Viticulture

Une œnothèque à Reichsfeld et Bernardvillé

Peu de moyens, peu de temps, beaucoup de volonté

Publié le 23/07/2018

À Reichsfeld et Bernardvillé, les vignerons du Schieferberg viennent d’inaugurer leur œnothèque, lieu de mémoire vinique, mais aussi d’avenir pour servir de référence et faire reconnaître le coteau en premier cru.

« Nous n’avions que peu de moyens car nous sommes un petit syndicat viticole pour les deux communes de Bernardvillé et Reichsfeld, et peu de temps, soit le soir éventuellement après les vignes », explique Arthur Bohn, jeune vigneron à Reichsfeld. Mais à force de volonté et de persuasion, ce sont les deux villages qui se sont investis dans la construction de leur œnothèque. Les vins du cru éliront domicile dans une cave aménagée de l’école municipale de Reichsfeld : « C’était une cave qui servait de débarras pour l’école ». Les travaux ont commencé il y a 3 ans. Le crépi des murs a été retiré pour laisser les pierres apparentes, le fond a été décaissé pour être remplacé par du gravier. « Il y a beaucoup de récupérations, souligne Arthur : un évier en pierre de taille trouvé sur Le bon coin, avec un riwerla en guise de robinet, des pierres de l’ancienne place de l'église et une grille en fer forgé provenant du cimetière, découpée, ressoudée ». Au final, le résultat a plutôt fière allure, digne des plus belles œnothèques qui fleurissent actuellement dans les villages viticoles alsaciens pour accompagner cette transition des vins de cépage vers les vins de terroir, portée par la nouvelle génération. À Reichsfeld et Bernardvillé, il y en a trois qu’on ne peut plus manquer désormais, car les vignerons y ont mis des pancartes : Le Schieferberg, reposant sur des schistes, l’Eichelberg et le Sohlenberg. Les schieferbergs sont les plus connus notamment depuis qu’un riesling, il y a plus d’une dizaine d’années, a obtenu la grande médaille d’or au concours Riesling du monde. Le vin acheté par un négociant avait été présenté sans prétention… Mais depuis, le terroir aiguise les appétits de vignerons en recherche de vins tendus, droits et exprimant de fortes morphologies gustatives. Désormais est venu le temps pour les jeunes vignerons de remplir cette œnothèque. Chaque année donc, ils sont une quinzaine à se réunir pour sélectionner les meilleures cuvées, dans une dégustation totalement à l’aveugle. Quand un vin est sélectionné, 12 bouteilles sont conservées. « Cela nous servira aussi pour la commission premier cru », explique Arthur Bohn, car lui et ses confrères font cause commune pour tenter de faire reconnaître le Schieferberg en premier cru par l’Inao. Et ils font en sorte de rassembler tous les arguments convaincants à cette fin. D’ailleurs, le syndicat viticole s’est financé un verre, spécial schieferberg, estampillé, et de marque Riedel. Si l’idée avait a priori suscité çà et là quelques réticences, « même les vignerons en commandent pour leur cave désormais », souligne Arthur. Avec cette œnothèque, ils sauront d’où vient le schieferberg, la marque de son terroir et son expression dans le temps.

Jeunes vignerons indépendants d’Alsace

« Pour que nos vins fassent rêver, il faut qu’on rêve »

Publié le 21/07/2018

Respect de la personnalité, sensibilité environnementale, vins plutôt décarbonés et exprimant le terroir : ces traits de caractère générationnels sont communs à l’ensemble des vins des jeunes vignerons indépendants d’Alsace.

Ils ont une conscience environnementale plutôt aiguë, ils préfèrent des vins plutôt décarbonés, c’est-à-dire exprimant peu les typicités de cépages et plutôt sans sucrosité résiduelle, et ils misent sur du vin exprimant fortement la personnalité de son auteur : « Le but n’est pas de standardiser et que tout le monde se ressemble, au contraire, nos différences sont des richesses », expliquent les Jeunes vignerons du Synvira. Mais leur propos sur le « respect de la diversité » vise aussi à « éviter les logiques frontales intergénérationnelles », car au final, « le but est que l’Alsace réussisse et que chacun y trouve sa place ». Le groupe présentait ses vins chez Victor Roth, à Soultz, à des journalistes guidés dans le vignoble alsacien par l’interprofession et l’agence de communication Rouge Granit, les 10 et 11 juillet derniers. Des vins de forte personnalité avec si possible l’empreinte géologique du terroir. Au départ, le Civa avait approché trois jeunes vignerons, dont Victor Roth, pour rencontrer ces journalistes. Mais à son initiative, Victor Roth a préféré que cette visite de presse en Alsace profite à l’ensemble du groupe des jeunes. C’est un autre trait de caractère de cette génération. Solidaire quand il s’agit d’argent collectif. Désireuse de « passer à autre chose » Ils se sont donc mobilisés pour présenter un panel de vins représentatifs de cette nouvelle génération de vignerons qui fonctionne différemment, désireuse de « passer à autre chose », souligne Denis Hébinger, tant au plan sociologique qu’environnemental. Extrêmement dynamique, attachée à son indépendance pour mieux exprimer ses personnalités, cette génération de jeunes vignerons revendique l’élaboration de vins éloignés du classicisme alsacien : des vins sans sucrosité apparente, plutôt vineux et minéralisés, plutôt que typés cépage. « Ce qui nous importe c’est de communiquer sur le terroir », explique Denis Hébinger. « On rentre chez un caviste, on y voit une bouteille dans le rayonnage, et on est incapable de dire d’où vient cette bouteille », développe Mathieu Deiss. « Donc on va faire une carte des crus. Peut-être cette carte est-elle un « acte politique » au regard du projet de hiérarchisation en cours, mais elle est surtout « un outil pour le grand public, partant du constat que chez le caviste, globalement, le consommateur est incapable de situer d’où vient une bouteille, alors que pour n’importe quelle bouteille de bourgogne, on sait d’où elle vient », poursuit le jeune vigneron. « Comment donner envie à des producteurs de s’inscrire dans un cadre s’il n’existe pas, s’il n’a pas de réalité ? », interroge-t-il. Et le fondement du cadre, ce sont les 119 communes du vignoble habilitées à élaborer du vin d’Alsace : « Un lieu-dit, s’il n’a pas de commune, c’est compliqué. Nous avons donc nommé un référent par village. Le but est aussi de discuter des terroirs, que nos villages puissent partager ces informations ». Un groupe foisonnant Le groupe se dit « foisonnant, avec plein de projets dans ses cartons ». Mais il fonctionne comme un collectif plutôt qu’en association : « Celui qui a une idée la porte. » Ce fonctionnement a déjà accouché de quelques événements retentissants qui ont apporté un souffle de fraîcheur dans le vignoble. « L’idée du partenariat avec les Étoiles d’Alsace, dans le cadre de la formule jeune, était portée par Arnaud Baur », explique Denis Hébinger. Ce qui a donné lieu à l’événement aux Haras de Strasbourg, et permis de capter un public jeune jamais rencontré jusque-là… Les jeunes vignerons ont d’autres projets : Ils se réunissent régulièrement chez l’un ou l’autre avec un intervenant-formateur. « L’idée est que les jeunes qui s’installent aient des relais, partagent des informations, sur des sujets comme la succession, le droit rural, le packaging, la communication non violente en entreprise familiale… » Attaché à son indépendance, chaque vigneron du groupe a démarché deux entreprises susceptibles de le sponsoriser. Résultat, il disposera d’un budget de fonctionnement et donc d’une autonomie décisionnelle et d’action. On devrait retrouver certains de ces jeunes vignerons et leurs vins, le 28 juillet prochain à la Villa Tschaen, une galerie d’art de Colmar.

Foire aux vins de Barr

Des inquiétudes et des espoirs

Publié le 20/07/2018

Gilbert Leininger, vigneron, premier adjoint et président de la foire aux vins de Barr, a tenu un discours en demi-teinte lors de son inauguration, le week-end dernier.

« Le vignoble d’Alsace est un petit vignoble qui devrait pouvoir valoriser sa production sans trop de difficultés surtout après des années de récoltes déficitaires », explique Gilbert Leininger. Or, observe-t-il, « les cours du vrac stagnent malgré des petites récoltes, les ventes sont en baisse de 8 % sur les trois dernières années. Et en suivant l’actualité viticole alsacienne, c’est le pessimisme qui gagne ». Dans ce ciel assombri, il voit cependant un motif d’optimisme : « Depuis très longtemps nous n’avions plus un tel potentiel avec des grappes bien formées après une floraison parfaite. La vigne est belle et en bonne santé, les premiers grains commencent à se colorer ce qui est d’une précocité historique. » Et « l’Alsace a besoin, selon Gilbert Leininger, de cette récolte pour se refaire une santé après des années difficiles et pour renflouer les trésoreries de nos entreprises qui sont de plus en plus serrées. Certains vignerons commencent à avoir de vraies difficultés financières ». … Et des difficultés aussi dans l’accomplissement de leur travail : « La lourdeur administrative pèse de plus en plus sans parler des relations « phyto-riverains » qui deviennent de plus en plus tendues avec le projet d’une « zone de non-traitement » à proximité des habitations ». Le premier adjoint a toutefois délivré un satisfecit au comité interprofessionnel engagé dans un travail de rajeunissement de l’image des vins d’Alsace « en développant une nouvelle identité et une nouvelle campagne de communication ». Plus que jamais, il a appelé le vignoble à « conjuguer ensemble ses forces et ses différences pour que demain les vins d’Alsace puissent toujours et encore susciter du désir, du plaisir et de l’émotion ».

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