Vie professionnelle

Publié le 01/06/2016

Après s'être retiré de la scène parisienne, Jean-Marie Sander vient de faire ses adieux au monde économique alsacien. Président de la Caisse régionale de Crédit Agricole depuis 23 ans, il a cédé sa place à Henri Buecher en mars dernier. Des adieux ? Pas tout à fait…

On le sait, les « retraités » ont un calendrier très chargé. Si bien qu'il a fallu attendre fin mai pour pouvoir organiser une cérémonie en l'honneur du président sortant de la Caisse de Crédit Agricole Alsace Vosges… Fidélité au monde agricole, solidarité, engagement, ce sont les trois qualités qu'Henri Buecher a utilisées pour décrire son prédécesseur. Alsacien de naissance et de cœur, Jean-Marie Sander n'est « pas du tout alsacien par son caractère. Il est tout le contraire du Hans im Schnokeloch. » Son parcours exceptionnel prouve, effectivement, qu'il sait ce qu'il veut… Depuis 1971, cette marche en avant n'a jamais cessé : Jean-Marie Sander gravit tous les échelons du syndicalisme agricole pour devenir président de la FDSEA en 1987. En 1989, il est élu président de la Chambre régionale d'agriculture d'Alsace. Au côté des grandes figures de l'agriculture alsacienne, Joseph Daul, Eugène Schaeffer et Jean-Paul Bastian, il est de tous les combats (on les surnomme d'ailleurs « les Mousquetaires alsaciens »). Pionnier de la relance de la production de houblon en Alsace, il s'investit pour la modernisation et la structuration de la filière. « Ta réussite ne doit rien au hasard » Même parcours au sein du Crédit Agricole : président de la Caisse locale de Bischwiller en 1984, il entre au conseil d'administration de la Caisse régionale en 1991, avant d'en prendre la présidence deux ans plus tard. Jean-Marie Sander est l'artisan de la fusion avec les Vosges, une belle réussite. « Sous ta longue présidence, la Caisse régionale s'est renforcée pour devenir un acteur bancaire majeur dans la région. » L'énergie qu'il déploie, sa détermination, lui valent d'accéder à de grandes responsabilités nationales. Il accède à la présidence de la Fédération nationale du Crédit Agricole en 2003, avant de devenir président du conseil d'administration de CASA en 2010, poste qu'il occupe jusqu'en 2015. Une période difficile, marquée par la crise de la Grèce et des dettes souveraines. « Ton rôle a été déterminant pour remettre le groupe sur la bonne voie, grâce à ton courage et ta diplomatie. » Henri Buecher a poursuivi : « Ta réussite ne doit rien au hasard, mais à ta volonté et ton engagement au service de tes valeurs. Simple et facile d'accès, tu es un président attentif et respectueux des autres, humaniste de culture rhénane par tes valeurs et tes actions. » Sera-t-il un peu plus disponible pour sa famille ? Rien n'est moins sûr : il préside la Confédération internationale du Crédit Agricole, ainsi que la Fondation Grameen Crédit Agricole, et vient de prendre la présidence du Crédit foncier de Monaco… Une famille qui l'a toujours soutenu dans son engagement professionnel et mutualiste : son épouse Angèle, ses enfants, Anne et Franck. Des enfants « qui sont source de fierté et de bonheur », puisque l'une est députée européenne, l'autre président de la FDSEA du Bas-Rhin, et qu'ils leur ont apporté de nombreux petits-enfants. « La saga des Sander ne fait que commencer », a prédit Henri Buecher. « Des propos aussi élogieux sont généralement prononcés quand l'intéressé ne les entend plus, a souligné Jean-Marie Sander avec sa modestie habituelle. J'ai eu beaucoup de chance : j'étais au bon endroit au bon moment. » Sous la houlette de Mariette Siefert, Jean-Paul Hammann, André Wicker, « nos prédécesseurs aux JA », une équipe de jeunes agriculteurs s'est formée et s'est retrouvée aux postes clés… Jusqu’à aujourd'hui. « Notre organisation agricole a toujours été admirée, et même enviée, par les autres structures économiques, une organisation pyramidale permettant de former une génération de jeunes dirigeants et de procéder à une répartition intelligente des responsabilités. » De cette longue expérience, il tire un adage : « Dans le département, on discute, au niveau régional on se met d'accord, au niveau national on parle d'une seule voix et au niveau européen on est solidaire de l'Alsace ». Avis à ses successeurs ! Jean-Marie Sander a adoré son « épisode Cesa ». « Président de cette assemblée pendant dix ans, j'ai eu la possibilité de m'exprimer sur tous les sujets, de chercher le consensus, de travailler auprès des présidents du Conseil régional, Adrien Zeller d'abord puis Philippe Richert. C'était un plaisir de fédérer les agriculteurs et les écologistes, le Medef et la CGT, preuve que l'eau et le feu peuvent se conjuguer. » « Même en rêve, je n'aurais pu y croire ! » « Mes responsabilités au Crédit Agricole, même en rêve je n'aurais pu y croire ! En 1993, j'ai pris la présidence d'une Caisse fragilisée par la crise immobilière. Puis j'ai poussé à la fusion avec les Vosges à laquelle personne ne croyait et qui est une réussite. Merci au conseil, au bureau et aux directeurs généraux successifs de m'avoir soutenu. Je suis ensuite « monté à Paris », comme on dit en Alsace, pour prendre la présidence de la FNCA. Une période magique, pleine d'expansion, d'acquisitions. Quels magnifiques projets et quelles belles bagarres, avec par exemple l'ouverture du livret A à toutes les banques ! » Autre responsabilité qu'il a assumée, faire l'unité sur le projet des 39 Caisses régionales. « En 2010, je pensais que le moment était propice de m'engager, car le Crédit Agricole était en pleine crise, au fond du gouffre, pensions-nous. » Après la crise des subprimes, il y a la crise économique puis la crise des États. « Il a fallu se séparer de certaines acquisitions, remettre le navire à flot, changer de modèle. J'ai le sentiment d'avoir fait mon job. » Jean-Marie Sander est fier de son métier d'agriculteur. « Malgré les difficultés, j'encourage toujours ceux qui ont envie de s'installer, d'entreprendre. » Il a remercié son épouse Angèle, « souvent seule comptable et seule à table ». Ses enfants, aussi : « Nous pensions qu'ils ne voulaient pas de cette vie-là, nous nous sommes trompés. Le fruit ne tombe jamais très loin de l'arbre… » Il n'a pas oublié ses cinq petits-enfants, « une grande satisfaction ». Et de conclure : « Pour ce qui est probablement ma dernière intervention, j'ai été un peu long… » Pour Philippe Richert, président du Conseil régional du Grand Est, le parcours de Jean-Marie Sander est une vraie success story. « C'est l'histoire de la réussite d'un homme, de ses talents et de ses compétences, une histoire de solidarité agricole. C'est aussi l'histoire de la réussite d'une grande institution bancaire qui a su garder ses racines mutualistes, avec un président issu du monde agricole. » Lorsque Jean-Marie Sander a pris la présidence du groupe, la situation était très compliquée. « Cela semble loin aujourd'hui, mais à l'époque, on nous prédisait l'effondrement du système bancaire français, à l'image de ce qui s'est passé dans d'autres pays européens. C'est dans ce contexte que tu as pris la barre. Les pouvoirs publics ont pris les bonnes décisions, la France et l'Allemagne se sont serré les coudes, les dirigeants de banques étaient de qualité », a souligné Philippe Richert. Il a ajouté : « Nous avons encore besoin de toi dans la région pour donner de l'avenir au bon sens ».

Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin. Groupe vin

Faire reconnaître un terroir : mode d’emploi

Publié le 30/05/2016

La réunion du groupe vin des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin se tenait le 19 mai dernier à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. Au programme de la soirée, la hiérarchisation et la manière de faire reconnaître un terroir en appellation. Un dossier présenté par Yves Dietrich, membre de l’Inao.

Une vingtaine de jeunes vignerons ont répondu à l’invitation du président du groupe vin des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, Clément Fend, jeune vigneron à Marlenheim, très impliqué dans les dossiers de la viticulture. Les JA avaient invité pour exposer le projet de hiérarchisation des vins d’Alsace et expliquer comment présenter un dossier de reconnaissance en appellation, Yves Dietrich. Membre du conseil de l’Association des viticulteurs d'Alsace et de l’Inao, Yves Dietrich siège dans trois des cinq comités qui constituent l’institution : le comité vin, IGP vin et Agriculture biologique, puisque l’institution a en charge désormais la gestion des labels de qualité ; les deux autres comités étant les autres labels que l’AB, et le Conseil agrément et contrôle de l’Inao (CAC). Yves Dietrich, qui achève son troisième mandat quinquennal, s'est notamment impliqué pour la reconnaissance en appellation des eaux-de-vie alsaciennes. Il préside à l'Inao la commission des vins bios avec pour projet une réglementation de la mention « nature ». L’échelle temps d’un processus de reconnaissance en appellation est telle que le dossier de hiérarchisation devrait concerner plus particulièrement les jeunes viticulteurs, introduit Yves Dietrich. « L’offre en vins d’Alsace que nous proposons aujourd’hui résulte de ce qui s’est mis en place il y a bien longtemps. » D’où une nécessité pour les jeunes « de se projeter dans l’avenir », insiste le représentant de l’Inao, vigneron à Scherwiller. Avant d'énumérer les atouts du vignoble : son climat qui lui permet d’échapper aux fléaux de certaines maladies, une pression phytosanitaire globalement faible, une mosaïque unique de terroirs. Ses faiblesses : une valorisation faible, quelques défauts de notoriété, une appellation pas forcément incontournable dans les linéaires et substituable par d'autres vins, une histoire compliquée et des approches « cépages » obligées d’être remises en question pour les années à venir. Yves Dietrich présente ensuite l’architecture de la nouvelle hiérarchie des vins d’Alsace. « Nous passons de deux à quatre strates : les grands crus, les premiers crus et premiers crus lieux-dits, les crus communaux et crus communaux lieux-dits, et les AOC Alsace et AOC Alsace lieux-dits. Avec à chaque niveau, un rendement différencié. » Quels éléments pour réussir un dossier de reconnaissance en premier cru ? D’entre tous les éléments nécessaires à la réalisation d’un dossier, le plus important est le vin dégusté, insiste Yves Dietrich : « Ce qu’il y a dans le flacon. Clairement, nous identifions les intentions viticoles à la dégustation. Les vins qui se démarquent font saliver, ils participent d’un travail sur le terroir et sur le rendement. » L’exigence qualitative étant posée comme condition sine qua non, il faut ensuite présenter une cohérence d’ensemble d’abord sur les composantes gustatives de base (sucrosité, acidité). Et il faut également « identifier un air de famille, une originalité » inhérents au terroir et communs à plusieurs millésimes. Las ! Le chemin de la reconnaissance n’est à ce point pas accompli. « La valorisation est un point important, avec des grilles de tarification différenciée », d’où l’intérêt de la rémunération à l’hectare plutôt qu’au kg de raisin, note au passage Yves Dietrich, autant « de solutions incitatives efficaces ». Point également notoire : les vignerons doivent faire preuve de mobilisation collective et d’implication dans leurs dossiers. Et donc saisir les opportunités événementielles qui se présentent à eux, pour faire valoir et connaître leur démarche. Les jeunes vignerons se sont montrés interrogatifs sur le « timing » des démarches. En ce qui concerne les premiers crus et crus communaux, le projet a commencé l’année dernière. « Il y a 170 dossiers et une dizaine de dossiers communaux. On a sorti une quinzaine de dossiers types, avec des cas de figure très différents, pour avoir une réponse préliminaire sur ce qui sera possible de présenter », explique Yves Dietrich : cas de premier cru sur deux communes, cas de premier cru enserré dans un grand cru, etc. « Nous sommes face à une situation très ouverte. » L’ODG a donc fait connaître à l’Inao son intention de demander des reconnaissances en appellation. Parallèlement, une petite commission, constituée de représentants vignerons et administratifs, a commencé à procéder à la dégustation des projets : « On en est à la moitié. Les dossiers présentés progressent, car les vignerons tirent des enseignements des dégustations. » Ça prendra du temps, prévient Yves Dietrich. Lorsque le dossier, comportant une batterie de reconnaissances en appellation, sera jugé recevable, il passera au crible juridique, et l’Inao nommera une commission d’enquête composée de trois vignerons d’autres régions, et « ce sont eux qui présenteront le dossier au comité vin, qui recueillera également l’avis du président du Crinao ». Il est donc important de créer des conditions préalables politiquement constructives avec l'instance nationale. Yves Dietrich insiste sur la préparation des dossiers, en premier lieu, le choix des vins : « Nous limitons à dix vins par demande. C’est vous qui choisissez les millésimes. Plus la démarche est individuelle, par exemple un seul vigneron, plus l’exigence est élevée. » La logique veut en effet que l’effet de groupe facilite la possibilité de démontrer une identité de terroir. Selon les textes européens, « toute proposition est recevable, remarque Yves Dietrich, mais l'objectif est d’aboutir. »

Publié le 28/05/2016

La FDSEA du Bas-Rhin a organisé une première rencontre de la section bio le mardi 17 mai à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. Cette réunion, à laquelle Franck Sander, président, prenait part, s’est déroulée en présence de Julien Scharsch, président de l’Organisation professionnelle de l'agriculture biologique en Alsace, et de la Chambre d’agriculture d'Alsace. Véronique Klein, agricultrice à Ottwiller en Alsace Bossue, prend la responsabilité de ce groupe bio au sein de la FDSEA.  

De nombreux agriculteurs se sont déplacés pour la première rencontre de la section bio. Maraîchers, éleveurs laitiers ou allaitants et céréaliers, quasiment toutes les productions étaient représentées. Pour ce lancement, il était bon de rappeler le rôle de l’Organisation professionnelle de l'agriculture biologique en Alsace (Opaba) et de la Chambre d’agriculture d'Alsace (CAA) et de présenter des chiffres pour déterminer la place de l’agriculture biologique en Alsace. L’Opaba a insisté sur la montée en puissance du nombre de conversion. Autre fait marquant : une grande partie des nouvelles demandes de conversion concerne les grandes cultures et l’élevage, des filières qui jusqu’à aujourd’hui étaient moins dynamiques que, par exemple, les filières viticoles. L’Opaba a recensé 620 fermes alsaciennes en agriculture biologique au 31 décembre 2015, dont 262 dans le Bas-Rhin. Pour 2016, plus de 30 projets de conversions sont déjà identifiés ; d’autres devraient se manifester au cours de l’année. « Représenter toutes les agricultures » Comme l’a affirmé Franck Sander, président de la FDSEA, « nous sommes là pour représenter toutes les agricultures sans distinction ». Cette nouvelle section doit permettre de répondre au mieux à toutes les questions liées à l’agriculture biologique. En guise d’encouragement, la mise en place de ce groupe a d’ailleurs été saluée par plusieurs agriculteurs présents. Selon Véronique Klein, « ce qui nous intéresse et ce qui doit être notre priorité, c’est de faire avancer la bio ». Attention toutefois à ne pas diffuser l’idée selon laquelle l’agriculture biologique serait accessible à tous et une solution miracle aux difficultés liées à la crise agricole actuelle. L’agriculture biologique est elle aussi confrontée à une réglementation très stricte et est impactée par le retard des paiements Pac et d’autres problématiques. Une conversion vers l'agriculture biologique doit être mûrement réfléchie et techniquement réalisable. Il est indispensable de se faire accompagner dans cette réflexion par la CAA ou l'Opaba. Par ailleurs, Véronique Klein est « persuadée » que l’agriculture biologique est « une des agricultures de demain ». Les agriculteurs ne se sont pas privés de faire remarquer qu’il existe, en effet, de nombreuses possibilités en Alsace liées à la diversité des productions. Soulignant la collaboration actuelle entre l’Opaba, la CAA et les acteurs de l'agriculture biologique en Alsace, Julien Scharsch a mis en avant l’intérêt de la nouvelle grande région pour continuer à travailler en collaboration et collectivement. Sachant que les filières bios doivent avant tout se structurer localement et selon les besoins des producteurs de notre territoire alsacien. Des progrès sont également possibles au niveau de la communication grand public. Il est désormais important - et la FDSEA a un rôle à jouer à ce niveau - que des agriculteurs s’engagent collectivement pour expliquer pourquoi un tel prix et pourquoi on ne peut pas travailler en dessous. Des filières à développer et organiser Les débats se sont rapidement tournés vers l’avenir de l’agriculture biologique en Alsace et le besoin de structurer les filières et notamment celles des grandes cultures ou de l’élevage. Un éleveur a déploré qu’il n’y ait actuellement « pas de débouchés dans le porc bio ». Pour le président de la FDSEA, « il faut rester maître de la structuration et du volume ». Selon lui, les structures qui travaillent sur ce modèle de production vont avoir besoin du syndicat lors des négociations et notamment sur les dossiers Pac. Par exemple, en France, il n’est possible pour un agriculteur de bénéficier de l’aide conversion et maintien que pour seulement cinq ans chacune. Ce n’est pas le cas pour d’autres pays européens. Les aides du second pilier, dont fait aussi partie l'aide à l'agriculture biologique, sont désormais gérées par les régions. Il est donc primordial de participer à la structuration régionale, portée par les réseaux historiques de développement de la bio.  En somme, la mise en place d’un groupe bio à la FDSEA est complémentaire des actions déjà menées par l’Opaba et la CAA. Le mode de production biologique se développe : chaque année les adhérents de notre réseau sont un peu plus nombreux à franchir le cap et de nombreux autres réfléchissent à la conversion. « Dans ce contexte, la création d’une section bio au sein de la FDSEA du Bas-Rhin était une étape indispensable dans l’objectif de défendre tous nos agriculteurs », a insisté Franck Sander. « Nous vous invitons à faire remonter vos attentes, revendications sur des dossiers relatifs à l’agriculture biologique, à faire vivre ces sections, au niveau départemental, comme au niveau régional », a conclu Véronique Klein.

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