oenologie

Synvira Jeunes. Soirée œnologique 

Le millésime vu par l’équipe AEB

Publié le 22/11/2018

Les jeunes vignerons du Synvira poursuivent leur cycle de soirées d’information-débat. Dernièrement, c’est l’équipe d’œnologie du laboratoire-conseil AEB à Sigolsheim qui a présenté son bilan des vendanges.

Jean-Victor Thomann, œnologue conseil pour AEB à Sigolsheim, établit un bilan « fort positif du millésime très généreux avec un état sanitaire parfait, des vendanges pas dans le stress ». En cave, poursuit l’œnologue, « les acidités maliques étaient très dégradées, mais le tartrique s’est concentré » avec au final des pH « dans la moyenne pour le riesling et supérieurs de 0,15 à 0,3 pour les autres cépages ». Sur 600 à 700 vins analysés, les acidités révèlent moins de malique qu’en 2017, mais plus de tartrique. Conséquence, « on n’est pas sur un profil type 2003, mais plutôt type 2009, 2011, 2015. Il sera question de trouver le bon compromis en acidité. Il n’y a pas lieu de parler de systématisation de l’acidification. C’était peut-être une erreur des millésimes précédents, avec le regret de vins déséquilibrés par la suite », poursuit l’œnologue. C’est le couple acidité « légèrement en dessous de la moyenne » - températures records, qui a posé pendant les vendanges le problème de la prolifération des microorganismes, analyse Jean-Victor Thomann. En particulier sur des cépages sensibles comme le pinot gris. Les phases de thermorégulation, de débourbage et plus généralement les opérations préfermentaires ont exposé les jus au développement de microorganismes. D’où « des problèmes de clarification au débourbage liés aux jus chauds, avec des bourbes actives et flottantes » et des « conséquences aromatiques et sur la cinétique fermentaire ». Il fallait redoubler d’attention sur la mireuse. Car la prolifération exponentielle de microorganismes indigènes (lactobacillus, brettanomycès, levures apiculées, bactéries acétiques, gluconobacters) sur des vendanges chaudes consomme l’azote assimilable normalement dévolu aux levures de fermentation alcoolique (FA), « d’où des cinétiques FA boiteuses, des malo spontanées, des arrêts de FA, voire des piqûres et déviations bactériennes pour les pH élevés ». Bioprotection dès la vendange Il suffit de cinq à six heures pour que le développement exponentiel des microorganismes devienne incontrôlable. Conséquence, c’est dès la coupe du raisin qu’il faut intervenir « d’où la validation de notre concept de bioprotection en rouges et en blancs », souligne Jean-Victor Thomann. Dès lors, la maîtrise biologique de la vendange repose sur deux solutions : implanter le plus tôt possible un pied de cuve levurien de telle sorte qu’il empêche les autres proliférations ou bien sulfiter très tôt. Mais le sulfitage pose problème, indique Arnaud Immélé, consultant pour AEB. D’une part, il s’avère inefficace si les pH sont élevés. D’autre part, il est difficile à répartir dans la masse en cas de cuvaison avec macération des raisins. Après une introduction plutôt politique sur la dispersion des styles des vins d’Alsace, « le grand bazar » qui selon lui causerait « un manque de lisibilité » et « l’absence de reconnaissance du marché », Arnaud Immélé est revenu sur un propos plus technique. Le cahier des charges des vins bios présente selon lui certaines incohérences en empêchant par exemple les enzymes. Or elles améliorent par ailleurs grandement le bilan carbone des procédés de vinification, en « diminuant par exemple les besoins de thermorégulation ou en économisant l’énergie lors des filtrations », estime-t-il. Dans l’attente, Arnaud Immélé souligne la demande des consommateurs tournée vers des produits santé, et donc vers moins de sulfites, pas d’histamines, pas de mycotoxines. D’où le concept de bioprotection qu’il promeut avec le laboratoire AEB, c’est-à-dire l’implantation de levures non saccharomyces Torulaspora delbrueckii, le plus tôt possible dès la vendange.

Trebogad, la cuvée sans sulfites ajoutés de la cave du Roi Dagobert

Dans le prolongement naturel de la viticulture bio

Publié le 16/11/2018

Lundi 12 novembre, la cave du Roi Dagobert lançait Trebogad, sa cuvée bio sans sulfites et autres intrants ajoutés, chez le chef Antoine Kuster, au Bistrot d’Antoine à Strasbourg. Trebogad est le palindrome de Dagobert, le bon roi, qui méritait bien une cuvée écrite à l’envers…

L’idée de l’élaboration d’une cuvée bio sans sulfites ajoutés, à la cave du Roi Dagobert, ne résulte pas d’une volonté particulière des vignerons ou du service commercial d’Alliance Alsace de répondre à un marché en vogue, mais du souhait de l’œnologue, Lilian Andriuzzi, d’élaborer de tels vins. « Nous n’incitons pas nos vignerons coopérateurs à passer en bio. Quand ils se convertissent, ils le font de leur propre volonté et nous ne faisons que les accompagner », explique Christophe Botté, directeur de la coopérative. C’est aussi dans cet esprit qu’a été élaborée la première cuvée bio sans sulfites ajoutés, Trebogad. Elle s’inscrit dans le prolongement naturel de la mouvance de vignerons de la cave de Turckheim et du Roi Dagobert à Traenheim qui se convertissent en bio. Pour l’heure, 100 des 1 300 hectares que comptent les deux caves du Roi Dagobert et de Turckheim sont en bio, mais nombre de vignerons projettent de se convertir. Conversion qui passe par une phase d’acquisition des convictions, observe Christophe Botté. Lilian Andriuzzi, l’œnologue, a souhaité pousser la logique jusqu’au bout. Et ce sont quelque 14 000 bouteilles de Trebogad, un pinot gris sec, qui sortiront de la cave pour cette première. Mais d’autres cuvées 2018 sont en gestation pour compléter la nouvelle gamme. « No stress mais sans filet » Difficile pour un œnologue de se lancer dans l’aventure des vins sans sulfites, surtout lorsque l’enjeu concerne des centaines d’hectolitres. Car la suppression de l’adjonction de sulfites expose le vin à toutes sortes de microorganismes autres que la levure Saccharomyces cerevisiae. Il faut donc avoir confiance en la matière de base afin qu’elle sélectionne naturellement de bons microorganismes. « J’ai appris avec ce vin à déstresser, sinon on ne dort plus, convient Lilian Andriuzzi. Mais on travaille sans filet. » D’ailleurs « ce vin a fait une graisse en bouteille », explique-t-il, chose impensable dans l’univers de l’œnologie pasteurienne, mais régulièrement rencontrée « chez les nature ». Non levurée, non sulfitée, et sans autre intrant œnologique, juste filtrée grossièrement sur plaque dégrossissante, Trebogad a été élaborée avec la complicité de Xavier Couturier, du laboratoire Duo Œnologie. Huîtres, fromages à pâte cuite, salade persillée de hareng, joue de porc et purée façon Antoine Kuster - dont la « cuisine bourgeoise » gagne en réputation à Strasbourg - la cuvée Trebogad a été testée sous toutes les coutures avec, semble-t-il, une certaine buvabilité au vu des bouteilles consommées lors de ce lancement… Reste désormais au service commercial d’Alliance Alsace - sept personnes au total sous la direction d’Emmanuelle Gallis - de faire connaître ce vin. Christophe Botté regrette un peu que les cavistes nature de Strasbourg aient boudé la soirée. Sectarisme anti-coopérative ou surbooking ? Peu importe, Trebogad s’inscrit dans les valeurs qu’attendent les nouvelles générations de consommateurs, avec en plus l’idée de projet coopératif. Tout pour séduire…

Publié le 23/10/2018

Dans le cadre de sa journée annuelle réservée aux professionnels, restaurateurs, grossistes et cavistes, la cave de Turckheim a présenté son nouveau crémant, Cousu Main, réalisé à quatre mains par Michel Lihrmann et William Arlotti.

Alors que les ors et les cuivres de l’automne habillent le vignoble alentour, le flacon du nouveau crémant de la cave de Turckheim se pare de rouge et de noir. Voici la cuvée Cousu Main, imaginée par William Arlotti, directeur artistique de ce projet et validée par l’ensemble du personnel et des vignerons de la cave. Cette bouteille se veut habillée et festive pour apporter l’élégance de ses bulles aux fêtes de fin d’année. Cette création inaugure une collection baptisée « Out fit of the day » (la tenue du jour), pour une mise en valeur originale des vins produits par la cave de Turckheim. William Arlotti est créateur de mode, styliste, et journaliste de mode. Pour habiller ce flacon, il s’est inspiré de l’Alsace dans son authenticité que ce Lorrain d’origine a appris à aimer. C’est tout naturellement que le costume traditionnel des Alsaciennes est devenu le fil conducteur pour la réalisation de cet habillage, avec un inversement des couleurs : du noir pour la robe et du rouge pour la coiffe. Son Alsacienne un peu mutine, toujours joyeuse, un brin mystérieuse s’inscrit pleinement dans le monde contemporain dans sa libération des codes traditionnels. Elle ne dévoile pas tout du premier coup et, derrière ses lunettes noires et rondes, se cache son regard sensuel qui pourrait transformer le jour en soir. Ses colliers et ses souliers s’envolent. Un lipstick dessiné, de-ci de-là, devient la promesse d’un doux baiser. La cave de Turckheim a confié la direction artistique à William Arlotti : illustrations, création de looks, photographies, tournages, vidéos, animation des réseaux sociaux, évènement. Avec son mannequin fétiche, Alexia Canova, aux origines italo-alsaciennes, il fait rayonner la nature autour de Turckheim avec ses vignes, et la ville avec ses maisons à colombage et le charme de ses ruelles. Le crémant Cousu Main a été créé à quatre mains avec Michel Lihrmann, l’œnologue de la cave, qui a élaboré un assemblage équilibré à partir de pinot blanc et de pinot gris issus d’un terroir graveleux et granitique. Le pinot blanc a été choisi pour sa fraîcheur, son fruité, son élégance et sa finesse, alors que le pinot gris apporte la puissance, la charpente et la structure du vin. Michel Lihrmann explique l’importance du dosage des deux cépages dans l’élaboration d’un vin rond, plus féminin avec une bulle harmonieuse. D’une robe dorée, cristalline, ce crémant d’Alsace brut a un nez très expressif de coing, cédrat confit et fruits rouges. La bouche particulièrement séductrice enveloppe son cœur fruité et sa rondeur s’équilibre par une agréable vivacité qui rafraîchit les papilles. Le flacon Cousu Main par William Arlotti est proposé à la vente au prix de 9,90 €.

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