Technique

Nicolas Gerster - Prix d’excellence au Concours général des prairies fleuries 2016

La maîtrise de la qualité

Publié le 06/05/2017

Avec plus de 60 hectares de prairies permanentes, Nicolas Gerster apporte à son troupeau de simmentals des conditions idéales pour vivre et se nourrir au quotidien. Un choix payant qui lui permet de proposer des viandes de « grande qualité bouchère » aux nombreux clients de son magasin fermier.

De l’herbe, beaucoup de fleurs, et un label de qualité pour les consommateurs. Dans la boutique paysanne de la ferme du Grumbach, à Durlinsdorf, le prix d’excellence du concours général des prairies fleuries trône fièrement au mur. Une récompense obtenue en 2016 par Nicolas Gerster, un éleveur passionné de simmentals et d’élevage extensif. Son credo : la maîtrise. De l’alimentation de ses 210 bêtes, de la transformation de sa viande par ses propres bouchers ou de la commercialisation de ses produits via son magasin. Seul l’abattage a lieu à l’extérieur ; environ 80 animaux vont à Cernay tous les ans. Et là encore, l’agriculteur est présent jusqu’au bout, histoire d’épargner le maximum de stress à ses vaches et veaux de lait. « Ils connaissent ma voix, ça les rassure. Je les amène personnellement à l’abattoir et je les accompagne jusqu’au bout. De cette manière, les animaux restent détendus. Et derrière, la viande est plus tendre. » « Nos clients sont confortés » Cette démarche qualitative commence par l’alimentation de son cheptel. Sur les 100 hectares qu’il possède, 65 ha sont des prairies permanentes, et 20 ha sont consacrés au maïs fourrage. De quoi assurer une bonne autonomie fourragère pour l’ensemble du troupeau. « De toute façon, pour avoir la qualité de viande qu’on recherche, on ne peut pas faire autrement. » Des efforts qui paient. Depuis qu’elle s’est lancée dans la vente directe de sa viande à la fin des années 1990, la ferme du Grumbach s’est forgée une solide réputation dans un rayon de trente à quarante kilomètres autour de Durlinsdorf. « On n’a qu’un point de vente ici, à la ferme. On ne fait pas de marchés ou de supermarchés paysans. Les clients viennent à nous. On était présent lors de la crise de la vache folle. À ce moment-là, les consommateurs cherchaient à sécuriser leurs achats, ils voulaient connaître la provenance de la viande. C’est ce qui nous a lancés. Le bouche-à-oreille a fait le reste. » Les années passant, les notions de bien-être animal et de respect de l’environnement sont devenues de plus en plus prégnantes dans la société française. Pour Nicolas Gerster : « c’est une philosophie d’avoir ses animaux sept à huit mois dans les pâturages. La difficulté est de pouvoir le prouver aux consommateurs, leur montrer qu’on pratique vraiment de l’agriculture raisonnée, que ce n’est pas juste de la façade. » C’est là que le prix d’excellence décroché lors du Concours général des prairies fleuries démontre tout son intérêt. Grâce à lui, l’éleveur bénéficie d’un label de qualité qui « parle » aux clients. « J’ai beau être adhérent du réseau Bienvenue à la ferme, cela ne parle pas trop aux consommateurs. En revanche, tout le monde sait à quoi ressemble une prairie fleurie. Nos clients sont confortés et voient qu’on ne leur raconte pas de bêtises. » Pourtant, la prairie fleurie lauréate ne représente qu’une infime partie de la SAU de l’exploitation (1,1 ha). La parcelle est en effet située sur le ban communal de Bendorf, à 600 mètres d’altitude, sur une surface qui ressemble davantage aux hautes chaumes qu’on trouve sur le massif vosgien. « Je loue cette prairie à un propriétaire passionné de faune et de flore. Un jour, il m’a demandé de la laisser à son état naturel, sans apport d’engrais chimique, puis de la faucher le plus tardivement possible, après la floraison. C’est vraiment une parcelle magnifique. Mais je n’ai pas assez de surface pour me permettre de faire ça partout, les rendements seraient trop faibles. » Cette prairie est tellement atypique par rapport aux autres prairies permanentes que même les animaux ont besoin d’un temps d’adaptation avant de manger le foin récolté. « Il faut voir ce qu’il y a dedans en matière de diversité floristique, c’est assez impressionnant. Mais du coup, ce n’est pas le même produit qu’habituellement. Pendant les deux ou trois premiers jours, les animaux sont un peu réticents à en manger. Après, ils en raffolent. » Un peu à l’image des clients de la ferme, adeptes de la qualité bouchère « exceptionnelle » de la viande vendue par l’éleveur. Le modèle autrichien Cette production de qualité n’aurait jamais pu voir le jour si Nicolas Gerster n’avait pas eu le nez creux au moment de son installation, en voulant rester maître de ses prix. « Que ce soit en lait, en viande ou en céréales, tout est dépendant de facteurs extérieurs dans les filières classiques. J’étais au final voué à survivre en tant qu’éleveur » En parallèle, Nicolas Gerster se rend compte que la vente directe de produits agricoles se pratiquait déjà beaucoup en Suisse, en Allemagne, et surtout en Autriche, pays dont il apprécie particulièrement l’état d’esprit. « Là-bas, les entreprises sont des affaires de famille qui sont construites dans le but d’être transmises, même celles qui rapportent beaucoup d’argent et qui pourraient être revendues à bon prix. J’aime cette philosophie où l’on prend le temps de faire les choses correctement, avec passion et pragmatisme. Ou quand on gagne de l’argent, on l’investit intelligemment pour le développement de son activité. » Ce qu’il fait par exemple en 2008, en se lançant dans le créneau de l’agrotourisme. Un choix à nouveau payant puisque ce sont aujourd’hui plusieurs dizaines de bus de touristes qui s’arrêtent chaque année à la ferme du Grumbach. Au programme : visite de l’exploitation, vente de produits locaux et repas paysan. Un package qu’il espère compléter d’ici quelques années avec de l’hébergement. « C’est important d’inventer de nouvelles choses dans le monde dans lequel on vit. Avec ce que je propose, des groupes de citadins peuvent découvrir le fonctionnement d’une ferme en 2017 tout en dégustant les produits qui y sont fabriqués. Au final, les visiteurs repartent avec un souvenir gastronomique de leurs vacances. » Si le concept marche, il n’est en rien novateur tient-il à rappeler. « On n’a rien inventé. On a juste regardé ce qui fonctionnait ailleurs. » Idem lorsqu’il a lancé son activité traiteur en 2013. Avec une orientation clairement identifiée « terroir », cette nouvelle diversification a très vite trouvé son public… tout comme la viande surmaturée « dry aged » qui se caractérise par un affinage ultra-persillé de cinq à six semaines. Un marché de niche de plus en plus en vogue dans les grandes métropoles qui a aussi son lot d’amateurs en Alsace. « En ville, tous les acteurs de la boucherie se lancent là-dedans. C’est une viande très goûteuse et très tendre. Mais pour avoir une vraie viande dry aged, il faut des bêtes bien finies, âgées d’au moins cinq ou six ans, et surtout bien nourries. » Avec de la bonne herbe fraîche, c’est encore mieux.

Chez Alexandre Valentin et Anaëlle à Ranrupt

L’une des plus belles prairies de France

Publié le 06/05/2017

Agriculteur à Ranrupt, Alexandre Valentin avait remporté haut la main le concours des prairies fleuries de la Vallée de la Bruche et du Val de Villé (lire notre édition du 16 octobre 2016). Il était donc en lice pour concourir au plan national dans la catégorie « prairie de coteaux ». C’est le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll qui lui a remis son diplôme, lors du Salon international de l’agriculture en février dernier.

À Stampoumont, sur les hauts de Ranrupt, Alexandre Valentin élève, avec sa compagne Anaëlle, une quarantaine de vaches de race simmental et montbéliarde, dont 15 à la traite. Il produit un lait de haute qualité, avec une moyenne de production de 15 litres par vache et par jour, à 41 g/kg de matière grasse et 32 g/kg de taux protéique. Lequel trouve deux valorisations : consommé directement non loin de là au restaurant hôtel spa La Cheneaudière pour les besoins du chef Roger Bouhassoun, et transformé en yaourts du Climont à Saâles. La ferme se situe à 700 m d’altitude, sur le massif du Climont. Avec des pâtures sur arène gréseuse, ce qui présente un avantage : « Les sols sont sableux et portants », explique Alexandre. Et un inconvénient à cette altitude : les fenêtres météo pour sécher le foin sont réduites. Conséquence, Alexandre et Anaëlle jonglent entre l’enrubannage et le séchage des trois coupes. Tout en tenant compte des dates de fauche, et de pâturage, et une rotation d’amendement tous les trois ans avec du fumier issu de la stabulation des vaches en hiver : « On écorne les vaches difficiles », précise Alexandre. « Les vaches sont six mois dedans et six mois dehors. Globalement, la première coupe et les regains sont enrubannés. » La première fauche débute fin mai - début juin, « plus particulièrement sur les parcelles proches des bâtiments, ce qui permet ensuite de pâturer. En septembre, il faut cinq jours de beaux temps, ce qui est rare, sinon c’est la sécheresse ». Alors la troisième coupe est également enrubannée. Disposant d’une soixantaine d’hectares qu’il conduit en bio, Alexandre Valentin s’était posé la question de s’agrandir. Mais le manque de disponibilité foncière et les investissements conséquents que cela impliquerait en bâtiment, matériel, etc, l’ont conduit à s’orienter vers la pluriactivité, et à faire le choix, avec sa compagne, d’une agriculture de haute qualité environnementale. Le jury des prairies fleuries a souligné la remarquable diversité floristique des parcelles, aux vertus mellifères et de biodiversité exceptionnelles.

Récolte des fourrages 2016

Les effets en chaîne d’un printemps pourri

Publié le 05/05/2017

Les mauvaises conditions météo du printemps 2016 ont durement affecté la qualité des fourrages récoltés. Dans les élevages laitiers, les effets se sont fait sentir pendant tout l’hiver.

« Ceux qui ont réalisé leurs premières coupes avant le 8 mai ont obtenu des fourrages de bonne qualité. Après, les valeurs ont énormément chuté », explique Philippe Le Stanguennec, technicien à Alsace Conseil Élevage, en évoquant la récolte des fourrages 2016 dans les élevages laitiers. Les premières coupes réalisées après le 8 mai et les secondes coupes effectuées cinq semaines après une première coupe précoce ont souffert des mêmes problèmes : l’herbe a été récoltée à un stade jeune après avoir poussé en période humide et sans soleil. Résultat : des valeurs fourragères médiocres proches de 0,8 UFL et autour de 65-70 PDI. Les éleveurs ont récolté beaucoup plus de tiges que de feuilles car l’herbe n’a pas correctement tallé, explique le technicien. Pour les coupes suivantes, la situation n’a pas été forcément meilleure. « Le foin réalisé à la toute fin juin et début juillet n’a pas bien séché, il aurait mieux valu attendre huit jours de plus pour récolter. En appétence et en conservation, ça allait encore, mais la valeur fourragère était vraiment médiocre. » Du correcteur azoté en plus Chez les éleveurs laitiers bio, qui nourrissent leur troupeau principalement à l’herbe, la situation a été encore plus durement ressentie que chez les éleveurs conventionnels. Philippe Le Stanguennec ne manque pas d’exemples pour montrer les conséquences en production de cette situation. Dans un élevage bio qu’il suit techniquement, la moyenne de production par vache, qui était de 26 kg en avril 2016, a chuté à 23,8 kg le mois suivant. « Et quand l’éleveur a complémenté avec la deuxième coupe début juillet, il est descendu à 21,5 kg car la deuxième coupe était encore plus mauvaise que la première. Il est même descendu à moins de 20 kg à un moment donné, ce qui ne lui était jamais arrivé ». Il lui a fallu rajuster la ration durant l’hiver en ajoutant 2 kg de correcteur azoté. Mais même avec cet apport supplémentaire, « il lui manquait toujours 2 à 3 kg de lait par rapport à un hiver normal. » L’ajout de ces 2 kg de correcteur azoté a tout de même permis au troupeau de ne pas descendre trop bas en production. Mais sur le plan strictement économique, l’éleveur n’y a pas gagné grand-chose, constate Philippe Le Stanguennec. Même situation dans un autre élevage bio d’Alsace Bossue, passé de 26 kg de lactation par vache à moins de 20 kg lorsque l’éleveur a commencé à distribuer le fourrage de première coupe, réalisé le 21 mai. « Un tel écart, c’est énorme. Il aurait fallu au moins 3 kg de VL 35 pour compenser complètement la perte », commente le conseiller. La mauvaise qualité des fourrages a également eu des incidences sur la qualité du lait. La présence de terre, dans l’ensilage comme dans le foin, a fait déraper les spores butyriques. Ce qui s’est traduit par des réfactions sur les paies de lait, qui n’étaient déjà pas brillantes. « Il valait mieux dérouler le foin que de le distribuer à la mélangeuse. Ainsi, les animaux peuvent trier, ce qui n’est pas possible quand tout est mélangé. » La croissance des génisses pénalisée Les vaches laitières n’ont pas été les seuls animaux affectés par la mauvaise qualité des fourrages 2016. « La croissance des génisses a été énormément pénalisée elle aussi, constate le technicien. Et avec ce fourrage carencé, les éleveurs ont eu beaucoup de difficultés à repérer les chaleurs. » En mesurant le tour de poitrine des génisses, Philippe Le Stanguennec a pu constater qu’elles n’avaient pas du tout poussé. Face à cette situation, la plupart des éleveurs laitiers ont fini par complémenter les animaux pour éviter de pénaliser trop sévèrement la croissance ou les débuts de lactation. Les éleveurs bio ayant généralement peu de céréales, ils ont acheté des bouchons de luzerne bio ou un aliment concentré qu’ils ont mélangés avec des céréales pour obtenir plus de protéines. Ceux qui avaient des coupes différentes ont aussi pu panacher pour distribuer un fourrage plus homogène. Les éleveurs conventionnels ont eu le plus souvent recours aux coproduits, comme le corn-feed ou les drèches, qui ont permis d’augmenter le niveau de la ration. « À la fin de l’hiver, vers le mois de mars, avec une complémentation un peu plus poussée, ils ont eu tendance à retrouver des niveaux de production à peu près normaux », constate le conseiller. Dans la majorité des élevages, alors que la récolte 2017 démarre, il reste encore du foin de 2016. « Comme il est mauvais, les génisses en ont moins consommé ». Cela va sans doute conduire les éleveurs laitiers à faucher davantage en ensilage ce printemps et un peu moins en foin. Ils distribueront alors plus d’ensilage d’herbe jusqu’à la récolte du maïs cet automne.

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