En tracteur, en bus ou en train, ils sont venus de toute la France
5 000 agriculteurs manifestent leur colère à Paris
En tracteur, en bus ou en train, ils sont venus de toute la France
Publié le 09/09/2015
Après avoir bloqué le périphérique et fait le siège du parlement dès les premières heures de la matinée, des milliers d'agriculteurs se sont regroupés place de la Nation, à Paris, pour faire entendre leur colère, en attendant l'issue des négociations avec le Premier ministre, Manuel Valls. Ils ont été profondément déçus, même si les responsables agricoles ont obtenu quelques avancées.
Nombre d'entre eux étaient partis trois jours plus tôt, en tracteur. De longues caravanes d'agriculteurs ont ainsi sillonné les routes des provinces françaises, notamment depuis l'Ouest et le Nord, pour rallier la capitale le jeudi 2 septembre. Dès les premières heures de la matinée, ils ont envahi le périphérique pour une opération escargot, provoquant au passage un spectaculaire embouteillage. Mais, malgré les désagréments occasionnés, les Parisiens ont exprimé leur soutien et leur sympathie à l'égard des manifestants, leur mettant du baume au cœur. « Je suis impressionné par l'accueil des Parisiens qui nous ont filmés tout au long du parcours. Les agriculteurs qui participent à cette journée d'action s'en souviendront toute leur vie », a souligné un peu plus tard un président de FDSEA, du haut de la grande scène montée par la FNSEA et Jeunes Agriculteurs sur la place de la Nation. Au même moment, une délégation d'agriculteurs s'est rendue au Palais du Luxembourg où elle a été reçue par Gérard Larcher, président du Sénat. Un entretien très positif, aux dires de Xavier Beulin, président de la FNSEA, et de Thomas Diemer, président national des JA : un calendrier de travail précis a ainsi pu être établi. Dans la foulée, ils ont rencontré le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, lui demandant plus de sens pratique dans les textes qu'élabore l'Assemblée nationale. Le point d'orgue de la journée était sans conteste le rassemblement organisé sur la place de la Nation, vers laquelle tous les manifestants ont convergé à la mi-journée. 1 700 tracteurs et plus de 5 000 manifestants, cela fait du bruit ! Cette mobilisation était à l'image de la détresse des agriculteurs, en particulier les éleveurs qui ont atteint le point de rupture, entre charges écrasantes et prix déprimés. « Un message d'amour » Pendant ce temps, les responsables de la FNSEA et des JA ont été reçus pendant deux heures à l'hôtel Matignon. Le Premier ministre a indiqué qu'il voulait lancer « un message d'amour » aux agriculteurs français, en dévoilant son nouveau plan de soutien, qui vient compléter les mesures décidées en juillet. Un effort supplémentaire de 300 millions d'euros. « Votre mobilisation prouve que la France agricole n'est pas résignée, elle est debout », a déclaré Xavier Beulin un peu plus tard aux manifestants rassemblés autour de l'impressionnante statue du Triomphe de la République. « Le gouvernement nous a entendus. Tout n'est pas réglé, mais nous avons fait un grand pas en avant », a-t-il déclaré, avant d'énumérer les avancées obtenues : une prise en charge des intérêts d'emprunt à hauteur de 100 M€, un triplement des prises en charge de cotisations sociales pour atteindre 50 M€, une « année blanche » avec le report des annuités de 2015, une dotation supplémentaire pour le fonds d'allégement des charges, une baisse des cotisations sociales d'environ 50 M€. Des moyens plus spécifiques seront consacrés à l'élevage : les aides à l'investissement sont portées à 350 M€ par an pendant trois ans, des soutiens seront accordés aux outils d'abattage et de découpe. Par ailleurs, Manuel Valls a promis de définir, d'ici février, une nouvelle méthode pour mettre en place les normes environnementales, en concertation avec les agriculteurs, et d'ici là, de ne plus transposer de nouvelles règles européennes en droit français. Enfin, il a demandé à Stéphane Le Foll de maintenir la pression pour que les engagements pris par les industriels et les distributeurs en matière de hausse de prix soient tenus. Mais tous les manifestants ne l'entendaient pas de cette oreille : dès la fin de l'intervention de Xavier Beulin, une poignée de jeunes agriculteurs ont exprimé bruyamment leur déception au pied de la grande scène, avec force huées, pétards et coups de corne. Mais à l'appel de leurs responsables départementaux, ils ont finalement choisi de se disperser dans le calme, pour ne pas entacher cette grande manifestation par des débordements. Seule une volute de fumée s'échappait d'un chariot de supermarché, où le feu avait été mis à des cagettes, comme un témoignage de leur mécontentement…












