Vie professionnelle

Lancement de la plateforme internet ApproAlsace

Du producteur au restaurateur

Publié le 18/06/2016

Avec la plateforme internet ApproAlsace, les cantines de restauration collective peuvent désormais accéder à une vaste gamme de produits alsaciens en quelques clics seulement. De quoi faciliter les débouchés pour les agriculteurs engagés dans les filières courtes.

La porte des cantines s'ouvre un peu plus aux circuits courts. Grâce à la nouvelle plateforme internet ApproAlsace initiée par le Conseil départemental du Haut-Rhin (CD 68), en collaboration avec la Chambre d'agriculture d'Alsace, le Département du Bas-Rhin, la Draaf et la Région Grand Est, les professionnels de la restauration peuvent désormais commander leurs produits auprès de producteurs locaux. À l'image de n'importe quelle boutique en ligne, l'acheteur n'a qu'à parcourir le catalogue de produits disponibles, les ajouter à son panier, payer, et attendre la livraison de la marchandise par le producteur. À l’heure actuelle, la plateforme regroupe une centaine d'acheteurs (collèges, restaurants, la société de restauration collective Api Restauration…) et une quarantaine de producteurs venus de toute l'Alsace. Tous sont inscrits dans une démarche qualité : Bienvenue à la Ferme, Savourez l'Alsace - Produits du Terroir, Label Rouge, Agriculture Biologique, etc. Un critère « obligatoire » pour tout producteur désireux de s'inscrire sur le site. Tous les types de production sont les bienvenus : fruits, légumes, produits laitiers, volailles, œufs, viandes, poissons, charcuterie, boulangerie, épicerie. Si dans certains secteurs, certaines catégories de produits sont déjà bien représentées (les produits laitiers dans la région de Colmar par exemple), d'autres secteurs sont un peu retraits. « C'est notamment le cas dans le sud de l'Alsace où nous manquons de producteurs, notamment des maraîchers. Le collège de Saint-Louis rencontre encore pas mal de difficultés pour s'approvisionner », souligne Valérie Simon, du pôle Diversification de la Chambre d'agriculture d'Alsace. C'est elle qui a piloté le développement du site, en lien avec tous les partenaires du projet. Celui-ci s'est mûri « lentement » rappelle le président de l'Interprofession des fruits et légumes d'Alsace, Pierre Lammert. « Il va falloir un peu de temps maintenant pour que cela fonctionne correctement. » Dans les circuits courts, le marché est « énorme » considère de son côté le président du CD 68, Éric Straumann. Le potentiel est effectivement conséquent si l'on additionne toutes les structures de restauration hors domicile (RHD) qui existent en Alsace. « Nous comptons solliciter les maisons de retraite, les maisons pour enfants et les maisons pour handicapés au cours de l'été », annonce Valérie Simon. « On est payé au juste prix » Du côté des producteurs, on voit d'un bon œil l'arrivée de cette plateforme d'approvisionnement en produits locaux. « Trouver des clients n'est pas toujours facile quand on est un producteur artisanal. Le temps nous est compté », témoigne Sandrine Gollentz, de la ferme Motsch-Gollentz à Osenbach. Grâce à ApproAlsace, l'exploitation a pu diversifier sa clientèle pour approvisionner aujourd'hui une douzaine de collèges haut-rhinois. Des structures que Sandrine et son mari David connaissent bien puisque cela fait déjà plusieurs années qu'ils travaillent avec eux. « Sauf qu'avant, cela se faisait par fax et coups de fils. Maintenant, tout est plus fluide et centralisé. En un clic, on peut visualiser toutes les commandes et l'ensemble des yaourts à produire. Les relations entre le producteur et l'acheteur sont professionnalisées », poursuit l'agricultrice. L'autre point essentiel mis en avant par David Gollentz est le « coût environnemental » de ces filières courtes. « On parle de Grenelle de l'Environnement. Mais quand voit le lait qu'on livre en laiterie partir à des centaines de kilomètres de son lieu de production, ça n'a pas beaucoup de sens. En valorisant notre lait à proximité, on gagne en cohérence tout en étant payé au juste prix. » Car ici, pas question d'écouler sa marchandise au-dessous du prix de revient ; chaque producteur a la liberté d'établir une grille tarifaire en fonction du type d'acheteur. Et c'est aussi lui qui choisit à qui il est prêt à vendre et à livrer ses produits. « C'est à chacun de dire ce qu'il peut produire, à quel moment, à quel endroit, et à quelle quantité », détaille Valérie Simon. Le seul bémol, c'est que la plateforme n'offre pas la possibilité de gérer ses stocks de manière dynamique. Une option qui nécessiterait des coûts de développement « trop importants » à l'heure actuelle pour voir le jour. Des produits locaux de plus en plus demandés Pour le Conseil départemental du Haut-Rhin, la création d'ApproAlsace est une « suite logique » au vu de l'engouement suscité par les circuits courts. « Cela va dans la continuité des actions que nous menons depuis plusieurs années pour la valorisation de cette filière », explique Éric Straumann. En 2013, la collectivité a lancé l'opération « Je mange local, c'est génial » dans les collèges haut-rhinois. Une animation qui consiste à faire découvrir aux élèves de menus réalisés à base de produits locaux. Une formule qui a rapidement séduit les établissements scolaires gérés par le Département : 45 % des collèges haut-rhinois ont participé à l'opération en 2016 alors qu'ils n'étaient « que » 10 % en 2013. Les chefs de cuisine comme les enfants ont plébiscité cette opération à en juger les témoignages recueillis par le Département du Haut-Rhin. Du coup, ApproAlsace est perçu comme un « atout » pour les jeunes estime la conseillère départementale Betty Muller. « Ils pourront ainsi devenir les premiers ambassadeurs de ces produits. » Et être aussi en meilleure santé croît savoir le président de la commission Éducation et Jeunesse au CD 68, Pierre Vogt. Cet ancien professeur de sport met en avant le phénomène d'obésité - de plus en plus présent au sein de la population française - pour étayer ses propos. « La santé du corps passe par l'assiette. Nous devons de ce fait apporter une éducation alimentaire aux jeunes générations. Les produits locaux sont à ce titre les plus sains qu'on puisse avoir. »

Intempéries dans la région de Wasselonne

« Taper sur le maïs est beaucoup trop facile »

Publié le 16/06/2016

Le violent orage qui s’est abattu mardi 7 juin dans la région de Wasselonne a provoqué d’importants dégâts dans plusieurs communes, dont Wasselonne et Romanswiller, et dans les cultures. Face à un début de polémique, les agriculteurs ont voulu rétablir quelques vérités.

Caves et garages inondés, voitures emportées, bitume arraché, canalisations endommagées… Trente-six heures après le violent orage qui s’est abattu sur la région de Wasselonne, les dégâts sont toujours visibles. À Romanswiller, où la profession agricole organisait une rencontre avec la presse et les élus, jeudi 9 juin, la traversée du village suffit à en donner un aperçu : devant les garages, tout un bric-à-brac s’amoncelle. Vélos, mobilier de jardin, pots de peinture… Les habitants passent le contenu de leur garage au jet d’eau, sortent des seaux de boue de leur cave. Une grande benne installée à quelques mètres de la mairie recueille tous les objets devenus inutilisables. Albertine, 71 ans, n’en est pas à son premier orage. « C’est la cinquième fois en deux semaines », se désole la septuagénaire, encore sous le coup du désastre. Les planches clouées à la hâte devant la porte du garage n’ont été d’aucun secours : elles ont été arrachées par l’eau qui s’est engouffrée dans la maison, submergeant le congélateur. « On a de l’aide heureusement, raconte Albertine, désolée de ne pouvoir offrir une bière à ceux qui sont venus lui prêter main-forte. « Les canettes sont pleines de m… » « L’éponge est pleine » « Nous sommes solidaires des habitants », affirment tour à tour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin et Jean-Paul Bastian, président de la Chambre d’agriculture d’Alsace. Les agriculteurs du secteur ont été les premiers à aider à la remise en état des chemins, souligne Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du département. La rencontre vise à calmer un début de polémique, qui fait du maïs le principal responsable de la catastrophe. « Taper sur le maïs est beaucoup trop facile, regrette Franck Sander. Quand vous avez 70 mm d’eau qui tombent en une heure, vous pouvez faire ce que vous voulez, ça ne suffit pas ! » Les pluies tombées l’avant-veille à Romanswiller s’ajoutent aux précipitations qui ont arrosé la région depuis deux mois. « Les sols sont gorgés d’eau et n’absorbent plus rien. L’éponge est pleine ! » Injuste, ce procès fait au maïs ? Dans ce bassin-versant, situé entre la D 1004 et le village de Romanswiller - le maïs est effectivement présent. Parmi d’autres cultures : betteraves sucrières, blé tendre d’hiver, tournesol. La zone fait l’objet d’un assolement concerté entre une douzaine d’agriculteurs depuis 2011-2012. L’objectif est d’alterner cultures d’hiver et cultures de printemps, pour mieux arrêter les coulées d’eau et de boue en cas d’orage. Sur les 43 ha concernés cette campagne, les cultures d’hiver, placées en amont, représentent un gros tiers des surfaces. « La barrière des cultures d’hiver a joué son rôle, juge Pierre-Paul Ritleng, responsable de l’Adar du Kochersberg. La fascine placée en amont aussi. Mais avec 70 mm d’eau, ça n’a pas suffi. La boue a été arrêtée, mais pas l’eau. » « Le pire a été évité », estime Patrick Bastian. Le vice-président de la communauté de communes des Coteaux de la Mossig, lui-même agriculteur à Zehnacker, insiste sur la conjonction de plusieurs facteurs de risques, parmi lesquels la configuration des lieux. « Nous sommes sur un bassin-versant énorme. Toute l’eau va dans l’entonnoir de Romanswiller. » Selon lui, les dégâts tiennent aussi au retard pris par les cultures cette année et à l’arrivée de plus en plus précoce des orages. « Les orages violents survenaient généralement en juillet/août lorsque les terres étaient très sèches, explique Patrick Bastian. Depuis quelques années, ils se déclenchent en mai-juin », alors que les cultures de printemps sont encore insuffisamment développées et les sols déjà gorgés d’eau. Répétant qu’au niveau agricole, « tout ce qu’il fallait faire a été fait », Franck Sander appelle à une réflexion plus large. « La question que nous devons nous poser, avec les collectivités notamment, c’est : qu’est-ce qu’il faut faire de plus ? ». Le président de la FDSEA du Bas-Rhin soulève en particulier le problème de l’urbanisation et de certains aménagements, tels que le busage des cours d’eau. « Il y a des choses à revoir pour que les villages et les maisons ne soient pas envahis par les eaux ». Jean-Paul Bastian plaide pour des actions à long terme. « Avec le Conseil départemental, avec les communes, la Chambre d’agriculture a mis en place depuis une quinzaine d’années une politique contre les risques naturels, mais ça ne peut marcher que s’il y a des engagements à moyen et long terme. » Trouver des « solutions à l’amiable » Dominique Hermann, le maire de Romanswiller, rassure les responsables agricoles quant à la polémique en cours. Une concertation sera mise en place pour trouver « des solutions à l’amiable », assure l’élu, qui fait état de plusieurs réflexions en cours comme la création de bacs de rétention naturels ou le rachat de certaines terres par la commune pour les mettre à la disposition des agriculteurs. Une concertation à laquelle appellent également le Conseil départemental du Bas-Rhin, représenté par son président Frédéric Bierry et le conseiller départemental Étienne Burger, et les services de l’État. « L’eau, c’est un cycle, il faut une solidarité entre les différents acteurs pour trouver des solutions intelligentes », a souligné Jean-Philippe d’Issernio, directeur départemental des territoires du Bas-Rhin.

FDSEA-JA. Dégâts de corvidés

Les corbeaux en ligne de mire

Publié le 12/06/2016

Le phénomène n'est pas nouveau mais prend de l'ampleur. Face à l'importance des dégâts de corbeaux sur le secteur, les agriculteurs de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs des cantons de Marmoutier et Saverne ont organisé une rencontre à Lupstein.

« Comme si les conditions météorologiques n'étaient pas assez difficiles, il faut que les corbeaux s'en mêlent », peste Thierry Willem, nouveau président cantonal de la FDSEA de Marmoutier. Rien que sur la commune de Lupstein, ce sont près de 30 hectares de maïs qui ont été resemés. Le phénomène est particulièrement important ici, mais sur toutes les communes du secteur les agriculteurs ont dû resemer ou bien ils constatent des manques dans leurs parcelles. Si on ne compte que le prix de la semence, c'est un surcoût de 200 € de l'hectare et contrairement aux dégâts de gibiers, il n'y a pas d'indemnisation. « Ce qui est d'autant plus difficile pour nous, c'est que nous avons choisi de travailler en TCS et que ces parcelles sont particulièrement appétentes pour les corvidés. » Des agriculteurs désemparés Face à ce constat accablant, les délégués locaux FDSEA et Jeunes Agriculteurs du secteur se sont réunis en présence des chasseurs, de la Direction départementale des territoires, de la Fredon et de la municipalité. « Nous avons tenu à associer tout le monde car la solution ne pourra venir qu'à travers une action collective », a insisté Laurent Fischer, en charge de la problématique à la FDSEA. Les agriculteurs ont passé leur permis et ils ont pu constater que tirer des corbeaux n'est pas facile. «Vous les tirez une fois, ils font 100 m et 10 minutes plus tard ils sont de nouveau sur la parcelle», témoigne l'un d'eux.  Même problème avec les méthodes d'effarouchement : soit elles sont peu efficaces (cerf-volant, épouvantail) soit mal comprises des riverains (tonnfort, cadavres). Julien Jacob, des JA, a rappelé que le Mesurol, qui a un pouvoir corbifuge, est autorisé en Allemagne : « Une fois de plus en France, on veut laver plus blanc que blanc ». Insulte, vandalisme Hubert Gitz, chasseur sur la commune depuis plusieurs années, qui connaît bien les problèmes agricoles, y a détruit plus de 300 corbeaux. Tirer les corbeaux est assez difficile, cela nécessite beaucoup de temps, ce qui n'est pas forcément compatible avec une activité professionnelle. Le problème vient également des attaques dont font l'objet les chasseurs quand ils interviennent à proximité des corbeautières. « Nous sommes insultés, on nous envoie les gendarmes… » Le chasseur a également dû stopper le piégeage : « La nasse à corbeaux a été vandalisée sept fois, même avec la meilleure volonté du monde nous avons aujourd'hui abandonné ». Sur ce point, la municipalité a décidé de communiquer auprès des habitants sur le statut « nuisible » du corbeau et sur les dégâts qu'il cause, et de rappeler ce que risque une personne qui dégrade ou ouvre une nasse à corbeaux.  Laurent Fischer a réclamé de la sévérité à l'encontre des vandales et non pas envers les chasseurs. Par ailleurs, il est temps, pour lui, de rouvrir le débat sur le tir dans les nids. « Devant l'ampleur des dégâts, il faut pouvoir intervenir massivement. Un courrier en ce sens a d'ailleurs été envoyé au préfet et nous solliciterons nos députés sur le sujet. » (NDLR : lire aussi en pages 2 et 3). Philippe Wolff, représentant la DDT, a rappelé que le statut du corbeau permet de le tirer et de le piéger. Le tir dans les nids n'est pas autorisé. L'élagage des arbres peut permettre de diluer le problème quand il se concentre sur un secteur, a-t-il précisé. Une solution collective La Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon), représentée par Sonia Meyer, a présenté un dispositif de lutte collective, qui prévoit la mise en place massive de pièges sur un secteur géographique. « Des bénévoles sont formés pour relever les pièges et ainsi étaler la charge de travail. » En Loire-Atlantique les communes ont financé l'achat des nasses sur la base d'une cotisation à l'hectare. Une grande campagne de communication préalable avait été organisée pour sensibiliser le public. Pour Laurent Fischer, « il faut s'inspirer de ce dispositif, y travailler dès maintenant pour être opérationnel au printemps prochain. »  

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