Viticulture

Publié le 02/02/2018

Question de Matthieu Luthier à Gilles Neusch, directeur du Civa : « En caricaturant un peu, les consommateurs attendent moins de phytosanitaires, veulent plus de bio. Comment percevez-vous ces attentes sociétales pour les vins d’Alsace ? »

Réponse de Gilles Neusch : « La demande n’a plus rien à voir avec celle d’il y a quelques années. On le ressent sur les marchés. Les vins d’Alsace ne se vendent plus de la même façon. Les clients changent de réseau et de mode d’approvisionnement, de consommation, soit parce qu’ils le souhaitent, soit parce que ça leur est imposé », ajoute-t-il en faisant allusion aux postures politiques sur la dénormalisation de la consommation de vin. « C’est problématique et ça a un impact considérable sur la façon de consommer les vins en général et les vins d’Alsace en particulier ! » Mais au-delà, la globalisation des échanges modifie les habitudes d’achat : « Autrefois, les vins se vendaient sur la route des vins, les gens venaient en voiture pour se constituer une cave. Désormais, c’est tout aussi facile - et peut être aussi rapide, d’acheter du vin sur internet à l’autre bout du monde. » Gilles Neusch souligne le besoin impérieux pour la filière « d’innover dans ses modes de commercialisation. Mais nous ne trouverons pas les réponses seuls entre acteurs majeurs de la filière. La solution réside dans une réflexion plus globale qui peut être menée avec l’ensemble des maillons de la chaîne. Chacun, de la production à la consommation, en passant par la distribution, peut s’y retrouver. On va mettre des moyens interprofessionnels pour ouvrir ce champ de réflexion et d’innovation pour décloisonner la réflexion. » Rendez-vous au Hackathon, du 16 au 18 février Ça tombe bien, cette réflexion est en préparation dans le vignoble avec l’association InVinoTech et l’événement Hackathon*, du 16 au 18 février prochains au château Kiener à Colmar. Toutes les parties prenantes de la filière sont invitées à y participer. « Nous avons une démarche de construction de l’avenir en essayant d’imaginer ensemble des solutions à des problématiques communes. L’idée est de sortir de notre seul cadre viticolo-viticole alsacien et d’oser entendre des choses qui ne font pas forcément plaisir, avoir l’écho des producteurs, des vinificateurs, de tous les maillons de la chaîne : distribution, logistique, fournisseurs de matières sèches, et plus loin encore : l’université, les start-up en technique, marketing ou distribution, énumère Gilles Neusch. Tout ce monde autour d’une même table réfléchira à des défis posés en commun, lors d’un hackathon qui durera 54 h. On cogitera sur des défis lancés par des viticulteurs, des restaurateurs. Ce genre de défis, on ne peut pas les régler seuls entre opérateurs de la filière. Il faut tout le monde autour de la table. » Au final, prévoit le directeur du Civa, « il y aura peut-être des solutions, dans l’innovation, le numérique, le financement, les technologies, les collaborations… Mon ambition à moi, c’est d’avoir une meilleure valorisation des vins d’Alsace parce qu’ils le méritent », conclut-il.

Publié le 31/01/2018

L’attachement à ses racines est le moteur qui pousse Pierre Wolf à collectionner des outils viticoles et des équipements de cave. Nicole, son épouse, partage cette passion qui a permis de constituer un ensemble privé, unique en son genre.

« J’aime l’histoire ». À balayer d’un regard la grange qui présente sur deux niveaux toutes les trouvailles faites chez des particuliers, dans des brocantes, aux enchères et sur des marchés aux puces, on s’en doute un peu. Pierre Wolf est aussi un collectionneur. En une bonne quinzaine d’années, il a accumulé d’impressionnantes séries d’objets liés à la vigne et aux vins d’Alsace afin « de retracer l’histoire de la viticulture. De moins en moins de monde sait aujourd’hui qu’avant de devenir des domaines, les exploitations élevaient vaches, chevaux et cochons et cultivaient des champs dont seulement une part était plantée de ceps » dit-il. Pierre a démarré par une collection de tire-bouchons. Il a poursuivi avec les sécateurs, les serpettes, les boucheuses, des sulfateuses en cuivre, les premiers systèmes d’embouteillage à bac émaillé et à trois becs, les verrous à tonneau, les tonnelets et autres petits fûts. « Quand je tombe sur une belle pièce, mon cœur sourit. Je sais d’où sort chacune d’elle ! » lance Pierre. Il peut vous entretenir avec force détails de chacun de ces trésors récoltés du nord au sud de la route des vins, de Cleebourg à Thann. « Toutes mes connaissances sont le fruit des échanges que j’ai pu avoir avec tous ceux qui m’ont cédé ces pièces. C’était un régal de discuter avec eux » se souvient-il. Pierre est particulièrement fier de son plus ancien sécateur. Il date de 1820. « Il a gardé tout son tranchant » signale-t-il en invitant à passer le doigt sur la lame. Il est convaincu d’avoir mis la main sur le tire-bouchon primaire, précurseur de la débondeuse. L’air de rien, cette simple tige en fer à double vrille, s’élargissant dans sa partie haute, servait à déboucher les… tonneaux à l’époque où le vin était principalement véhiculé dans ce type de conditionnement. Pierre possède également les premières boucheuses utilisées en Alsace. « On peut suivre toute l’évolution des techniques » commente-t-il. La plus vieille est presque entièrement en bois. Seules les pièces les plus sollicitées sont en métal. Pierre s’est fait une spécialité des verrous à tonneau. Il les sélectionne en fonction de leur côté artistique. Il apprécie particulièrement l’un d’entre eux, en noyer massif, où une femme est alanguie, des raisins dans les cheveux, un petit cercle étant prévu pour y poser un verre. Il y a parfois des objets étonnants comme cette gourde de 15 litres vêtue de bois, dénichée dans un… monastère et des… lances ! « Au Moyen-Âge, les récoltes étaient tellement rares que l’on faisait garder les vignes aux vendanges par des gardes armés. Il existe encore quelques maisons de gardiens, comme au sommet de la côte de Heiligenstein » explique Pierre. Une collection qui ne se visite pas Sa collection est une manière pour Pierre de ne pas renier ses origines. S’il est un responsable de maintenance aux journées bien chargées, son arrière-grand-père et son grand-père étaient tonneliers. Ses parents étaient viticulteurs vendeurs de vrac et de raisins, puis de bouteilles sur 3,5 ha jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix. Il conserve donc comme la prunelle de ses yeux les témoins du passé viticole de sa famille : des façades de tonneau réalisées par ses aïeux, une douve de fût de 1828 sortie de la cave, la hotte en bois que portait son père. En compagnie de Nicole, « sa meilleure collaboratrice », Pierre a passé des « dizaines de week-ends » et des « milliers d’heures » à chercher, à réparer ces centaines d’objets et à leur aménager un lieu de présentation dans la maison de sa mère, à Mittelbergheim. Il a retapé lui-même les petites pièces. Il a compté sur Béatrice et Jean-Luc Schaeffer, un couple d’amis, pour restaurer des objets plus encombrants. Chaque année, la collection accapare un peu plus de mètres carrés. Pierre a déjà fait place nette dans une petite pièce où il exposera cette année encore des objets de son stock caché. En juin dernier, il a organisé une journée « portes ouvertes ». Plus de 150 personnes ont parcouru l’exposition. « L’idéal serait de l’ouvrir régulièrement » soupire Pierre. Car dans l’état actuel des choses, l’espace de présentation de Pierre et de Nicole Wolf ne se visite pas. « Ce serait trop compliqué de satisfaire aux normes imposées par la réglementation s’appliquant aux lieux accueillant du public. Cela suppose aussi d’avoir le budget pour » indique le couple. Il songe à un partenariat (encore hypothétique) avec une association afin que le patrimoine patiemment rassemblé profite à d’autres passionnés.          

Association Vignes Vivantes

L’ère du partage des savoirs et des acquis

Publié le 25/01/2018

Le 9 janvier, la dynamique association Vignes Vivantes tenait une assemblée générale de début d’année, après une visite de découverte du tout nouveau domaine de l’Envol, à Ingersheim.

Pour sa première assemblée de l’année, Vignes Vivantes a rempli la salle du Civa, preuve du dynamisme de l’association, avec ses multiples facettes agronomiques, ampélographiques, mécaniques… Vignes Vivantes termine une année 2017 extrêmement bien remplie, avec son stagiaire agronome Sylvain Perrot-Minot, lequel va reprendre le laboratoire BRDA d’Yves Hérody. Son mémoire d’études, intitulé « Dynamique des matières organiques du sol et engrais verts, cas de partage de savoirs vignerons chez Vignes Vivantes », aborde l’aspect sociétal des partages de savoirs entre les vignerons de l’association. Si cette notion des savoirs « ascensionnels » est dans l’air du temps, Vignes Vivantes a été précurseur en la matière puisque l’association a été créée en 1997 ! Sylvain Perrot-Minot, compétent en informatique, a scellé les bases d’une plateforme internet de cartographies en open source, où l’on peut conjuguer et consulter sur une même carte en ligne les informations cadastrales, géologiques, agronomiques, pédologiques. Ce qui en ferait un outil extraordinaire à l’usage des vignerons pour communiquer sur les terroirs, tracer la viticulture, comprendre les terroirs, partager les savoirs… La question est désormais posée aux vignerons de Vignes Vivantes s’ils souhaitent faire partager au plus grand nombre les milliers de données pédogéologiques accumulées pendant plus de 20 années d’analyses. C’est aussi la notion de partage qui est mise à profit avec les plateformes partagées de compostage biodynamique, sur deux sites en 2017. Une approche collective destinée à remédier à la problématique de l’insuffisance des matières organiques en monoculture de vigne. Attention, Vignes Vivantes n’a pas le statut d’agrofournisseur. Aux vignerons donc de trouver à s’organiser. Mais un logiciel d’évaluation du coût développé sur tableur par Matthieu Deiss permet d’estimer le prix de revient du compost élaboré et épandu à 50 €/t, une somme modique comparée aux amendements du marché. Toujours s’agissant des matières organiques, Vignes Vivantes a décroché en 2016 le label GIEE (Groupement d’intérêt économique environnemental) pour ses projets engrais verts. 11 exploitations sont mises en réseau pour tester différents mélanges d’engrais verts, sur différentes pédogéologies et selon différentes techniques de semis à différentes dates. « Cela n’empêche pas qu’il faut respecter les bases de l’agronomie, chauler, et fertiliser le semis », a souligné l’animatrice Isabelle Kuntzmann. Les effets sur la vigueur et les teneurs en sucres fermentescibles des sols seront mesurés, en lien avec les différents types de couverts. Des conseils seront prodigués en tenant notamment compte des cycles de l’azote et des éléments minéraux restitués, de la qualité de l’exploration racinaire des différents couverts… Enfin, Vignes Vivantes, c’est également un groupe de vignerons affiliés à l’association Atelier paysans pour concevoir et réaliser des outils de viticulture  spécifiques, tels que les étoiles de « Boudibinage » ou des semoirs de semis direct. Les vignerons ont aussi mis en place un conservatoire ampélographique à Marbach.

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