Viticulture

Publié le 24/01/2018

Le tassement des sols reste la principale problématique agronomique de la monoculture de vignes, dont les rangées imposent des bandes de roulement soumises aux passages à répétition des roues.

L’effet du tassement de ces bandes de roulement lié au trafic des tracteurs a été bien évalué s’agissant des composantes agronomiques physiques, biologiques et chimiques des sols : sous le passage des roues, les sols perdent leur porosité, la terre se compacte, limitant l’exploration racinaire. La mobilité des éléments nutritifs diminue en raison de l’absence d’oxygène dans la zone compactée et de la baisse de la biomasse microbienne qui en résulte. Par contre, l’impact global des deux zones de tassement aux environs de la bande de roulement n’a pas été évalué s’agissant de la physiologie et de la qualité sanitaire de la vigne et, in fine, de la qualité gustative des raisins et du vin. Cependant, un nombre croissant de vignerons souhaite, quand cela est possible, diminuer le trafic à la parcelle et/ou trouver des solutions alternatives aux roues à carcasses radiales. La difficulté reste de conserver malgré tout l’adhérence nécessaire. Parmi les engins qui circulent dans les vignes, le pulvérisateur est probablement le plus impactant sur le tassement des sols. Non seulement à cause du poids embarqué du pulvérisateur plein, mais aussi parce qu’il faut traiter parfois, ou souvent, sans tenir compte de l’état de surface des sols viticoles, pas forcément ressuyés, comme, par exemple, durant le printemps 2016. Au quad et avec des pneus basse pression Plusieurs vignerons en bio réfléchissent à trouver une alternative consistant à améliorer la protection de couverture, tout en diminuant le tassement des sols. Une idée qui ressort consiste à traiter au quad avec un Solo tracté et monté sur pneus basse pression. À Châtenois, le vigneron Étienne Goettelmann utilise pour sa part un petit engin autrichien Lederer, automoteur de 14 CV, quatre roues motrices, à très bas centre de gravité, 150 l, avec une turbine Solo : « Ça grimpe partout ! », commente-t-il. L’engin est équipé d’une pompe électrique auto-amorçante. Les commandes ont été rassemblées à l’avant. « Je suis arrivé à 1 kg de cuivre métal/ha/an en 2017. Je tiens compte de la température, du vent et de l’hygrométrie. En 2016, j’étais à 3,5 kg/ha/an ». L’année à mildiou, faut-il le rappeler… D’autres vignerons ont la même démarche, comme Thomas Frick à Pfaffenheim, ou encore Daniel Hirsinger à Ingersheim, deux jeunes vignerons qui ont opté pour un Solo tracté par un quad, permettant d’assurer une couverture efficace en limitant le tassement du sol grâce aux pneus basse pression.

Groupe des jeunes vignerons du Synvira

L’image et l’émancipation au cœur des préoccupations

Publié le 23/01/2018

En 2018, le groupe très émancipé des jeunes vignerons du Synvira va poursuivre son travail de fond sur la valorisation de l’image des vins d’Alsace.

Dans la droite ligne des nouvelles aspirations de la jeunesse, le groupe des jeunes vignerons du Synvira tient à son indépendance dans une organisation hiérarchique non pyramidale. Si le groupe est tout de même représenté par Denis Hébinger, jeune vigneron en installation à Éguisheim, chacun des jeunes du Synvira nourrit essentiellement des projets de valorisation de l’image des vins d’Alsace, relativement éloignés de nombreuses problématiques syndicales qui touchent à l’organisation de l’appellation. Il souhaite avoir les coudées franches dans ses décisions et reste attaché à son autonomie décisionnelle vis-à-vis de ses aînés du Synvira. Les jeunes souhaitent en 2018 reconduire leur partenariat d’afterwork avec les chefs étoilés d’Alsace qui promeuvent à cette occasion la « formule jeune ». « Ça s’est plutôt bien passé, explique Denis Hébinger. Il s’agit d’apprécier à présent le retour sur image et de voir si les vins des jeunes vignerons sont effectivement référencés sur les cartes des chefs étoilés d’Alsace à travers des accords mets et vins. C’est un travail de longue haleine. » Le problème pour ces jeunes vignerons, résume Denis Hébinger, « est d’exister en tant que collectif ». Du coup, plusieurs exhibitions gastronomiques pourraient voir le jour en 2018. Une première consisterait en un repas gastronomique à la Maison d’Alsace à Paris, là aussi avec l’aide d’un ou plusieurs chefs étoilés d’Alsace. Le deuxième projet cible l’événement Millésime Alsace, où les jeunes vignerons souhaiteraient être représentés en tant que groupe constitué : « Notre groupe est légitime, nous représentons les voies de l’avenir et notamment celles des vins de lieu ». Au cours de cette représentation, « chaque jeune présenterait un cru de l’année n et n - 10 », une verticale donc à découvrir pour comprendre les caractères immuables d’un terroir. S’ajoutent à ces actions, un programme régulier de conférences et formations chez les uns et les autres, par exemple prochainement, le réseau d’information météorologique et d’outils d’aide à la décision champenois Prométée, ou encore sur l’histoire du syndicalisme viticole alsacien. « On aura d’autant plus de poids intellectuel et physique qu’une dynamique de renouvellement des idées s’installe parmi les jeunes générations », résume Denis Hébinger. De nombreux jeunes vignerons, de toutes les familles professionnelles s’interrogent sur le sens de leur travail, en voyant par exemple ce qui se passe dans la filière lait… De ce point de vue, la question du type de verre à vin en lien avec l’image des vins d’Alsace, qui pourrait paraître anecdotique, leur semble en réalité emblématique.

« Crémants d’Alsace Magazine »

Un numéro bien rosé

Publié le 23/01/2018

En kiosque et proposé sur le comptoir de dégustation des vignerons et metteurs en marché de vins d’Alsace, le dernier numéro de « Crémants d’Alsace Magazine » se consacre notamment aux crémants d’Alsace rosés, qui ne proviennent pour l’heure que du pinot noir, sauf expérimentation… Une garantie de signature et d’authenticité et une exigence de pratique qui vont au-delà de l’ensemble des rosés effervescents du marché…

Il y a deux façons de vinifier des vins rosés. Une manière simple consistant à couper des vins blancs avec un peu de rouge. Et une manière complexe consistant à n’utiliser que des raisins rouges et à les macérer pendant un temps donné de manière à ce que les pellicules cèdent un peu de couleur au jus, mais pas trop. Toute la difficulté réside dans la juste macération pour obtenir la couleur souhaitée. Mais au final, l’un comme l’autre font du rosé. Le sujet est sensible, car certaines appellations comme les rosés de Provence veillent scrupuleusement à ce que le consommateur soit bien informé pour savoir s’il s’agit d’un rosé de coupage ou de macération. En 2009, les producteurs provençaux étaient montés à Strasbourg pour dénoncer un flou juridique introduit par la Commission européenne sur l’étiquetage des rosés. Et avaient eu gain de cause… Cela dit, la plupart des rosés effervescents ou en vins tranquilles du monde s’autorisent les deux pratiques. Mais quelques appellations, dont les crémants d’Alsace, s’imposent l’exigence des macérations et saignées, et s’interdisent les coupages de blancs avec du rouge. Qu’on se rassure en Alsace, le cahier des charges de l’appellation d’origine contrôlée « Crémant d’Alsace », homologué par décret, stipule que « les vins rosés sont issus du seul cépage pinot noir ». Avec des raisins blancs à l’essai, mais en macération Donc, pas de raisins blancs dans le crémant d’Alsace rosé, ce qui constitue là une garantie sur la qualité, et surtout l’authenticité et l’homogénéité de style bien encadré par le règlement d’appellation. Une réglementation appelée peut-être à évoluer : en effet des expérimentations sont en cours pour maintenir la phase de macération, mais introduire une macération d’une petite proportion de pinots blancs. Absolument pas de coupage de vins donc ! Ne pas y voir là une révision à la baisse de la qualité, car on préserve la macération et on s’interdit les coupages colorants, explique Olivier Sohler, directeur du Syndicat des producteurs de crémant d’Alsace, mais simplement un alignement sur les pratiques champenoises qui autorisent des raisins blancs dans leurs rosés. Cela dit, à l’intérieur de ce cadre bien prescrit, un large panel de pratiques laisse encore le champ libre aux domaines et maisons viticoles alsaciennes pour affirmer des styles et du caractère. Ce que nous avons d’ailleurs constaté dans notre dégustation de la soixantaine de crémants rosés pour la revue Crémants d’Alsace Magazine, désormais en kiosque et chez vos vignerons… Viser la juste coloration À commencer par la phase de macération préfermentaire au pressoir des raisins dont l’intégrité des baies doit être rigoureusement préservée, de la vendange, obligatoirement manuelle, à leur introduction dans le pressoir ! Cette phase de macération, durant laquelle les baies sont en contact avec le jus, conduit les pellicules du pinot noir à céder au jus de la couleur, les fameuses anthocyanes, et des tanins : plus on attend, plus la phase liquide se colore, et plus le jus d’abord rosé tend vers un rouge éclatant. Tout l’art du vinificateur est de viser la juste coloration sur jus, sachant que le jus, puis le vin, perdront ensuite de la couleur tout au long du processus de vinification. Et en bouche, cette macération au pressoir n’est pas sans effets sur la tannicité du futur crémant, c’est-à-dire ses notes astringentes. Le risque est de se retrouver avec un crémant trop charpenté. Le crémant rosé, c’est tout un art ! D’où un contrôle gustatif de tous les instants du jus s’écoulant sous le pressoir, et une parfaite connaissance préalable de la qualité de sa vendange de pinot noir, qui ne doit en aucun cas être trop mûre. De toute façon, le vin serait trop riche naturellement en alcool pour prétendre à une deuxième fermentation en bouteille et acquérir encore 1,5 degré d’alcool supplémentaire. Imaginez un crémant à 15°… Bref, le crémant rosé de pinot noir, c’est tout un art. Et c’est une niche alsacienne qui généralement ne souffre d’aucun problème de commercialisation. Mais l’on comprend aisément que l’obtention de la couleur lors de la phase de macération prolongée au pressoir, constitue un aspect essentiel de la réussite du crémant d’Alsace rosé. Les œnologues le disent en général : « Le rosé est la vinification la plus compliquée qui soit », pour viser la juste couleur, qui conditionnera de toute façon le cerveau du dégustateur sur la qualité du vin. Explication avec le neurophysiologiste Gabriel Lepousez dans la revue Crémants d’Alsace Magazine. Des accords gastroviniques étonnants Toutefois, les couleurs du crémant rosé d’Alsace, du rose pâle au rose intense, avec des nuances du violet au jaune, en passant par le tuilé, le cuivré, l’orangé, l’œil-de-perdrix, réservent parfois d’énormes surprises en bouche. Ceci pour deux raisons : le vinificateur a tout loisir de doser les vins en sucres selon son bon vouloir, et à la différence des crémants de raisins blancs, le rosé de pinot noir peut contenir ces tanins astringents, lui conférant une certaine charpente gustative. Ce qui explique d’ailleurs les propositions gastroviniques des sommeliers d’Alsace, qui sont parfois allées sur des accords de viandes rouges et même du gibier ! Et c’est ainsi, que le crémant rosé d’Alsace, bien qu’il soit encore réservé à un marché de niche, s’offre à lui une extraordinaire palette gastronomique, pourvu que l’on retrouve dans les plats, de-ci de-là, des baies de petits fruits rouges qui viennent en accompagnement, en garniture, ou qui constituent le centre d’intérêt du mets. Ça tombe bien ! La gastronomie alsacienne adore ces baies de petits fruits rouges - airelles, cassis, framboises, groseilles, fraises, fraises des bois - qu’elle décline sous toutes les formes de plats salés ou sucrés.

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