Vie professionnelle

Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin. Groupe vin

Faire reconnaître un terroir : mode d’emploi

Publié le 30/05/2016

La réunion du groupe vin des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin se tenait le 19 mai dernier à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. Au programme de la soirée, la hiérarchisation et la manière de faire reconnaître un terroir en appellation. Un dossier présenté par Yves Dietrich, membre de l’Inao.

Une vingtaine de jeunes vignerons ont répondu à l’invitation du président du groupe vin des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, Clément Fend, jeune vigneron à Marlenheim, très impliqué dans les dossiers de la viticulture. Les JA avaient invité pour exposer le projet de hiérarchisation des vins d’Alsace et expliquer comment présenter un dossier de reconnaissance en appellation, Yves Dietrich. Membre du conseil de l’Association des viticulteurs d'Alsace et de l’Inao, Yves Dietrich siège dans trois des cinq comités qui constituent l’institution : le comité vin, IGP vin et Agriculture biologique, puisque l’institution a en charge désormais la gestion des labels de qualité ; les deux autres comités étant les autres labels que l’AB, et le Conseil agrément et contrôle de l’Inao (CAC). Yves Dietrich, qui achève son troisième mandat quinquennal, s'est notamment impliqué pour la reconnaissance en appellation des eaux-de-vie alsaciennes. Il préside à l'Inao la commission des vins bios avec pour projet une réglementation de la mention « nature ». L’échelle temps d’un processus de reconnaissance en appellation est telle que le dossier de hiérarchisation devrait concerner plus particulièrement les jeunes viticulteurs, introduit Yves Dietrich. « L’offre en vins d’Alsace que nous proposons aujourd’hui résulte de ce qui s’est mis en place il y a bien longtemps. » D’où une nécessité pour les jeunes « de se projeter dans l’avenir », insiste le représentant de l’Inao, vigneron à Scherwiller. Avant d'énumérer les atouts du vignoble : son climat qui lui permet d’échapper aux fléaux de certaines maladies, une pression phytosanitaire globalement faible, une mosaïque unique de terroirs. Ses faiblesses : une valorisation faible, quelques défauts de notoriété, une appellation pas forcément incontournable dans les linéaires et substituable par d'autres vins, une histoire compliquée et des approches « cépages » obligées d’être remises en question pour les années à venir. Yves Dietrich présente ensuite l’architecture de la nouvelle hiérarchie des vins d’Alsace. « Nous passons de deux à quatre strates : les grands crus, les premiers crus et premiers crus lieux-dits, les crus communaux et crus communaux lieux-dits, et les AOC Alsace et AOC Alsace lieux-dits. Avec à chaque niveau, un rendement différencié. » Quels éléments pour réussir un dossier de reconnaissance en premier cru ? D’entre tous les éléments nécessaires à la réalisation d’un dossier, le plus important est le vin dégusté, insiste Yves Dietrich : « Ce qu’il y a dans le flacon. Clairement, nous identifions les intentions viticoles à la dégustation. Les vins qui se démarquent font saliver, ils participent d’un travail sur le terroir et sur le rendement. » L’exigence qualitative étant posée comme condition sine qua non, il faut ensuite présenter une cohérence d’ensemble d’abord sur les composantes gustatives de base (sucrosité, acidité). Et il faut également « identifier un air de famille, une originalité » inhérents au terroir et communs à plusieurs millésimes. Las ! Le chemin de la reconnaissance n’est à ce point pas accompli. « La valorisation est un point important, avec des grilles de tarification différenciée », d’où l’intérêt de la rémunération à l’hectare plutôt qu’au kg de raisin, note au passage Yves Dietrich, autant « de solutions incitatives efficaces ». Point également notoire : les vignerons doivent faire preuve de mobilisation collective et d’implication dans leurs dossiers. Et donc saisir les opportunités événementielles qui se présentent à eux, pour faire valoir et connaître leur démarche. Les jeunes vignerons se sont montrés interrogatifs sur le « timing » des démarches. En ce qui concerne les premiers crus et crus communaux, le projet a commencé l’année dernière. « Il y a 170 dossiers et une dizaine de dossiers communaux. On a sorti une quinzaine de dossiers types, avec des cas de figure très différents, pour avoir une réponse préliminaire sur ce qui sera possible de présenter », explique Yves Dietrich : cas de premier cru sur deux communes, cas de premier cru enserré dans un grand cru, etc. « Nous sommes face à une situation très ouverte. » L’ODG a donc fait connaître à l’Inao son intention de demander des reconnaissances en appellation. Parallèlement, une petite commission, constituée de représentants vignerons et administratifs, a commencé à procéder à la dégustation des projets : « On en est à la moitié. Les dossiers présentés progressent, car les vignerons tirent des enseignements des dégustations. » Ça prendra du temps, prévient Yves Dietrich. Lorsque le dossier, comportant une batterie de reconnaissances en appellation, sera jugé recevable, il passera au crible juridique, et l’Inao nommera une commission d’enquête composée de trois vignerons d’autres régions, et « ce sont eux qui présenteront le dossier au comité vin, qui recueillera également l’avis du président du Crinao ». Il est donc important de créer des conditions préalables politiquement constructives avec l'instance nationale. Yves Dietrich insiste sur la préparation des dossiers, en premier lieu, le choix des vins : « Nous limitons à dix vins par demande. C’est vous qui choisissez les millésimes. Plus la démarche est individuelle, par exemple un seul vigneron, plus l’exigence est élevée. » La logique veut en effet que l’effet de groupe facilite la possibilité de démontrer une identité de terroir. Selon les textes européens, « toute proposition est recevable, remarque Yves Dietrich, mais l'objectif est d’aboutir. »

Publié le 28/05/2016

La FDSEA du Bas-Rhin a organisé une première rencontre de la section bio le mardi 17 mai à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. Cette réunion, à laquelle Franck Sander, président, prenait part, s’est déroulée en présence de Julien Scharsch, président de l’Organisation professionnelle de l'agriculture biologique en Alsace, et de la Chambre d’agriculture d'Alsace. Véronique Klein, agricultrice à Ottwiller en Alsace Bossue, prend la responsabilité de ce groupe bio au sein de la FDSEA.  

De nombreux agriculteurs se sont déplacés pour la première rencontre de la section bio. Maraîchers, éleveurs laitiers ou allaitants et céréaliers, quasiment toutes les productions étaient représentées. Pour ce lancement, il était bon de rappeler le rôle de l’Organisation professionnelle de l'agriculture biologique en Alsace (Opaba) et de la Chambre d’agriculture d'Alsace (CAA) et de présenter des chiffres pour déterminer la place de l’agriculture biologique en Alsace. L’Opaba a insisté sur la montée en puissance du nombre de conversion. Autre fait marquant : une grande partie des nouvelles demandes de conversion concerne les grandes cultures et l’élevage, des filières qui jusqu’à aujourd’hui étaient moins dynamiques que, par exemple, les filières viticoles. L’Opaba a recensé 620 fermes alsaciennes en agriculture biologique au 31 décembre 2015, dont 262 dans le Bas-Rhin. Pour 2016, plus de 30 projets de conversions sont déjà identifiés ; d’autres devraient se manifester au cours de l’année. « Représenter toutes les agricultures » Comme l’a affirmé Franck Sander, président de la FDSEA, « nous sommes là pour représenter toutes les agricultures sans distinction ». Cette nouvelle section doit permettre de répondre au mieux à toutes les questions liées à l’agriculture biologique. En guise d’encouragement, la mise en place de ce groupe a d’ailleurs été saluée par plusieurs agriculteurs présents. Selon Véronique Klein, « ce qui nous intéresse et ce qui doit être notre priorité, c’est de faire avancer la bio ». Attention toutefois à ne pas diffuser l’idée selon laquelle l’agriculture biologique serait accessible à tous et une solution miracle aux difficultés liées à la crise agricole actuelle. L’agriculture biologique est elle aussi confrontée à une réglementation très stricte et est impactée par le retard des paiements Pac et d’autres problématiques. Une conversion vers l'agriculture biologique doit être mûrement réfléchie et techniquement réalisable. Il est indispensable de se faire accompagner dans cette réflexion par la CAA ou l'Opaba. Par ailleurs, Véronique Klein est « persuadée » que l’agriculture biologique est « une des agricultures de demain ». Les agriculteurs ne se sont pas privés de faire remarquer qu’il existe, en effet, de nombreuses possibilités en Alsace liées à la diversité des productions. Soulignant la collaboration actuelle entre l’Opaba, la CAA et les acteurs de l'agriculture biologique en Alsace, Julien Scharsch a mis en avant l’intérêt de la nouvelle grande région pour continuer à travailler en collaboration et collectivement. Sachant que les filières bios doivent avant tout se structurer localement et selon les besoins des producteurs de notre territoire alsacien. Des progrès sont également possibles au niveau de la communication grand public. Il est désormais important - et la FDSEA a un rôle à jouer à ce niveau - que des agriculteurs s’engagent collectivement pour expliquer pourquoi un tel prix et pourquoi on ne peut pas travailler en dessous. Des filières à développer et organiser Les débats se sont rapidement tournés vers l’avenir de l’agriculture biologique en Alsace et le besoin de structurer les filières et notamment celles des grandes cultures ou de l’élevage. Un éleveur a déploré qu’il n’y ait actuellement « pas de débouchés dans le porc bio ». Pour le président de la FDSEA, « il faut rester maître de la structuration et du volume ». Selon lui, les structures qui travaillent sur ce modèle de production vont avoir besoin du syndicat lors des négociations et notamment sur les dossiers Pac. Par exemple, en France, il n’est possible pour un agriculteur de bénéficier de l’aide conversion et maintien que pour seulement cinq ans chacune. Ce n’est pas le cas pour d’autres pays européens. Les aides du second pilier, dont fait aussi partie l'aide à l'agriculture biologique, sont désormais gérées par les régions. Il est donc primordial de participer à la structuration régionale, portée par les réseaux historiques de développement de la bio.  En somme, la mise en place d’un groupe bio à la FDSEA est complémentaire des actions déjà menées par l’Opaba et la CAA. Le mode de production biologique se développe : chaque année les adhérents de notre réseau sont un peu plus nombreux à franchir le cap et de nombreux autres réfléchissent à la conversion. « Dans ce contexte, la création d’une section bio au sein de la FDSEA du Bas-Rhin était une étape indispensable dans l’objectif de défendre tous nos agriculteurs », a insisté Franck Sander. « Nous vous invitons à faire remonter vos attentes, revendications sur des dossiers relatifs à l’agriculture biologique, à faire vivre ces sections, au niveau départemental, comme au niveau régional », a conclu Véronique Klein.

Mutualité sociale agricole d'Alsace

Une chute historique des cotisations

Publié le 27/05/2016

L'année 2015 a été marquée par une baisse de 23 % des cotisations des employeurs et une hausse de 22 % des demandes d'échéanciers. La MSA d'Alsace a présenté ses résultats et ses perspectives pour l'avenir avec moins d'agriculteurs et exhorté vers une baisse de ses coûts.

La première année de David Herrscher en tant que président de la Mutualité sociale agricole d'Alsace a été marquée par la crise agricole. Les projets initiaux n'ont pas été abandonnés, mais il a fallu parer au plus urgent : constater les dégâts liés à la sécheresse, mettre en place un dispositif d’accompagnement des agriculteurs touchés par la chute des cours. « Les pouvoirs publics ont entendu les appels de la profession et ont annoncé plusieurs mesures en février : la baisse des cotisations personnelles maladie de 7 points pour les exploitants va alléger les factures, mais reporter une part de la charge de notre régime sur les autres régimes de sécurité sociale. Le report des cotisations personnelles des exploitants d’un an, sans pénalité, donnera une bouffée d’oxygène aux exploitations viables ; mais attention à utiliser cette mesure avec prudence : les cotisations devront être payées au final, car ce n’est pas une année blanche. La possibilité de changer exceptionnellement d’assiette est maintenue pour un an. Des prises en charge de cotisations seront possibles, mais nos enveloppes continuent à diminuer. Une soixantaine d’exploitants environ pourront être aidés. Nous continuons à porter des demandes complémentaires, notamment devant le Conseil régional. Nous proposons que soit ré-instauré un système de préretraite pour les exploitants en fin de carrière confrontés à des difficultés insurmontables. » David Herrscher annonce de bonnes nouvelles : « La baisse des cotisations concerne aussi les employeurs, notamment en prestations familiales. Après ces mesures, il faudra vérifier si nous redevenons compétitifs, en termes de coût du travail, face à nos concurrents allemands notamment. Plusieurs avancées sociales peuvent aussi être soulignées : la création de la prestation universelle maladie, qui évitera les ruptures de droit notamment pour les saisonniers passant d’un régime social à un autre ; ou encore la création de la garantie des impayés de pension alimentaire pour les couples divorcés ayant des enfants à charge. » S'agissant de la situation de la Coopérative des producteurs de viandes d'Alsace (Copvial), David Herrscher précise que « la MSA s’est fait un point d’honneur d'accompagner cet outil indispensable aux filières bovine et porcine alsaciennes, puisque plus de 600 éleveurs en dépendent, ainsi que 207 emplois salariés. Nous avons consenti un effort sans précédent, pour aider l’entreprise à surmonter ses difficultés. Il ne m’appartient pas de me prononcer sur l’issue du redressement judiciaire, mais la MSA sera présente auprès des éleveurs et des salariés s’ils devaient subir un préjudice. » Le président de la MSA appelle les organisations professionnelles agricoles (OPA) à la vigilance et à la solidarité : « La vigilance, parce que les difficultés du terrain sont parfois plus graves que ce qui nous est présenté, ou nous sont signalées trop tard. Il faut être en veille permanente. Trop d’entreprises meurent, car elles n’ont pas été lucides sur leurs difficultés, et n’ont pas pris les décisions qui s’imposaient pour leur survie. Les Alsaciens doivent rester unis pour défendre leurs outils de production, car personne d’autre ne les défendra à leur place ! » 8 697 exploitants couverts La directrice, Christelle Jamot, présente l'activité de la MSA en 2015 : « Nous couvrons 8 697 exploitants, en baisse de 69 personnes, et plus de 53 600 salariés, dont près de 30 000 travailleurs occasionnels. Sur le plan des prestations familiales, nous avons versé 16 millions d'euros (M€) - un montant stable - à 5 500 familles. Au chapitre des retraités, les pensionnés salariés, au nombre de 42 569, sont un peu plus nombreux qu’en 2014 et ont bénéficié de 88 millions d'euros de prestations, chiffre en légère hausse également. » Les agriculteurs retraités sont moins nombreux en 2015 qu’en 2014. Leur nombre (26 225) baisse de plus de 3 %. Le total de leurs pensions recule dans la même proportion. Les prestations santé, pour leur part, sont en hausse de plus de 2 % pour les salariés et les exploitants, « avec un fait notable : la hausse de 28 % des indemnités journalières (IJ) des exploitants par rapport à 2014. Ce jeune dispositif, obtenu de haute lutte par notre régime, a donc trouvé son public, mais il n’est pas encore utilisé au maximum des possibilités, et beaucoup moins en Alsace que dans d’autres régions. Des exploitants ou exploitantes ne demandent pas les IJ alors qu’ils ont parfois des maladies graves. » Au total, la MSA a versé plus de 348 millions de prestations légales, auxquelles s’ajoutent 2,60 M€ d’aides sociales. Les administrateurs avaient décidé l'an dernier de réorienter leurs priorités et d’accroître les aides sociales individuelles de près de 3 %. Plus d'employeurs qu'en 2014 Le ratio entre prestations et cotisations pour les salariés est déséquilibré : « Les cotisations salariales encaissées sont en léger recul de 1,35 %, mais uniquement sous l’effet des baisses de charges consenties par l’État, notamment en prestations familiales pour les employeurs. En revanche, le nombre d’heures de travail (21 millions) augmente, tout comme la masse salariale, ce qui est une bonne nouvelle, indique Christelle Jamot. En outre, nous avons enregistré 5 071 employeurs en 2015, contre 4 410 en 2014. Pour les encourager, des mesures de simplification ont été obtenues pour l’avenir par la Caisse centrale avec l’extension promise du Titre emploi simplifié agricole jusqu’à 20 salariés. » Pour le régime des agriculteurs, le ratio prestations-cotisations est très déséquilibré : « On observe une forte baisse des cotisations des exploitants, de 23 % par rapport à 2014, sous l’effet de la diminution de l’assiette (baisse des revenus des exploitants, et baisse de l’assiette Amexa décidée par les pouvoirs publics), souligne la directrice de la MSA. Les nouvelles baisses de cotisations annoncées en février par les pouvoirs publics devraient accentuer la tendance en 2016, et plus encore si la crise perdure. Nous n’avons jamais connu une telle chute des cotisations des exploitants, ni une telle hausse des demandes d’échéanciers, dont le montant a progressé de 22 %. » Pascal Cormery, président de Caisse centrale de la MSA, relève néanmoins que la prise en compte des problèmes de compétitivité par le gouvernement est une bonne chose. « Nous arrivons presque aux normes des cotisations sociales allemandes. Mais le problème est que lorsque les revenus sont à zéro, zéro moins sept fait toujours zéro. » Les salariés de la MSA (303 CDI) ont réalisé 8 127 heures supplémentaires en 2015, grâce à des crédits complémentaires attribués par la Caisse centrale. La prime d’activité a suscité 1 200 demandes de rendez-vous auprès de la MSA d’Alsace et une augmentation de 22 % des appels téléphoniques. Pour conserver une protection sociale performante, avec un réseau de 250 agences en France et de moins en moins d'exploitants, il faut « de l'activité », selon Pascal Cormery. « Est-il est normal qu'un négociant en grain, qui fait le même travail qu'une coopérative, même si la gouvernance n'est pas la même, ne soit pas affilié à la MSA ? Nous réfléchissons à un modèle d'action pour que nos 35 MSA puissent répondre à cette question. La décision appartiendra ensuite au Parlement. Je rassure les autres Caisses, notre objectif n'est pas de grossir. Nous représentons seulement 10 % des assurés. Mais il faut garder les spécificités du monde rural. »

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