Élevage bovin
Autonomie protéique : quelle stratégie adopter ?
Élevage bovin
Publié le 04/05/2017
Qu’elle soit dictée par la conjoncture ou par la volonté d’innover, la recherche d’autonomie protéique est une tentation qui resurgit régulièrement dans les élevages laitiers. Philippe Le Stanguennec fait le point sur les différentes stratégies possibles.
L’augmentation des prix des tourteaux de soja, la nécessité de donner un peu de mou à une trésorerie tendue sont quelques-unes des raisons invoquées par les éleveurs qui souhaitent aller vers des rations plus autonomes. Mais il y en a d’autres : la volonté d’innover, de diversifier les itinéraires agronomiques en implantant une interculture peuvent constituer une motivation tout aussi forte. Une chose est sûre : la recherche d’autonomie protéique offre une meilleure résistance à la conjoncture et rend moins dépendant des marchés. Reste à ne pas surestimer les économies induites par un tel choix, prévient Philippe Le Stanguennec, conseiller à Alsace Conseil Élevage. « Certains dispositifs incitent, par des aides, à l’implantation d’une interculture. On peut par exemple implanter des légumineuses comme de la luzerne. À l’enfouissement, la légumineuse apporte de l’azote pour la culture suivante et, avec ses racines pivotantes, elle a un effet sur la structure du sol », explique le conseiller. Valoriser les surfaces en herbe d’abord Dans une ration à base de maïs et de foin, telle qu’on en trouve dans les élevages de plaine, calculée pour une production de 30 kg de lait, l’incorporation 4 kg de MS de luzerne en remplacement d’une partie du maïs se chiffre par un coût de ration de 2,86 €/vache laitière. « C’est un tarif rendu silo, qui tient compte du coût d’implantation et des charges de mécanisation, précise le conseiller. Par rapport à une ration sans luzerne, on est au même coût. On gagne un peu plus si on a des surfaces en herbe, des prairies qu’on arrive à récolter au stade précoce, avec des valeurs alimentaires de l’ordre de 0,9 UFL-80 PDIE- 82 PDIN, qui sont de bonnes valeurs, sans être exceptionnelles » D’où ce premier conseil donné par le l'expert en élevage : « Avant de vouloir implanter de nouvelles cultures, il faut chercher à valoriser les surfaces en herbe existantes en les récoltant à un stade jeune. » En incorporant un quart d’herbe dans la ration en remplacement du maïs, on réduit effectivement le coût de la ration à 2,80 €/VL, ce qui n’est pas énorme, mais tout de même appréciable. Une autre stratégie consiste à implanter des prairies multi-espèces. Les éleveurs peuvent par exemple associer du dactyle avec de la luzerne ou du dactyle, de la fétuque et de la luzerne. Ils peuvent même y ajouter un peu de trèfle blanc. « Cela requiert de la technicité, admet Philippe Le Stanguennec. Le rendement est toujours lié au potentiel maïs de la parcelle. En général, on constate un différentiel de rendement de 20 à 25 % par rapport à un maïs. Donc il faut prévoir un peu plus de surfaces fourragères au détriment des cultures de vente. » Méteils d’été : leur laisser le temps de pousser La troisième stratégie consiste à implanter des cultures dérobées, en utilisant les « surfaces d’intérêt écologiques » (SIE) pour y implanter des mélanges riches en légumineuses. « Ce sont des surfaces intéressantes à valoriser pour gagner en autonomie protéique », confirme le technicien d’Alsace Conseil Élevage. Dans cette optique, les éleveurs peuvent semer un mélange de ray-grass italien et de trèfle ou implanter des méteils d’été ou d’automne. « Le méteil d’été s’implante après un orge, idéalement fin juin, et il est récolté après réimplantation d’une céréale à l’automne. » Philippe Le Stanguennec recommande de ne pas le semer après le 15 juillet pour lui laisser le temps de pousser. « Compte tenu du coût d’implantation, si c’est pour sortir 1 ou 2 t à l’hectare, ce n’est plus aussi intéressant que cela. » Quelques exemples de méteils d’été : un mélange de ray-grass italien et de trèfle d’Alexandrie, semé à raison de 21 kg/ha pour le premier et 9 kg/ha pour le second ; un mélange avoine classique-vesce (65 kg/ha - 15 kg/ha) ou avoine classique-vesce-pois. De la moutarde et des radis fourragers sont également envisageables. Du côté des méteils d’automne, les éleveurs ont la possibilité d’associer des céréales (blé, avoine, seigle, triticale) à des légumineuses ou à des protéagineux (pois, vesce, féverole). Ce type de méteil s’implante à l’automne et se conduit comme une interculture : on le récolte pour remettre un maïs derrière. « À l’origine, ces méteils sont faits pour faire du stock et être récoltés à un stade laiteux-pâteux. Si on veut de la valeur alimentaire, il faut récolter à un stade plus précoce, mais on n’aura pas le même rendement », précise Philippe Le Stanguennec. Si l’on vise l’autonomie protéique, il faut donc les récolter au stade début épiaison de la céréale. Un exemple de méteil fourrage d’automne : le mélange triticale-avoine-pois fourrager (75-75-25 kg/ha). Les méteils peuvent aussi être récoltés en grains, mais avec des rendements peu élevés qui ne « suffiront jamais à corriger une ration qui contient du maïs. » Au final, la recherche d’une meilleure autonomie protéique nécessite d’être attentif à plusieurs points : la technicité - « On n’implante pas une prairie temporaire comme un maïs », relève Philippe Le Stanguennec -, la main-d’œuvre - « Il faut récolter quatre fois au lieu d’une » - et le stade de récolte. Les prairies multiespèces, comme les méteils d’automne, doivent en effet être récoltées assez précocement si l’on veut engranger le maximum de protéines.












