Publié le 25/08/2016
L’expérimentation démarrée en 2015 sur le site de l’établissement d’enseignement agricole de Wintzenheim se poursuit cette année et s’étend avec une seconde parcelle d’essai. Une dizaine de professionnels ont pu constater les évolutions de deux pratiques innovantes au fil des mois et des rotations.
Sur des parcelles du lycée du Pflixbourg à Wintzenheim, une expérimentation vise à améliorer la fertilité du sol, tout en développant des pratiques respectueuses de la qualité de l’eau. En effet, cette expérimentation, dirigée par Guillaume Delaunay, est soutenue notamment par l’Agence de l’eau : « Nous sommes dans une logique d’expérimentation permanente », explique-t-il. Débutée l’an dernier sur une parcelle sablo-limoneuse, elle vise à comparer les résultats obtenus grâce à des techniques agronomiques nouvelles. La parcelle de référence étant à l’image de ce qui est communément pratiqué en maraîchage biologique : travail du sol répété, avec notamment un enfouisseur de pierre (40 % de la terre étant constituée de cailloux), fertilisation à l’aide de compost et d’engrais organiques, désherbage à l’aide d’outils mécaniques et manuels.
Radis, épinards, salades et choux
Le premier système innovant s’intitule « engrais verts max ». Il consiste en une culture en planches permanentes, un travail du sol avec des outils non animés et du compost d’origine locale. Le deuxième système innovant, «conservation du sol», s'affranchit du travail du sol ou du moins il reste superficiel. Les planches permanentes y sont amendées avec du compost local et des engrais organiques si nécessaire. La couverture permanente du sol se fait grâce à des couverts végétaux ou des bâches tissées dans certains cas. Dans les trois systèmes, la rotation des plantes cultivées est la même : pomme de terre la première année, radis et épinards sur une partie des parcelles et salades et choux à inflorescence sur l’autre partie, lors de la deuxième année. Pour la troisième année, la plantation de courges est prévue.
Une deuxième parcelle a été intégrée à l’expérimentation cette année, avec ces trois mêmes systèmes. Ce sont donc des pommes de terre qui ont été plantées. Le fait de recommencer la même expérimentation un an plus tard, présente un intérêt particulier, selon Guillaume Delaunay : « L’idée est d’estomper les particularités liées à la météo et aux attaques de ravageurs, propres à chaque année, et ainsi permettre une analyse globale des systèmes testés. Ainsi, en fonction des événements climatiques et de l’évolution de nos connaissances, acquises au fur et à mesure, nous pouvons faire évoluer les itinéraires techniques ». Guillaume Delaunay est soutenu dans ces tâches par Lucas Fiedler, étudiant en agronomie à l’université d’Avignon. Dans le cadre d’un stage, il s’intéresse au système « conservation du sol ». Dans ce dernier, l’an dernier, après la récolte des pommes de terre, le paillage a été mis en place, puis le couvert végétal, à base de sorgho, millet, légumineuses…, a été implanté mi-septembre. Comme toute autre culture, l’expérimentation subit des aléas : « Les plantes ne se sont pas développées comme nous l’aurions souhaité. Après un passage de strip-till, nous avons installé une bâche tissée durant février et mars ». Cette opération a nécessité la mobilisation de quatre personnes durant une heure. « Après débâchage, les salades ont été plantées début avril. Mais la pression de l’enherbement a tout de même été supérieure aux autres systèmes, ce qui a concurrencé la pousse des salades ». Suite à la récolte, un autre couvert végétal, à base de tournesol, millet, trèfle d’Alexandrie, précède la plantation des choux.
Un prototype de strip-till en trois rangs
Lors de la visite, ce couvert a été roulé au Roloflex pour plier les tiges du couvert sans les couper. Puis, le passage du prototype de strip-till en trois rangs a tracé la future ligne de plantation. Le couvert sera ensuite occulté pendant une semaine par une bâche avant d’implanter les choux. Dans la seconde parcelle comportant le système « conservation du sol », où poussent des pommes de terre, un couvert de 10 cm de bois raméal fragmenté (BRF), concédé gracieusement par un industriel, est testé. Et dans le système « engrais vert max », un mélange d’un semencier allemand a été semé à la volée. Cette année, deux traitements au spinosad, une spécialité tolérée en agriculture biologique, ont été nécessaires pour maîtriser les doryphores. « Le bilan se fait culture par culture, il est impossible de le faire de manière globale, constate Guillaume Delaunay. Nous aurons plus de résultats chiffrés en octobre lors de la prochaine visite. Globalement, tous les systèmes sont assez satisfaisants, même s’il est difficile d’estimer leurs rentabilités économiques et s’il y a une amélioration de la qualité du sol après ces deux premières années d’expérimentation ».