Vie professionnelle

AGC-Centre de fiscalité et de gestion du Bas-Rhin

« Passer le cap et savoir rebondir »

Publié le 14/12/2016

En cette fin d’année 2016, l’heure n’est pas à la joie pour nombre d’exploitants agricoles dont le revenu est en forte baisse. L’AGC-Centre de fiscalité et de gestion du Bas-Rhin est au côté de ses adhérents pour leur permettre de traverser au mieux cette période difficile.

Un vent contraire souffle sur l’agriculture alsacienne. Pour autant, toutes les filières ne sont pas logées à la même enseigne, souligne le président Jean-Paul Bastian, en ouvrant l’assemblée générale de l’AGC-CFG67, le mardi 6 décembre à Schiltigheim. La viticulture, notamment, tire son épingle du jeu, avec une récolte prometteuse sur le plan quantitatif et qualitatif. « Pour gagner en compétitivité, chaque exploitation doit trouver son propre équilibre, en travaillant sur les critères à améliorer (charges, investissements) et en augmentant ses marges de production », poursuit Jean-Paul Bastian. Il identifie un autre levier : « Nos exploitations ne sont pas surendettées, elles peuvent donc demander un refinancement de leur dette. » Identifier les leviers de compétitivité Le Centre de fiscalité et de gestion du Bas-Rhin entend donner à ses adhérents toutes les informations pour les aider à passer le cap, précise le président. Outre une sensibilisation générale, une étude plus poussée par le comptable et le conseiller de gestion peut leur permettre d’identifier les marges de progrès. Les diagnostics d’exploitation sont une autre piste pour avancer, car ils permettent de se comparer aux meilleurs. « Nous sommes en pourparlers avec la Région Grand Est pour obtenir la gratuité de ces diagnostics. » Enfin, la cellule Réagir a été mise en place pour venir en aide aux exploitations les plus touchées. Les préoccupations des agriculteurs évoluent. « Il y a dix ans, nous parlions beaucoup d’optimisation fiscale. Puis nous avons été amenés à proposer de nouveaux services pour favoriser la transmission du patrimoine, préparer la retraite. Aujourd’hui, il s’agit avant tout d’aider les agriculteurs à passer le cap en cette année de crise. Quand un adhérent a des difficultés, nous ne le laissons pas tomber », conclut Jean-Paul Bastian. Le nombre d’adhérents est stable en 2015, même si le nombre de « forfaitaires » est en baisse, indique le directeur du Centre de fiscalité et de gestion du Bas-Rhin, François Anstett. L’AGC-CFG 67 gère 3 483 comptabilités. Le poids des sociétés est important : elles représentent 57 % des exploitations adhérentes. Un partenariat avec les banques Sur un plan pratique, 70 % des adhérents participent à l’enregistrement de leurs pièces comptables. « 57 % d’entre eux utilisent notre logiciel », précise François Anstett. Les deux tiers ne clôturent pas leur exercice en fin d’année civile, ce qui permet d’étaler le traitement des dossiers et de proposer un meilleur conseil. « Nous avons renforcé nos moyens humains ces trois dernières années. » Ces embauches entraîneront un changement de comptable pour certains adhérents, prévient le directeur. « Nous avons également investi dans du matériel téléphonique et informatique - tous les comptables sont désormais équipés d’un ordinateur portable permettant une connexion directe à l’ordinateur central - ainsi que dans la programmation. Suite à un partenariat avec le Crédit Agricole et le Crédit Mutuel, la récupération des opérations bancaires, qui est en cours de déploiement, permettra une modélisation des écritures afin de les intégrer directement dans le logiciel comptable », indique François Anstett.

Publié le 14/12/2016

Le magasin Cœur Paysan à Colmar a ouvert ses portes le 6 décembre en présence de 400 clients pré-inscrits sur internet. Une aventure qui regroupe 35 agriculteurs désireux de valoriser leur production en vente directe tout en créant un lien de « confiance » avec le consommateur.

À l’image d’un beau bébé, le magasin Cœur Paysan, qui a ouvert ses portes mardi dernier à Colmar, n’aura mis « que » neuf mois à se concrétiser. Une naissance qui a été accueillie par plus de 400 personnes - dont au moins 380 clients pré inscrits sur Internet - preuve d’une « attente très forte » estime le président de Cœur Paysan, et maraîcher à Sélestat, Denis Digel. Au départ, il n’y avait qu’une feuille blanche, et la volonté farouche de créer un point de vente fermier dans le Centre Alsace. L’opportunité de racheter les locaux de l’ancien Lidl situé route de Neuf-Brisach s’est présentée. À partir de là, tout s’est enchaîné rapidement, non sans mal. « C’est un vrai challenge qui se concrétise. On a réussi à fédérer au même endroit une grande diversité de productions, et de nombreux agriculteurs qui, pour beaucoup, ne se connaissaient pas entre eux. » Au final, ils sont 35 (dont 30 actionnaires) à avoir dit « oui » à Cœur Paysan. Un magasin de près de 400 m2 qui propose un large éventail de produits alimentaires provenant, à 95 %, d’exploitations situées à moins de trente kilomètres de Colmar. À l’intérieur, un grand îlot « frais » avec les produits carnés et fromagers, trois caisses, et un achalandage disposé astucieusement. Outre la passion du métier, on trouve derrière chaque produit, une certaine expérience de la vente directe et de la relation au client. Dans le magasin, chacun est responsable de ses stocks et des prix. « Ici, pas de politique tarifaire imposée, chacun fait comme il veut. La seule obligation pour chaque producteur est d’assurer une permanence d’un à deux jours par mois sur le site », tient à préciser Denis Digel. Les locaux sont à disposition, aux producteurs d’en faire bon usage en quelque sorte. Dans cette aventure, ils ne sont pas seuls. Six salariés à temps plein ont spécialement été embauchés pour la gestion quotidienne du magasin, dont un directeur issu de la GMS qui souhaitait s’investir dans un projet « plus humain ». Séverine Haberstzer fait partie de ce nouveau personnel. Forte d’expériences dans la vente dans l’alimentaire et sur des marchés, elle fait partie des « multitâches » de la boutique. « Je peux être au rayon boucherie, comme à la caisse. Peu importe en fait. Ici, il n’y a pas de classe ou d’étiquette. On échange tous ensemble, c’est vraiment plaisant. » « On gagne en visibilité » « Alors, comment vous la fabriquez cette farine ? » Le cabas à moitié plein de victuailles « locales », un jeune retraité s’affaire à l’étalage des pâtes sèches et farines produites par Vincent et Sylvain Grass, céréaliers père et fils à Dessenheim. Cela fait quelques années qu’ils se sont lancés dans la transformation d’une partie de leur matière première pour l’écouler en vente directe. Aujourd’hui, ils font partie des 35 producteurs derrière Cœur Paysan. Grâce à une situation géographique idéale, sur un axe routier hyperfréquenté, ils bénéficient aujourd’hui d’une visibilité encore inespérée au début de l’année 2016. « Nous disposons d’un point de vente à la ferme, et nous sommes présents dans d’autres endroits. Mais c’est vrai qu’ici, nous avons l’opportunité de toucher une clientèle bien plus large », témoigne Vincent Grass. C’est aussi une bouffée d’air frais potentielle pour son exploitation de 44 ha. Dans un contexte céréalier très difficile, c’est cette activité de transformation qui permet à Sylvain Grass et son père de « garder la tête hors de l’eau ». « Je pense qu’aujourd’hui, on est obligé de prendre notre destin en main si on veut s’en sortir. C’est ce qu’on essaie de faire avec ce magasin », témoigne Vincent Grass. Un peu plus loin, Marie-Paule Fessler présente sa production de safran démarrée à Saint-Hippolyte en 2011. En marge de son activité viticole, elle a planté 90 000 bulbes de cette plante qui sont aujourd’hui vendus en différents conditionnements. Et à chaque fois, directement dans les mains du client. « Grâce à ce mode commercialisation, je dispose aujourd’hui d’une culture complémentaire qui fonctionne bien. Progressivement, les gens découvrent tout ce qu’on peut faire avec cette épice. Du coup, Cœur Paysan peut m’apporter de nouvelles opportunités commerciales. » Idem pour Joël Halbardier, brasseur à Vogelgrun. Si lui aussi dispose d’un point de vente sur son site de production, il souffrait jusqu’à maintenant d’un gros manque de visibilité. « Les clients qui venaient à la boutique me demandaient toujours où on pouvait acheter mes bières. Maintenant, je saurai quoi leur répondre. » Quand on lui a demandé de rejoindre le projet, il n’a pas hésité un seul instant. Outre l’attrait commercial, il a été séduit par l’état d’esprit qui anime cette aventure collective. « Beaucoup de relations humaines, de la convivialité… Ça va dans le sens des valeurs qu’on aime véhiculer à travers nos bières. » Du côté des clients, il y a ceux qui viennent pour « découvrir », ceux qui « attendaient de pied ferme » l’ouverture, et les habitués des circuits courts. C’est le cas de Colette, d’Oberhergheim, qui s’alimente déjà chez certains producteurs, dont certains sont membres de Cœur Paysan. « C’est encore plus pratique ici, car tout est au même endroit. Et puis on y trouve la fraîcheur, des contacts humains chaleureux et des produits de grande qualité gustative. Et puis cela permet aux agriculteurs de vivre de leur métier. Et rien que pour ça, je pense que les consommateurs ont un vrai rôle à jouer. » Christian, retraité à Widensolen, voit dans ce nouveau magasin une « initiative intéressante » pour le consommateur. S’il reconnaît que ça serait certainement plus « logique » de faire des circuits courts pour écouler les produits agricoles, il ne pense pas non plus que le concept puisse être généralisé. « Par contre, c’est vraiment un bon créneau pour le monde agricole pour essayer de s’en sortir dans ce contexte difficile. » Un avis que partage Denis Digel. « C’est vrai qu’il y a des places à prendre aujourd’hui. C’est maintenant qu’il faut y aller. Et puis, ce n’est pas de la concurrence au supermarché traditionnel. Ici, on vend autre chose : de l’ultra local, le fait de pouvoir toucher le producteur, et de connaître l’histoire derrière chaque produit. C’est la fin de l’anonymat alimentaire. »

L’Académie rhénane décerne son prix Europe

Joseph Daul : Européen car Alsacien

Publié le 12/12/2016

L’Académie rhénane a décerné son prix Europe à Joseph Daul, député européen pendant trois mandats et actuel président du Parti populaire européen (PPE).

L’Académie rhénane se réunit deux fois par an en séance plénière. Au printemps, elle décerne ses prix dans les domaines des arts, de la musique, des lettres et des sciences. Les lauréats sont des personnalités de la région remarquées pour la qualité de leur travail dans ces quatre domaines. À l’automne, l’Académie rhénane remet son prix Europe. Cette année, il revient à Joseph Daul en raison de son engagement en faveur de l’Europe et de ses valeurs, indique son président Jean-Marie Vetter. Le prix lui a été remis vendredi 25 novembre à la Maison de la Région à Strasbourg. Philippe Richert, président de la Région Grand Est, a mis en avant le « négociateur hors pair » alliant « exigence et bienveillance » qu’est le récipiendaire. Il fait le portrait d’« un homme auquel les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne parlent en toute confiance », qui « garde les pieds sur terre » et dont les convictions européennes sont « solidement ancrées ». La formule prononcée par Pierre Pflimlin - « Je suis Européen car Alsacien » - s’applique parfaitement à Joseph Daul, estime Philippe Richert. Alors que l’Union européenne est encore sous le coup du Brexit, le besoin de « ressourcer le projet européen » se fait sentir. « C’est dans nos régions que nous pouvons le faire avec efficacité », affirme le président de la Région Grand Est en appelant à mettre en œuvre « des réalisations concrètes qui changent la vie de nos concitoyens ». Tourné vers l’action collective Une amitié vieille de 35 ans lie Joseph Daul à François Brunagel. L’ancien chef du protocole du Parlement européen, chargé de prononcer le « laudatio », évoque un parcours « simplement admirable ». En tant que président du Parti populaire européen (PPE), Joseph Daul a côtoyé les plus grands dirigeants d’Europe et de la planète. Aîné d’une famille d’agriculteurs de six enfants, il s’est installé comme agriculteur à Pfettisheim tout en s’engageant dans les mouvements de jeunesse agricole (à la JAC, puis au CNJA). Des engagements « qui orienteront toute sa vie vers l’action collective et publique », indique François Brunagel. Et qui lui inculqueront une méthodologie de l’action : « Observer avant de juger et d’agir ». Vice-président du CNJA de 1976 à 1980, puis de la FNSEA quelques années plus tard, il est aussi vice-président de la Chambre d’agriculture du Bas-Rhin. Avec Jean-Paul Bastian, Eugène Schaeffer et Jean-Marie Sander, il contribue à l’évolution de l’agriculture alsacienne, relève François Brunagel. Éleveur bovin, Joseph Daul préside la Fédération nationale bovine à partir de 1990. Il est élu président de la Fédération des coopératives d’Alsace et siège au Conseil économique et social de 1991 à 1999. C’est à cette date qu’il devient député européen. « Le virage est pris » Son élection ne signe pas son entrée dans le monde bruxellois : Joseph Daul représentait déjà la FNSEA au Comité des organisations professionnelles agricoles et il présidait le groupe viande au moment de la crise de la vache folle. « Il se révèle un négociateur hors pair entre les éleveurs et les pouvoirs publics pour éviter la catastrophe », se remémore François Brunagel. Aux élections européennes de 1999, où il est nouvellement élu, il passe de la sphère professionnelle à la sphère politique. « Le virage est pris » et Joseph Daul sera réélu député européen en 2004 et 2009. Il siège à la commission de l’Agriculture dont il devient bientôt le président. Il est ensuite sollicité pour devenir président du groupe PPE, fédération des partis européens de centre droit, au Parlement européen. « Être président d’un groupe politique au Parlement européen, c’est être entre l’arbitre et le juge de paix, réussir à faire émerger une position majoritaire parmi 300 membres - à l’époque - représentant 80 partis nationaux », souligne François Brunagel. La perspective ne l’effraie pas : élu président du groupe PPE en janvier 2007, il le reste jusqu’en 2014, date de son départ du Parlement européen. « À ce poste il a vraiment imprimé sa marque aux institutions et à l’Europe dans son entier. » « Autorité morale reconnue par tous, y compris par ses adversaires politiques », Joseph Daul a ensuite été élu président du PPE, où ses qualités de négociateur, de grand connaisseur des réalités et des difficultés européennes lui sont bien utiles. Parce qu’il a le sens de l’histoire de sa région, l’Alsace, il a voulu mettre ses pas dans les traces de Robert Schuman, assure François Brunagel, qui l’a côtoyé quotidiennement pendant de nombreuses années - son épouse, Marie-Thérèse, ayant été l’assistante parlementaire de Joseph Daul. Il a emmené de nombreux visiteurs au Mémorial de l’Alsace-Moselle à Schirmeck, en leur expliquant que le drame de l’Alsace devait être conjuré par la construction européenne. Ce parcours européen, Joseph Daul le doit au soutien résolu de son épouse Marie-Thérèse, de ses enfants et petits-enfants et de son réseau d’amis, à la simplicité dans les relations et à la franchise de propos qui le caractérisent, ainsi qu’à une bonne dose de foi chrétienne et de foi dans l’homme, conclut François Brunagel. Joseph Daul rappelle quelques-uns des combats qui furent les siens au Parlement européen : le sauvetage de l’Eurocorps, le maintien de l’espace Schengen en particulier. « Si nous refermons les frontières à l’intérieur de l’Union européenne, nous allons droit dans le mur. Il faut contrôler les frontières à l’extérieur et assurer la sécurité à l’intérieur mais on ne peut plus faire comme il y a 50 ou 60 ans », dit-il en plaidant pour une application stricte des règles de circulation actuelles. S’agissant des réfugiés qui arrivent en nombre aux portes de l’UE, « nous devons affronter la situation collectivement avec humanité et justice », plaide le lauréat du prix Europe. L’UE devra y consacrer 300 à 500 €/an dans les 15 années qui viennent, estime-t-il. Enfin, Joseph Daul considère que les prochains chantiers qui attendent l’UE sont la défense et la sécurité, pour lesquels les Américains n’accepteront pas de payer éternellement. « Je me sens authentiquement Alsacien, pleinement Français et je souhaite une Europe responsable qui prenne toute sa place dans le monde et contribue à la prospérité et à la paix », a conclu Joseph Daul, en recevant son prix, doublé d’un tableau peint par l’artiste Camille Bres, lauréate 2015 de l’Académie rhénane.

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