oenologie

Publié le 06/09/2018

À la cave vinicole de Turckheim, les vendanges consacrées au crémant se sont poursuivies jusqu’à ce jeudi 6 septembre. Une récolte de qualité qui représente un quart de la production de l’entreprise. Cette dernière va maintenant se pencher, sans se précipiter, sur l’AOC.

Les vendanges ont démarré lundi 27 août, avec le crémant, qui représente un quart de la production totale de la cave de Turckheim, soit environ 6 000 à 7 000 hectolitres. Et 85 hectares cette année, dont 55 ha pour le pinot blanc auxerrois, 17 ha pour le pinot gris, 10 ha pour le pinot noir, et 3 ha pour le chardonnay. La première semaine, les vignerons coopérateurs ont été accueillis pendant quatre jours, du lundi au jeudi. Une organisation qui s’est renouvelée lors de la deuxième semaine, du 3 au 6 septembre. « Cela se déroule bien. Les raisins sont sains avec une acidité un peu basse et des pH qui se situent à 3,1 - 3,2. Les jus sont biens, propres, droits. Le volume est là. Les quatre premiers jours, nous avons reçu les raisins des terroirs de Turckheim, la deuxième semaine, ceux de la vallée, les vignobles situés à Zimmerbach, Wahlbach ou encore Wihr-au-Val notamment. On remarque une différence. La vallée a eu davantage d’eau que le ban de Turckheim qui souffre de la sécheresse », explique Michel Lihrmann, œnologue à la cave vinicole de Turckheim depuis 1982 et directeur technique depuis 1988. Il constate que l’avancée des dates de vendanges est une réalité. En 1980, alors qu’il effectuait son stage d’œnologie à la cave, les vendanges avaient débuté le 23 octobre et s’étaient poursuivies pendant dix jours. La première fois que la récolte avait été aussi précoce, c’était en 2003. « Cette année, c’est cependant plus compliqué qu’il y a quinze ans. Il fait plus chaud et encore plus sec. Et trouver du personnel intérimaire, pour conforter l’équipe de la cave, est difficile à cette période de l’année », ajoute Michel Lihrmann. 85 hectares pour le crémant La plateforme de déchargement de la cave de Turckheim a été inaugurée en 2010 : elle est grande, pratique et permet de faire le tour sans crainte d’accident ou autre difficulté. « Depuis ce poste d’opération, nous mesurons les degrés et analysons les raisins en les traçant. L’avantage d’avoir le vendangeoir ici sur les hauteurs, c’est qu’il ne dérange personne. Il n’y a pas de bruit. Les voisins ne sont pas gênés par tous ces mouvements. Tout est sécurisé. À la sortie de la plateforme, les viticulteurs nettoient leur matériel et repartent. C’est fonctionnel et facile pour tout le monde », se félicite Michel Lihrmann. Après avoir été analysés et déchargés, les raisins sont dirigés vers le pressoir grâce à un système qui évite le tassement. La cave de Turckheim possède 10 pressoirs d’une capacité d’environ 9 800 kg. Jeudi 30 août, les pinots gris rentrés affichaient 10,5 degrés, lundi 3 septembre ils étaient à 12°. « Les raisins sont répartis pour moitié à l’avant du pressoir, pour l’autre moitié à l’arrière. Les jus vont ensuite directement en cuves. Leur température à l’arrivée est de 18 °C. Nous allons la descendre à 14 °C pour les stimuler. Nous allons un peu sulfiter et effectuer un débourbage statique. Ce travail nécessite trois personnes au vendangeoir, une à la réception, deux à la cuverie et deux pour encadrer. Nous travaillons par équipe de deux pour chaque poste », précise Michel Lihrmann. Ne pas se précipiter Le vendangeoir ouvre le matin à 9 h. Et le dernier délai pour être accueilli le soir est 19 h sur la plateforme de déchargement. « Jusqu’à présent, la plus grosse journée a été la première, le 27 août. Nous avons terminé à 21 h. Nous avons réceptionné 200 tonnes de raisins. En 2003, c’était la même effervescence », se souvient le directeur technique. Avec ses équipes, il va maintenant se concentrer sur la récolte de l’AOC, qui devrait débuter à partir du lundi 10 septembre. « Et encore, nous ne savons pas si nous allons nous précipiter. Nous établissons le planning pour la semaine suivante chaque mercredi soir. Nous allons certainement commencer doucement avec les pinots blancs, gris et noirs. Si la météo ne change pas et s’il n’y a pas un soudain déluge comme en 2006, nous allons demander à tout le monde d’être patient. L’état sanitaire est bon, le volume est là. Mais, pas encore la maturité », conclut Michel Lihrmann qui pense que ces vendanges 2018 vont s’étaler, au minimum, jusqu’au milieu du mois d’octobre.

Publié le 16/08/2018

Parmi les conférences techniques de la foire aux vins d’Alsace, celle proposée par le groupe AEB ouvre régulièrement de nouvelles perspectives œnologiques face aux multiples défis posés à la viticulture alsacienne. Ici la cofermentation levures-bactéries maîtrisée pour éviter des déviations bactériennes.

Pour la fermentation malo-lactique, on connaissait la co-inoculation, voici désormais la co-fermentation. En co-inoculation, les souches sélectionnées de bactéries lactiques sont introduites en début de fermentation alcoolique, elles se mettent en « stand-by » le temps que les levures accomplissent leur œuvre, puis prennent le relais pour métaboliser l’acide malique en acide lactique. Mais voici donc la cofermentation, un phénomène souvent observé naturellement chez les vignerons où la fermentation lactique se déroule en même temps que la fermentation. Ce que propose désormais le groupe AEB avec son levain Armonia, c’est de maîtriser ce phénomène. La conférence était assurée par Arnaud Immélé, l’œnologue qui avait mis au point Primaflora, une technique de protection des jus avec un complexe de levures non-saccharomycès et de saccharomyces en remplacement du sulfitage, directement sur la vendange. Là, on va plus loin avec aussi une protection de bactéries sélectionnées de souche oenococcus oeni, toujours donc dans un schéma de vinification sans adjonction de sulfites à la vendange et sous le pressoir et avec « bioprotection des jus ». Parce que le sulfitage des jus est aujourd’hui bien identifié par une frange toujours plus importante de consommateurs, et affecte la buvabilité des vins par les amertumes extraites et solubilisées, de plus en plus de vinificateurs cherchent à trouver des alternatives aux sulfites ajoutés à la vendange ou au moût. Or, avec les températures élevées des vendanges de plus en plus précoces - en cela, 2018 sera un cas d’école -, « l’on s’achemine vers de plus en plus de problèmes bactériens », fait remarquer Arnaud Immélé. Mais en général, là où prolifèrent les bactéries, les levures ont du mal à s’implanter, que ce soit d’ailleurs des souches sélectionnées ou pas. La conséquence, c’est des fermentations levuriennes difficiles, des piqûres… Il fallait donc trouver aussi une solution à cette question bactérienne. D’autant que si les souches naturelles de levures, exceptées les brettanomycès, causent globalement « peu de dégâts aromatiques » souligne Arnaud Immélé, les bactéries peuvent en revanche conférer des goûts marqués, la piqûre acétique, la tourne, la graisse, avec des substances à forte empreinte gustative : diacétyles, acides butyriques, les acides de la série acétique. Et aussi des amines biogènes, substances allergisantes. Notons cependant qu’une étude financée par l’Europe a davantage incriminé dans ce dossier l’azote assimilable que les souches de bactéries. La souche cofermentaire sélectionnée présente la particularité de produire peu de diacétyle, peu d’amines biogènes même en présence d’azote assimilable ajouté ou endogène, et peu de cétones qui combinent le soufre. Dans ce schéma, il faut donc prévoir de diminuer le sulfitage à la mise en bouteille. L’Armonia s’intègre donc dans un process bien défini où le vin peut séjourner sur des lies, sans risques de déviation.

Publié le 04/06/2018

Le cycle de conférence organisé par l’École de management de Strasbourg et la marque Alsace a fait étape à Colmar. Le thème de l’œnotourisme a été décliné à l’international, mais aussi localement autour de trois exemples : la maison Zeyssolff à Gertwiller, la maison Cattin à Vœgtlinshoffen et la maison Hauller à Dambach-la-Ville.

Avec 10 millions d’adeptes en France en 2016, l’œnotourisme est en croissance constante depuis 2009, de 4 % par an. « En Europe, l’œnotourisme croît entre 7 et 12 % par an, précise Isabelle Hess-Misslin, diplômée en 2017 du master 2 Management du tourisme de l’École de management (EM) Strasbourg. Le contexte est favorable au développement de cette activité. Cependant, la France a un certain retard à combler. Nous sommes deuxième producteur mondial et deuxième consommateur, alors que la Californie, quatrième producteur mondial, accueille deux fois plus d’œnotouristes que la France. » Ludovic Hauller, responsable du développement commercial dans le domaine familial de Dambach-la-Ville, était six mois en Californie pour son stage de fin d’étude. Il a œuvré au Castello di Amorosa, château inspiré du XIIIe siècle, mais construit en 2007 et accueillant 2 000 visiteurs par jour. « Les clients ne sont pas forcément des amateurs de vin. Ils paient 20 dollars ($) pour une visite avec dégustation de cinq vins. L’entrée de gamme est à 25 $ et le best-seller est un vin de type lambrusco à 7° d’alcool, vendu 35 $. » Si tous ces éléments ne sont pas adaptables à l’Alsace, Ludovic Hauller s’est cependant inspiré de cette expérience pour organiser des événements. « S’inspirer de ces initiatives en prenant en compte nos particularités » Anne-Céline Lamberger, diplômée 2017 du Master international Wine Management and Tourism de l’EM Strasbourg et conseillère caviste chez Klipfel à Barr, était en Afrique du Sud dont le vignoble de 1 330 hectares est sept fois plus petit que celui de la France mais propose des « offres surprenantes ». Les domaines s’ouvrent aux visiteurs à travers des winerise : « Élégants et exclusifs, ils ont pour caractéristiques de toujours allier vin et gastronomie, car la législation oblige à servir des repas chauds ». L’art est souvent associé à ces caves avec expositions et galeries. Et l’aspect environnemental est mis en avant à travers des safaris dans le vignoble. Le Dr Coralie Haller, enseignante-chercheure à l’EM Strasbourg, responsable du Master 2 Management du tourisme, porteuse de la chaire Vin et tourisme de l’EM Strasbourg, évoque sa visite dans le Wine Wonder Land, du réalisateur Francis Ford Coppola en Californie, qu’elle surnomme le Walt Disney du vin. « Il se caractérise par une winery mise en scène avec des éléments de films où l’on vend des goodies (produits dérivés) et de l’autre côté un resort (hôtel avec piscine, etc.), indique celle qui a également vécu quatre ans en Australie. Il n’y a pas qu’un seul œnotourisme étranger, ni un seul mode de consommation mondiale. L’approche globale n’est pas intéressante, mais l’on peut s’inspirer de ces initiatives en prenant en compte nos particularités. » Une recherche d’authenticité Les particularités du vignoble alsacien ont été analysées dans le mémoire de recherche mené l’an dernier par Isabelle Hess-Misslin : « L’Alsace est la troisième destination œnotouristique de France, derrière le Bordelais et la Champagne. L’étude repose sur deux panels : les experts viticoles et touristiques entendus en entretiens et les visiteurs sondés à travers un questionnaire trilingue. Elle permet de constater que la découverte du vin est une raison secondaire à la visite. La première volonté est la découverte de villages authentiques et de paysages. Pourtant, les répondants professionnels considèrent que l’aspect principal de l’offre œnotouristique doit être la connaissance des vins d’Alsace. Pour les visiteurs, c’est la dimension esthétique qui prime. 91 % d’entre eux veulent profiter d’un environnement agréable et vivre un moment convivial. Ils souhaitent apprendre à déguster le vin et des accords mets vins et connaître le domaine. Ils ne sont plus dans la recherche d’expériences extraordinaires, mais d’authenticité. » Sans connaître ces données, le domaine C & Y Zeyssolff à Gertwiller a fait évoluer son offre en ce sens. Céline Zeyssolff rappelle que le domaine, créé en 1574, a été repris par son époux en 1997. Alors, la clientèle était à 80 % constituée de restaurateurs. En 2005 naît la première boutique, Au Péché vigneron : « Elle est boostée par notre implantation géographique, en face de la biscuiterie Fortwenger ». En 2008, elle est complétée par un salon de thé. En 2015, l’ensemble est repensé. Le salon de thé devient un bar à manger de 20 places ; la boutique un « lieu d’échange, ouvert à tous, à la fois culturel et émotionnel. Elle met en éveil les cinq sens avec de la musique, des supports vidéo et bien sûr la dégustation ». Parallèlement, cinq gîtes ont été ouverts au fil des ans. À Vœgtlinshoffen, la Maison Cattin a puisé son inspiration à l’étranger. « La douzième génération est la première à être allé voir ce qui se fait ailleurs en viticulture et en œnotourisme », déclare Anaïs Cattin, responsable export et œnotourisme. Le résultat est le Belvédère, un lieu à la fois bar à vin, espace de vente, de visite et de dégustation ouvert tous les jours de 10 h à 19 h, des visites de la vigne à vélo et en gyropodes Segway, mais surtout des événements inspirés des winedinners. Le prochain est une soirée accord mets et vins aux saveurs thaïlandaises, en juin ce sera une soirée « art et vins » avec ventes aux enchères de street art. Les initiatives étrangères ont également inspiré Ludovic Hauller. « Depuis 2005, avec mon frère Guillaume, nous avons développé les bouchons en verre Vino Lock, des cuvées spéciales et plus récemment des bouteilles sérigraphiées. » Au titre des événements passés et amenés à se renouveler annuellement, Ludovic et Guillaume ont imaginé deux soirées rassemblant 400 personnes chacune : l’Après-ski du vignoble et l’Olejito Beach Party. La dernière nouveauté est le Wine Truck ou camion de Léon. Il ira bientôt à la rencontre des clients et sera présent lors de la prochaine foire aux vins de Colmar. L’Alsace : terre d’expérience des vins blancs d’exception Isabelle Hess-Misslin dresse le bilan et les pistes de développement de l’œnotourisme en Alsace. Elle propose de transformer la destination vignoble d’Alsace en « Terre d’expérience des vins blancs d’exception ». « Il faut accompagner les entreprises vinicoles dans ces démarches à travers les organismes professionnels viticoles ou touristiques. » La réflexion est menée actuellement par le réseau d’acteurs de la filière vin InVinotech. L’œnotourisme est un défi encore plus grand pour les petites structures : « Il faut inventer de nouvelles compétences pour délester les petites entreprises de certaines visites-dégustations, par exemple ». Enfin, « il faut unir l’identité alsacienne autour d’une image forte à travers la refondation en cours du site route des vins d’Alsace ». Isabelle Hess-Misslin suggère également la création d’une cité de l’expérience des vins d’Alsace. « Cela se fait en Bourgogne, alors pourquoi pas chez nous », conclut-elle.

Pages

Les vidéos