Technique

6e Nocturne du pro Armbruster

Protéger l’utilisateur et l’environnement

Publié le 24/07/2017

La sixième édition de la Nocturne du pro a eu lieu le 11 juillet dernier à Saint-Hippolyte. Près de 500 agriculteurs et viticulteurs se sont déplacés pour découvrir les ateliers, techniques, démonstrations et matériels liés à la thématique de l’environnement et la protection de l’utilisateur.

Rendez-vous incontournable depuis sept ans, la Nocturne du pro d’Armbruster a une nouvelle fois tenu toutes ses promesses. Bien aidée par une météo peu propice aux travaux dans les champs, la manifestation organisée le 11 juillet au magasin Armbruster Vignes de Saint-Hippolyte a attiré pas loin de 500 agriculteurs et viticulteurs. Avec toujours la même formule : une soirée conviviale permettant aux invités de rencontrer les partenaires et fournisseurs du Groupe Armbruster, avec ateliers et démonstrations sur des nouvelles techniques ou des matériels innovants. Cette année, le focus a été porté sur la thématique de l’environnement et de la protection utilisateur. Un sujet « fondamental » pour les organisateurs qui estiment nécessaire de faire des rappels réguliers sur la question, tant les enjeux sont importants. « Les produits phytosanitaires véhiculent une image négative dans la société. D’autre part, il y a eu une prise de conscience chez les fabricants sur la nécessité de mieux protéger les utilisateurs. Enfin, c’est l’occasion de rappeler aux exploitants les bonnes pratiques à avoir pour se protéger soi et l’environnement dans lequel on travaille », indique Cyril Rolling, responsable développement Libre Service Agricole (Lisa) chez Armbruster. Une pulvérisation hyper précise En matière de matériel « sécurisant », le système EasyFlowtm développé par Bayer et Agrotop a fait forte impression. Il permet le transfert sécurisé des produits phytosanitaires du bidon au pulvérisateur. « On verse le produit à formulation liquide dans la cuve du pulvérisateur en toute sécurité : il n’entre en contact ni avec l’utilisateur, ni avec l’air. Il n’y a donc aucune émission d’effluent et donc aucun risque pour l’utilisateur. De plus, le bidon est prêt à être recyclé », souligne le représentant de Bayer. Un peu plus loin, la société Syngenta faisait des démonstrations de son Qualidrop, un outil « simple, pratique et léger » qui permet d’évaluer la répartition verticale de la pulvérisation en vigne et arboriculture. Le dispositif se compose d’un kit comportant des plaques noires à monter sur un support rigide. La pulvérisation d’un mélange d’eau et d’argile blanche ou de talc sur les plaques permet de visualiser les impacts des gouttelettes. Ceci permet de détecter les défauts de pulvérisation et facilite le contrôle du réglage en renouvelant l’opération autant de fois que nécessaire. Le dispositif est réglable en hauteur pour une utilisation sur cultures hautes et bascule à l’horizontale pour un nettoyage facilité. Le Qualidrop est proposé sous forme de service par Syngenta. Dans le cas présent, c’est un technicien d’Armbruster - spécialement formé pour l’occasion - qui se déplace chez l’exploitant pour réaliser l’opération et lui remettre ensuite un rapport permettant d’évaluer l’incidence de ses différents réglages. Des notices permettent d’interpréter les résultats. « C’est une technique qui n’est pas encore assez développée mais qui est amenée à l’être. Avec elle, 99,9 % du produit va sur sa cible et non plus à côté », assure Marc Alavoine, ingénieur conseil agriculture chez Syngenta. Dans le même ordre d’idée, la société De Sangosse organisait un atelier « Pulvérisation et fluométrie » pour constater de visu où vont les projections lors d’une pulvérisation grâce à des gouttes fluorescentes projetées sur des bâches noires. Parmi les autres stands, le public pouvait être sensibilisé à la collecte des déchets agricoles, l’état de la nappe phréatique d’Alsace, ou à la reconnaissance des maladies et ravageurs de la vigne. À noter enfin la présence d’un grand déstockage de vêtements de travail et accessoires, d’un château gonflable pour les enfants et de démonstrations en plein champ.

Publié le 13/07/2017

L’aire d’alimentation de captage de Bouxwiller est classée en zone vulnérable. Les agriculteurs y sont soumis à un certain nombre d’obligations, notamment en ce qui concerne la gestion des effluents d’élevage. Leur compostage peut constituer une solution pour réduire l’impact des épandages sur la qualité de l’eau.

Vulnérable, l’aire d’alimentation de captage de Bouxwiller l’est à plusieurs titres. La géologie de son sous-sol, caractérisé par des failles au niveau du Batsberg, conduit à une circulation de l’eau chaotique. Et, à l’inverse d’autres captages, il est impossible d’y envisager des interconnexions, qui peuvent permettre de rétablir la qualité d’une eau dégradée par dilution. Il n’y a donc pas de plan B. Aussi les collectivités publiques sont-elles particulièrement vigilantes à la préservation de la ressource en eau, et encouragent les initiatives allant dans ce sens. C’est ainsi que des agriculteurs du secteur se sont regroupés et participent régulièrement à des réunions d’information, des réunions techniques… La dernière en date avait lieu à Riedheim, jeudi 29 juin, et portait sur le compostage. Des teneurs en nitrate en baisse En introduction, Jérôme Thien, agent développement durable de la ville de Bouxwiller, a donné quelques nouvelles de la qualité de l’eau. Et elles sont plutôt bonnes : « Depuis la mise en place du captage, les teneurs en nitrate diminuent. La teneur moyenne a même diminué de cinq points entre 2015 et 2016. Mais les premières analyses de 2017 repartent à la hausse », décrit-il. En cause : les fameuses failles du Batsberg, qui conduisent à une évolution erratique des concentrations en éléments. « Mais la tendance de fond est à la baisse », affirme Jérôme Thien, courbe à l’appui. Il souligne d’ailleurs les efforts qui ont permis d’atteindre ce résultat, notamment sur la disposition des tas de fumier. Le constat est le même pour les résidus de produits phytosanitaires : « On trouve encore des dérivés d’atrazine, mais pas d’autres molécules ». Contrairement à d’autres captages, où du s-métolachlore est détecté. Plus de souplesse avec les composts David Kraemer, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a procédé à quelques rappels sur la directive Nitrate, adoptée en 1991 avec deux objectifs : réduire la pollution de l’eau par les nitrates, et prévenir l’extension de cette pollution. La directive européenne a été transposée en droit français avec des dispositions en matière de suivi de la qualité de l’eau, de délimitation de zones vulnérables, et l’établissement d’un code de bonnes pratiques. C’est ainsi que, le captage de Bouxwiller ayant été classé en zone vulnérable, les agriculteurs y sont soumis à diverses obligations : équilibre de la fertilisation azotée, établissement d’un plan de fumure et enregistrement des pratiques, respect d’un calendrier et de conditions d’épandage, d’une certaine capacité de stockage… Les fertilisants sont classés en quatre types, avec des calendriers d’épandage différents pour chacun. De ces calendriers il ressort que « la mise en place d’engrais verts apporte de la souplesse aux épandages ». Et qu'« élaborer du compost constitue un levier pour gérer les liserons, parce que cela permet de laisser le temps aux liserons de se développer, pour mieux les atteindre, avant d’implanter une Cipan pour pouvoir épandre les effluents ». Les composts sont aussi plus adaptés aux agriculteurs qui pratiquent le semis direct par rapport à des fumiers qu’ils ne peuvent pas enfouir puisqu’ils s’interdisent tout travail du sol. Enfin, les conditions d’épandage sont plus souples pour les fumiers solides, les composts que pour les autres types d’effluents. Un produit vivant à savoir soigner David Kraemer a ensuite détaillé le processus de compostage, qui consiste en « la transformation contrôlée d’un produit en un autre par l’action des micro-organismes, ce qui nécessite de l’oxygène, de l’eau, un rapport C/N équilibré et une montée en température ». C’est ce besoin en oxygène qui explique qu’une des techniques de compostage les plus utilisées consiste à disposer les effluents en andain, et à régulièrement les retourner pour les aérer. L’humidité du tas est un autre paramètre à maîtriser car il s’agit de conserver un bon équilibre. Si le tas est trop humide il risque de donner du « beurre noir ». Pour rectifier le tir, il est possible d’ajouter de la paille. S’il est trop sec, il devient pailleux et il convient alors d’ajouter de l’eau ou du lisier lors d’une aération. Le compostage conduit à une diminution du volume de matière, donc à une concentration des éléments dans le produit, à une réduction des odeurs, et permet d’obtenir un produit plus stable, plus facile à épandre, et hygiénisé grâce à la montée en température. Le compostage fait intervenir successivement des bactéries, puis des champignons. Il est possible de les laisser agir plus ou moins longtemps, en fonction de l’usage destiné au compost. Un compost frais va booster la vie du sol. Tandis qu’un compost mâture renforcera sa teneur en matière organique. Il s’agit donc de distinguer différents produits. Le fumier assaini n’est laissé en tas qu’une quinzaine de jours. Il est encore en phase thermophile, et riche en biomasse microbienne. Les composts jeunes ont entre un et trois mois, ils ont été retournés deux à trois fois. La température est encore élevée au cœur du tas. Le rapport C/N est compris entre 10 et 15. L’humification des chaînes carbonées s’amorce. Les composts très retournés ont environs 4 mois et ont été retournés environ cinq fois. Ils correspondent à un produit très stable et homogène. Les composts mûrs ont entre 4 et 6 mois. Proches de l’humus, ils sont plus considérés comme un amendement que comme un fertilisant car l’effet fertilisant s’exprime à long terme. « Au-delà de quatre mois, il devient nécessaire de bâcher les tas pour ne pas perdre en potentiel fertilisant », indique David Kraemer. Ces différents types de composts ne s’épandent ni aux mêmes doses, ni aux mêmes périodes. C’est pourquoi David Kraemer conseille de conduire plusieurs tas en parallèle, afin d’avoir aussi bien des produits fertilisants qu’amendants, et de pouvoir les valoriser différemment selon les cultures. Cette demi-journée technique s'est achevée par une démonstration à retrouver en vidéo ci-dessous :  

Enrichissement des sols en matière organique

C’est possible, mais à des degrés divers

Publié le 12/07/2017

Initiée en 2015, l’initiative 4 pour 1 000 vise à encourager le stockage de carbone dans les sols pour compenser les émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique. Le centre de recherche Rittmo de Colmar, qui figure parmi les premiers signataires de cette initiative, a organisé ses 27e rencontres professionnelles sur le thème de l’enrichissement des sols en matière organique.

De par leur capacité à fixer du carbone, les sols apparaissent comme une solution pour contrer les effets sur le climat des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique. La communauté scientifique se penche donc de plus belle sur les sols, et va de découvertes en découvertes. Car, et les rencontres professionnelles Rittmo l’ont une fois de plus démontré, le fonctionnement du sol est si complexe, qu’il est difficile d’en avoir une vision à la fois fidèle, simple et globale. Certaines théories, jusqu’ici largement répandues, sont mises en touche par les dernières avancées de la recherche. De nouvelles théories émergent, et d’autres demeurent. Il est ainsi couramment admis par la communauté scientifique qu’il suffirait d’augmenter chaque année de 4 ‰ la quantité de carbone stockée dans les sols pour compenser l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Cette théorie sous-tend l’initiative 4 pour 1 000, « qui propose de mettre en œuvre un stockage durable et pérenne du carbone dans les sols au profit de la lutte contre le changement climatique, mais aussi de leur fertilité », a déclaré Michel Mustin, président de Rittmo, en introduction des 27e rencontres professionnelles du centre de recherche. Car l’un ne pourra pas se faire sans l’autre, au risque de voir les agriculteurs se détourner de ce projet. Il faudra même aller plus loin, estime Michel Mustin, et mettre en œuvre des mécanismes de certification et de soutien financier, sur la base de référentiels, qui requerront donc des méthodes de mesure fiables. Et puis il s’agira aussi de démontrer que le stockage du carbone « a bien les effets attendus » ! La priorité : maintenir le stock existant Claire Chenu, enseignante-chercheuse à AgroParisTech, a présenté les processus et les facteurs d’enrichissement des sols en carbones. « La matière organique constitue la ressource trophique pour l’activité biologique du sol, qui la consomme par biodégradation et minéralisation », a-t-elle rappelé. Le carbone constitue environ la moitié de sa composition. Les molécules de matière organique résident pour des temps très variables dans le sol, de quelques jours à quelques siècles, en fonction de leur nature, de l’abondance des décomposeurs, des facteurs pédoclimatiques et des pratiques agricoles. Et c’est tant mieux, parce qu’il faut à la fois des molécules qui se dégradent vite, pour entretenir la fonctionnalité du sol, et d’autres qui se dégradent plus lentement, surtout si on veut stocker davantage de carbone dans les sols. Ce qui peut se faire en actionnant deux leviers : augmenter les entrées, ou diminuer les sorties. Mais il apparaît plus efficace de chercher à augmenter les entrées de carbone que d’essayer de réduire la minéralisation. Et, si les mécanismes de stockage du carbone sont encore imparfaitement connus, trois choses sont sûres : « Le stockage est lent, plafonné, et réversible. » Alors que le déstockage de carbone peut être rapide et important. « La priorité est donc de maintenir le stock existant », en conclut Claire Chenu. Le non-labour déplace le stock sans l’augmenter Il est donc intéressant de savoir comment ce stock se forme, donc comment évolue la matière organique dans le sol : « Les dernières études démontrent qu’elle est progressivement découpée en éléments plus simples par les micro-organismes. Il n’y a pas de reformation de molécules complexes au sein du sol. Et aucune molécule de matière organique ne reste plus de 50 ans dans le sol, hormis les charbons. Les matières organiques persistantes seraient rendues inaccessibles à l’action des micro-organismes, par exemple par une protection physique, qui serait détruite par le travail du sol », a décrit Claire Chenu. Elle a ensuite présenté les résultats d’une méta-analyse du carbone stocké en non-labour et en labour : « Les quantités de carbone supplémentaire stockées apparaissent nettement inférieures à ce qui avait été anticipé, et très variables, ce qui suggère que le non-labour déplace la matière organique en surface, ce qui est très bien, mais ne permet pas de stocker davantage de carbone. » Des sols inégaux face à la capacité de stockage La matière organique peut aussi être piégée, notamment sur les argiles. « La nature et l’abondance de la phase minérale du sol seraient donc un facteur majeur de stabilisation du carbone dans les sols. Et la quantité de carbone associée aux argiles et aux limons fins serait plafonnée, ce qui suggère une limitation de la quantité de carbone séquestrée imposée par la texture du sol. On parle de limite de saturation », a détaillé Claire Chenu. Au regard de ces éléments, il apparaît donc pertinent d’identifier où porter les efforts pour stocker du carbone, c’est-à-dire les sols où règne un déficit de saturation. Et puis, dans les sols, le carbone organique se trouve en interaction biotique avec la vie du sol, qui en assimile une partie pour en faire de la biomasse, et en expire une autre partie sous forme de CO2. On sait par exemple que le rendement d’assimilation, soit la part de carbone allant à la biomasse sur la totalité du carbone utilisé par les micro-organismes, est supérieur chez les champignons que chez les bactéries. Et on peut donc supposer qu’il est possible de contrôler l’assimilation du carbone organique en faisant varier la composition de la communauté microbienne des sols. Le priming effect, c’est-à-dire le fait que l’apport de matière organique fraîche provoque une surminéralisation de la matière organique déjà stockée dans le sol, va dans le même sens : « L’apport de matières organiques stimule les bactéries, puis les champignons, qui libèrent des enzymes leur permettant de décomposer des composés organiques pauvres en énergie et riches en azote. Les plantes peuvent initier cette boucle en exsudant certaines molécules, ce qui aboutit à la libération d’éléments minéraux, nourrissant la plante en retour. Cet effet serait dépendant à la fois de l’état de la communauté microbienne du sol, et du C/N de la biomasse apportée. La persistance de la matière organique à plus ou moins long terme relève donc bien d’une caractéristique propre à chaque écosystème. » La couverture permanente des sols augmente les entrées Pour stocker efficacement du carbone, il apparaît plus pertinent de travailler sur les racines que sur les parties aériennes. Sous cet éclairage, les prairies, les cultures intermédiaires apparaissent comme des leviers particulièrement intéressants. « Il semble également plus pertinent de stocker du carbone en profondeur, car la matière organique persiste plus longtemps dans les horizons profonds, d’où l’intérêt de l’agroforesterie ». La comparaison de différents systèmes de culture révèle que l’agriculture de conservation, qui combine non-labour et couverture permanente des sols, permettrait de stocker plus de carbone que l’agriculture conventionnelle, bas intrants ou encore biologique. Pour Claire Chenu, ce résultat s’explique surtout par l’augmentation des entrées, liée à la couverture permanente des sols. « Enrichir les sols en matière organique, c’est possible. Cela met en jeu de nombreux processus et facteurs qui doivent encore être affinés. Mais nous disposons déjà de suffisamment d’éléments pour entreprendre », a conclu Claire Chenu.

Pages

Les vidéos