Viticulture

Publié le 20/02/2018

À Itterswiller, Rémy Kieffer oriente son domaine vers l’œnotourisme. Décoration, accueil, étiquette forment un tout qui doit déclencher la vente.

« C’était facile de reprendre. Tout était là ». Installé en 1992 avec un BEP viti-œno, Rémy Kieffer se félicite du travail abattu par Robert et Marie-Reine, ses parents. Ce sont eux qui achètent et louent des vignes pour atteindre assez rapidement 10 ha sur la commune, mais aussi à Epfig et à Bernardvillé. Encore eux, qui dès 1975 rachètent une cave pour y installer leur cuverie inox, aménagent et construisent les bâtiments de production et de stockage sur la bande de propriété qui s’étire vers le sud depuis la rue principale. Toujours eux qui passent du vrac à la bouteille à partir de 1959. Robert développe son commerce en livrant des particuliers sur Strasbourg ainsi que des relations qu’il croise dans diverses associations dont il est un membre actif. Rémy prend la suite opérationnelle du domaine au début des années 2000. Le Gaec qu’il forme avec sa mère se transforme en Earl. Rémy ne se montre pas révolutionnaire à la vigne. Il préfère le terme de « pratiques traditionnelles » pour évoquer son choix de continuer à désherber chimiquement le cavaillon, de ne pas refuser l’emploi d’une spécialité systémique pour protéger sa récolte. Avant de décider d’une intervention, il s’informe cependant en parcourant le Bulletin de santé du végétal, et « fait la part des choses » en comparant les avis des techniciens de ses deux revendeurs. Mais Rémy quitte aussi les sentiers battus en pulvérisant une préparation d’algues qui doit stimuler les défenses naturelles des plantes. Il envoie de même un de ses salariés se former à la taille Poussard. Aux vendanges, Rémy espère au moins rentrer 70 hl/ha en moyenne. Il y parvient à 2 hl près en 2017. Il fait le plein autorisé en 2016, mais se contente de 50 hl/ha en 2015. Cinq hectares sont récoltés à la machine. En cave, Rémy adopte un itinéraire classique. Il presse entre quatre et six heures, sulfite le moût à 3 g/hl plutôt qu’à 5-6 g, réalise un débourbage de dix-huit heures, ajoute des enzymes et 10 à 15 g/hl de levures pour laisser fermenter entre 19 et 21° pendant dix à quinze jours. Il oxygène ses cuves pour s’assurer d’une fin de fermentation tranquille. « Je recherche des vins digestes et délicats qui sont sur le fruit et la finesse » justifie-t-il. Depuis deux ans, il incorpore à son rosé au débourbage une levure préfermentaire. Il laisse aussi macérer une heure en statique son gewurztraminer et son muscat avant pressurage. « Où que le regard porte, c’est joli » Chaque année, Rémy cède 3 ha de raisins à un négociant. Il n’inscrit pas d’échantillons aux concours, ne démarche pas et n’exporte pas. Il se limite à un seul salon par an, démarré par son père en 1984. Rémy mise en revanche beaucoup sur l’emplacement du domaine pour écouler ses bouteilles. « Itterswiller, la route des vins et les touristes, c’est une synergie qui fonctionne bien » remarque-t-il. Ce public réclame du temps à Rémy comme à Michel Haensler, son partenaire chargé de la vente. Le viticulteur concède qu’il fait parfois « beaucoup d’épicerie ». Mais il ne regrette pas l’investissement consenti. En 2007, il commence par aménager un parking d’une dizaine de places juste de l’autre côté de la rue. Entre terrassement, béton drainant et éclairages, il dépense 30 000 €, mais « disposer d’un stationnement ici, ça vaut de l’or ». En 2014, Rémy place encore davantage l’œnotourisme au cœur de sa stratégie. Pour donner envie aux touristes qui parcourent l’artère principale du village de descendre dans sa cour, il confère une atmosphère chaleureuse au lieu. Les murs reçoivent un bardage bois. Les coins se transforment en recoins douillets. L’été, palmier et bananier procurent un surcroît d’ombre aux tables installées sous la verrière. « Où que le regard porte, c’est joli » résume Rémy qui songe encore à installer des spots pour éclairer indirectement bouteilles et cartons séjournant dans la pièce réservée à l’étiquetage quand il la fera visiter. La même année, Rémy fait appel à un graphiste pour revoir ses étiquettes. Un code couleur jaune et blanc identifie les vins « tradition », un autre jaune et noir, sa gamme terroir. Il est décliné pour les crémants. Selon l’étiquette, une ou plusieurs cigognes prenant leur envol apportent une touche symbolique à chaque vin. Le même oiseau est repris sur la coiffe de l’effervescent. « Tout est dans le détail. Il faut une logique entre l’accueil réservé au client et ce qu’il voit » glisse Rémy. Pour marquer les esprits et se différencier des deux autres domaines du village qui portent le même patronyme, le viticulteur a utilisé une typographie particulière pour mettre en avant son prénom. Cette signature saute aussi aux yeux sur le site internet modernisé en 2014. « Mes ventes de crémant en Allemagne se développent bien grâce à la boutique en ligne » constate Rémy.  

Armbruster Vignes

Produire bien et mieux

Publié le 19/02/2018

Comment gérer la fertilisation pluriannuelle des vignes ? Alain Kleiber, expert agronome, a apporté son éclairage lors de la réunion technique annuelle Vititour, proposée mercredi 7 février à Saint-Hippolyte par Armbruster Vignes.

Après le matériel végétal et la gestion foliaire, puis les maladies du bois, ce troisième thème a attiré de nombreux viticulteurs. Ingénieur agronome chez Aurea, laboratoire d’analyse et de conseil agro-environnemental, Alain Kleiber a insisté sur la différence à faire entre nutrition et fertilisation. Pour lui, la quasi-totalité des interventions sur une parcelle sont des opérations de nutrition « organique, hydrique et minérale. Elle est totalement gérée par les équilibres hormonaux avec trois centres d’attraction : les grappes, les racines et les organes végétatifs en croissance. Ils émettent des hormones. C’est la nutrition », explique Alain Kleiber. En revanche, on ne peut pas parler de nutrition azotée sans rapport C/N. « Avoir une teneur correcte en azote est inutile si les réserves glucidiques sont faibles. De même, avoir des réserves correctes en glucides est inutile si les réserves en azote sont faibles. Il faut donc un équilibre entre les deux. C’est cela la nutrition », ajoute l’expert agronome. Selon Alain Kleiber, la teneur en glucides du sarment explique 54 %, un peu plus de la moitié donc, de la variabilité de l’intensité de pousse le premier mois après débourrement. L’intensité est liée à la fois à des teneurs cohérentes en azote et glucides dans les bois, les deux critères cumulés expliquant 92 % de l’intensité de pousse (à volume de cep identique). Quatre phases de développement « Les racines d’un cep ont plusieurs fonctions. La première permet un ancrage et une stabilisation de la structure aérienne. La seconde concerne l’absorption de l’eau et des éléments minéraux. La troisième, la diffusion. La quatrième, la production d’hormones de croissance par le chevelu. La cinquième, le stockage des réserves, essentiellement glucidiques et, en moindre proportion pondérale, 75 % des réserves azotées. Il faut faire attention car les racines sont également des organes de consommation concurrentiels », précise Alain Kleiber. La vigne a quatre phases de développement. Les deux premières, appelées phases juvénile et adulescente, concernent les quatre à dix premières années. Les deux suivantes sont la phase adulte et de sénescence. « Le rythme de développement racinaire est très important. Lors de la phase adulescente, on peut commencer à produire. Mais, le système racinaire a encore une capacité à se développer. Et, plus je vais produire ou surproduire, plus cela va bloquer le développement racinaire. Si l’on produit trop par rapport au potentiel du sol, les racines arrêtent alors de se développer. Cela se peut se produire dès la quatrième année. Les conditions climatiques défavorables peuvent être la seconde raison provoquant ce blocage de développement racinaire. On passe alors directement à la phase adulte », souligne Alain Kleiber. Pour l’expert, chaque viticulteur peut faire selon sa propre façon de travailler, sa propre philosophie. Tout dépend de son objectif de production sachant que la phase adulescente peut débuter dès la troisième année de la vigne et jusqu’à la huitième ou même dixième année si tout va bien. La phase de sénescence, la dernière, est consacrée à de l’entretien. On perd alors en rentabilité. « La phase juvénile permet d’installer le plus rapidement possible le potentiel de production (bois et racines). C’est lors de la phase adulescente que l’on peut commencer à produire et à valoriser le potentiel de croissance racinaire. Lors de la phase adulte, on produit selon ses objectifs et on tente de maintenir le potentiel des ceps. Il faut faire attention à ne pas dégrader le potentiel racinaire. Enfin, lors de la phase de sénescence, on soutient les ceps tant qu’ils sont rentables. » Confort racinaire Alain Kleiber s’est ensuite intéressé au pH de l’eau du sol en insistant sur les notions de confort racinaire. Il a invité les professionnels à raisonner leur travail et donc leur sol avant toute plantation. Il a également fait des rappels sur la mise en réserve. En nutrition, il y a trois types de besoin : la production de l’année, les besoins végétatifs, la préparation de l’année suivante. « La production de l’année concerne 15 % de l’azote. C’est le rendement. Les besoins en azote de la vigne ne sont pas proportionnels au rendement. C’est spécifique aux plantes pérennes et surtout à la vigne. Les besoins végétatifs de l’année, c’est 35 % de l’azote. C’est la croissance de l’année. La préparation de l’année suivante, c’est 50 % de l’azote. La moitié de la consommation d’azote en 2018 prépare donc 2019. Pour le potassium, c’est différent. 10 % vont pour le besoin végétatif de l’année. Il y a peu de potassium à mettre, par exemple, sur les jeunes vignes. 35 % vont à la préparation de l’année suivante, 55 % à la production de l’année. Là, par contre, c’est impacté par le rendement », précise Alain Kleiber. Des propos qui ont suscité de nombreuses questions des professionnels. Il faut dire que les derniers millésimes ont été complexes et atypiques. Aymé Dumas, du service technique d’Armbruster Vignes, est ainsi revenu sur le bilan de la saison viticole 2017. « Toute la France a été impactée par le gel, qui a entraîné des pertes de rendement, de l’ordre de - 21 % en Alsace. Le déficit hydrique a été d’environ 100 à 150 mm. Ce mois de janvier 2018, c’est le contraire, avec 180 à 220 mm selon les endroits. 250 parcelles sont suivies chaque année pour l’esca. La situation était normale l’année écoulée, contrairement à 2016 où c’était l’hécatombe. » Aymé Dumas a insisté sur la nécessité de bien contrôler les pulvérisateurs en présentant Qualidrop : « Ce système permet de vérifier le bon réglage de votre pulvérisateur, de limiter la perte directe de produits phytosanitaires dans l’air ou au sol. Le but est de cibler la végétation et d’optimiser la protection de vos vignes. »

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