Vie professionnelle

Franck Sander, président du Syndicat betteravier d’Alsace

Des perspectives intéressantes s’ouvrent à la filière

Publié le 18/01/2017

La fin des quotas sucriers au 1er octobre 2017 ouvre une nouvelle ère, dérégulée et fortement concurrentielle. Mais quel sera le poids des planteurs face aux entreprises et au marché ? Franck Sander, président du Syndicat betteravier d’Alsace, explique comment la Confédération générale des planteurs de betteraves a préparé l’après-quota.

« Notre filière est celle qui est restée le plus longtemps dans le système des quotas de production. Et même si elle ne bénéficie plus du prix garanti de la betterave, elle reste régie par un cadre spécifique au sucre dans le droit communautaire européen (OCM) », indique Franck Sander, lors de la première réunion d’information betteravière qui s’est tenue le vendredi 6 janvier à Dossenheim-Kochersberg. Dans la perspective de ces profonds changements, « notre priorité était de préserver la négociation collective ». Un nouvel accord interprofessionnel a été signé cet été entre la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), le Syndicat national des fabricants de sucre* et Tereos pour trois campagnes, ce qui donne une meilleure visibilité aux planteurs. Cet accord fixe un cadre clair et précis, détaillant notamment les conditions de réception des betteraves. L’accord inclut un contrat type, reprenant l’ensemble des points devant être précisés dans le contrat de chaque producteur. La négociation interprofessionnelle reste d’actualité La principale difficulté était de ne pas enfreindre les règles du droit de la concurrence : « Les ententes sur les prix sont fortement contrôlées ». Il fallait donc respecter la liberté contractuelle des industriels avec leurs fournisseurs. Il n’est donc plus possible de négocier au niveau national un prix minimum de la betterave qui s’applique à tous les groupes sucriers. Toutefois grâce à l’acte délégué, il est possible de négocier collectivement le partage de la valeur entre une entreprise et ses fournisseurs. « Cet acte délégué fera date et devrait profiter à toutes les cultures. » Concrètement, au sein de chaque usine, une commission interprofessionnelle veillera à l’approvisionnement de l’usine. Et au niveau de chaque fabricant, une commission de répartition de la valeur (CRV) négociera tout ce qui relève du prix, cette organisation devant garantir une juste répartition de la recette sucrière entre planteurs et fabricant. Les planteurs d’Erstein étant en coopérative, c’est le conseil d’administration qui fera office de commission interprofessionnelle et de CRV. « Chaque planteur recevra un contrat type », précise Franck Sander. Autre changement, la compensation financière correspondant aux pulpes de betterave devra être communiquée de façon distincte du prix des betteraves. « À l’avenir, nous vous apporterons davantage d’information sur le prix de la betterave, du sucre, de l’éthanol et sur l’évolution des marchés mondiaux. » L’interprofession sera elle aussi amenée à évoluer : au 1er avril 2018, le CIPS (Comité interprofessionnel des professions saccharifères) sera supprimé et remplacé par l’AIBS, dont les membres sont Cristal Union, Saint-Louis Sucre, Lesaffre Frères, Ouvré Fils, Tereos et la CGB. « Une nouvelle interprofession est en route et prépare l’avenir. » Le même scénario que dans le secteur laitier ? La fin des quotas signifie la libéralisation des volumes de production, souligne Franck Sander. Une augmentation de la production de 15 % est attendue au niveau européen, de 20 % en France. Cela aura des incidences directes sur les volumes de sucre commercialisés : ils devraient passer de 4,8 à 5,8 millions de tonnes. Et que se passera-t-il du côté des prix ? Le secteur sucrier vivra-t-il le même scénario que le secteur laitier ? Franck Sander ne le pense pas. Le marché mondial du sucre vient de vivre deux campagnes déficitaires successives, ce qui a entraîné une baisse des stocks, avec à la clé une tendance haussière des prix. « Ce qui va nous sauver, c’est la compétitivité, notamment à l’export. Avant le panel sucre à l’OMC, nous exportions des tonnages significatifs en Suisse. Ce sont des marchés que nous pouvons reconquérir. » D’autres perspectives intéressantes s’ouvrent pour la filière : « La possibilité pour les professionnels de récupérer la TVA sur l’essence permettra de trouver de nouveaux débouchés pour l’éthanol, dont nous pourrons profiter. » Le président du SBA en est persuadé, la betterave à sucre reste une culture intéressante pour les exploitations alsaciennes, malgré sa moindre performance en 2016. « Plus un agriculteur se diversifie, plus il limite les risques. C’est vrai aussi pour les marchés : le prix de l’éthanol était à un niveau élevé en 2015 ; il a connu des fluctuations en 2016, mais il est en train de remonter. » Jusqu’ici, le prix de la betterave du quota était calculé sur la base du prix de référence du sucre, qui était de 404 €/t. Ce qui faisait un prix de 26,29 €/t de betteraves à sucre. Le prix de la betterave éthanol était, quant à lui, de 22 €/t. « C’était compliqué pour les producteurs de produire de la betterave avec ce niveau de rémunération. Nous demandons qu’à l’avenir il soit tenu compte de nos coûts de production estimés à 25 €/t par la CGB. » « Nous ne pouvons que rebondir » Franck Sander poursuit : « Quand l’Est Agricole et Viticole et le Paysan du Haut-Rhin titrent que nous sommes au creux de la vague (lire notre article dans le numéro du 6 janvier en page 20), cela veut dire que nous ne pouvons que rebondir. Nous avons une capacité de résistance qui nous permettra d’aller de l’avant. » Pour autant, les producteurs devront prendre en compte la volatilité des prix du sucre, qui peut fluctuer d’un coefficient 1 à 3,5 %. Nous devrons voir comment absorber ces hauts et ces bas sur nos fermes. Nous avons toute une série de propositions à faire. Au niveau fiscal, il faudrait créer des réserves non fiscalisées dans les bonnes années, c’est-à-dire non soumises aux charges sociales et à l’impôt, pour pouvoir les réintégrer dans la comptabilité durant les mauvaises années. Nous envisageons également la création d’un fonds de stabilisation : les bonnes années, la filière prélèverait 1 €/t de betterave, un montant qui serait cofinancé par l’Union européenne, dans le cadre du second pilier. Les mauvaises années, on pourrait réinjecter cet argent dans les trésoreries des planteurs. La CGB veut également améliorer le système d’assurance récolte, en abaissant la franchise à 20 %. Et comme charité bien ordonnée commence par soi-même, la cotisation de la CGB va baisser dès la campagne 2017-2018 à 25 cts/t de betterave. Avec la fin des quotas, les missions de la CGB vont évoluer et les services seront optimisés, ce qui permettra de faire des économies.

René Schotter, vice-président de Cristal Union

Des betteraves à Phalsbourg

Publié le 17/01/2017

Avec la fin des quotas betteraviers, les sucriers français ont l’ambition de partir à la conquête du marché mondial. Le moment est bien choisi : les stocks sont à la baisse, les prix se maintiennent. Du coup, Cristal Union demande à ses producteurs d’augmenter leurs surfaces. Un appel que les planteurs alsaciens ont entendu. Mais pas seulement…

L’assemblée générale de la section Erstein de Cristal Union se tiendra cette année le vendredi 19 mai à Oberhausbergen, car la date de clôture des comptes du groupe a été modifiée au 31 janvier. René Schotter, vice-président de Cristal Union, l’a annoncé lors des réunions d’information betteravières qui se sont tenues en janvier. 2017 apporte son lot de nouveautés. Cristal Union augmente ses surfaces de 20 % sur l’ensemble des usines du groupe. Une augmentation est également à l’ordre du jour à Erstein : « Un certain nombre de planteurs alsaciens ont réagi favorablement à notre proposition. Et de nouveaux planteurs rejoignent nos rangs, en Lorraine notamment. Cette année, nous ferons de la betterave dans la région de Phalsbourg. » René Schotter a indiqué que 60 nouveaux planteurs ont adhéré à la coopérative en deux ans. La disparition des quotas entraîne des changements dans la contractualisation de la production. « Conformément à l’acte délégué, il n’est plus possible de fixer un prix minimum de la betterave au plan national, les négociations de prix se tenant dorénavant au niveau de chaque société sucrière. » La relation entre le coopérateur et Cristal Union est régie par l’engagement d’activité, les statuts et le règlement intérieur de la coopérative, ainsi que les décisions du conseil d’administration. Le contrat précise tous les éléments concernant les prix (prix de la betterave, coût de la tare terre, prime à l’arrachage précoce ou tardif, barème richesse, montant des acomptes, prix des pulpes, betteraves déficitaires ou excédentaires, etc.). Un engagement de trois ans C’est un engagement pluriannuel, souligne René Schotter : les anciens planteurs auront des contrats BCR (betteraves contractées de référence), les nouveaux planteurs auront des contrats BCR et BCC (betteraves contractées complémentaires). Le volume des betteraves contractées de référence est obtenu en additionnant les betteraves du quota, les betteraves industrielles et les betteraves complémentaires de 2016, explique Laurent Rudloff, responsable du secteur agrobetteravier. Une troisième catégorie de betteraves est prévue en 2017, les betteraves additionnelles. Il s’agit cette fois-ci d’un engagement annuel, sur la base d’un prix garanti de 27 €/t sans capital social. « Il reste des volumes disponibles en betteraves additionnelles », précise Laurent Rudloff. Pulpes et richesse Dorénavant, Cristal Union assurera la gestion des pulpes, celles-ci faisant partie intégrante des betteraves livrées. « Pour les livraisons de pulpes, nous donnerons la priorité aux planteurs et aux éleveurs. » Le protocole tare-terre a été harmonisé au sein du groupe pour une meilleure lisibilité. « Mais nous maintenons la tare d’objectif usine par usine. En cas de tare excessive, nous pourrons introduire une modulation. » La bonification richesse prend elle aussi tout son sens, l’objectif étant de favoriser l’amélioration de la richesse des betteraves livrées. Un complément de prix sera versé aux planteurs pour les betteraves très riches. De même pour les arrachages précoces. Par ailleurs, des modifications seront apportées dans le planning des arrachages tardifs pour permettre aux planteurs d’arracher avec deux semaines d’avance dans certains secteurs, afin d’améliorer l’efficacité et de réduire le coût de l’opération de bâchage. L’objectif étant de préserver l’équité entre les coopérateurs malgré l’allongement de la durée de la campagne.

Éditorial

Restons engagé(e)s

Publié le 16/01/2017

par Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin

L’année 2016 est terminée. Selon moi, vous souhaiter une bonne année prend tout son sens, au vu des années difficiles qui s’enchaînent pour nos exploitations. L’an passé nous avons espéré une meilleure année 2016 à tous les niveaux, mais celle-ci n’est malheureusement toujours pas d’actualité. Les temps sont durs, avouons-le. Nous n’avons été épargnés ni par la météo (excès d’eau puis sécheresse) ni sur les prix. L’accumulation des années difficiles fait que nos trésoreries sont aujourd’hui au plus bas. Le monde agricole étouffe sous les difficultés. Des solutions ont été mises en place, pour faire le dos rond, mais le souffle sur nos exploitations n’arrivera qu’à travers une marge rémunératrice ! Espérons que 2017, nous laissera respirer un peu. Au-delà de la partie climatique et du marché, l’année 2016 a de plus été marquée par des retards qui deviennent « habituels ». Pac, MAE, DJA… des aides destinées à soutenir l’agriculture et ses agriculteurs furent une bataille. Dans le contexte que nous connaissons, la France et les hommes qui dirigent l’État n’arrivent pas à respecter les délais de leurs missions, alors qu’ils ont pourtant toutes les cartes en main. Nous n’accepterons plus à l’avenir les retards de paiements, surtout pour des raisons de défaillance de logiciel, de la part d’une administration exigeante qui nous contrôle et nous demande de respecter toujours plus de normes. 2016 signe aussi une nouvelle avancée des associations de « protection des animaux » telles que L214 qui profitent des médias pour choquer le grand public et stigmatiser les éleveurs. En réalité, les éleveurs sont les premiers bienfaiteurs de leurs animaux, et se soucient chaque jour de leur bien-être. Alors oui, parler de 2016 pourrait encore être long, mais apprenons du passé pour aller de l’avant ! L’exemple de la nouvelle organisation en Région Grand Est en dit long. Cela doit maintenant être une opportunité ! Beaucoup de questions de fond sur le long terme se posent et cherchent des réponses. À nous tous de continuer à être acteur et force de proposition. Quel modèle pour nos exploitations familiales de demain ? Quelle direction prendre ? Que veut dire chef d’exploitation et comment définir le statut d’agriculteur ? Une réflexion a également été lancée à JA national au sujet de la gestion des risques dans leur globalité dans la conjoncture actuelle et sera le sujet d’un rapport d’orientations. Il y a encore trop d’idées reçues sur l’agriculture, à nous d’aller plus loin ! Que ce soit à travers les portes ouvertes dans les cantons qui se termineront par la finale départementale de labour le 27 août à Mietesheim ; ou encore la Journée de l’installation au lycée agricole, l’opération Sourire au Parlement européen… Autant de moments importants pour continuer à communiquer sur notre agriculture ! Aujourd’hui, plus que jamais nous avons besoin de gens qui s’engagent pour défendre le métier qui est le nôtre de par la conjoncture que l’on connaît actuellement. L’engagement sera d’ailleurs le thème de notre assemblée générale qui aura lieu le 6 mars prochain dans le canton de Soultz-sous-Forêts. Parce que nous croyons en l’avenir de l’agriculture alsacienne, continuons à nous mobiliser ! C’est ensemble que nous relèverons les défis de demain ! Avant de finir, je souhaitais vous rappeler que 2017 sera une année élective pour notre pays. Sachons faire le bon choix pour notre agriculture ouverte sur les marchés internationaux. Faisons passer nos messages à l’ensemble des candidats et sachons réfléchir nos choix pour que l’agriculture française perdure. Je vous adresse mes meilleurs vœux, au nom des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, à vous et vos proches ! Que 2017 soit une réussite pour tous ! Soyons fiers de nourrir les hommes !

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