Vie professionnelle

Publié le 02/01/2017

Né le 6 janvier 1976, le Centre de formation professionnelle et de promotion agricole (CFPPA) d’Obernai a connu une histoire riche et mouvementée. Elle a été mise en relief lors de la cérémonie anniversaire, qui s’est tenue le 16 décembre au gymnase du lycée agricole, superbement décoré pour l’occasion.

Créé à l’origine afin d’assurer le stage 200 heures obligatoire pour obtenir les prêts à l’installation des jeunes agriculteurs, le CFPPA d’Obernai s’est progressivement ouvert à d’autres publics, les adultes demandeurs d’emploi, les actifs en reconversion professionnelle, les personnes en situation de handicap, les chefs d’entreprise, les techniciens, et même les détenus. Le centre forme chaque année 130 à 150 stagiaires, les formations pouvant aller du niveau V (BPA) au niveau II (licence professionnelle), auxquels s’ajoutent les stagiaires en formations courtes et en formations qualifiantes. « Nous dispensons 100 000 à 150 000 heures/stagiaires par an », indique Joëlle Clouchoux, qui dirige le CFPPA d’Obernai depuis dix ans. Le CFPPA, c’est aussi une équipe d’hommes et de femmes (formateurs, personnel administratif), ainsi que de nombreux partenaires (État, Région Grand Est, Chambre d'agriculture d’Alsace, Organisation professionnelle pour l’agriculture biologique en Alsace, Mutualité sociale agricole, CFPPA de Rouffach, Fongecif, Pôle Emploi, Vivea, Fafsea, etc.). Son credo ? « L’accompagnement, l’égalité des chances, les partenariats, l’adaptabilité ». Sa force ? « Nous avons fait face à de nombreux bouleversements et nous avons toujours su rebondir ». Heureusement, car de nouveaux défis attendent le CFPPA, avec l’évolution de la réglementation sur la formation professionnelle continue et l’adaptation aux modalités de fonctionnement de la Région Grand Est. « Merci pour votre diversité, pour vos projets qui nous enrichissent, s’exclame Joëlle Clouchoux, en s’adressant aux stagiaires, actuels et anciens, présents à cette cérémonie. Merci aux partenaires, aux financeurs, qui permettent aux stagiaires de concrétiser leurs vœux. Merci enfin à toutes les personnes qui contribuent à la réussite de ces formations. » La directrice a eu une petite pensée pour ses prédécesseurs, Claude Holl et Bernard Wentz, qui n’ont pas pu assister à cette cérémonie. « Bien sûr, nous eûmes des orages », rappelle-t-elle, parodiant une chanson de Jacques Brel. Mais l’équipe se caractérise par sa capacité à faire face : « Ces dix dernières années, nous avons surmonté des difficultés financières, des travaux, des mouvements de personnel ». Faire émerger de nouvelles formations Le CFPPA d’Obernai a été créé il y a quarante ans sous l’impulsion de Paul Schiellein pour organiser le stage 200 h, rappelle l’actuel président du CFPPA, Laurent Fischer. Depuis lors, il s’est ouvert à une multitude de formations, biodynamie, maraîchage bio, licence professionnelle. « Il faut faire émerger de nouvelles formations dans un monde qui bouge avec les nouvelles technologies. Nous avons des locaux qui permettent d’assurer une formation de qualité. Merci à Paul Schiellein, qui a présidé le CFPPA durant 29 ans, avec deux directeurs emblématiques, Claude Holl et Bernard Wentz. » Laurent Fischer a lui aussi remercié l’équipe du CFPPA « qui a toujours envie d’aller de l’avant », et sa directrice, Joëlle Clouchoux. « Ancien de Château Salins, mon élection à la présidence du CFPPA a d’abord été très contestée, rappelle Paul Schiellein. Mais j’ai eu la chance d’accompagner l’évolution de cet établissement durant près de trente ans, de suivre la construction des nouveaux locaux. La capacité d’adaptation du CFPPA est incroyable. Il est à la fois accompagnateur et précurseur. Il a formé de nombreux chefs d’exploitation, mais aussi de nombreux cadre de l’agriculture. » Reprenant la métaphore de Joëlle Clouchoux, il ajoute : « Après chaque orage, le ciel est à nouveau devenu bleu ».      

Publié le 01/01/2017

par Jean-Paul Bastian, premier vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace

Après plusieurs années difficiles pour les agriculteurs alsaciens, l’année 2016 n’a pas permis d’inverser la tendance, bien au contraire. Avec des prix en berne et des rendements décevants, le revenu de la plupart des agriculteurs va s’inscrire à la baisse. Si la viticulture tire son épingle du jeu à la faveur d’une belle récolte, l’élevage et les grandes cultures ont bien du mal à sortir d’une crise qui dure. Dans un tel contexte il est important d’être lucide sur le bilan, nous devons trouver des solutions pour passer le cap, mais nous devons aussi proposer des perspectives d’avenir. Répondre aux situations d’urgence Face à une crise qui dure dans bon nombre de secteurs, une action déterminée de refinancement sera nécessaire. Différentes mesures ont été annoncées par le gouvernement mais aussi les collectivités et les banques. Je pense qu’il est urgent de mettre en place une véritable « année blanche » qui permettra de renflouer la trésorerie de nombreuses exploitations mises à mal par la conjoncture défavorable. Pour celles, moins nombreuses mais plus fragiles, qui sont en situation de grande difficulté, des mesures plus ciblées devront être trouvées en lien avec l’ensemble des partenaires. Le dispositif « Reagir » a été mis en place au niveau de chaque département en vue de mener une action concertée entre la Chambre d’agriculture, la Mutualité sociale agricole, les centres de comptabilité, les organisations professionnelles et économiques, les banques… L’objectif de tous ces dispositifs est de trouver la réponse adaptée à chaque situation individuelle en vue de passer le cap et répondre aux situations d’urgence. Davantage prévenir les crises Force est de constater que les mécanismes de prévention des crises n’existent plus dans de nombreux secteurs ou alors ne sont pas assez efficaces. Le constat est sans ambiguïté. L’évolution de la Pac a conduit à la dérégulation de la plupart des marchés des produits agricoles. La suppression des quotas et des mécanismes d’intervention a donné lieu à une grande volatilité des prix. Les aides directes qui visent à soutenir le revenu des agriculteurs sont découplées et ne peuvent donc pas contrebalancer des prix ou des récoltes en chute. Si un retour en arrière de la Pac telle qu’on la connaissait il y a vingt ans n’est pas envisageable, d’autres mécanismes doivent être développés au niveau de la politique européenne pour limiter les impacts d’une conjoncture défavorable ou d’une mauvaise récolte. Il faut remettre des moyens supplémentaires au niveau européen pour gérer les crises avec des interventions ciblées sur les marchés et des aides au revenu pour les producteurs en situation d’urgence. Il faut des mécanismes assurantiels plus incitatifs et généralisés avec des garanties publiques pour faire face à des aléas climatiques de plus en plus fréquents. Il faut enfin des mécanismes fiscaux, sociaux et financiers adaptés pour lisser le revenu et gérer la trésorerie entre des années favorables et d’autres qui le sont moins. Nous devons tirer les enseignements de la crise actuelle et renforcer, sans tarder, tous les outils existants de la Pac. Pour l’avenir, les organisations agricoles doivent porter un véritable projet pour l’agriculture européenne. Et surtout, le gouvernement français doit reprendre la main. La France est le premier pays agricole de l’Union européenne. Avec l’Allemagne, nous devons proposer une politique ambitieuse pour l’agriculture européenne. Les élections françaises et allemandes en 2017 seront déterminantes pour porter ce projet sur un plan national et européen. Accompagner les agriculteurs et leurs projets Je pense que le rôle des organisations agricoles et de la Chambre d’agriculture en particulier c’est de répondre aux problèmes immédiats des agriculteurs, et c’est aussi de s’inscrire dans une réflexion professionnelle à moyen terme. Nous devons préparer l’avenir, réfléchir à l’évolution de nos systèmes de production, à l’avenir de nos filières, aux enjeux de nos territoires y compris, et je dirais encore davantage en période de crise. La crise ne doit pas nous tétaniser, mais au contraire, elle doit nous inciter à nous remettre en cause, à rechercher des réponses au niveau de nos exploitations, imaginer de nouvelles solutions. Les conseillers de la Chambre d’agriculture doivent être aux côtés des agriculteurs pour réfléchir et travailler à l’optimisation technique et économique de leur exploitation, ils doivent être aux côtés des jeunes qui souhaitent s’installer et accompagner ceux qui projettent d’investir et de se développer. Force est de reconnaître que de nombreux agriculteurs alsaciens ont des projets et investissent pour préparer l’avenir malgré la conjoncture défavorable. Pour preuve, 84 dossiers Plan bâtiment ont été agréés en 2016 et ceci dans toutes les filières d’élevage. Les viticulteurs plébiscitent le programme d’investissement dans le cadre du Feaga. Jamais la viticulture alsacienne n’a autant investi dans ses caves, et ses outils de vinification. Les projets de conversion à l’agriculture biologique se poursuivent à un rythme soutenu tout comme les projets autour des circuits courts, portés par une demande qui ne faiblit pas. Préserver et développer nos filières Force est de reconnaître que l’agriculture alsacienne offre des perspectives diverses et variées. Des filières cherchent de nouveaux producteurs : la betterave sucrière, le tabac, le houblon, le maïs semence, les fruits et légumes… Les volailles se développent. Mais l’agriculture alsacienne peut aussi et surtout compter sur la solidité de ses filières historiques que sont les céréales et le vin et sur les entreprises dynamiques de ces secteurs qui valorisent au mieux les productions régionales. L’élevage n’est pas en reste avec la production laitière qui a bien progressé ces dernières années, à l’image d’Alsace Lait qui a démontré, par des choix stratégiques adaptés, ses capacités à bien valoriser le lait de ses producteurs lors des crises successives. Ceci n’enlève rien à la pertinence des démarches entreprises par Unicoolait ou Sodiaal lorsqu’on se place à moyen et long terme. Au niveau de la viande, la priorité a été de maintenir à tout prix l’outil d’abattage de Holtzheim lorsque le dépôt de bilan de Copvial a été prononcé. Cette stratégie, qui n’a pas toujours été bien comprise, est la seule qui puisse permettre de maintenir dans le temps la pérennité de la filière bovine et surtout porcine en Alsace. J’aimerais remercier ici tous ceux qui ont contribué à trouver des solutions à des moments où il n’y en avait plus. Je souhaite rendre hommage aussi aux responsables agricoles et aux organisations économiques qui ont permis de reconstruire une filière de commercialisation, après cet épisode douloureux. Il est important, en cette période difficile, de garder la confiance. L’agriculture, l’agroalimentaire sont de vrais secteurs d’avenir pour notre pays, notre région et notre territoire alsacien. À l’aube de cette nouvelle année, je vous souhaite à toutes et à tous santé, bonheur et réussite pour 2017.

Publié le 28/12/2016

Animé par Matthieu Luthier, responsable développement et communication au Comptoir agricole, le débat qui a suivi l’intervention de l’économiste Lucien Bourgeois, a exploré quelques perspectives d’avenir pour l’agriculture alsacienne.

Le local a-t-il de l’avenir ? Oui, à certaines conditions, répond Antoine Wuchner, directeur d’Eurépi : « En Alsace, la situation a bien changé, ces dernières années : nos céréales sont en concurrence permanente avec d’autres origines, ukrainienne entre autres. Notre région est devenue la roue de secours des clients néerlandais. » Dans un contexte de prix bas, il faut capter la valeur ajoutée sur place, en Alsace, plutôt que de concurrencer des origines tiers. « Il y a des opportunités à saisir en maïs corné, en waxy, et sans doute en blé meunier, mais cela exigera du professionnalisme, de la part des producteurs comme des collecteurs. » La même équation est vraie pour d’autres filières, comme le houblon, souligne Antoine Wuchner. Tout comme l’agrochimie, le secteur de la bière vient de vivre une très grosse fusion d’entreprises, celle de SAB Miller et AB Inbev, explique François Loos, président des Brasseurs de France. Pendant ce temps, on assiste à un foisonnement de nouvelles brasseries : on compte 1 000 brasseries en France, contre 750 il y a trois ans. « Ce sont des entreprises durables », précise-t-il. La bière est un secteur innovant, et pas seulement pour des raisons culturelles. Sous la pression de la grande distribution, les grandes brasseries sont obligées de créer des produits innovants pour conserver leur marge. Pendant ce temps, les petites brasseries lancent de nouvelles marques et des systèmes de distribution intéressants : commande par internet, livraison à la maison. « Tout est en place pour une croissance durable », estime François Loos. Des opportunités à saisir Ce n’est pas neutre pour l’agriculture : la France est leader mondial pour la production d’orge de brasserie et l’exportation de malt, mais la production d’orge bio est insuffisante pour satisfaire la demande. « Il y a des opportunités à saisir. » Autre réflexion à mener, la multiplicité des bières passe par la diversité des houblons. « Les brasseurs sont à la recherche de nouvelles variétés. » Le dynamisme du marché est une réalité, au niveau national et international. Et la Pac, dans tout cela ? En instaurant les aides uniques à l’hectare et en démantelant les outils de régulation, la Pac a introduit la volatilité des prix sur le marché européen, estime Bruno Colin, président de l’union Cloé. « La Pac 2020 devra faire la part belle à la régulation, à la ruralité, à l’emploi. » Le système assurantiel est un bon outil pour maintenir le revenu des agriculteurs, mais il faut abaisser le taux de franchise à 15 % pour qu’il soit efficace. Bruno Colin suggère d’introduire de la flexibilité dans les aides directes : « Durant les bonnes années, nous en avons moins besoin. Inversement, elles devraient être plus importantes dans les mauvaises années. » Mais le risque est que le budget agricole soit revu à la baisse… « Arrêtez de fustiger le monopole de l’endive » L’Union européenne a opté pour la gestion libérale des marchés, introduisant ainsi la volatilité des cours, souligne Lucien Bourgeois. Cela fait pourtant 300 ans qu’on sait que l’insuffisance ou l’excès de l’offre de produits agricoles produisent des variations de prix beaucoup plus importantes que les variations de volumes constatés. C’est un statisticien anglais, Grégory King, qui l’a mis en évidence… Pendant ce temps, les Américains ont mis au point un système d’assurance privé dans lequel l’État met des fonds. « C’est plus facile de placer des assurances dans ces conditions. » Dans un système libéral, les États ne peuvent pas intervenir dans la gestion des marchés. Du coup, de méga-entreprises se forment et imposent leur loi - et leurs prix -, comme dans le secteur de la distribution ou de l’agrochimie. Mais alors, il faut accepter que l’agriculture s’organise, elle aussi, et laisser faire les interprofessions. Pour Lucien Bourgeois, il est aberrant de vouloir condamner le « cartel de l’endive » et d’être incapable de lutter contre le monopole de la grande distribution… Marc Moser, président du groupe Comptoir agricole, estime lui aussi qu’il faut donner la priorité aux débouchés locaux. « Le houblon est un exemple réussi de retour aux marchés locaux. La diversité des productions que nous accompagnons est la meilleure garantie que nous pouvons apporter à nos adhérents pour assurer l’avenir. »

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