Viticulture

Daniel Ruff, chevalier de l’ordre du Mérite agricole

Un vigneron distingué

Publié le 02/08/2018

La reconnaissance du klevener de Heiligenstein a été un combat de longue haleine. Daniel Ruff, l’homme par qui tout est arrivé, a été nommé chevalier dans l’ordre du Mérite agricole. Homme de conviction, visionnaire, fédérateur… les intervenants successifs n’ont pas tari d’éloges à son sujet, lors de la remise de cette distinction, le samedi 21 juillet.  

« Cette distinction est la reconnaissance de l’implication de Daniel Ruff dans le monde viticole », a souligné Didier Pettermann, président du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), devant les invités réunis dans le chai du domaine familial. Élu président du syndicat viticole local en 1985, Daniel Ruff est une véritable courroie de transmission entre l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava) et les vignerons locaux, a souligné le président du Civa. « Il a été membre du bureau de la sous-région de Barr qui fédère 22 villages viticoles. » Sa passion, il l’a mise aussi au service du développement de l’entreprise familiale, au côté de son épouse Annie. « Ce qui était à l’origine une petite exploitation de quelques hectares est devenu en quelques années un domaine viticole de renom, figurant dans le top 100 des entreprises viticoles alsaciennes », a souligné Didier Pettermann. Dernier investissement en date, l’agrandissement du caveau de dégustation, aménagé en 2015 dans l’ancienne échoppe du cordonnier du village. Mais le nouveau chevalier restera dans l’histoire pour son combat en faveur de la reconnaissance du klevener de Heiligenstein et de la délimitation de son aire de production. « Il a compris que c’était l’opportunité, pour les vignerons du village, de se démarquer. » Grâce à son opiniâtreté, pour ne pas dire son obstination, ce vin unique au monde, issu du cépage savagnin rose, reçoit ses lettres de noblesse il y a 21 ans. Le décret du 30 juin 1971 introduit la dénomination « klevener de Heiligenstein » au sein de l’appellation Alsace et celui du 4 février 1997 définit son aire de production. Le président du syndicat viticole ne compte pas s’arrêter en si bon chemin : le village de Heiligenstein a déposé une demande de premier cru. De 1989 à 2003, le récipiendaire a été membre du conseil municipal de Heiligenstein, « une commune d’un millier d’habitants où il fait bon vivre », selon les propos du maire, Jean Georges Karl. Le village célèbre chaque été ce huitième cépage alsacien. « Daniel Ruff a déjà 33 fêtes du klevener à son actif ! » Un cépage qu’il faut faire connaître dans le monde entier, car chaque bouteille participe à la notoriété de la commune. « Un engagement au service de l’excellence » « Vous avez consacré toute votre carrière au klevener de Heiligenstein, a souligné le parrain du récipiendaire, le député Antoine Herth. Vous avez fait montre d’un militantisme constant et persévérant pour faire reconnaître ce cépage qui pousse depuis trois siècles sur les pentes argileuses du Mont Sainte-Odile. » En 1742, un procès oppose Ehrhardt Wantz, bourgmestre de Heiligenstein, et les trois villages voisins à propos de l’appartenance du lieu-dit Auboden. Le procès est gagné par les habitants de Heiligenstein qui sont autorisés à planter leur cépage fétiche sur ces terres… à condition de s’acquitter de la dîme en klevener. « C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le prélèvement à la source ! » C’est un élément déterminant pour la notoriété de ce cépage qui occupe jusqu’à 114 ha à son apogée. Mais à partir de 1850, il est progressivement supplanté par son cousin, le gewurztraminer, et en 1970, il n’en reste plus que 3 ha. Commence alors un long travail de remise en valeur, qui porte ses fruits. « C’est une véritable résurrection, pour le plus grand bonheur des amateurs de vins rares. » Pour Antoine Herth, cette distinction est « la reconnaissance de la nation pour votre mission de promotion d’un cépage d’exception. Elle marque votre appartenance à une longue lignée d’hommes et de femmes qui mettent leur énergie au service de l’intérêt général. » « Depuis ma tendre enfance, je me suis impliqué dans la cave et dans la vigne », a révélé Daniel Ruff. Même s’il avoue avoir un faible pour le crémant d’Alsace, il voue une passion immodérée au klevener de Heiligenstein, « un cépage unique venu d’ailleurs qui suscite la convoitise, un grand seigneur qui domine ses vassaux, les vignerons de Heiligenstein. Nous œuvrons toujours dans le sens de sa notoriété : nous espérons atteindre le stade hiérarchique supérieur, le premier cru. »

71e foire aux vins régionale des vins d’Alsace

Le vin au cœur de la fête

Publié le 02/08/2018

« Le vin, c’est la rencontre entre un cépage, un terroir, le talent d’un producteur et le goût d’un amateur ». Cette analyse du président du Sénat Gérard Larcher a ouvert vendredi 27 juillet la 71e foire aux vins d’Alsace de Colmar. Elle se poursuit jusqu’à ce dimanche soir 5 août.

Le second personnage de l’État en rang protocolaire derrière le Président de la République a captivé l’auditoire venu assister à cette inauguration. Ses analyses sur la réforme territoriale ont ébranlé les certitudes des uns et des autres. Gérard Larcher en a profité pour rappeler que « l’Alsace est au cœur de l’Europe. À ce titre, elle a un rôle majeur à jouer dans la dynamique du Rhin supérieur ». Son passage pertinent sur le vin et la viticulture a séduit la profession et les organisateurs de la foire aux vins. « C’est un plaisir pour moi d’être présent à cette manifestation qui est la troisième foire de France. Depuis 1948, elle a reçu onze millions de visiteurs. Ils ont tout d’abord été attirés par ce qui est sa signature : les vins d’Alsace. Ensuite par ses spectacles, ses animations et son festival. C’est un événement majeur de l’été dans cette région, un événement populaire », explique Gérard Larcher. Il cite tour à tour Benjamin Franklin pour faire un lien entre la bière et le vin, puis Paul Claudel pour rappeler l’histoire millénaire de la viticulture occidentale, sans oublier le verset 2, chapitre XV de l’Évangile selon Saint-Jean pour associer les vignerons et le législateur. « Les premiers taillent dans la vigne et le second créé des lois sur mesure ». Enfin, Montaigne n’est pas oublié : « Servez-leur de bons vins, ils vous feront de bonnes lois ». Une leçon de connaissances où s’entrecroisent humour, culture et histoire ! « Vos vins ont une histoire » Gérard Larcher détaille l’importance de la filière viticole en France, qui représente un excédent commercial de 11,5 milliards d’euros, le second derrière l’aéronautique. Intronisé en 2013 par la confrérie de Scherwiller, le président du Sénat connaît bien la profession viticole de la région, et insiste sur l’importance de cette filière pour l’Alsace : « Vos vins ont une histoire. Ce sont eux qui ont fait l’Alsace, avec l’excellence des cépages, l’expertise des hommes et des vignerons. Vos vins sont un élément important de l’identité alsacienne. Je tiens à rendre hommage aux professionnels qui portent les vins d’Alsace. Car le vin, c’est la rencontre entre un cépage, un terroir, le talent d’un producteur et le goût d’un amateur ». Des propos appréciés et salués par des applaudissements chaleureux. Valoriser, conquérir, réunir Le directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), Gilles Neusch, a présenté la politique dynamique qui a été engagée par la profession ces derniers mois, avec la diffusion d’un film promotionnel, un nouveau logo symbolisé par les initiales des vins d’Alsace en majuscules, « VA ». Un logo et une politique qui illustrent le renouveau de la filière, fière de ses vins et de sa région, et son désir de conquérir de nouveaux marchés. « Les vins d’Alsace s’apprécient déjà dans 134 pays dans le monde. Mais, face à une concurrence toujours plus acharnée, nous nous devons de mieux communiquer, de mieux valoriser nos produits, de promouvoir nos trésors. Nous devons expliquer les vins d’Alsace aux consommateurs. Nous sommes donc passés à l’offensive. N’oublions pas que l’Alsace réunit tous les terroirs du monde. Nous sommes la référence en vins blancs secs. Nos vins d’Alsace sont adaptés à toutes les cuisines. Et nos vins sont portés par des visages humains derrière chaque étiquette. Nous sommes champions de France de la vente au caveau. Nous sommes également les fers de lance de la viticulture biologique avec un vignoble qui est le plus écologique de l’hexagone. Sans oublier notre remarquable route des vins d’Alsace », plaide Gilles Neusch. Une impressionnante progression qualitative des vins d’Alsace qui peut se vérifier jusqu’au 5 août à la foire aux vins d’Alsace. « La foire s’est adaptée à son temps » Les autres interventions de cette matinée inaugurale ont permis à la présidente de Colmar Expo - et surtout présidente de la délégation de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Colmar et du Centre Alsace - de s’inquiéter de la suppression annoncée des ressources fiscales de cette chambre consulaire. Soit 400 millions d’euros (M€) de moins sur quatre années pour tout le réseau des CCI, dont 10 M€ rien que pour l’Alsace. Le maire de Colmar, Gilbert Meyer, a également évoqué la réforme territoriale, s’exprimant « pour une fusion des deux départements pure et simple, et sans condition ». Quant à Christophe Crupi, directeur des foires et salons de Colmar Expo, il a déclaré : « Après la 70e édition où nous avons dépassé le cap des 300 000 visiteurs, nous sommes de retour avec un grand objectif : faire encore mieux. La foire s’est adaptée à son temps en proposant régulièrement des nouveautés. Cette année, nous cherchons à valoriser encore davantage les vins d’Alsace en lien avec toutes les familles professionnelles du vignoble. Il y a des nouveautés, comme le petit marché agricole, et toujours des animations qui font la force de la manifestation. Sans oublier le festival avec ces 12 concerts ». Le mot de la fin est revenu au trio royal sortant, composé de la Reine des vins d’Alsace 2017-2018, Justine Schmitt, et de ses deux dauphines, Marie Grund et Clémence Bleger. Tout était en place pour couper le ruban de cette 71e édition. Désormais grande ouverte !

90e fête du vin de Ribeauvillé

Honneur au terroir et à la gastronomie locale

Publié le 01/08/2018

Du 20 au 22 juillet, la 90e fête du vin de Ribeauvillé, associée pour la onzième fois à la gastronomie, a permis aux nombreux visiteurs d’avoir la possibilité de goûter plus de 270 crus issus de 24 domaines, dont 40 % en agriculture biologique. 

La plus ancienne fête du vin de la région, organisée par le syndicat viticole de Ribeauvillé, a su s’adapter aux évolutions de la société. Depuis 1895, elle offre la possibilité de mettre en valeur la viticulture locale. Chaque année, elle innove. Depuis 2008, la gastronomie apporte une nouvelle touche de qualité à la manifestation. « Organiser un tel événement exige de la disponibilité et de l’engagement de la part de tous les bénévoles », rappelle le président du syndicat viticole de Ribeauvillé, Francis Fischer. Il a salué les efforts de toutes les personnes qui ont permis de pérenniser cette fête, dont l’objectif est de promouvoir les produits du terroir et le savoir-faire des acteurs viticoles et gastronomiques du territoire. La fête 2018 a rassemblé 24 domaines et, parmi eux, il fallait noter le retour du domaine de Georges Lorentz. Lors de l’inauguration, Francis Fischer a rappelé l’engagement de la profession viticole en faveur de l’environnement. « Nous sommes nombreux à pratiquer la confusion sexuelle. Depuis plus de dix ans, cette activité concerne 80 % du ban communal. Notre objectif est de la pratiquer sur l’ensemble du vignoble. Nous avons installé des haies et 30 nichoirs aux abords de nos parcelles », rappelle Francis Fischer. La fête de Ribeauvillé s’est déroulée à quelques semaines des vendanges. « Pour les zones les plus précoces, nous sommes à un petit mois du début de la récolte. La croissance de la vigne a été rapide. Nous avons douze jours d’avance sur la moyenne de ces trente dernières années. L’état sanitaire est bon. Il faut espérer que la météo reste favorable », ajoute Francis Fischer. Quelques heures après ces déclarations, un épisode orageux a provoqué des dégâts importants dans le secteur de Kaysersberg (lire en page 26). Une belle longévité Francis Fischer n’a pas caché son agacement face à certains sujets. « Est-il nécessaire d’augmenter la taille du cryptogramme de la femme enceinte sur les étiquettes pour savoir qu’il ne faut pas boire d’alcool pendant la grossesse ? D’écrire des listes d’avertissements sur des étiquettes en accordéon que personne ne lira ? Faire du vin un produit délictuel, multiplier les lois plutôt que de faire de la prévention ? » Un débat récurrent dans le vignoble. Le président de l’association des viticulteurs d’Alsace (Ava), Jérôme Bauer, a rappelé que le vignoble alsacien est « le plus vert de France. Celles et ceux qui ne sont pas en bio ont des pratiques qui respectent l’environnement. Nous n’avons pas attendu l’actuelle pression sociétale pour agir ». Des propos complétés par le maire de Ribeauvillé, Jean-Louis Christ. « À Ribeauvillé, nous donnons des exemples, et nous avons des projets. Votre démarche est louable et exemplaire ». Invité d’honneur de la manifestation, le directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), Gilles Neusch, a rappelé les responsabilités et le rôle du Civa. « J’ai accepté de parrainer cette manifestation car vous associez des pépites gastronomiques et viniques. Vous réunissez tous les savoirs pour promouvoir vos produits. C’est, à l’échelle de l’Alsace, l’objectif que nous avons également au Civa. Notre région réunie tous les terroirs du monde. Nous sommes une référence pour les vins blancs. Nous élaborons des vins humains. Il faut en prendre conscience et en être fier. C’est ce qui nous distingue des autres. Travaillons ensemble pour promouvoir ce savoir-faire », poursuit Gilles Neusch. Il ne restait plus qu’à la reine des vins d’Alsace, Justine Schmitt, et à ses deux dauphines, Clémence Bléger et Marie Grund, d’ouvrir officiellement la manifestation. Le succès a été au rendez-vous des trois jours de fête qui ont suivi. Avec notamment une dégustation commentée de Philippe Nusswitz, meilleur sommelier de France et meilleur sommelier international en vins et spiritueux français en 1986, et un « cook show » réunissant des chefs et des vignerons.

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