Publié le 29/07/2018
« La transition en bio ne se limite pas aux traitements phytosanitaires. Il faut revoir son modèle d’entreprise, ce qui permet de ne pas avoir l’écologie au détriment de l’économie ou de la qualité de vie », témoignent les viticulteurs.
« Le focus de cette journée Déphy Tour porte sur les traitements phytosanitaires, mais on ne peut pas occulter tout le travail effectué en amont », introduit Florian Beck-Hartweg, vigneron à Dambach-la-Ville, avec son épouse Mathilde. « Historiquement, mes parents étaient sous le cahier des charges en viticulture intégrée Tyflo, mais nous avions le sentiment d’être arrivés au bout d’un système. À mon arrivée, nous avons donc défini des objectifs : vivre de notre passion, garder une viabilité sur une petite structure afin de rester au contact de la vigne, et passer en bio avec un idéal écologique, celui de diminuer les passages de tracteur et les doses de cuivre ». Mais tout ceci demande des moyens, poursuit Florian Beck-Hartweg. Il faut donc pouvoir valoriser les vins. Or « la valorisation n’est possible qu’à travers une recherche de personnalité dans les vins, liée au lieu, au terroir et au vigneron. Donc, ce qui compte pour nous, c’est la santé des sols, qui permet d’exprimer cette personnalité, d’avoir des rendements faibles, et de réaliser beaucoup de travaux manuels. » La valorisation du vin nécessite un certain travail à la vigne. Mais ce travail nécessite de la valorisation comme source de financement. « Nous avons donc considéré le travail manuel et la baisse de rendement non pas comme une perte d’argent mais comme un investissement. Du coup, ça a permis d’augmenter la valorisation, puis de travailler plus précisément à la vigne, et nous sommes rentrés dans cette logique. » Concrètement, « notre base c’est la santé des sols. Nous sommes en enherbement total spontané, avec une scarification au printemps pour initier la minéralisation des sols. Le couvert est roulé pendant l’été pour protéger le sol des agressions climatiques. Un sol vivant et un enracinement profond nous permettent de rechercher cette originalité et cette personnalité souhaitées ». Florian et Mathilde recherchent une « vigueur modérée », avec laquelle ils disent obtenir « une vigne naturellement plus résistante ». Cette question de vigueur est selon Florian « capitale pour une bonne résistance aux maladies car elle confère plus de précocité, d’aération… » Au niveau des travaux en vert, « nous ébourgeonnons, le palissage est manuel pour éviter les entassements de feuillage. Il n’y a pas de rognage, les cimes sont tressées pour deux raisons : le rognage favorise les entre-cœurs sensibles aux maladies, il retarde le départ en maturité. Sans rognage, on obtient des vins plus complexes et moins alcooleux-sucrés. Et le rognage induit un stress et rend la vigne sensible aux maladies ». S’agissant des traitements, les vignerons appliquent beaucoup de préparations à base de plantes prélevées dans leurs vignes : ortie, prêle, achillée, consoude, pissenlit. « Le cuivre intervient en dernier recours. » En détail, pour la campagne 2018, cela donne un « T1 le 18 mai avec 200 g de cuivre, 7 kg de soufre, 5 l d’ortie et 4 l de tisane de prêle, puis un T2 le 30 mai avec 225 g de cuivre, 7 kg de soufre, 9 l d’ortie, 7 l de consoude, 6 l de prêle et d'achillée, et un T3 le 10 juin avec 300 g de cuivre, 8 kg de soufre, et du purin de prêle et d’achillée. Soit 725 g de cuivre métal au total. » Florian et Mathilde ont testé un essai sans cuivre sur 10 ares d’une parcelle de sensibilité moyenne qui, pour l’heure, « est impeccable au plan sanitaire. » Le même test sans cuivre sera effectué sur un hectare l’année prochaine.












