce projet. Ce dernier a aussi sollicité le président du Syndicat des maraîchers de Colmar et environs, Serge Hanauer. Les maraîchers de la ville étant déjà bien implantés sur le créneau de la vente directe, leur avis sur la question était forcément important. « Il soutient le projet. De toute manière, on ne peut pas dire que ce magasin soit un vrai concurrent pour les producteurs de la ville. Les légumes ne représenteront que 14 % du chiffre d’affaires », tient-il à préciser. Une offre très diversifiée Le lieu n’a pas été choisi au hasard. Le bâtiment de 622 m2 (dont 400 m2 dédiés à le vente) est situé sur un axe routier hyper fréquenté, juste à côté d’un feu tricolore. Il dispose de deux accès et de 42 places de parking. Sans compter la proximité du campus du Grillenbreit et ses centaines étudiants. Auparavant, nombre d’entre eux venaient au Lidl pour s’acheter à manger lors de la pause déjeuner. Si les sandwichs tout prêts ne sont pour le moment pas au programme de « Cœur Paysan », il y aura tout de même de quoi faire au vu de la diversité des produits proposés en magasin : fruits, légumes, viandes, produits laitiers (vache, brebis, chèvre), bières, vins, pain frais, poissons, œufs, épices, thés, pâtes, farines, confitures, miel. On trouvera aussi quelques produits extra-régionaux comme les agrumes de Sicile ou les melons du Quercy. Si, pour le coup, la distance est plus grande avec les agriculteurs, le lien avec le consommateur se fera toujours sans intermédiaire. « Nous sommes allés dans ces régions pour établir des partenariats directs avec les producteurs qui partagent le même état d’esprit que nous. Ce sera l’assurance pour nos clients de bénéficier de fruits qu’on ne peut pas produire en Alsace, ou alors en petites quantités comme le melon », indique le président des Maraîchers réunis de Sélestat. Une offre qui se veut donc complète. Suffisant pour attirer le chaland alors qu’un hypermarché Leclerc est situé à moins de 500 mètres ? « Nous ne sommes pas concurrentiels de ce type de structures. Les gens qui viennent dans un point de vente paysan cherchent autre chose. Et chez nous, le prix affiché sera toujours le juste prix pour le producteur. Il correspondra à la valeur économique du produit. Il n’y aura pas de promotions ou d’opérations spéciales. Au final, tout le monde est gagnant : le producteur obtient un revenu décent, et le consommateur achète un produit frais, traçable, et de grande qualité. » « On nous dit « merci » » Les agriculteurs assureront eux-mêmes la livraison de leurs produits et la permanence de la boutique, à raison de deux demi-journées par mois en moyenne par personne. Ils seront secondés dans cette tâche par six ou sept salariés, dont un ancien cadre de la grande distribution qui a été choisi comme directeur du site. « Il souhaite s’investir aujourd’hui dans un projet plus humain », commente Denis Digel. « Humain », c’est un peu le mot-clé qui résume cette aventure qui démarre entre ces trente agriculteurs alsaciens. « Avec Cœur Paysan, nous répondons à un besoin de la société. Confrontés à des scandales alimentaires récurrents, les consommateurs aspirent à reprendre la main sur leur alimentation. Cela passe, entre autres, par la rencontre directe avec le producteur », poursuit Denis Digel. Et puis le paysan a la cote maintenant. « Il y a trente ans, c’était ringard d’être paysan. Aujourd’hui, c’est un gage de qualité. Progressivement, notre profession est réhabilitée dans la société. Maintenant, il y a des gens qui viennent nous dire « merci ». Ça vaut tout l’or du monde. » En se réappropriant le lien avec le consommateur, l’agriculteur engagé en vente directe peut aussi tordre le cou aux clichés qui subsistent sur sa profession. « On croit par exemple, à tort, que la proximité n’est possible qu’avec des petits producteurs. Mais il ne faut jamais oublier qu’il faut de grandes surfaces pour faire du volume. Même avec cent hectares, on est toujours paysan. On est toujours aussi fier de nos valeurs, de ce qu’on aime faire et de la passion qu’on met dans notre travail. C’est l’ADN de « Cœur Paysan ». »












