Comptoir agricole
« Il est vital de garder une politique agricole commune »
Comptoir agricole
Publié le 26/12/2016
Le Comptoir agricole a tenu son assemblée générale le mercredi 21 décembre à Schiltigheim. Entre la présentation des résultats du groupe et le débat sur l’agriculture du futur, le président, Marc Moser, et le directeur, Denis Fend, ont invité Lucien Bourgeois, agroéconomiste, à évoquer les perspectives d’évolution des marchés mondiaux.
Que se passe-t-il au niveau de l’économie mondiale ? « Des événements inquiétants et des opportunités à saisir », affirme Lucien Bourgeois. Il commence par les bonnes nouvelles : le prix bas du pétrole, la dépréciation de la parité euro-dollar au profit du dollar, la croissance plus forte, le CAC 40 à 4 800 points, l’inflation relativement maîtrisée, la politique monétaire accommodante qui favorise les taux d’intérêt bas. Mais il y a aussi des « éléments traumatisants » : la stagnation des échanges mondiaux, le ralentissement de la croissance chinoise, les incertitudes liées à l’élection de Donald Trump. « On nous a chanté les mérites du marché mondial mais on se pose des questions sur la stratégie américaine. » Sans oublier des bouleversements politiques induits par l’embargo russe, le Brexit et l’incapacité de l’Europe à réagir face au conflit syrien et à l’afflux de réfugiés. « L’épicentre de ce phénomène climatique est en France » Lucien Bourgeois a évoqué « la triple peine » que subissent les producteurs de céréales français. « Nous nous pensions à l’abri des grands événements climatiques qui ravagent certains continents à intervalles réguliers. Mais c’est arrivé ! » Au final, ce sont 13 millions de tonnes de blé qui manquent à la France, soit la plus grande partie du déficit européen qui s’élève à 17 millions de tonnes (Mt). « L’épicentre de ce phénomène climatique est clairement en France. » L’environnement international est totalement différent : la production mondiale dépasse les 2 milliards de tonnes, un record historique. Les stocks mondiaux s’élèvent à 498 Mt. « Cela correspond à une fois et demie les échanges sur le marché mondial et cela explique l’évolution des cours. » Le maïs devient la première céréale au monde, avec plus de la moitié de la production mondiale. « Il s’en est produit 1 042 Mt, un autre record historique », annonce Lucien Bourgeois. L’enjeu énergétique n’est pas étranger à cette ascension : « Le grand changement s’est produit après l’attaque des Twin Towers, le 11 septembre 2001. » Les États-Unis, voulant renforcer leur indépendance énergétique, ont soutenu massivement la production de biocarburants. Désormais, 35 % de la production américaine de maïs et 13 % de la production mondiale sont consacrés à l’éthanol. « L’irruption des agrocarburants a provoqué une tension sur les prix qui a entraîné une augmentation de la production de céréales. » Pour l’économiste, l’un des problèmes majeurs est la grande instabilité des prix des produits agricoles. Considérés comme des matières premières, leur cotation est étroitement liée au cours du pétrole. « Les hommes politiques devraient s’interroger sur cette corrélation. » « L’irrationalité du marché des matières premières agricoles a un rôle sur l’alimentation. L’insécurité risque de produire un mouvement massif de migrants », prévient Lucien Bourgeois. « Nous avons su maintenir les dépenses agricoles » La France fait partie des pays contributeurs nets de l’Union européenne. Premier pays agricole, elle est logiquement le premier bénéficiaire des retours agricoles. La valeur ajoutée nette de la ferme France s’élève à 14,6 milliards d’euros (Md€), les aides directes et les subventions atteignant 9,50 Md€. « La Pac a des défauts, mais la politique agricole américaine est encore pire. Nous avons réussi à traverser la crise de 2008 dans de meilleures conditions que les Américains qui ont vu leurs dépenses agricoles exploser, de même d’ailleurs que les Chinois. » Pour Lucien Bourgeois, il est vital de garder une politique agricole commune à l’avenir. « L’Union européenne a reconquis son marché intérieur et maintenu sa part des exportations. Nous sommes spécialisés dans les produits transformés et résistons parfaitement bien, alors que les États-Unis, spécialisés dans l’exportation de matières premières agricoles, sont passés de 17 à 10 Md€ de 1980 à 2014. Nous n’avons pas augmenté le budget agricole, ce qui n’est pas le cas ailleurs. »












