oenologie

Fête du vin d’Andlau

Des premiers crus très républicains

Publié le 16/05/2017

Déjà bien fournis en grands crus avec le Kastelberg, le Mœnchberg et le Wiebelsberg, les vignerons d’Andlau ambitionnent de faire reconnaître, avec toute la diplomatie républicaine qui s’impose, pas moins de six premiers crus.

Les vignerons andlauviens n’oublient pas que si le vignoble alsacien se gère localement, c’est à Paris, à l’Inao, dans l’arène vigneronne de toutes les appellations françaises, que se font reconnaître les terroirs. En clin d’œil peut-être aux élections présidentielles qui se déroulaient ce dimanche, ils ont fait procéder à l’élection du grand cru préféré des festoyeurs qui ont répondu en nombre à l’invitation de l’association Anim’Andlau pour assister à la fête du vin et des plaisirs gastronomiques. À la géologie très tourmentée par les failles et l’activité volcanique, le ban d’Andlau recèle un concentré de diversité rarement égalé : des argiles sur grès rose sur le Duttenberg en haut du Mœnchberg, des éboulis gréseux sur le Gesetz à l’est du Wiebelsberg, du granite à deux micas sur le Rebbuehl qui, dans sa version recuite et comprimée en cornéenne donne du schiste de Steige sur le Kastelberg, du schiste de Villé sur le Rebberg qui, enrichi en alluvion à l’embouchure de la vallée donne le Saint André. Et enfin, de l’argilo-calcaire sur le Brandhof. Une occasion rare de comprendre l’influence de la géologie des terroirs sur le goût du vin avec des vignerons qui assument leurs choix viticoles. L’inauguration a été l’occasion d’un passage de présidence entre Raphaël Wach et Yann Durrmann à la tête d’une équipe de jeunes vignerons très dynamiques : Oscar Wohleber, Matthieu Schlosser, Hervé Klein et Pierre Wach. Raphaël Wach a été particulièrement félicité pour ses huit années de présidence, par Didier Pettermann, président du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, le député Antoine Herth, Alfred Becker et le premier édile Fabien Bonnet. Lesquels n’ont pas manqué également de rendre hommage à Michel Durand, président d’Anim’Andlau, et à Christelle Kern, humoriste et artiste locale, principale cheville ouvrière du réputé festival Clair de nuit. Quant à Raphaël Wach, il a simplement glissé en cette veille d’élection quelques messages d’appel au devoir civique… et républicain.

Salon des vins d’Alsace de Molsheim

De l’activité malgré la pluie

Publié le 15/05/2017

Le 1er mai est toujours synonyme de foire aux vins à Molsheim. Le salon a encore assuré son rôle de lieu de rencontre entre vignerons et consommateurs. Une bonne occasion de faire l’état des lieux de la filière et de revendiquer la cause viticole.

Après le gel, la pluie. Décidément, les aléas climatiques ne lâchent pas les vignerons alsaciens. La 77e édition de la foire de Molsheim s’est ouverte sous un ciel maussade. Mais le salon des vins s’était mis à l’abri, au premier étage de l’Hôtel de la Monnaie. Cet événement a été l’occasion de se retrouver entre vignerons et passionnés, et d’exposer au public certaines réalités de la filière. « On a été rappelé à l’ordre par dame Nature », constate Jérôme Bauer dans son discours de bienvenue. Le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA) estime que 3 000 hectares de vignes sont touchés. Soit 20 % du vignoble ! Pire, 1 500 ha seraient complètement « foutus ». « Il va falloir faire preuve de souplesse et de solidarité », lance Henri Kaes, président du syndicat viticole de Molsheim. Mais selon les deux responsables, cela ne suffira pas sur le long terme. Volumes complémentaires individuels contre gel et grêle Leur salut pourrait passer par les volumes complémentaires individuels (VCI). Cette mesure vise à compenser les baisses de productions grâce à des réserves constituées en amont. En effet, elle donne le droit au viticulteur de créer un stock quand la récolte est bonne. Ce surplus est alors utilisé pour compenser les années difficiles, lorsque des aléas climatiques viennent perturber la production, comme cette année. Problème, les VCI sont ouverts aux vins blancs tranquilles, mais pas aux crémants ! Les deux millésimes étant produits sur les mêmes surfaces, on craint un déséquilibre dangereux. « Si on adopte les VCI pour les blancs tranquilles, on risque de siphonner la production de crémant », prévient Frédéric Bach, directeur de l’AVA. Les responsables de l’association ne veulent pas voir leurs confrères délaisser les vins effervescents pour se concentrer sur les surplus de blancs tranquilles. Revendications syndicales L’heure est donc à la revendication. Promis pour 2016, le décret étendant les VCI aux mousseux est resté lettre morte. « Depuis janvier, plus rien, silence radio, regrette Frédéric Bach. Avec le gel de ces dernières semaines, le sujet est redevenu d’actualité. » Le directeur espère que la mesure sera finalement promulguée cette année. Mais attention à ne pas se réjouir trop vite. « Pour constituer des volumes complémentaires, encore faut-il que le climat nous laisse produire un bon millésime ! » Le point météo fini, les responsables ont poussé un ultime coup de gueule avant de passer aux réjouissances. « La simplification administrative, ça ne peut pas durer », commence Jérôme Bauer. Selon lui, cette politique pousse l’administration à déléguer toujours plus de tâches aux producteurs. D’où un accroissement de la charge de travail et une perte d’identité des viticulteurs. « On n’est plus des gens de la terre mais des gens du papier », lance le président. Preuve que de nombreux professionnels partagent son opinion, une ovation vient clore son intervention. L’œnotourisme à l’honneur Après ces sujets difficiles, les orateurs ont laissé place à Mathilde Fleith, reine des vins d’Alsace. Après le traditionnel couper de ruban, sa majesté a concédé être fan de riesling et s’est lancée à la découverte des 208 crus présentés ce lundi. Très vite, dans la salle agrémentée d’une exposition du club photo de Bischoffsheim, le public se presse autour des tables. Henri Kaes, le principal organisateur, s’attend à « voir pas mal de touristes qui viennent spécialement visiter le salon ». Car il s’agit bien d’un événement touristique avant tout. En témoigne la présence de Marie-Reine Fischer, première vice-présidente de l’Agence d’attractivité d’Alsace (entité chargée de la promotion de la région à l’étranger). Elle souligne l’importance des vins dans le rayonnement de notre territoire. Et pour preuve, une trentaine de passionnés allemands avait fait le déplacement. Membres d’une confrérie basée à Bingen am Rhein, près de Mayence, ils ont fait l’ouverture du salon. À leur tête, rien de moins qu’un ancien président de l’association des œnologues allemands. Tous les ans, son groupe explore une région viticole de l’hexagone. Cette année, c’est l’Alsace qui a remporté leurs faveurs. Dans un très bon français, l’expert explique retrouver des similitudes entre les vins alsaciens et ceux d’outre-Rhin. D’après Henri Kaes, le salon est avant tout un moment convivial entre producteurs et passionnés. « Les gens viennent apprécier des vins, pas forcément dans l’optique de les acheter. » Une dégustation sans obligation d’achat qui a fait mouche en ce 1er mai. Près de 750 visiteurs ont défilé à la Monnaie. Une affluence en hausse, malgré le temps !

Gault & Millau

Neuf domaines primés

Publié le 11/04/2017

Pour sa première édition, le Wine Tour Alsace du guide Gault & Millau a mis en avant les talents alsaciens du monde du vin, cavistes, sommeliers et vignerons, récompensés par une remise de trophées, le 3 avril à l’hôtel Sofitel à Strasbourg.

Chaque année le Wine Tour du guide Gault & Millau met à l’honneur cinq régions viticoles, à travers cinq étapes. Pour sa quatrième étape, le Wine Tour Alsace a été accueilli à Strasbourg à l’hôtel Sofitel Strasbourg Grande Ile, le seul qui possède des vignes, installées dans son patio. C’est dans cet espace un brin viticole, que les organisateurs ont accueilli les participants à cet événement inédit marqué par la remise des trophées des talents du vin et des prix décernés par les partenaires de ce Wine Tour. Le guide a mis en avant l’ensemble des acteurs qui concourent à faire connaître et apprécier les vins d’Alsace, sommeliers, cavistes ou vignerons. Ils ont souhaité, durant cette journée, favoriser les échanges entre les restaurateurs et les professionnels du vin, avec des ateliers dégustations proposés par les partenaires du guide et les domaines alsaciens primés. Au verre, sur la carte, des passionnés de vin Figure emblématique du vignoble, Serge Dubs, qui officie comme sommelier à l’Auberge de l’Ill à Illhaeusern, s’est vu décerner le trophée de la meilleure carte des vins, avec « de belles choses à découvrir », souligne-t-il. La qualité des vins est importante, mais une carte se doit d’être « fonctionnelle pour le client, vivante, renouvelée ». Il ajoute que chaque sommelier doit être fier de sa région et défendre ses vins. Le trophée de la sélection de vins au verre a été remporté par Emmanuel Ruiz, de La Quille à Metz, et par Stéphane Knecht, de l’Atelier du sommelier à Niederbronn-les-Bains. Il s’agit de « faire plaisir et de choyer le client, estime Stéphane Knecht. Toute goutte de vin est un rêve et un nectar, et nécessite le même travail que pour une bouteille. » Avec ses 700 références, il veut défendre « les minorités aromatiques pour que les vignerons fassent ce qu’ils veulent ». Christophe Dufossé, de la Citadelle à Metz, a gagné le trophée de la carte découverte. Marilyn Girardin, du restaurant la Maison des Têtes à Colmar, le trophée du sommelier Wine Tour Alsace. Celui du jeune talent sommelier Alsace a été remporté par François Lhermitte, du restaurant Julien Binz à Ammerschwihr, qui salue « la beauté du Kæfferkopf ». Dans la nouvelle catégorie des cavistes, le guide a récompensé Michel Falck, d’Au Millésime, qui propose uniquement des vins français parmi ses 2 500 références. Ainsi que Jean Kientzler, de Jean Dénicheur de crus à Mutzig, qui souligne son rôle de « trait d’union entre les vignerons et les amateurs ». Éric Demange, à Strasbourg, a obtenu le trophée bar à vin avec Terres à vins des villes, qui fêtait ses 20 ans ce jour-là. Du caractère, du naturel, des expressions terroirs Après les vins de Loire, de Bordeaux, du Languedoc, le Wine Tour a exploré ceux d’Alsace, en privilégiant la découverte de « domaines moins connus », dans une volonté de mettre en avant de jeunes talents, « l’ADN du guide », précise Marc Esquerré, rédacteur en chef du guide Gault & Millau. Serge Dubs a décerné le trophée du vin naturel-bio-biodynamie à Marie Zusslin, du domaine Zusslin à Orschwihr. « Ces vins sont plus proches de la réalité », déclare-t-il en saluant « l’apport dynamique des femmes dans le vignoble ». Marie Zusslin a dédié ce trophée à son père, disparu l’année dernière, en précisant qu’elle codirige le domaine avec son frère, Jean-Paul, « un beau duo » qui en est à son 17e millésime. Le trophée du vigneron de caractère a été remporté par Guillaume Mochel de Traenheim, un domaine en bio depuis longtemps avec « des vins qui parlent du terroir ». Le trophée vin plaisir a été décerné à Pierre Wach, du domaine Guy Wach à Andlau, ravi de la reconnaissance de cet esprit « de partage du vin et du faire plaisir ». Enfin, six domaines ont reçu le trophée pépites d’Alsace : le domaine de la Clé de sol à Ribeauvillé décerné à Yannick Mignot, ancien exploitant agricole reconverti dans le vin depuis 2001 ; Félix Meyer du domaine Meyer-Fonné à Katzenthal ; Caroline Rominger, de Westhalten, en biodynamie depuis 2000, qui souligne son envie « d’exprimer un lieu à travers ses vins » ; Sébastien Mann d’Eguisheim, en biodynamie depuis 2009, « très touché par ce trophée », adepte « des vins qui laissent une mémoire et qui nous ressemblent » ; le domaine Martin Schaetzel by Kirrenbourg à Ammerschwihr, repris par Marc Rinaldi en 2015, qui devrait obtenir la certification Demeter en biodynamie l’année prochaine ; Frédéric Mallo, cinquième génération sur le domaine à Hunawihr, attaché à « produire des vins secs » issus notamment de son grand cru Rosacker. Les professionnels, restaurateurs, chefs ont pu découvrir ces vins phares, qui ont séduit les ambassadeurs du guide, un bel aperçu de la diversité talentueuse du vignoble alsacien.

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