Viticulture

Publié le 15/01/2018

À Molsheim, Julien Boehler taille les ceps du domaine familial dans le double objectif de les faire produire selon leur vigueur et de les faire arriver à maturité en même temps.

Le domaine Boehler a quinze vins sur sa carte, crémant et vendanges tardives compris. Chacune de ses parcelles doit en fournir un, même si par la suite il arrive que des terroirs soient assemblés pour obtenir ce résultat. Pour y parvenir, le domaine suit deux stratégies de taille. René pratique la première sur deux baguettes et, selon le cas, un ou deux coursons. Cette approche traditionnelle est réservée aux vignes assez ou très vigoureuses, avec lesquelles l’objectif de rendement se situe entre 70 et 75 hl/ha. Il s’agit par exemple des parcelles destinées à fournir des raisins à crémant. Julien, son fils, de retour sur l’exploitation depuis 2016, essaye de convertir autant que faire se peut les parcelles qu’il taille en Poussard. Il a appris la méthode au cours d’un stage dans le Bordelais. Il l’applique aux parcelles destinées à produire 40 ou 50 hl/ha, 60 hl au grand maximum. Sur le terrain, Julien commence à observer le pied. Un coup d’œil peut lui suffire. Il peut aussi prendre vingt ou trente secondes avant de se décider. Son choix se porte d’abord sur des bois de 7 à 10 mm de diamètre. Il compose ensuite avec l’orientation des bourgeons. « Le premier doit être dirigé vers le bas et en direction du rang. C’est loin d’être évident. Il sort souvent du rang. Le deuxième œil est fréquemment aux environs du deuxième fil. Si une remise à niveau est nécessaire, je pratique une taille sévère qui influence négativement le rendement. Mon but est d’arriver à former le cep en Y. Le flux de sève n’est pas interrompu. Il circule dès lors dans la partie inférieure et latérale du pied » explique-t-il. Dans l’idéal, Julien laisse une baguette longue, qui atteint le dernier fil. Une fois liée, elle va favoriser la répartition du feuillage, évitant ainsi les paquets de végétation. Il laisse entre cinq et quinze bourgeons par souche en éborgnant un œil sur deux en moyenne. Concrètement, il ne va pas demander plus à un pied dont il estime seulement le potentiel à 20 hl/ha : le courson reste à deux yeux, la baguette à quatre avec l’espoir que chaque œil débourre. Il va tailler sur huit à douze yeux le cep qui se situe dans son objectif autour des 40 hl/ha. Mais il va « brider » par une taille à douze/quatorze yeux soit 50-55 hl/ha, le cep capable de contribuer à un rendement de 70 hl/ha. Dans ce cas, le double ébourgeonnage est systématique. « En procédant ainsi, un résultat peut s’observer en deux ans. Mais il se perçoit mieux au bout de cinq à six ans » juge Julien. De 2 à 5 % de vieilles vignes recépées Les vignes de dix ans se prêtent le mieux à la conversion. Celles de quarante ans sont plus réfractaires. « Les pieds sont montés, le bourgeon bien placé est rare. J’y passe le double de temps comparé à une autre parcelle. Je me contente de 400 pieds en sept heures au lieu de 800 » concède Julien. Pour contourner le problème, il a recours au recépage. « C’est un bon moyen de conserver mes vieilles vignes. J’y ai de plus en plus recours. Je pratique le recépage pour 2 à 5 % des pieds dans les parcelles concernées en gardant un pampre bien placé de l’année, sous le flux de sève ». Le jeune viticulteur estime ainsi que 70 à 80 % de sa surface peuvent être menés en taille Poussard. « Le temps passé est le facteur limitant » juge-t-il. « Mais c’est une piste pour endiguer la recrudescence des dégâts d’esca, répartir la végétation ». À la fin des vendanges, Julien calcule le rendement exact obtenu à la parcelle pour « avoir une idée de ce que chacune peut donner ». Il en tient compte pour adapter la taille de chaque pied. « Laisser une trop grande charge ne ramène pas plus de raisins à la récolte. C’est pourquoi je recherche de la précision pour m’approcher au plus près de ce qu’un cep peut donner. L’enjeu pour moi est d’arriver à une homogénéité de la maturité en partant d’une hétérogénéité de charge ». En pratiquant ainsi, Julien a constaté que les stades de la floraison et de la nouaison étaient plus réguliers car chaque pied peut correctement alimenter les bourgeons que le sécateur lui a laissés. En 2017, ses raisins à crémant et son pinot gris étaient mûrs simultanément. Julien veut y voir le signe que sa stratégie actuelle le met sur la bonne voie.        

Pour les 70 ans de la confrérie Saint-Étienne

À la découverte de l’une des plus petites régions viticoles d’Allemagne

Publié le 11/01/2018

Pour son 70e anniversaire, la confrérie Saint-Étienne propose une série de conférences. La troisième d’entre elles avait pour thème « L’Alsace en quête de notoriété mondiale, l’expérience du Rheingau ».

L’intitulé de la rencontre pouvait paraître trompeur. En fait, ce n’est pas d’Alsace dont il était question, mais du Rheingau, région historique de la production viticole en Allemagne. « Une conférence originale qui présente le Rheingau non pas comme modèle, mais comme expérience, car il est toujours bon de s’inspirer de ce que font les autres », a indiqué Pascal Schultz, grand maître 2017. Pour présenter cette expérience, Theresa Breuer viticultrice à la tête d’un domaine de 34 ha produisant à 80 % du riesling et le reste en pinot noir (Spätburgunder). Elle a repris le domaine familial pionnier dans la classification des crus (premier cru : erste Lage et grand cru : grosse Lage). « C’est une conférence positive et totalement dépassionnée pour progresser dans la réflexion et la paix », a poursuivi Pascal Schultz. Le Rheingau, une marque connue dans le monde entier Le Rheingau se trouve à environ 300 km au nord de l’Alsace. L’Allemagne compte 13 régions viticoles représentant 100 000 ha. Le Rheingau dispose de 3 200 ha. Thérésa Breuer est installée à Rüdesheim am Rhein. « Le Rheingau est une zone particulière, où le Rhin effectue deux virages, avec un terrain granitique d’abord, et plus on va vers le nord, plus il y a de schistes. L’autre particularité de ce terroir est qu’il dispose de collines culminant à 600 m d’altitude. Grâce au Rhin, ses vins sont connus de longue date un peu partout dans le monde. Historiquement dans le Rheingau, le Rhin est source de finances et vecteur d’exportation. 80 % du vin y est vendu en bouteille par le producteur. Il y a très peu de coopératives, mais les domaines viticoles deviennent de plus en plus grands. Le Rheingau est devenu une marque, car ses vins ont un caractère propre ». Theresa Breuer est issue de la quatrième génération d’une famille étroitement liée au vin, la première génération était négociante et vendait du vin de toute l’Europe. Le vin produit alors dans le Rheingau était sucré et léger, comme le Liebfrauenmilch. « Il y avait un risque de perdre notre identité. Mon grand-père n’avait pas donné de définition précise à nos vins, tout en gardant un attachement aux vins sucrés. Mon père a choisi une orientation toute différente. De voyages en France, il rapporte les appellations et essaie de les faire connaître à des confères en tant que président régional du Verband Deutscher Prädikatsweingüter (VDP), l’union des viticulteurs allemands. Mais il décède en 2004, sans avoir vu le résultat de son œuvre. En Allemagne, la classification a été entamée dans les années 1980, mais il n’y a toujours pas de réglementation juridique à ce sujet. La génération de mon père a amorcé une révolution en termes de qualité, le vignoble a gagné en attractivité. » Un riesling élégant et sec Le vignoble du domaine Georg Breuer est composé de 135 parcelles, essentiellement orientées vers le sud. « La vendange 2016 n’est pas encore en vente chez nous, alors que les clients viennent nous réclamer du 2017. En revanche, nous sommes parmi les premiers à être dans les vignes pour la récolte. Notre objectif est de produire un riesling clair, donc les raisins ne sont pas trop mûrs. Pour avoir un riesling élégant et sec, avec un degré d’alcool plus faible (11,5 °), il ne faut pas de pourriture. » Ses vignes produisent 52 hl/ha, bien en dessous de la moyenne de la région (90 hl/ha). Les rieslings restent huit à neuf mois en cave (cuve bois ou inox) avant la vente. Le domaine commercialise neuf rieslings différents, vendus de 9,20 à 19,20 € et un grand cru à 36 €. La seconde invitée, Eva Fricke n’a pu être présente pour cause de maladie, mais sa consœur s’est chargée de présenter son domaine. Née dans l’Allemagne du Nord, Eva Fricke découvre l’industrie des boissons alcoolisées durant un stage dans la brasserie Beck’s. En 2006, elle s’installe à Lorch, un terroir composé de schistes, un peu délaissé par les viticulteurs. Elle agrandit son exploitation à partir de 2010 pour atteindre 12 ha aujourd’hui. Ses rieslings sont différents de ceux de Theresa Breueur, car ils sont le résultat de la recherche d’un équilibre entre le côté sec et sucré du cépage. Les questions des participants à la conférence avaient trait aux techniques de production employées par Theresa Breuer, mais aussi à la communication de la région du Rheingau et à la classification des vins en Allemagne. « Pour le marketing, nous versons une cotisation au Deutsche Weine Institut qui redistribue les fonds collectés entre les différentes régions viticoles. Il est difficile de trouver un profil clair et une communication globale. Le Rheingau est déjà une marque, mais il reste beaucoup à faire. La nouvelle génération veut à la fois être sur le tracteur et s’occuper des autres aspects du domaine. Plusieurs petits groupes se développent et les clients apprécient cette dynamique. Dans le monde entier, il y a une tendance vers l’attachement aux racines, la recherche d’une identité propre, de là où on vient. C’est très attrayant lorsque l’on fait du vin », conclut-elle.

Viteff - conférences des œnologues

Sulfites et santé : état des connaissances

Publié le 10/01/2018

Même si le vin n’est de loin pas la principale source de sulfites dans l’alimentation, la question de l’intolérance ou de l’allergie aux sulfites, difficiles à diagnostiquer, reste néanmoins une réalité médicale.

Au Viteff, dans le cadre d’une session consacrée au soufre, les œnologues de Champagne ont fait venir le médecin François-Marie Tanazacq qui a proposé une actualisation des connaissances sur la toxicologie des sulfites. « Ils posent de réelles problématiques d’intolérance ou d’allergie, pour certains sujets, certains aliments et sous certaines conditions. Et le vin n’est pas en première ligne », introduit le médecin. Il s’agit, selon lui, de bien comprendre et prendre connaissance du message médical « avant que l’on ne vous impose un jour de préciser l’exacte dose de SO2 sur l’étiquette ». Parce qu’il est très soluble dans l’eau, le dioxyde de soufre inhalé s’attaque en particulier aux muqueuses humides de l’appareil respiratoire, de la conjonctive (au niveau de l’œil) et de la peau humide. Si le nez résorbe la majeure partie du SO2, il peut causer des altérations histologiques, jusqu’à provoquer la dégénérescence de l’épithélium olfactif et entraîner des troubles de l’anosmie. Dans les voies respiratoires, la littérature rapporte que le métabissulfite de sodium provoque des bronco-constrictions et des crises d’asthme chez les asthmatiques. La détoxication du SO2 s’effectue par la voie de la sulfite - oxydase, une enzyme qui dégrade le SO2 en sulfate, avec comme co-facteur enzymatique le molybdène. Alors les sulfates sont éliminés par les urines. De même, après ingestion de SO2, par exemple dans alimentation, c’est toujours la voie de la sulfite - oxydase qui est impliquée pour détoxifier le SO2. Il est ainsi indiqué que l’organisme est capable de métaboliser jusqu’à 2 g de SO2 par jour. En cas d’intoxication, le SO2 détruit la thiamine, c’est-à-dire la vitamine B1. Dont la carence aiguë est connue pour induire des troubles neurologiques graves décrit sous le nom de béribéri. Les symptômes suite à une intoxication aiguë au SO2 par inhalation dépendent de l’état antérieur du sujet. Un cas de fuite massive en atmosphère confinée de bouteille sous pression de SO2, avec une teneur 4 000 fois supérieure à celle de l’air ambiant, a provoqué des brûlures avec risque de cécité, brûlures du nez, de la gorge et de la peau, une dyspnée (difficulté respiratoire) intense, des douleurs de la poitrine, nausées, vomissements, fuites urinaires, « la mort survient par arrêt respiratoire ». En cas d’intoxication, la conduite à tenir se résume en trois lettres : PAS - pour se protéger, alerter et secourir. Il s’agit de pratiquer la ventilation artificielle. Sur une brûlure, appliquer la règle des trois fois 15 : arroser la zone des lésions avec de l’eau à 15 °C, pendant 15 minutes et à 15 cm de la lésion, si possible en Position latérale de sécurité (PLS). Information à destination des vignerons : « En médecine, on considère que le soufre pur est très peu toxique. Je me demande donc ce qui est irritant lors des poudrages ? Si ce n’est pas le soufre pur, ce sont les adjuvants et autres coexcipients », en déduit François-Marie Tanazacq. Un conservateur très répandu Revenons au SO2 : en cancérogenèse, il est classé dans le groupe 3, « c’est-à-dire celui dont on ne sait rien ! » Sur le plan toxicologique, la norme d’ingestion maximale est fixée à 10 mg/kg, une dose qui est très souvent dépassée si l’on additionne le SO2 de toute une ration alimentaire quotidienne. Car le SO2 est universellement répandu, le vin n’étant pas la plus importante source de ce conservateur que l’on trouve à des doses records, par exemple dans les crevettes et autres crustacées, trempées directement dans des solutions de bisulfites, puis conservées dans de la glace sulfitée sur l’étal des poissonniers. La DJA (dose journalière admissible) du SO2 est fixée par l’OMS à 0,7 mg/kg/jour. Mais le grand problème du SO2, c’est l’allergie aux sulfites ; certains parlent d’intolérance car parfois, les tests cutanés et respiratoires ne révèlent pas d’anormalité. « On identifie pourtant la responsabilité des sulfites dans de véritables chocs allergiques et anaphylactiques » qui entraînent des démangeaisons, de l’urticaire, voire un œdème de quincke, des spasmes, jusqu’à un effondrement de la tension artérielle et un arrêt cardiorespiratoire. Allergie ou intolérance, les malades sensibles au SO2 s’expriment de façon très aléatoire et variable : « Il faut un type de produit sulfité, une personne sensible et les circonstances. » D’où une réelle difficulté pour les médecins à attribuer les signes cliniques aux seuls sulfites. Ce qui donne lieu à des controverses sans fin… « Même l’adrénaline du stylo à utiliser en cas de choc anaphylactique, contient du métabisulfite ! » « Ni les patients, ni les médecins ne sont à la noce » dans cette question des sulfites. « Les intolérants aux sulfites sont de vrais malades et cette pathologie peut leur gâcher la vie. »

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