Vie professionnelle

Semaine des alternatives aux pesticides

Produits phytosanitaires, agriculture, santé, débat

Publié le 05/05/2016

Trois tables rondes étaient proposées par la Mutualité sociale agricole d’Alsace, mardi 26 avril à Kintzheim, dans le cadre de la semaine des alternatives aux pesticides : la santé des agriculteurs et des consommateurs, la prévention des usages, et leur évolution par la mobilisation de la recherche agronomique et des acteurs. Du débat, animé par Lionel Augier, il ressort que les pesticides ne sont pas un problème agricolo-agricole, mais bien global de choix de société où les agriculteurs sont coincés entre une demande sociétale de prix de la nourriture bas et le risque de santé que font courir ces produits.

La première table ronde sur le thème « La santé des agriculteurs et des consommateurs » faisait notamment intervenir le Dr Isabelle Koscinski, spécialiste des problèmes de fertilité, dont les pesticides peuvent être responsables. Dans un rapport de l’Inserm corédigé, les pesticides DBCP (dibromochloropropane), et les insecticides chlorpyrifos, pyréthrines, organophosphorés sont bien identifiés comme responsables ou facteurs aggravant le risque. Selon l’étude Agrican, certains cancers sont plus fréquents en milieu agricole : le mélanome de la peau, le myélome multiple, les lymphomes qui sont des cancers hématologiques. Des études étrangères ajoutent des cancers de la prostate, de l’estomac et du système nerveux central. Les cancers du poumon, du sein et du rectum chez la femme, du colon, de la vessie, du foie, pancréas, œsophage et larynx sont moins fréquents. Les lymphomes de Hodgkin, non hodgkiniens et les cancers des lèvres seraient plus fréquents, informations à confirmer. Le Dr Isabelle Koscinski insiste sur l'urgence à réagir.  Pour Arnaud Issenhuth, agriculteur, administrateur à la Mutualité sociale agricole, « on est conscient. L’exposition ne concerne que certaines périodes d’application. Et il y a le délai avant récolte, comme protection. » Philippe Bunner, viticulteur, dit ne pas ignorer l’effet perturbateur endocrinien des pesticides. « On attend des solutions pour traiter moins. Mais quel prix sommes-nous prêts à payer par exemple pour avoir des eaux du réseau propres ? », sous-entendu totalement exemptes de traces de cocktails de résidus de pesticides, interroge le Dr Isabelle Koscinski. Prévention et usages : réglementation et état des lieux Le système d’homologation des produits phytosanitaires a évolué, puisque l’évaluation est effectuée par l’Agence européenne de santé (Efsa), indique Odile Rochigneux, de la Draaf. Alfred Klinghammer, animateur Écophyto à la Chambre d'agriculture d'Alsace, souligne pour sa part que les produits phytosanitaires servent à protéger les plantes et donc à nourrir la population. Problème, le budget consacré à l’alimentation est passé de 40 % à 12 %. Il faut donc produire le moins cher possible, observe-t-il. Quelques chiffres, la France consomme 60 000 tonnes de substances actives, dont 10 % vendues en jardinerie. En Alsace, c’est 900 t, dont 13 % en jardinerie. Un tiers du glyphosate est vendu en jardinerie. En ramenant ces chiffres à l’hectare, la France se situe au huitième rang en Europe. La réglementation a fortement évolué, ajoute Odile Rochigneux avec le Certiphyto. En 2017, les collectivités ne pourront plus utiliser de pesticides dans les lieux publics. Pour Alfred Klinghammer, Écophyto représente un vaste travail, reposant sur trois piliers : la formation, la surveillance en réseau d’observation et les fermes Dephy pour expérimenter et démontrer des systèmes économes en intrants. « Les choses ne sont pas faciles, il faut du temps. » Et puis on se heurte à la demande sociétale, ajoute-t-il : des pommes sans tavelure, des feuilles de radis sans perforation d’altise… De son côté, Denis Litt, conseiller prévention à la Caisse d'assurance-accidents agricole du Bas-Rhin, souligne l’implication de la Caisse qui cofinance les protections individuelles et incite à utiliser les produits les moins dangereux. « Mais réduire, c’est du stress, témoigne Arnaud Issenhuth. Il y a deux ans, j’ai supprimé un fongicide, avec à la clé, le risque mycotoxine, et un déclassement de la récolte. » Et le bio ? Maurice Meyer, maraîcher bio à Valff, dit qu’il ne voyait pas « l’intérêt de polluer plus pour manger » quand il s'est installé, d'où son choix. Mais le passage en bio suppose de tout changer : les rotations, les techniques, les circuits de ventes, les clients. « Ce n’est pas simple ! » Quant aux produits phytosanitaires de biocontrôle, ils visent à fortifier la plante. Ce ne sont pas des biocides. « Mais si vous mettez beaucoup d’azote, la plante est fragilisée par rapport aux maladies. » Donc la bio suppose aussi de baisser les rendements. « Une étude doit sortir. Elle indique que le coût global, et donc sociétal aussi, des produits phytosanitaires est plus cher que les bénéfices qu’ils apportent. » Mobilisation de la recherche agronomique et des acteurs Selon Nicolas Munier-Jolain, de l’Inra, l’agriculture est dépendante des pesticides. Mais il faut y regarder de plus près. Par exemple, la culture du maïs est beaucoup moins nécessiteuse en pesticides. Mais en Alsace, l’Indice de fréquence des traitements (IFT) du maïs est de 2,5, contre 1,5 au niveau national, ceci en raison de l’aspect monocultural. Mais peut-on changer de culture aussi facilement en plaine d’Alsace sans mettre en péril l’équilibre économique des exploitations ? L’Inra observe que les systèmes culturaux de polyculture élevage consomment deux fois moins de pesticides. Et que d’une manière générale, le retour à la rotation des cultures peut singulièrement diminuer les pressions en ravageurs et en adventices. Toute la difficulté est économique, et de trouver des filières et débouchés quand on est en rotation. La diversification des rotations doit donc être accompagnée en filière. Le problème « pesticide » est donc plus vaste qu'il n'y paraît. En viticulture, le projet de recherche participative Pep’sVi, 1 million d’euros de budget, a pour but d’expérimenter, de concevoir des systèmes innovants à bas intrants, d’évaluer et de proposer, explique Marie Scholtus de l’Inra. Les agriculteurs ne sont pas hostiles au changement, témoigne Arnaud Issenhuth, mais il faut être sûr du résultat. Il compte sur la robotique et la génétique. Et le bio, une voie d’innovation ? Un observateur de la salle pointe une faille du cahier des charges bio avec un produit perturbateur endocrinien notoire. Maurice Meyer objecte : « Si on est ici en débat, c’est bien qu’il y a un problème. Comprenez que les gens ne sont pas contre les paysans, mais contre les pesticides de synthèse. Certains phytosanitaires bios sont certes toxiques, mais ne sont pas rémanents dans l’environnement, à la différence des produits de synthèse. » Dans la salle, quelques agriculteurs retraités font remarquer qu’il y a une évolution notoire par rapport à leur époque, « où l’on mélangeait la bouillie à mains nues ». Alfred Klinghammer confirme : « On a évolué, mais on a mal communiqué ». La conclusion revient au président de la MSA, David Herrscher : « Il faut avoir conscience qu’on a le ventre plein. Souvenons-nous en 2006, la crise alimentaire. Le paysage va changer d’ici dix ans. On va avoir des robots dans les champs. » Mais le président de la MSA met en garde : certains veulent de l’électricité verte, mais ne veulent pas d’éolienne. Il ne faudrait pas que ce soit pareil avec les robots. Par ailleurs, il a réitéré son souhait de ne pas se fermer sur les OGM pour remplacer les produits phytosanitaires.

Publié le 03/05/2016

Dans la nuit du 22 au 23 avril, la ferme Clarisse à Sigolsheim a été vandalisée. Vitres, façades et panneau des producteurs ont été tagués à la bombe aérosol noire.

« On n'a pas le choix, on va continuer d'avancer. » Clarisse Sibler accuse le coup. Elle a porté plainte contre X auprès de la gendarmerie et lui a remis un enregistrement capté par l'une de ses caméras de surveillance. On y voit, de loin, un homme d'une cinquantaine d'années et chauve. « Au départ je pensais qu'il s'agissait d'une connerie de gamins de 13-14 ans. Et puis j'ai vu la vidéo… Cela m'aurait moins peinée honnêtement. Il s'agit là d'un adulte conscient de ses actes. Visiblement, il en a après nous, parce qu'à côté des vitres et murs, il a également tagué le panneau des producteurs en barrant chaque visage de peinture. » Elle regrette des actes qui s'accumulent. « Cela devient de pire en pire. Cette fois, j'ai porté plainte, mais je ne le fais pas pour chaque petite bricole sinon je passerais mes journées au poste ! ». Elle a récemment dû remplacer pour la cinquième fois consécutive la bâche qui lui sert à couvrir la paille qu'elle stocke en bout de champ pour le paillage des rangs de fraises. « Il s'agit d'une bâche de 8 m de large. Elle peut leur servir à quoi ? Couvrir du bois ? » Son équipe s'active depuis lors pour remettre le local en état. S'ils ont réussi à nettoyer les vitres, ils devront repeindre les murs. Dans son malheur, elle constate néanmoins la bienveillance et l'empathie autour d'elle : « On va le prendre de façon positive. Il nous a fait de la pub sans le vouloir. » Au lendemain de cet acte de malveillance, Clarisse et Pauline signaient un post sur leur page Facebook La Ferme Clarisse, la publication est rapidement devenue virale. Elle a été partagée 344 fois, a suscité près de 200 commentaires au moment de la rédaction de ces lignes et a été « likée » par plus de 400 personnes.

Caisse d'assurance-accidents agricole du Bas-Rhin

Ne jamais relâcher les efforts de prévention

Publié le 30/04/2016

La Caisse d'assurance-accidents agricole du Bas-Rhin affiche une belle santé financière, ce qui lui permet d'envisager une nouvelle baisse des cotisations foncières. Pour autant, elle ne compte pas se reposer sur ses lauriers : la survenue, ces dernières semaines, de six accidents ayant entraîné l'amputation d'un membre ou d'un doigt l'incite à redoubler ses efforts de prévention des risques.

« La mission première de notre Caisse est d'indemniser les accidents du travail et les maladies professionnelles, tant des salariés que des non-salariés du régime agricole », a déclaré le président, Jean-Marie Sander, en ouvrant l'assemblée générale de la Caisse d'assurance-accidents agricole du Bas-Rhin, lundi 25 avril. Après une baisse quasi historique en 2013, la Caisse enregistre, pour la deuxième année consécutive, une augmentation des déclarations d'accidents : elles s'élèvent à 1 333, contre 1 312 en 2014, soit une hausse de 1,6 %. C'est chez les salariés qu'il faut rechercher l'origine de cette augmentation : il y a eu 15 dossiers supplémentaires, essentiellement liés aux accidents de trajet. Chez les non-salariés, la tendance est à la stabilité.  Quatre accidents mortels sont à déplorer, trois non-salariés et un salarié, une hausse que le président a qualifiée de préoccupante. Autre motif de préoccupation, la gravité des accidents depuis le début de l'année : « Nous avons enregistré six accidents ayant entraîné l'amputation d'un membre ou d'un doigt, tous liés à la manipulation d'un appareil en marche. » Le comité directeur a chargé la commission de sécurité de mener une action de sensibilisation à ces risques. Une bonne maîtrise des charges La Caisse voit ses charges d'exploitation baisser de plus de 5 %. Quant aux cotisations, elles sont en croissance de 8 % malgré la baisse du taux de cotisation sur le foncier de 4 %, décidée l'an dernier. Cette progression est due aux cotisations sur salaires, le salariat agricole étant en forte augmentation. « Seule ombre au tableau, mais elle est de taille, une refonte du mode de calcul de la compensation de l'État ampute les recettes 2015 de notre Caisse de 900 000 €. » Malgré cette mauvaise nouvelle, le comité directeur a décidé une nouvelle baisse des cotisations foncières, limitée cependant à 2 %. « Les cotisations foncières de notre Caisse ont baissé ces dix dernières années de 12,5 % en euros constants, démontrant une saine gestion. Peu de régimes sociaux peuvent afficher des baisses répétées. » Jean-Marie Sander a évoqué la dématérialisation des flux via la carte Sesam Vitale : « Un tiers de nos dépenses en nature est liquidé via cet outil en 2015. Nous aimerions que l'utilisation de la carte Vitale se développe pour les accidents de travail. » « La plupart des clignotants sont au vert » Les 1 333 déclarations d'accidents du travail et de maladies professionnelles enregistrées l'an dernier se répartissent comme suit : 1 018 pour les salariés, 278 pour les non-salariés et 37 pour les élèves des lycées agricoles. « Même si ce chiffre traduit une augmentation de 1,6 %, nous sommes sur une tendance baissière, car il y a quelques années nous étions plutôt autour de 1 400 dossiers. Cela signifie que l'effort de prévention ne doit jamais être relâché », a indiqué le directeur, Pascal Jan. Les quatre cas ayant entraîné le décès des victimes concernent trois non-salariés et un salarié. « Cela continue à être un véritable point noir. » Chez les non-salariés, les secteurs les plus accidentogènes sont l'agriculture et l'élevage avec 158 cas, et la viticulture avec 52 cas. Parmi les causes d'accidents, les accidents de plain-pied arrivent largement en tête, avec près d'un tiers des déclarations, suivis des accidents liés aux animaux, un risque en hausse de 27 % en 2015, et des accidents de tracteurs et de machines. La taille des machines et l'automatisation constituent des facteurs d'aggravation des risques. Chez les salariés, c'est le secteur des coopératives qui paie le plus lourd tribut avec 221 cas, soit un dossier sur cinq. Le secteur du débardage paysagisme dépasse celui de la forêt avec 203 cas contre 173. Les accidents de plain-pied sont à l'origine de 363 dossiers, contre 120 pour les objets en mouvement accidentel, 105 pour les maladies professionnelles et 70 pour les accidents de trajet. « Les maladies professionnelles sont en augmentation année après année, les affections périarticulaires arrivant largement en tête. » En 2015, 213 accidents du travail et maladies professionnelles ont donné lieu à l'attribution d'une rente, un chiffre en augmentation de 12,7 %. Le bénéficiaire le plus âgé d'une rente est une femme de près de 100 ans. La rente la plus ancienne est servie depuis 1934, soit 81 ans, à un assuré né en 1919. « Les rentes n'ont pas été revalorisées en 2015, mais une revalorisation sera appliquée au 1er avril 2016 », a indiqué Pascal Jan. 12,13 M€ de prestations ont été versées en 2015, en diminution de 2,4 %. Chez les non-salariés, 5,70 M€ ont été versés, essentiellement sous forme de rentes, pour 5 M€, les prestations en nature représentant 410 000 € et les indemnités journalières 300 000 €. Chez les salariés aussi, la part prépondérante incombe aux rentes, avec près de 4 M€. Les indemnités journalières s'élèvent à 1,87 M€, les prestations en nature à 565 492 €. La Caisse a disposé de 14,62 M€ de ressource en 2015, contre 15,42 M€ en 2014. Le financement professionnel se taille la part du lion, avec 12 M€. Les cotisations foncières constituent la moitié de ce financement, avec 5,90 M€ prélevés sur la base de 358 000 ha, les cotisations sur salaires l'autre moitié. La compensation de l'État représente 1,20 M€. « Cette compensation, qui a pour but de remédier au déséquilibre démographique entre le régime général et le régime agricole, a significativement baissé en 2015 suite à un nouveau mode de calcul qui est voué à être pérenne. Notre Caisse devra donc apprendre à fonctionner avec une compensation amputée de 900 000 €. » Les recours contre tiers ont rapporté 453 000 €. Les produits financiers ont subi une nette érosion, du fait des taux bas. Malgré tout, le résultat comptable est positif, à 380 000 €. En attendant l'embellie… Au nom des organisations professionnelles, Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d'Alsace, a souligné la rigueur de gestion, l'efficacité et la proximité du terrain de la Caisse d'assurance-accidents agricole et la réactivité de l'ensemble du personnel. « Nous sommes dans un système particulièrement mouvant. Nous n'avons jamais connu de telles perturbations, et ce à tous les niveaux : regroupement des cantons et des régions, évolution des missions de la Chambre d'agriculture, des compétences des collectivités territoriales, dans un contexte difficile de réduction des moyens. » Un exemple parmi d'autres : la réforme du Conseil départemental a un impact majeur sur l'agriculture, car les compétences économiques lui sont retirées au profit de la Région. Il faut surveiller de près ce qui se passe au niveau du droit local. Car la tutelle peut imposer son point de vue, comme le prouve le regroupement des Safer au sein de la grande région. Le droit de préemption dépendant de l'État, ce dernier est en mesure d'imposer cette réforme. « Le pire, ce n'est pas que l'État réduise ses moyens financiers, mais qu'il se mêle de notre fonctionnement. » L'agriculture traverse une période difficile, dans un contexte mondial d'excédents de produits agricoles. Un climat favorable a entraîné des récoltes records de céréales, tandis que la consommation mondiale a tendance à stagner, voire à régresser dans certains pays, la baisse du prix du pétrole ayant entraîné un recul du pouvoir d'achat dans les pays pétroliers. « L'embellie des prix agricoles viendra lorsque les marchés mondiaux retourneront à l'équilibre. » Sur le plan européen, on constate enfin une prise de conscience de l'ampleur de la crise de l'élevage, particulièrement dans le secteur du lait, et de la nécessité de réinventer des outils de gestion des crises. Même les professionnels allemands, pourtant très libéraux, sont en train de changer leur façon de penser. « En France, nous devons travailler sur tout ce qui plombe la compétitivité. Au-delà des prix, les mauvais rendements que nous avons connus ces dernières années plombent les revenus des exploitations agricoles et viticoles. Et comme aucune embellie n'est annoncée, il faut actionner tous les leviers pour passer au mieux cette crise. » Objectif : passer le cap pour être en position de force quand l'embellie viendra.

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