oenologie

Publié le 02/01/2018

Quelles règles peuvent guider les achats d’amateurs de vins en général, d’Alsace en particulier ? Petit sondage aléatoire dans une grande surface de la région.

Entre Noël et jour de l’an, c’est une fin d’après-midi tranquille à l’hypermarché de l’enseigne U à Gertwiller. Le rayon vins s’étale sur cinq travées, chargées recto verso sur cinq étages. Trois s’interrompent pour faire de la place à une présentation en casier, en caisse ou en cartons de six. Cet espace n’est pas spécialement pris d’assaut, mais il y a toujours quelqu’un pour circuler dans les allées. La plupart des acheteurs du moment se définissent comme des consommateurs irréguliers. « Je ne suis pas connaisseur » prévient Joëlle, 64 ans, qui choisit dans « un panel restreint » de références. Elle est à la recherche d’un gewurztraminer parce que ce sont « les fêtes et qu’il s’agit d’un moment à partager ». Rémi, 32 ans, n’est pas davantage initié à ses dires, mais il cite sans difficulté six des sept cépages d’Alsace, qu’il juge « tous agréables à boire ». Manon et Pierre-Yves, un jeune couple de vacanciers belges, s’appuient sur le souvenir qu’ils ont de ce que boivent leurs parents et sur les renseignements obtenus via l’application de leur smartphone. Ils ont repéré des vins à leur nom de cépage dans les villages aux alentours, mais sont venus au magasin pour « avoir le choix ». Béatrice, 72 ans, a trouvé un compromis. « Je reste sur ce que je connais » dit-elle. Comme Anthony, 47 ans, occupé à détailler l’étiquette d’un crémant qu’il destine à ses parents qui n’habitent pas la région, et qui reprend les vins qu’il a « déjà bus et appréciés ». La quête de bons crus de ces acheteurs est très variée. Yves, 52 ans, passe en revue les bouteilles alignées pour trouver « un rouge bio d’au moins quatre ans d’âge » car il doit « avoir du caractère ». « J’achète une bouteille une fois tous les deux mois environ. C’est à chaque fois un casse-tête » avoue-t-il. « Il m’arrive encore d’opter pour un traditionnel, mais depuis deux à trois ans je suis plus sensible au mode de production. Tous ces traitements, ce n’est pas bon ». Béatrice délaisse depuis quelque temps le Côtes-du-Rhône « pour changer ». Elle craque volontiers pour un Fronton en raison de son rapport qualité-prix, de son degré alcool « pas trop élevé ». Rémi veut dénicher un Champagne, mais n’écarte pas l’idée de virer vers un crémant. Si Manon est habituée aux vins « légers et fruités » de la Loire, et Pierre-Yves aux rouges italiens, ils chassent ici les vins secs, au contraire de Joëlle ou d’Antoine, 22 ans, acheteur régulier de pinot gris et de gewurztraminer avec du sucre restant. Des Alsace « par chauvinisme » Le budget ne semble pas être un frein. Manon et Pierre-Yves veulent des bouteilles « à offrir et à consommer ». Ils n’ont défini, ni nombre, ni budget. Béatrice se limite à 3-4 € au quotidien, mais confie aussi acheter des lieux-dits, des appellations communales ou des grands crus, forcément plus chers. Consommateur pressé, Antoine ne regarde pas toujours le prix même s’il se fixe un créneau de 5 à 10 €. Yves n’entend pas dépasser les 10 € pour sa bouteille. Joëlle est prête à mettre 13 € pour son gewurztraminer « parce que c’est une dépense que je n’ai pas tous les jours ». Mais monter à 19 € ne la dérangerait pas. Rémi est pour sa part capable de sortir plus de 20 € pour l’ouvrir à la soirée à laquelle il est invité. Les vins d’Alsace profitent-ils de ces bonnes dispositions ? Assurément pour nos consommateurs du jour qui les considèrent comme un élément du patrimoine local. Ils figurent en bonne place dans les caddies, sauf celui d’Yves qui s’approvisionne en direct chez un ami, viticulteur bio. « Je ne connais les Alsace que depuis mon emménagement dans la région il y a un an » indique Rémi. « J’ai été agréablement surpris par les dégustations que j’ai pu faire. À Noël, j’en ai fait profiter mes parents, en Auvergne ». « Nous avons accueilli des amis durant ces fêtes. Nous avons servi beaucoup de blancs d’Alsace pour les leur faire découvrir. Un pinot gris a très bien accompagné un poisson. Toutes les bouteilles ont été bues » enchaîne Béatrice. « J’achète surtout des Alsace. Par chauvinisme sans doute » sourit Joëlle. Antoine partage ce sentiment. « Je suis conditionné depuis l’enfance à boire des vins locaux. Au contraire d’un rouge, une fois, aucun blanc ne m’a jamais déçu ! De plus, acheter local, cela fait tourner l’économie locale ». Anthony, quant à lui s’enflamme : « j’ai un parti pris pour les blancs. Alors quand on les aime, l’Alsace, c’est le paradis ! ».  

Publié le 15/12/2017

À la dégustation, les tout jeunes pinots noirs présentent une plus grande buvabilité, ils n’ont pas de dureté tannique et/ou sulfitique, et ils affichent une teinte plus nuancée que leurs homologues vinifiés classiquement avec pigeage mécanique.

Assurément, il s’est passé quelque chose durant ces vendanges dans le chai de vinification de la cave de Cleebourg. Elle vient d’acquérir une cuve de vinification d’un nouveau genre* : la cuve Rieger à immersion intégrale des marcs. Une cuve de macération particulière puisque les raisins, mis à macérer entiers ou égrappés, fermentent dans l’enceinte sous pression de CO2 jusqu’à 4 bars. La cuve a été conçue avec des épaisseurs d’inox adaptées pour résister à ces contraintes. Sous ces pressions, plus besoin de remuer mécaniquement le marc qui s’immerge tout seul dans le jus en continu et plus particulièrement lors des dégazages successifs. Car, au cours de la fermentation, au-delà d’une certaine consigne de pression, cette cuve dégaze, et alors le chapeau de marc s’effondre de lui-même dans le jus, observe Olivier Kreutzberger, l’œnologue de la cave de Cleebourg. C’est la surpression de CO2 qui pige le marc Ainsi, les raisins du marc macèrent dans une ambiance sursaturée en gaz carbonique et donc dans un milieu naturellement protégé de l’oxygène. Il n’y a plus de pigeage, de remontage et d’extraction mécanique des polyphénols. Pour cette première vinification, Olivier Kreutzberger et Frédéric Orth, directeur de la cave, retrouvent les caractères de buvabilité qu’ils recherchent et qu’ils avaient observés notamment à la cave vinicole d’Oberkirch en Allemagne. C’est lors d’un déplacement là-bas avec leur conseil d’administration qu’ils ont été séduits par les vins et ont décidé d’investir dans cette cuve Rieger. Outre la diminution ou l’arrêt du sulfitage puisque le CO2 remplace le SO2, l’œnologue de la cave de Cleebourg y a vu d’autres intérêts. « Nous rentrons un peu plus de 100 tonnes de pinot noir par récolte, généralement en 3 journées, espacées les unes des autres d’une semaine. Et souvent, la deuxième journée nous rentrons en moyenne 60 % de la récolte totale. Or, une fois nos trois cuves de pigeage pleines, chacune de 10 t, on devait passer soit en thermovinification, soit en Vinimatic. Désormais, nous avons cette possibilité supplémentaire. » En augmentant sa capacité de vinification rouge, la cave de Cleebourg s’offre ainsi la possibilité d’être moins tributaire d’éventuelles hétérogénéités de maturité. Le CO2 remplace le SO2 La cuve Rieger est généralement remplie en 3 batch de 5 t durant une journée, avec un levurage pour chaque batch, mais sans SO2. « Ceci pour que les levures soient le mieux réparties, car il n’y a pas de remontage pour homogénéiser le tout en phase préfermentaire », rappelle Olivier Kreutzberger. Thermorégulée, la cuve Rieger dispose en outre à sa base d’un racloir qui tourne à vitesse très lente et qui piège les pépins dans un boîtard de décantation, lesquels peuvent donc être chassés par une vanne, et ôtés de la phase liquide lors de la fermentation, sous le simple effet de la pression. Un avantage, si l’œnologue considère que les pépins ne sont pas parfaitement lignifiés et peuvent potentiellement conférer au vin certaines amertumes herbacées. L’œnologie n’a pour l’heure pas encore bien élucidé ces mécanismes de fermentation de marc sous pression de CO2, et Olivier Kreutzberger avoue sa surprise au décuvage après huit à dix jours de cuvaison : les marcs sont entièrement vidés de leur pulpe. Inutile de presser, il ne reste que les pellicules pratiquement sèches ! Une plus grande buvabilité Paradoxalement, des marcs complètement vidés de leur pulpe en fin de cuvaison laisseraient à penser que cette technique donne des vins très tanniques et plutôt sur-extraits. Or c’est l’exact inverse qui se produit : les vins se présentent sans dureté aucune. Ils sont plus souples, plus légers, plus digestes et d’une plus grande buvabilité. Pour cette première, Olivier Kreutzberger a réalisé différentes vinifications comparatives pour une même matière de base, ceci grâce à l’équipement en cuverie dont il dispose : des cuves de pigeages, un échangeur pour la thermovinification et un Vinimatic. « J’ai réservé les plus belles matières au pigeage », mais à la dégustation, il avoue observer le côté flatteur de la structure de ces pinots noirs vinifiés avec la cuve Rieger. Attention cependant, comme toute macération sous CO2, et donc en milieu réducteur, ces vins affichent au sortir des FA et pendant les malo des notes réductrices ou plutôt fermées. Même s’il n’y a pas eu de SO2 à ce stade… Viendra ensuite le temps des assemblages, mais selon les essais, l’on observe que la structure minérale de ces vins « médecins » confère de l’harmonie aux cuvées vinifiées classiquement. À découvrir à la cave de Cleebourg !

Enquête : la perception des sulfites par le consommateur

Mention « sans sulfites ajoutés » vue comme un indicateur de qualité

Publié le 10/12/2017

… De qualité environnementale, mais pas forcément de qualité gustative. Cependant, la mention sans sulfites ajoutés constitue un élément décisionnel de l’acte d’achat. Les résultats de l’enquête étaient présentés récemment au Biopôle de Colmar par son auteur, Ronan Symoneaux.

Il est désormais acté que les vins sans sulfites ajoutés ont le vent en poupe. Certains ne voudraient y lire qu’une mode, comme pour le bio à ses débuts. Mais les metteurs en marché et acteurs de la profession viticole ligériens ont tout de même voulu être éclairés sur ce mouvement consumériste des vins naturels et sans soufre ajouté. Et ils ont commandé une étude au département de recherche « évaluation sensorielle et perception des consommateurs », de l’École supérieure d’agriculture d’Angers. Son objectif : dans quelle mesure l’information qu’on délivre au consommateur va modifier sa perception hédonique et son intention d’achat, interroge Ronan Symoneaux qui est venu présenter certains résultats le 30 novembre au Biopôle à Colmar. Parmi les multiples chartes qui concernent ces vins, l’on relève quelques points communs : « Une philosophie est présentée, ils revendiquent tous les vendanges manuelles, ils utilisent des levures indigènes, pas d’intrants de synthèse. Quant aux sulfites, il y a des divergences, zéro ajout pour l’un, ajouts limités pour d’autres. » Une première partie de l’étude a consisté à vérifier si des vins sans sulfites dégustés à l’aveugle sont mieux appréciés. L’étude portait sur 6 muscadets dégustés à l’aveugle, les uns sans et d’autres avec sulfites, par un panel de 305 consommateurs, représentatif de la population. « Il n’y a pas de modification globale d’acceptabilité s’il n’y a pas d’étiquetage, et il n’y a pas de valorisation hédonique pour les vins sans sulfites. Mais en fonction des vins, il y a des différences, je ne suis pas autorisé à vous en parler », explique Ronan Symoneaux. Une deuxième partie de l’étude qui a fait appel à un panel de 140 dégustateurs, représentatif de la population, a consisté à faire déguster un même vin - gamay effervescent rouge -, l’un avec et l’autre sans sulfites, mais cette fois-ci chacun de ces deux vins est mentionné avec sulfites pour l’un, sans sulfites pour l’autre. Donc quatre vins au total, en faisant croire que ces quatre vins sont différents. Résultat : « Le fait qu’il y ait écrit la mention « sans sulfites ajoutés » suffit pour générer une meilleure valorisation hédonique. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est significatif. Par classe d’âge, les jeunes sont moins sensibles à la mention que les anciens. Et les plus jeunes, moins de 35 ans, apprécient même mieux les vins avec mention sulfites ». Enfin, la troisième partie de l’étude concernait la perception des sulfites. À la question « Êtes-vous allergique ou hypersensible aux sulfites ? », 5 % des sondés déclarent oui, 20 % disent connaître des proches sensibles (c’est même 30 % pour des consommateurs de bio). 30 % des sondés déclarent ne pas savoir à quoi servent les sulfites. Un tiers des sondés pensent que les vins sans sulfites ajoutés sont meilleurs, un tiers qu’ils ne le sont pas, et un tiers restent neutres. Attention, la réciproque n’a pas été étudiée, prévient Ronan Symoneaux. La question « Pensez-vous que les vins sulfités sont meilleurs que les vins sans sulfites ajoutés ? » n’a pas été posée dans l’enquête. Cette dernière indique en outre qu’une majorité des sondés pense que les vins sulfités se conservent mieux, mais que les vins sans sulfites donnent moins la migraine, 40 % d’entre eux pensent en outre qu’ils seraient plus respectueux de l’environnement. « Clairement la question des sulfites relève d’une problématique de santé dans l’imaginaire du consommateur », observe Ronan Symoneaux.

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