Comme chaque année, la FDSEA ira à la rencontre de ses adhérents lors de la tournée cantonale, ces prochaines semaines. Après une année agricole difficile, ces réunions seront l’occasion de faire un bilan de la situation agricole et d’évoquer les perspectives d’avenir. À la veille de ces réunions, nous faisons le point avec le président de la FDSEA, Franck Sander.
À l’approche de la fin de l’année, quel bilan faites-vous de la campagne agricole 2016 ?
Franck Sander. De mémoire d’agriculteur, jamais par le passé nous n’avions été confrontés à une conjoncture accumulant autant de facteurs négatifs : prix bas dans quasiment toutes les filières, rendements en net recul en raison de l’excès d’eau, puis du manque de précipitations, et pour couronner le tout, des retards inacceptables dans le paiement des aides Pac et des MAE 2015. Nous sommes fin 2016 et toutes les aides 2015 ne sont pas encore payées, c’est intolérable ! Tout cela fait que les trésoreries de nos exploitations sont dans le rouge.
Les agriculteurs sont des chefs d’entreprise qui savent que les marchés peuvent fluctuer et que leur activité est dépendante de la météo. C’est pour cela que nous demandons plus de régulation, une amélioration du système assurantiel (comme l’abaissement de la franchise à 20 %) et plus généralement un vrai dispositif de gestion des risques. Nous savons que nous ne pouvons pas tout attendre de l’État, mais au moins qu’il ne nous enfonce pas plus quand ça va mal. À ce titre, l’amateurisme du ministère de l’Agriculture dans la gestion de la Pac ou encore l’approche dogmatique du ministère de l’Environnement sur le dossier phytosanitaire montrent à quel point notre administration et certains hommes politiques sont déconnectés de la réalité. Enfin, 2016 a marqué par le dépôt de bilan de Copvial et ses conséquences pour les éleveurs. Grâce à la mobilisation de la profession, des solutions sont aujourd’hui en voie de se dessiner pour régler au mieux le problème des impayés.
Dans ce contexte difficile, de quels leviers dispose la FDSEA pour faire évoluer les choses ?
FS. Dans un environnement économique de plus en plus mondialisé et des finances publiques de plus en plus dégradées, il n’y a pas de remèdes miracles. Nous nous battons pour que l’État et, plus généralement, tous les échelons décisionnels sachent à nouveau fixer les vraies priorités, bref remettent du bon sens au cœur de leurs décisions. L’action de la FDSEA s’inscrit à la fois dans le court terme pour répondre aux préoccupations urgentes des agriculteurs et dans le long terme pour faire évoluer sur le fond tous ces dossiers. L’année blanche est un exemple concret de ce que nous avons obtenu pour améliorer la trésorerie des exploitations. Grâce à la participation de la Région Grand Est, cette mesure est encore améliorée. Je voudrais saluer ici l’effort exceptionnel de la Région qui vient de débloquer une enveloppe de 5 M€ en faveur de l’agriculture après avoir déjà rallongé l’enveloppe destinée au Plan bâtiment.
Nous avons aussi obtenu un dégrèvement généralisé de 30 % de la taxe foncière sur le non-bâti. Même s’il est parfois compliqué de le récupérer auprès de tous les propriétaires, ce dégrèvement représente plusieurs millions d’euros pour notre département.
Parmi les actions à long terme, je citerai l’étiquetage obligatoire de l’origine des matières premières dans les produits transformés ou encore le travail de fond sur le consommer local. À force de persévérer, un changement de comportement est en train de s’opérer chez le consommateur en faveur des produits locaux.
Autre combat sur le long terme, l’utilisation des produits phytosanitaires et plus généralement la protection des plantes. Une nouvelle fois, grâce à la mobilisation du réseau FNSEA, nous avons pu éviter la mise en place de zones de non-traitement qui se serait traduite par une perte de milliers d’hectares de production dans le département. Sur ce dernier sujet, nous continuons à être vigilants, car à l’évidence il va être remis sur la table.
Quelles perspectives voyez-vous pour 2017 ? Est-ce que les marchés vont s’améliorer ?
FS. Il n’est pas possible de répondre avec certitude à cette question car les équilibres de marché tiennent souvent à peu de chose. En 2016, le sort s’est acharné et nous avons cumulé mauvais rendements et mauvais prix, tant en grandes cultures qu’en élevage, avec une qualité des fourrages dégradée. Toutefois, de nombreux experts s’accordent à dire que pour le lait par exemple qui a connu une année 2016 très difficile, le fond a été atteint. La valorisation de certains produits laitiers s’améliore nettement. J’espère que cela se traduira rapidement dans le prix payé au producteur.
Il ne faut pas non plus tout attendre des marchés. Notre capacité à nous adapter à la demande est essentielle. La filière tabac, par exemple, après avoir connu un déclin des surfaces, retrouve une vraie dynamique aujourd’hui et est à la recherche de nouveaux planteurs. D’autres filières cherchent à se développer, comme la betterave, le maïs semences ou encore l’élevage porcin.
Je tirerais deux leçons de cela : d’abord que les choses évoluent. Lorsqu’une production est malmenée à un moment donné, cela ne veut pas dire qu’elle n’a plus d’avenir. Ensuite qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Plus une exploitation est diversifiée, meilleure sera sa capacité de résilience.
Enfin, il me paraît important de rappeler aussi aux entreprises qui transforment nos produits, aux groupes de distribution qui les commercialisent et aux consommateurs qui les achètent la nécessité d’intégrer une fois pour toutes le coût de revient de production. On ne peut pas continuer d’exiger des agriculteurs qu’ils travaillent à perte. Il est nécessaire qu’un vrai changement d’état d’esprit s’opère. L’agriculteur ne doit plus être la variable d’ajustement.
Quels seront les sujets que vous aborderez lors de vos réunions cantonales ?
FS. Les réunions cantonales seront pour nous l’occasion d’aborder avec les adhérents les principaux sujets agricoles d’actualité. Nous ferons notamment un point sur le paiement des aides Pac 2015 et 2016. Avec les retards pris par l’administration, il est en effet difficile pour les agriculteurs de s’y retrouver. Nous expliquerons aussi le mode de calcul de la taxe foncière sur les propriétés non bâties et le dégrèvement de 30 % obtenu. Compte tenu de l’enjeu de la protection phytosanitaire, particulièrement après l’année que nous venons de vivre, nous aborderons également cette question lors de ces réunions. Enfin, et j’aurais peut-être dû commencer par-là, nous serons aussi à l’écoute de nos adhérents. La force de la FDSEA est son réseau cantonal et communal. Ces réunions sont pour nous un moment privilégié pour échanger sur les projets et les solutions à mettre en œuvre pour permettre aux agriculteurs de vivre et faire avancer leur entreprise.