Vie professionnelle

Les anciens exploitants à la Maison de la Région

« Ce n'est pas aux actifs de financer les promesses du gouvernement »

Publié le 20/06/2016

Après l'Hôtel du Département, c'est à la Maison de la Région que se sont réunis les membres de la section des anciens exploitants de la FDSEA du Bas-Rhin, à l'invitation du président Paul Schiellein. Visite de la Maison de la Région, intervention de Patrick Bastian, loi sur l'adaptation de la société au vieillissement, l'après-midi était riche en informations…

« Presque tous les présidents cantonaux sont présents », a indiqué Paul Schiellein. Il a salué la présence de Patrick Bastian, le conseiller régional « agricole », Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, et Christelle Jamot, directrice générale de la MSA d'Alsace, ainsi que des deux vice-présidents de la section haut-rhinoise. La préoccupation majeure des anciens exploitants est, encore et toujours, l'amélioration de leur retraite. Suite à la pétition qu'ils avaient lancée en 2011, les anciens exploitants avaient reçu l'engagement du candidat François Hollande, en avril 2012, de revaloriser les retraites agricoles. « Ces promesses de campagne ont été votées dans le cadre de la réforme des retraites de 2014, l'une des mesures phares étant l’attribution de points gratuits de retraite complémentaire obligatoire (RCO). À l’issue de cette revalorisation, étalée sur trois ans, la retraite des chefs d'exploitation à carrière complète atteindra 75 % du Smic net au 1er juin 1977. » « Ce n'était pas l'engagement de départ ! » Le poids de ces droits gratuits a généré 7 milliards d’euros de dépenses supplémentaires qui devaient initialement être compensées par « les marges de manœuvre financières dégagées par la baisse du nombre de retraités agricoles », dixit le gouvernement. Mais celui-ci n'est pas allé au bout de sa promesse, obligeant les agriculteurs en activité à régler la facture. Selon un rapport de la Caisse centrale de MSA, mandatée pour gérer la RCO, cette augmentation met en danger la pérennité financière du régime de retraite complémentaire obligatoire. Les réserves du régime seraient ainsi épuisées dès 2017. C'est pourquoi l'État prévoit d'augmenter les cotisations sociales RCO de 3 % à 4,65 %. « Ce n'était pas l'engagement de départ ! Nous refusons que nos retraites soient financées par une augmentation de la cotisation RCO des actifs, alors que l'État a baissé les cotisations sociales de deux points en raison de la crise. » Pour Paul Schiellein, il n'y a pas d'échappatoire : « Le gouvernement doit tenir ses engagements. Ce n’est pas aux actifs de financer des mesures de revalorisation promises aux retraités. » Pour sortir de l'impasse, les pouvoirs publics misent sur une taxation des importations d'huile de palme, « mais elle est actuellement bloquée au Sénat », explique Paul Schiellein. Il insiste sur la gravité de la situation et annonce son intention de remettre aux parlementaires, lors de la mobilisation nationale du 7 juin, un texte pour les sensibiliser à « cette situation inepte ». « On ne peut pas traiter l'agriculture de cette façon ! » Christelle Jamot le confirme, « d'ici 2017, le régime de la RCO n'aura plus de réserves si rien n'est fait. L'augmentation de la cotisation des actifs agricoles de 1,3 % serait contre-productive et incohérente. » Christiane Bernard ajoute : « Nous avions déjà tiré la sonnette d'alarme en 2014 quand la décision de revaloriser les pensions de réversion avait été prise. On ne peut pas financer la retraite de base en puisant dans les réserves de la RCO. On finance déjà la retraite de base avec un prêt cautionné par l'État ! C'est inadmissible de traiter l'agriculture de cette façon ! » Un point de vue partagé par Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. « Ce n'est pas en augmentant les charges sociales que nous parviendrons à améliorer la compétitivité des agriculteurs. La réduction de la cotisation MSA est une réelle avancée, d'autant qu'il s'agit d'une mesure structurelle et non conjoncturelle. Un taux de 35 %, c'est bien, mais à condition de ne pas augmenter d'autres cotisations par ailleurs… » À l'avenir, les outils fiscaux devront permettre aux agriculteurs de lisser leurs revenus, d'accuser les chocs à la hausse, mais aussi à la baisse, souligne Franck Sander.

Lancement de la plateforme internet ApproAlsace

Du producteur au restaurateur

Publié le 18/06/2016

Avec la plateforme internet ApproAlsace, les cantines de restauration collective peuvent désormais accéder à une vaste gamme de produits alsaciens en quelques clics seulement. De quoi faciliter les débouchés pour les agriculteurs engagés dans les filières courtes.

La porte des cantines s'ouvre un peu plus aux circuits courts. Grâce à la nouvelle plateforme internet ApproAlsace initiée par le Conseil départemental du Haut-Rhin (CD 68), en collaboration avec la Chambre d'agriculture d'Alsace, le Département du Bas-Rhin, la Draaf et la Région Grand Est, les professionnels de la restauration peuvent désormais commander leurs produits auprès de producteurs locaux. À l'image de n'importe quelle boutique en ligne, l'acheteur n'a qu'à parcourir le catalogue de produits disponibles, les ajouter à son panier, payer, et attendre la livraison de la marchandise par le producteur. À l’heure actuelle, la plateforme regroupe une centaine d'acheteurs (collèges, restaurants, la société de restauration collective Api Restauration…) et une quarantaine de producteurs venus de toute l'Alsace. Tous sont inscrits dans une démarche qualité : Bienvenue à la Ferme, Savourez l'Alsace - Produits du Terroir, Label Rouge, Agriculture Biologique, etc. Un critère « obligatoire » pour tout producteur désireux de s'inscrire sur le site. Tous les types de production sont les bienvenus : fruits, légumes, produits laitiers, volailles, œufs, viandes, poissons, charcuterie, boulangerie, épicerie. Si dans certains secteurs, certaines catégories de produits sont déjà bien représentées (les produits laitiers dans la région de Colmar par exemple), d'autres secteurs sont un peu retraits. « C'est notamment le cas dans le sud de l'Alsace où nous manquons de producteurs, notamment des maraîchers. Le collège de Saint-Louis rencontre encore pas mal de difficultés pour s'approvisionner », souligne Valérie Simon, du pôle Diversification de la Chambre d'agriculture d'Alsace. C'est elle qui a piloté le développement du site, en lien avec tous les partenaires du projet. Celui-ci s'est mûri « lentement » rappelle le président de l'Interprofession des fruits et légumes d'Alsace, Pierre Lammert. « Il va falloir un peu de temps maintenant pour que cela fonctionne correctement. » Dans les circuits courts, le marché est « énorme » considère de son côté le président du CD 68, Éric Straumann. Le potentiel est effectivement conséquent si l'on additionne toutes les structures de restauration hors domicile (RHD) qui existent en Alsace. « Nous comptons solliciter les maisons de retraite, les maisons pour enfants et les maisons pour handicapés au cours de l'été », annonce Valérie Simon. « On est payé au juste prix » Du côté des producteurs, on voit d'un bon œil l'arrivée de cette plateforme d'approvisionnement en produits locaux. « Trouver des clients n'est pas toujours facile quand on est un producteur artisanal. Le temps nous est compté », témoigne Sandrine Gollentz, de la ferme Motsch-Gollentz à Osenbach. Grâce à ApproAlsace, l'exploitation a pu diversifier sa clientèle pour approvisionner aujourd'hui une douzaine de collèges haut-rhinois. Des structures que Sandrine et son mari David connaissent bien puisque cela fait déjà plusieurs années qu'ils travaillent avec eux. « Sauf qu'avant, cela se faisait par fax et coups de fils. Maintenant, tout est plus fluide et centralisé. En un clic, on peut visualiser toutes les commandes et l'ensemble des yaourts à produire. Les relations entre le producteur et l'acheteur sont professionnalisées », poursuit l'agricultrice. L'autre point essentiel mis en avant par David Gollentz est le « coût environnemental » de ces filières courtes. « On parle de Grenelle de l'Environnement. Mais quand voit le lait qu'on livre en laiterie partir à des centaines de kilomètres de son lieu de production, ça n'a pas beaucoup de sens. En valorisant notre lait à proximité, on gagne en cohérence tout en étant payé au juste prix. » Car ici, pas question d'écouler sa marchandise au-dessous du prix de revient ; chaque producteur a la liberté d'établir une grille tarifaire en fonction du type d'acheteur. Et c'est aussi lui qui choisit à qui il est prêt à vendre et à livrer ses produits. « C'est à chacun de dire ce qu'il peut produire, à quel moment, à quel endroit, et à quelle quantité », détaille Valérie Simon. Le seul bémol, c'est que la plateforme n'offre pas la possibilité de gérer ses stocks de manière dynamique. Une option qui nécessiterait des coûts de développement « trop importants » à l'heure actuelle pour voir le jour. Des produits locaux de plus en plus demandés Pour le Conseil départemental du Haut-Rhin, la création d'ApproAlsace est une « suite logique » au vu de l'engouement suscité par les circuits courts. « Cela va dans la continuité des actions que nous menons depuis plusieurs années pour la valorisation de cette filière », explique Éric Straumann. En 2013, la collectivité a lancé l'opération « Je mange local, c'est génial » dans les collèges haut-rhinois. Une animation qui consiste à faire découvrir aux élèves de menus réalisés à base de produits locaux. Une formule qui a rapidement séduit les établissements scolaires gérés par le Département : 45 % des collèges haut-rhinois ont participé à l'opération en 2016 alors qu'ils n'étaient « que » 10 % en 2013. Les chefs de cuisine comme les enfants ont plébiscité cette opération à en juger les témoignages recueillis par le Département du Haut-Rhin. Du coup, ApproAlsace est perçu comme un « atout » pour les jeunes estime la conseillère départementale Betty Muller. « Ils pourront ainsi devenir les premiers ambassadeurs de ces produits. » Et être aussi en meilleure santé croît savoir le président de la commission Éducation et Jeunesse au CD 68, Pierre Vogt. Cet ancien professeur de sport met en avant le phénomène d'obésité - de plus en plus présent au sein de la population française - pour étayer ses propos. « La santé du corps passe par l'assiette. Nous devons de ce fait apporter une éducation alimentaire aux jeunes générations. Les produits locaux sont à ce titre les plus sains qu'on puisse avoir. »

Intempéries dans la région de Wasselonne

« Taper sur le maïs est beaucoup trop facile »

Publié le 16/06/2016

Le violent orage qui s’est abattu mardi 7 juin dans la région de Wasselonne a provoqué d’importants dégâts dans plusieurs communes, dont Wasselonne et Romanswiller, et dans les cultures. Face à un début de polémique, les agriculteurs ont voulu rétablir quelques vérités.

Caves et garages inondés, voitures emportées, bitume arraché, canalisations endommagées… Trente-six heures après le violent orage qui s’est abattu sur la région de Wasselonne, les dégâts sont toujours visibles. À Romanswiller, où la profession agricole organisait une rencontre avec la presse et les élus, jeudi 9 juin, la traversée du village suffit à en donner un aperçu : devant les garages, tout un bric-à-brac s’amoncelle. Vélos, mobilier de jardin, pots de peinture… Les habitants passent le contenu de leur garage au jet d’eau, sortent des seaux de boue de leur cave. Une grande benne installée à quelques mètres de la mairie recueille tous les objets devenus inutilisables. Albertine, 71 ans, n’en est pas à son premier orage. « C’est la cinquième fois en deux semaines », se désole la septuagénaire, encore sous le coup du désastre. Les planches clouées à la hâte devant la porte du garage n’ont été d’aucun secours : elles ont été arrachées par l’eau qui s’est engouffrée dans la maison, submergeant le congélateur. « On a de l’aide heureusement, raconte Albertine, désolée de ne pouvoir offrir une bière à ceux qui sont venus lui prêter main-forte. « Les canettes sont pleines de m… » « L’éponge est pleine » « Nous sommes solidaires des habitants », affirment tour à tour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin et Jean-Paul Bastian, président de la Chambre d’agriculture d’Alsace. Les agriculteurs du secteur ont été les premiers à aider à la remise en état des chemins, souligne Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du département. La rencontre vise à calmer un début de polémique, qui fait du maïs le principal responsable de la catastrophe. « Taper sur le maïs est beaucoup trop facile, regrette Franck Sander. Quand vous avez 70 mm d’eau qui tombent en une heure, vous pouvez faire ce que vous voulez, ça ne suffit pas ! » Les pluies tombées l’avant-veille à Romanswiller s’ajoutent aux précipitations qui ont arrosé la région depuis deux mois. « Les sols sont gorgés d’eau et n’absorbent plus rien. L’éponge est pleine ! » Injuste, ce procès fait au maïs ? Dans ce bassin-versant, situé entre la D 1004 et le village de Romanswiller - le maïs est effectivement présent. Parmi d’autres cultures : betteraves sucrières, blé tendre d’hiver, tournesol. La zone fait l’objet d’un assolement concerté entre une douzaine d’agriculteurs depuis 2011-2012. L’objectif est d’alterner cultures d’hiver et cultures de printemps, pour mieux arrêter les coulées d’eau et de boue en cas d’orage. Sur les 43 ha concernés cette campagne, les cultures d’hiver, placées en amont, représentent un gros tiers des surfaces. « La barrière des cultures d’hiver a joué son rôle, juge Pierre-Paul Ritleng, responsable de l’Adar du Kochersberg. La fascine placée en amont aussi. Mais avec 70 mm d’eau, ça n’a pas suffi. La boue a été arrêtée, mais pas l’eau. » « Le pire a été évité », estime Patrick Bastian. Le vice-président de la communauté de communes des Coteaux de la Mossig, lui-même agriculteur à Zehnacker, insiste sur la conjonction de plusieurs facteurs de risques, parmi lesquels la configuration des lieux. « Nous sommes sur un bassin-versant énorme. Toute l’eau va dans l’entonnoir de Romanswiller. » Selon lui, les dégâts tiennent aussi au retard pris par les cultures cette année et à l’arrivée de plus en plus précoce des orages. « Les orages violents survenaient généralement en juillet/août lorsque les terres étaient très sèches, explique Patrick Bastian. Depuis quelques années, ils se déclenchent en mai-juin », alors que les cultures de printemps sont encore insuffisamment développées et les sols déjà gorgés d’eau. Répétant qu’au niveau agricole, « tout ce qu’il fallait faire a été fait », Franck Sander appelle à une réflexion plus large. « La question que nous devons nous poser, avec les collectivités notamment, c’est : qu’est-ce qu’il faut faire de plus ? ». Le président de la FDSEA du Bas-Rhin soulève en particulier le problème de l’urbanisation et de certains aménagements, tels que le busage des cours d’eau. « Il y a des choses à revoir pour que les villages et les maisons ne soient pas envahis par les eaux ». Jean-Paul Bastian plaide pour des actions à long terme. « Avec le Conseil départemental, avec les communes, la Chambre d’agriculture a mis en place depuis une quinzaine d’années une politique contre les risques naturels, mais ça ne peut marcher que s’il y a des engagements à moyen et long terme. » Trouver des « solutions à l’amiable » Dominique Hermann, le maire de Romanswiller, rassure les responsables agricoles quant à la polémique en cours. Une concertation sera mise en place pour trouver « des solutions à l’amiable », assure l’élu, qui fait état de plusieurs réflexions en cours comme la création de bacs de rétention naturels ou le rachat de certaines terres par la commune pour les mettre à la disposition des agriculteurs. Une concertation à laquelle appellent également le Conseil départemental du Bas-Rhin, représenté par son président Frédéric Bierry et le conseiller départemental Étienne Burger, et les services de l’État. « L’eau, c’est un cycle, il faut une solidarité entre les différents acteurs pour trouver des solutions intelligentes », a souligné Jean-Philippe d’Issernio, directeur départemental des territoires du Bas-Rhin.

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