Épicerie fine, planchettes salées ou chocolat chaud, Céline et Yvan Zeyssolff ont insufflé une nouvelle dynamique au caveau du domaine, en créant Au péché du vigneron, un espace vin ouvert à l’œnotourisme, une réponse aux évolutions des consommateurs français et étrangers.
Il a fallu dix ans à Céline et Yvan Zeyssolff pour finaliser le chantier de leur nouvel espace vin à Gertwiller, Au péché du vigneron, ouvert en 2015. Au cœur de ce village, berceau de cette famille de viticulteurs depuis 1778, ils ont repris le domaine de 10 hectares en 2005.
Seuls à sa tête, ils se sont alors demandé ce « qu’ils allaient faire du patrimoine historique des bâtiments », qui s’étend sur plusieurs hectares. Ne voulant pas le laisser péricliter, il fallait le rénover, et notamment les gîtes existants. Ils ont poursuivi cette démarche touristique en augmentant leur capacité et en créant deux autres gîtes, en 2009 et 2012, classés quatre étoiles.
Valoriser le vin en ouvrant son univers
Dans cette réflexion bâtiments, menée en amont, « nous avions dès le départ envie de faire une boutique dans le caveau, explique Céline, pour ouvrir ce traditionnel univers vin. » Compte tenu de « leur bon emplacement dans ce village » fief du pain d’épices, du grand parking attenant, « de la situation géographique centrale entre Colmar et Strasbourg sur la route des vins », ils ont eu l’intuition qu’ils avaient là des atouts « pour faire quelque chose dans le tourisme », et plus précisément dans l’œnotourisme. Il apporte « un regard extérieur à l’univers du vin, en ne le fermant pas », en l’associant avec d’autres produits. « Les amateurs de vins ont changé leur mode de consommation, souligne Yvan, il est loin le temps où ils venaient prendre un carton de douze au caveau et repartaient. L’achat d’une ou deux bouteilles était rare », ce qui n’est plus le cas actuellement. Céline et Yvan Zeyssolff ont élaboré petit à petit leur projet en visitant de nombreux sites, avec des coups de cœur, au Portugal notamment.
La première partie du chantier a été consacrée à la création de leur boutique, ouverte en 2005, refaite en 2015. Elle accueille désormais une épicerie fine, des produits nobles, du terroir d’ici et d’ailleurs et leurs vins, joliment exposés. Dans cette partie, ils ont conservé trois fûts qui datent de 150 ans, « traces de l’histoire familiale ». « Fan de décoration et d’architecture », ils ont opté pour des matériaux bruts, bois, béton, fer forgé, avant-gardistes et plus encore avec le choix du noir au plafond. Il est né « de la contrainte des normes de sécurité » pour les établissements qui accueillent du public. « Elles nous ont empêchés de conserver les torchis d’origine », précise Céline. Avec un mobilier carré, en bois, « sans chichi, sans trop de scénographie », l’ensemble contribue à recréer « une ambiance cave », voulue.
L’œnotourisme, une démarche engagée
La seconde partie de ce chantier a permis une extension de la boutique, avec l’aménagement d’une ancienne cave voûtée. Un espace zen, très cosy pour prendre un thé, un chocolat chaud et des douceurs en lisant des BD. Il n’y avait pas de salon de thé dans le village, et pour le domaine, c’est aussi « l’ouverture à une clientèle féminine qui ne serait pas forcément venue au caveau », note Céline. Dans cette boutique, les viticulteurs proposent depuis un an un bar à manger, des planchettes charcuterie, fromages au choix, et à toute heure. Elles sont accompagnées des vins du domaine et d’ailleurs, des rouges, des rosés, également à la vente pour compléter leur propre gamme. Des soirées à thème y sont organisées ainsi que des expositions temporaires.
En voulant « s’investir sérieusement » dans l’œnotourisme, Céline, qui est membre de l’association les DiVINes, a pris en charge la boutique, avec une salariée, qui « apporte un autre regard dans ce caveau », où les espaces, bien marqués, sont en enfilade, avec celui dédié à la dégustation. Depuis un an, le domaine y accueille des groupes de touristes, américains notamment. Une nouvelle activité qui a bien démarré. « Friands d’histoire », ils apprécient la visite de la cave et la découverte d’un de ses fûts, toujours en activité, présenté à l’exposition universelle de Paris en 1900.
La production des vins, dont s’occupe Yvan, est traditionnelle, issue d’un vignoble morcelé, disséminé notamment sur Heiligenstein pour le klevener et sur Mittelbergheim pour le grand cru Zotzenberg. Ce vigneron a choisi de travailler « davantage sur le cépage que sur le terroir », pour obtenir entre autres des rieslings et des gewurztraminers « bien typés ». Dans la boutique, les amateurs peuvent trouver quelques originalités, dont un sylvaner vieilles vignes ou encore un pinot gris vinifié en rosé, avec des vins aux étiquettes reconnaissables, signés du Z.
« Dans ce caveau, nous avons voulu mettre le vin en valeur, en l’accompagnant de produits nobles. C’est un lieu à notre image, convivial, original, où l’on se sent bien et où l’on peut se poser », souligne Céline. En se tournant vers l’œnotourisme, Céline et Yvan Zeyssolff ont changé « leur manière de travailler » et tracent désormais leur route dans cette diversification. Ils ont mis dix ans pour arriver à cet original Péché du vigneron, dont ils sont fiers, et amplement satisfaits. « Les retours sont tous positifs », déclare en souriant cette nouvelle génération du domaine Zeyssolff.