Technique

Première « Soirée Expert » Kuhn consacrée à la pulvérisation

« La qualité de la précision est notre fer de lance »

Publié le 15/05/2017

C’est une première ! « Nous avons l’idée d’organiser plusieurs « Soirées Expert » par an, sur des gammes de produits spécifiques », indique Christian Fischer, directeur commercial de Kuhn France. Jeudi 20 avril au Kuhn Center for Progress à Monswiller, la soirée était consacrée à la pulvérisation. Une centaine d’agriculteurs alsaciens et lorrains étaient au rendez-vous.

C’est une mise en scène digne des plus grandes stars que le groupe Kuhn a concoctée pour cette première soirée expert. Jingle, lumières stroboscopiques… les pulvérisateurs vedettes ont fait une entrée tonitruante dans l’immense hall du Kuhn Center for Progress. Connu dans le monde entier pour ses charrues et son matériel de fenaison, le groupe Kuhn n’a cessé, au cours des dernières décennies, de se diversifier et de s’internationaliser, explique Christian Fischer. Aujourd’hui, il est présent dans une dizaine de secteurs d’activité, labour, travail du sol, semis, fertilisation, pulvérisation, entretien du paysage, broyage, récolte des fourrages, pressage, conduite d’élevage. Il propose en outre une offre très large de services (extension de garantie, offre de financement, etc.). « Nous nous sommes toujours appuyés sur l’innovation pour poursuivre notre développement. L’agriculture n’a rien à envier aux autres secteurs d’activité en matière de technologies. » Le groupe Kuhn a réalisé en 2016 un chiffre d’affaires de 853 millions d’euros, en baisse certes par rapport à 2015 compte tenu de la situation économique de notre secteur. « Le marché américain s’est effondré », indique Christian Fischer. Or c’est un marché important, avec 32 % des ventes entre l’Amérique du Nord et du Sud, 61 % des ventes étant réalisées en Europe et 7 % sur d'autres continents. Une question de précision Après ce préambule permettant de mieux cerner la carrure internationale du constructeur savernois, Luc Monville, responsable marketing et communication pour les produits pulverisation, est entré dans le vif du sujet. « De nouvelles technologies sont apparues récemment pour améliorer la qualité de la pulvérisation et simplifier le fonctionnement du pulvérisateur. » Préparation, remplissage, application, rinçage, toutes les étapes de la pulvérisation sont importantes, a-t-il indiqué. « Chacune d’elles est actrice de la précision de l’appareil. » Petit rappel de la marche à suivre. Cibler les parcelles à traiter. Une bonne connaissance du parcellaire permet de mieux connaître les surfaces à pulvériser et d’éviter les recouvrements. Bien connaître le produit à appliquer et son mode d’action pour choisir le type de buses le plus adapté. Étudier les conditions météorologiques, car elles ont un impact sur la qualité de la pulvérisation. Anticiper le rinçage : une cuve vide est plus facile à rincer. « Chaque buse a son rôle » La première question à se poser est le type de traitement envisagé. S’agit-il d’un produit de contact, d’un produit systémique ou d’un produit racinaire ? « Un produit systémique doit toucher la plante. Il faut donc que le produit soit diffusé sur tout le système vasculaire ; la force du vent, notamment, a un grand impact sur ce type de produit. Un produit racinaire doit toucher le sol et s’y diffuser. Le produit de contact, quant à lui, doit « peindre la plante ». « C’est le plus délicat, en termes de taille de gouttelettes et de conditions météo », insiste Luc Monville. Les grosses gouttelettes sont moins sensibles au vent. La dérive est donc limitée, de même que l’impact sur la plante. « Mais il y a un risque de lessivage. » Les fines gouttelettes augmentent le potentiel d’impact du produit sur la plante à protéger ; elles sont moins sensibles à la dérive et à l’évaporation du produit. Elles seront toujours les plus efficaces. « Plus les gouttelettes sont fines, plus on augmente les chances d’impact. » C’est le cas avec la buse à injection d’air, explique Luc Monville. Le fait de charger les gouttelettes d’air améliore l’effet de couverture. Cela permet de limiter le risque de dérive et de lessivage, et d’assurer une meilleure couverture grâce à l’étalement du produit. La pression est un autre facteur qui influence la taille de la gouttelette. « Plus la pression augmente, plus la taille de la gouttelette diminue… et plus le risque de dérive s’accroît. C’est pourquoi nous avons développé le système Multispray : il sélectionne automatiquement la buse la mieux adaptée, en fonction de la vitesse d’avancement et de la taille de la gouttelette. Par ailleurs, l’application KuhnBuse vous aide dans le choix de la buse : en fonction de différents critères - volume/ha à pulvériser, vitesse de travail, force du vent -, elle propose différentes couleurs de buse. » « Pour limiter le recouvrement, nous avons équipé nos rampes de tronçons ». Le nombre de tronçons a été multiplié par deux en dix ans, indique Luc Monville. Encore faut-il couper le tronçon au bon moment ! « Le système de coupure automatisée GPS Section Control diminue le risque de recouvrement et facilite le confort de travail. La tendance actuelle est à une coupure buse à buse, qui est forcément gérée par GPS. Elle diminue par trois le risque de recouvrement. » La hauteur et la stabilité de la rampe contribuent elles aussi à améliorer la précision. « Une rampe à la bonne hauteur réduit la sensibilité à la dérive. Le système d’assistance à la hauteur Boom Assist est essentiel pour les rampes à forte hauteur et les parcellaires compliqués. » Une bonne stabilité de la rampe évite les secousses et garantit la qualité de la pulvérisation. Reste un point de vigilance, l’irrégularité des parcelles - trous d’eau, verse, etc. « Nos sondes ont sensiblement évolué et mesurent en permanence la hauteur par rapport au sol et à la cible à pulvériser. » Les nouvelles technologies qui sont nées ces dernières années (GPS, capteurs, drones) ont permis d’améliorer la qualité de la pulvérisation ou de la distribution d’engrais. Elles ont aussi contribué au développement d’aides à la conduite (système de guidage, suivi de la pulvérisation, suivi de la rampe, coupure automatisée, rinçage automatisé) et d’aides agronomiques (modulation de doses). D’autres innovations sont en cours de développement, indique Luc Monville. « La technologie s’invite partout dans le cycle de pulvérisation pour augmenter la précision de l’application et garder un pulvérisateur simple d’utilisation. » Vidéos à l’appui, Geoffroy Houette, responsable commercial pour les produits pulvérisation, a présenté l’usine de Chéméré, où sont construits une grande partie des pulvérisateurs destinés au marché français, comme le pulvérisateur porté Deltis 2 équipé d’une rampe de 15 à 24 m, ou le dernier en date, l’Oceanis 2, d’une capacité de 7 700 l équipé d’une rampe de 48 m, « le fleuron de la gamme en matière de technologie. » Le soir du grand show Puis Luc Monville a repris les manettes pour présenter, en live, deux nouveaux produits, le Deltis 2 et le Lexis 3000. « Le Deltis 2 a été doté d’un châssis en L, qui reporte un maximum de poids à l’avant de la cuve. » Avec le système OptiLift, la suspension est souple et efficace au champ, mais également sur la route. Les ingénieurs se sont préoccupés de la sécurité de l’opérateur lors de la manipulation des produits phytosanitaires. « Souvent, les incorporateurs sont peu pratiques, trop petits ou trop encombrants, souligne Luc Monville. Le nouvel incorporateur Optifiller est souple et son grand volume permet d’incorporer confortablement les produits. Au transport, il se replie et devient très compact. » Le panneau de mise en œuvre est équipé de deux vannes principales, l’une pour l’aspiration (cuve principale, cuve de rinçage), l’autre pour le refoulement, lorsqu’il faut envoyer de l’eau claire dans les différentes parties. « Cela permet d’éliminer jusqu’à 50 % des manipulations, et donc des risques d’erreur. » Le pulvérisateur est doté d’une rampe diagonale de 21 m. Stockée sur la machine de manière compacte, elle est composée de trois bras. Ce nouveau concept évite le fouettement, réduit l’entretien et permet un dépliage plus rapide. Le pulvérisateur Lexis 3000 était la deuxième machine présentée. Compact et court pour limiter les dégâts dans les cultures, il est lui aussi doté de deux vannes principales. Différentes options sont possibles : le système Diluset + pour automatiser le remplissage et piloter le rinçage depuis la cabine du tracteur, les terminaux électroniques Visioreb ou Isobus, ou encore la circulation continue électrique. « Sa première fonction est de permettre la coupure buse à buse pour diminuer le recouvrement, ave un pilotage par GPS. Sa deuxième fonction est de faire circuler le produit dans la rampe sans pulvériser, ce qui supprime l’amorçage et facilite le rinçage. Équipée d’une rampe de 18 à 28 m, c’est une machine compacte et simple qui peut accueillir beaucoup de technologies. » À l’issue de cette présentation, les agriculteurs se sont déployés autour des différents pulvérisateurs exposés dans le hall où un spécialiste leur a fourni toutes les explications nécessaires. Ils ont également pu manipuler les différents boîtiers sur le pool électronique.

Dégâts de sanglier

Incompréhension et exaspération

Publié le 07/05/2017

Météo capricieuse, riverains intolérants, urbanisation galopante… Éric Schwoob, agriculteur et entrepreneur de travaux agricoles à Geispolsheim, estime qu’il a déjà bien assez de contraintes à gérer au quotidien. Alors les dégâts de sangliers, qui pourraient être évités si la population était correctement régulée, c’est trop.

« Nous sommes tous concernés dans le secteur », prévient Éric Schwoob, qui se fait le porte-parole des agriculteurs de Geispolsheim, Blaesheim, Hindisheim, Schaeffersheim, Krautergersheim… Mais lui, ces dégâts occasionnés par les sangliers, il a le nez dessus tous les jours. D’une part parce que, poursuivant l’objectif de produire une viande de qualité, il a fait le choix de laisser une grande place à l’herbe dans ses rations et donc dans son assolement. D’autre part parce que, dans le cadre de son ETA, il est amené à effectuer de nombreux chantiers de fauche, d’ensilage, de fenaison… Le gîte et le couvert Les dégâts de sangliers, ce n’est pas une nouveauté dans le secteur : « On en a chaque année, mais entre les chasseurs et les autres acteurs de la gestion de la faune sauvage, tout le monde se renvoie la balle. C’est usant », regrette Éric Schwoob. Résultat, celui-ci ne peut que constater : « Cette année, c’est la catastrophe. » Il y a déjà eu des dégâts à l’automne, qui ont pénalisé la récolte des dernières coupes. Et en sortie d’hiver. Si bien qu'il a fait venir un estimateur qui a évalué l’ampleur des dégâts. Verdict : des dégâts ont été constatés sur 41 ha et 448 ares ont été remis en état. L'an dernier, des dégâts avaiet été constatés sur 56 ha et 288 ares avaient été remis en état, soit une progression de 55 % des dégâts. Et certaines prairies sont retournées à 30, voire 40 %. « Ou il y a une réelle surpopulation, ou la question est trop prise à la légère. Mais il y a un problème, c’est sûr. Et il faut faire quelque chose », constate Éric Schwoob, qui suggère de castrer les mâles, de stériliser les laies, d’effectuer davantage de tirs, ou d’organiser une battue administrative. « De mémoire, il n’y en a jamais eu dans le secteur », réfléchit-il. Il serait peut-être temps, car les sangliers prennent de plus en plus leurs aises : « Le secteur est assez boisé et herbager. Mais les sangliers ne se cantonnent plus aux abords des forêts, et semblent se déplacer facilement de village en village, malgré deux autoroutes ». Pour autant, ce n’est pas un bain de sang qu’il demande, mais « une saine régulation de la population ». Une perte sèche Car ces dégâts représentent une perte sèche pour les agriculteurs. Il y a en premier lieu une réduction du volume de fourrage récolté. En, outre, la récolte est compliquée : « Parfois on se trouve dans l’impossibilité de récolter car la terre est si retournée que les faucheuses ne passent pas, même si on a du bon matériel. Au mieux, on abîme le matériel de fenaison pour récolter une herbe souillée de terre qui risque d’engendrer des problèmes de qualité, notamment une hausse de la teneur en butyriques dans le lait. » Puis, il incombe aux agriculteurs de remettre leurs prairies en état. Plus facile à dire qu’à faire ! Cette année, Éric Schwoob a ressemé ses prairies dévastées… un coup d’épée dans l’eau : « Nous n’avons bénéficié d’aucune précipitation significative depuis un mois, donc rien n’a levé. À la place de l’herbe, ce sont les adventices qui vont se développer lorsque les conditions seront à nouveau réunies. » Des frais de semences, de passages, qui sont perdus. Toutes ces répercussions des dégâts de sangliers font dire à Éric Schwoob que « les indemnités que nous percevons ne sont pas à la hauteur du préjudice subi. »

Publié le 06/05/2017

Cela fait plus de 30 ans que la société Nungesser, spécialisée dans la production de semences, multiplie des graines de plantes sauvages. Mais la montée en puissance des préoccupations écologiques contribue à donner un coup d’accélérateur à cette activité.

Un champ de coquelicots. Qui jouxte un champ de sainfoin. À côté d’un champ de bleuets. Pas loin d’un champ de marguerites… Voilà de quoi laisser les agriculteurs perplexes, eux qui s’attachent le plus souvent à maîtriser le développement des adventices (ce que sont la plupart des plantes sauvages) dans leurs parcelles. Et pourtant, la culture de plantes sauvages existe. Et si ce n’est pas un mythe, c’est bel et bien une niche ! Fabien Binnert, agriculteur à Limersheim, fait partie des cinq agriculteurs multiplicateurs de plantes sauvages qui travaillent sous contrat avec la société Nungesser Semences. Par ailleurs producteur de céréales, de maïs, de colza et de soja sur 90 ha de SAU, Fabien Binnert a commencé à produire des semences locales il y a 5 ans. Depuis, la surface qu’il y consacre a progressivement augmenté pour atteindre 6 ha. « Ce n’est pas évident, rien que pour le semis… », constate-t-il. Néanmoins, ses surfaces en plantes sauvages pourraient encore augmenter dans les années à venir, tout comme l’effectif des agriculteurs multiplicateurs, portés par l’engouement pour les espèces locales. Un engouement que Bernard Heitz, président de Nungesser Semences, explique en revenant dans le passé : « Il y a quelques années, dans les espaces verts, on plantait du gazon, qu’on entretenait avec de l’irrigation et des traitements chimiques. Mais l’interdiction programmée des produits phytosanitaires dans les espaces verts publics incite les collectivités, les communes, les administrations à chercher des alternatives. Il y a d’abord eu des mélanges commerciaux de plantes ornementales qui ne se sont pas révélés adaptés à cet usage car ils ne sont pas pérennes, et peu productifs en nectar et en pollen… D’où l’intérêt pour des mélanges d’espèces locales. » De tels mélanges permettent en effet d’éviter d’introduire des espèces exotiques, qui risquent de devenir invasives. Ensuite, la flore sauvage, contrairement à la flore horticole, est riche en pollen, en nectar, et présente donc un réel intérêt pour l’entomofaune. C’est pourquoi, même si ce type de mélanges reste marginal, « on assiste à un retour vers ce type de produits. Dans l’Eurométropole, il ne se sème déjà quasiment plus de gazon », constate Bernard Heitz. C’est pour légitimer ces productions, promouvoir la filière de production de plantes endémiques, et garantir leur origine locale que le label Végétal local a été créé. Pour y prétendre, non seulement la semence de base doit avoir été récoltée localement, mais elle doit aussi avoir été multipliée localement. Soit dans l’une des 11 régions d’origine, établies sur la base d’une synthèse d’éléments hydrographiques, climatiques, pédologiques… et un travail d’experts. Et puis toutes les espèces du mélange doivent être produites localement. Une contrainte difficile à honorer, mais qui n’empêche pas de grandes entreprises (EDF, GDF, LVMH, Hermès) de faire appel à Nungesser Semences pour élaborer des mélanges destinés à restaurer des sites après travaux. « Pour eux, ce sont des vitrines, même s’ils ne peuvent pas prétendre au label, ils communiquent sur le fait qu’ils utilisent des plantes sauvages », constate Bernard Heitz. On n’est certes pas très loin du greenwashing, mais pour Bernard Heitz, ce sont des signaux encourageants : « Nous en sommes au début du processus. Mais nous avons la volonté de ramener davantage de flore sauvage et locale sur le marché, donc de développer cette activité sur tout le territoire national ». Si Bernard Heitz estime que « la machine ne reviendra plus en arrière », il constate aussi que « les mentalités évoluent à un rythme de sénateur ». Aussi n’envisage-t-il pas de développer de produits de ce type à destination du grand public, « trop habitué à l’horticole », et qui « manque de patience ».  

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