Technique
Connaître son sol pour le comprendre
Technique
Publié le 10/03/2018
À Scherwiller, le domaine Achillée s’est adjoint les conseils d’un consultant pour remettre d’aplomb certains de ses sols et affiner les pratiques qui entretiennent les autres.
« Analyser ses sols en surface, c’est bien. Mais les connaître en profondeur, c’est mieux pour les comprendre » affirme Yves Dietrich. Les terroirs du domaine Achillée qu’il dirige avec ses deux fils, Pierre et Jean, sur Scherwiller, Châtenois, Dambach-la-Ville et Bernardvillé se caractérisent par leur dominante de sables et de graves. Une parcelle présentant seulement 400 g de bois par pied au lieu des 800 g recherchés et trois autres gorgées d’eau en 2016 au point de les rendre inaccessibles constituent la problématique de départ. Elles poussent le trio d’exploitants à « aller plus loin » en faisant appel à Sylvain Perrot-Minot, consultant indépendant en analyse de sol. « L’observation d’un profil sur un mètre permet de déterminer d’où l’eau arrive et comment elle s’évacue. On peut dès lors raisonner le drainage » indique-t-il. « D’autre part, la répétition des périodes de grosse sécheresse oblige à maximiser la rétention en eau. Un sol est bâti sur un agrégat organique et minéral avec de l’air et de l’eau qui y circulent en le rendant propice à une activité biologique ». Yves est quant à lui convaincu que « la gestion de l’eau est un des paramètres les plus importants pour la vigne ». Éviter un excès d’eau se résume parfois à intercepter un flux grâce à une saignée de gravier en profitant de la pente pour la rediriger, à curer un fossé d’évacuation existant ou à en recréer un là où il a été comblé pour aménager une tournière. « En réglant le problème de l’eau, la pression des maladies diminue » ajoute Yves. Mais l’eau, il faut aussi la retenir. Les pratiques viticoles ont là un rôle à jouer. « Un mulch ou le passage d’un rolofaca peuvent limiter l’échauffement du sol et l’évapotranspiration. Un binage ou un griffage sont efficaces pour casser la croûte de terre qui va subir l’insolation pour former un pont thermique responsable de l’accélération de la transpiration. En fractionnant cette surface, la terre peut absorber la moindre humidité. Toute pluie devient plus efficace » explique Sylvain. « Nos sols filtrants sensibles à la sécheresse répondent bien à cette stratégie. Je l’ai adoptée. Il faut compter avec un passage en plus par saison » complète Yves. Autant de fonctionnements que de parcelles Dans la pratique, Sylvain a commencé par visiter quatre parcelles pendant deux heures de temps en compagnie de Yves. Il y a observé l’environnement, l’exposition, la pente, la circulation de l’eau. Le viticulteur a apporté son vécu. Dans un second temps, Sylvain a creusé à la bêche des fosses à deux endroits représentatifs de deux fonctionnements différents de la parcelle. Il a pratiqué un examen visuel de la structure, a noté comment le sol s’agrège, comment la terre se délite sous le couteau. « À 80 cm, le sol informe sur son héritage géologique. Entre 30 et 50 cm, l’horizon raconte les interventions de l’homme, autant les apports de matière que le compactage qu’il a pu subir » indique Sylvain. Yves confirme : « quand on passe dans le rang à un moment où ce n’est pas idéal pour le sol, il en garde la marque. Je l’ai constaté dans l’une de mes parcelles. Le tassement remontait à un passage d’il y a quinze ans. J’avais l’intention d’alterner le rang travaillé. Cette semelle de tassement m’a fait y renoncer. Je préfère n’en avoir qu’une seule plutôt que de risquer de l’installer à terme dans chaque rang ». Les analyses en laboratoire (matière organique, état du fer…) complètent les relevés visuels et renseignent Sylvain sur les conditions de l’activité biologique. Les valeurs mesurées lui servent pour conseiller l’apport de compost élaboré, dans le cas du domaine, sur une base de 80 % de fumier de vache et de 20 % de crottin de cheval, complétés par de la paille, des bois de vigne et des marcs. Au domaine, une parcelle bien pourvue qu’il suffit d’entretenir se contente d’une tonne/ha/an de compost vieux de huit mois d’âge. Une parcelle pauvre reçoit 300 kg/ha de chaux après vendanges en octobre et du compost vieux fin novembre. Les viticulteurs reviennent fin février avec 150 kg de chaux et 1 t/ha de compost jeune, plus actif, de seulement un à deux mois d’âge, épandu fin mars-début avril. « Quand il faut remonter la vigueur d’une parcelle, l’analyse montre que les éléments minéraux sont disponibles mais ne sont pas mobilisés en raison d’un manque d’activité biologique. Un tel régime a pour objectif d’y remédier. La qualité du compost et le moment de l’apport sont déterminants » souligne Sylvain qui rappelle aussi qu’il y a « autant de cas de fonctionnement du sol que de parcelles ».












