oenologie

Publié le 21/11/2016

L’Inra de Colmar étudie les mécanismes de formation des arômes dans le raisin afin de mieux exploiter les cépages actuels et de pouvoir être certain qu’ils figurent bien dans le patrimoine génétique des futures variétés de vigne.

Les molécules aromatiques sont petites, volatiles, et… capitales à l’expression d’un vin ! Leur taille se mesure à l’échelle de leur nombre d’atomes de carbone. Celles présentes dans le vin en comportent en général de dix à quinze, rarement plus. C’est à leur étude que se consacre en partie l’équipe MSV (métabolites secondaires de la vigne) de l’Inra de Colmar. Les chercheurs s’intéressent moins aux arômes issus de l’activité des levures et de la phase de garde confiés à leurs confrères de Montpellier qu’aux arômes qui naissent dans les raisins de cépages blancs. « Au-delà des notes de fruits rouges et d’épices, les rouges offrent une palette aromatique moins bien connue, plus compliquée à analyser et plus restreinte que les blancs. Leur fréquent passage en fût rajoute une couche de complexité. C’est pourquoi notre priorité va aux blancs. Nous sommes aidés en cela par le muscat et le gewurztraminer qui sont des variétés fortement aromatiques » indique Philippe Hugueney, directeur de recherches et responsable de l’équipe MSV. « Ces deux cépages sont particulièrement riches en terpènes, des molécules que l’on retrouve dans des fruits, des fleurs, des plantes aromatiques utilisées en cuisine comme le thym, le romarin ou la sauge. Il existe des dizaines de milliers de terpènes dans la nature et plusieurs dizaines dans les vins. Leur parfum floral est recherché ». Les thiols forment une deuxième catégorie d’arômes. Mais ces composés soufrés ont deux facettes : certains émettent par exemple des arômes de fruits exotiques, mais d’autres se révèlent dévastateurs en révélant, par exemple, une odeur de pipi de chat… Les pyrazines forment une dernière famille de molécules sur laquelle se penchent les chercheurs colmariens. Elles ont la senteur typique du poivron. Agréables à faible dose, notamment sur sauvignon, elles deviennent désagréables dès qu’elles sont un peu plus présentes. Caractéristiques des raisins insuffisamment mûrs, il suffit de vendanger des fruits à maturité pour s’en prémunir. Du pain sur la planche avec le riesling Mais comment un arôme se construit-il ? Imaginez une usine automobile et sa chaîne d’assemblage. Au châssis en place au départ, chaque poste d’ouvrier ajoute une pièce jusqu’à obtenir en bout de chaîne le modèle de voiture qui a été programmé. C’est tout à fait ce qui se passe dans une baie de raisin qui fabrique l’un de ses arômes. Sauf que le châssis est ici un précurseur d’arômes et l’ouvrier une enzyme qui fait évoluer le précurseur. « Plus la molécule est compliquée, plus il va y avoir d’étapes pour la fabriquer. Certaines demandent ainsi plusieurs dizaines de séquences avant d’arriver à la molécule aromatique finale » explique Philippe Hugueney. Mais ce mécanisme ne fonctionnerait pas sans un donneur d’ordre : le gène. L’équipe MSV s’est donnée pour mission d’identifier lesquels jouent un rôle dans la chaîne de fabrication des arômes. La première application pratique coule dès lors de source : améliorer la création variétale. « Les cépages résistants au mildiou et à l’oïdium qui vont être inscrits au catalogue en 2017 ont été créés à l’aveugle. Il n’y a eu que la dégustation pour dire s’ils conservaient la typicité des cépages actuels. Aujourd’hui, nous connaissons certains gènes responsables de la naissance des terpènes. Il est maintenant possible de dire dès le stade plantule d’une nouvelle espèce de vigne si elle possède les gènes de la qualité aromatique recherchée, mais cela n’évitera pas de les déguster » indique Philippe Hugueney. Une autre piste est de déterminer l’influence des variations de températures sur le mécanisme de formation des arômes afin de prédire le comportement des cépages confrontés au changement climatique. Les chercheurs ont bien avancé sur muscat et gewurztraminer pour lesquels les terpènes sont tellement puissants « qu’ils constituent leur signature ». Mais ils ont encore du pain sur la planche avec le riesling. Chez lui, un ensemble de molécules différentes contribue à créer un subtil équilibre aromatique. Les chercheurs concentrent actuellement leurs efforts sur le repérage du TDN, une molécule à l’origine de l’arôme un peu pétrolé qui caractérise les rieslings âgés et sur les gènes responsables de la colonne vertébrale acide du cépage.

Publié le 11/11/2016

Après deux années pleines de rencontres d’acteurs des grands vins, l’Université des grands vins donne la parole aux vignerons des terroirs alsaciens, sous les yeux avisés, le 2 novembre dernier, du philosophe Olivier Assouly et de l’universitaire bourguignon Jacky Rigaux.

La fréquentation aux soirées de l’Université des grands vins (UGV), attire généralement entre 100 et 150 convives présents pour un fichier de 500 adhérents, amateurs de grands vins. Depuis deux ans, ce projet d’un noyau dur de vignerons de terroirs alsaciens, a attiré à chaque soirée mensuelle des centaines d’amateurs, venus écouter des intervenants de qualité pour élever le débat professionnel. Mais force est de reconnaître que, si une centaine de vignerons assistent régulièrement ou épisodiquement à ces soirées de dégustation et de débat, ce projet de l’UGV est à l’œuvre pour réaliser son objectif d’universalité et vise à toucher toute la viticulture alsacienne : faire venir les vignerons afin qu’ils prennent conscience du potentiel de leurs terroirs alsaciens à faire naître de grands vins. En ce 2 novembre, l’UGV a donc changé de braquet en se consacrant pour la première fois à des vins d’Alsace, neuf rouges de terroirs alsaciens, des maisons Sipp, Pfister, Barthel, Ginglinger, Schoenheitz, Fuchs, Agapé - Sipp, Boxler, parmi un chambolle-musigny du talentueux vigneron bourguignon Bruno Clavelier, le tout sous l’œil avisé de l’universitaire Jacky Rigaux, du philosophe Olivier Assouly, invité d’honneur et conférencier, et bien sûr des adhérents de l’UGV, venus en nombre. Avec en accompagnement des vins, des fromages choisis et affinés par Jacky Quesnot. Point notoire de la soirée, soulevé par le philosophe, par Bruno Clavelier et par Jacky Rigaux : la jeune génération de vignerons alsaciens est bien en marche, connaisseuse, passionnée, volontaire et ambitieuse. Si elle ne dispose pas encore de tous les instruments pour élaborer de grands vins d’émotion, elle en a toute la capacité. Et les vins présentés, élevés en méthode naturelle ou plus classiquement, en sont les prémices. Ce qui a occasionné des débats respectueux sur la densité de plantation, la qualité du matériel végétal, les méthodes de cuvaison, en raisin non égrappés ou pas, avec ou sans soufre ajouté. Et en particulier sur le niveau de maturité physiologique à obtenir avant vendange, sujet cher à Jean-Michel Deiss, président de l’UGV. Autre enseignement de la soirée : la dégustation a mis en évidence la diversité des géologies alsaciennes, entre les granites, argilo-calcaires, les grès ou les schistes… Le collectif de l’UGV avait d’ailleurs pris soin de classer les vins par couple, soit un terroir sédimentaire et un terroir cristallin (métamorphique), de manière à bien distinguer l’effet des dimensions gustatives induites par ces génétiques géologiques : des vins plutôt sphériques et centrés dans la bouche, et des vins plutôt verticaux, ouverts sur l’œsophage. Une manière d’initier à la dégustation géosensorielle, qui n’est pas centrée sur les expressions organiques du cépage, ainsi que l’explique Jacky Rigaux, mais sur toutes les dimensions sensorielles, exprimées par ailleurs dans les biotopes des terroirs, la faune et la flore spécifiques et inféodées à chaque et unique terroir. Le lien entre la perception sensorielle du vin et les perceptions sensorielles du lieu d’où il est issu - puisqu’il est une des expressions du lieu - n’a ni de support, ni d’explication scientifique. Ce lien trouve en revanche une certaine compréhension dans l’approche anthroposophique. C’était le propos préliminaire à cette dégustation, tenu par Olivier Assouly, lequel ne s’est pas posé en juge arbitre pour ou contre ce que certains, comme Michel Onfray, appellent la supercherie anthroposophique, mais en proposant une explication historique aux propos de Rudolf Steiner dans son « cours aux agriculteurs » de 1924. Ils visent en particulier à émanciper les paysans et leurs fermes, de toutes formes d’aliénations techniques, politiques, d’où le concept de ferme autarcique en tant qu’organisme vivant. Ce qui pose en soi la question de la codification des productions, et donc de la production sous cahier des charges d’appellation : un débat philosophique ouvert et respectueux s’est alors ouvert à l’UGV faisant appel à des références telles que Gaston Bachelard, Michel Serre, Sir Albert Howard ou Ivan Illich.

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