FDSEA

Publié le 25/01/2017

Alors que de nombreux producteurs de lait sont encore confrontés à des difficultés financières suite à deux années particulièrement éprouvantes, des grandes surfaces pratiquent actuellement d’importantes promotions sur les produits laitiers. Des - 50 %, voire - 80 %, qui raisonnent comme un affront pour les producteurs, et un mauvais signal pour les consommateurs.

« C’est complètement inacceptable », lance Nicolas Urban, responsable du groupe lait chez les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin et producteur de lait à Engwiller. Dans les rayons consacrés aux produits laitiers des enseignes Auchan de Schweighouse-sur-Moder et Leclerc de Marmoutier, les affichages promotionnels fluorescents attirent les consommateurs vers de nombreuses « bonnes affaires » : des plaquettes de beurre vendues par lot de six à un prix défiant toute concurrence, un paquet de fromages frais gratuit pour deux achetés… La FDSEA a constaté dans les rayons laitiers des grandes surfaces des remises allant jusqu’à 80 %. « Cette braderie des produits laitiers constitue une perte de valeur ajoutée pour toute la filière qui ne peut que se traduire par une baisse du revenu des agriculteurs », constate Yohann Lecoustey, directeur adjoint de la FDSEA du Bas-Rhin. Un non-sens Des promotions d’autant plus incompréhensibles pour les producteurs qu’elles sont appliquées alors même que le marché laitier frémit de quelques signaux positifs : « Cela fait deux ans que nous subissons une période de prix bas. Alors ce qui devait arriver est arrivé, entre ceux qui ont purement et simplement arrêté de produire et ceux qui ont réduit leur niveau de production, la collecte laitière est à la baisse en Europe et dans le monde. Donc on commence à ressentir un rééquilibrage entre l’offre et la demande, soit une hausse des cours, qu’on espère ressentir au niveau du prix du lait payé au producteur », explique Didier Braun, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin. Alors, pour ne pas casser une dynamique qui aurait pu leur permettre de reprendre un peu du poil de la bête, les producteurs réclament l’arrêt de ces promotions. Didier Braun insiste sur leur non-sens : « Les promotions sont un bon outil pour booster une consommation défaillante. Mais là on atteint justement un meilleur équilibre entre l’offre et la demande. Il n’y a donc aucun intérêt à casser cette dynamique qui devrait conduire à une hausse des prix. » D’autant que la baisse de production s’annonce durable. De gros troupeaux ont mis la clé sous la porte en Allemagne. Au Pays-Bas, pour freiner les émissions de phosphore par l’élevage, les éleveurs sont soumis à un quota de phosphore qui devrait limiter les augmentations de taille des cheptels… Des pratiques toxiques Et puis ces promotions tombent d’autant plus mal que les acteurs de la filière vont entrer en phase de négociation pour fixer le prix le lait. Et les producteurs espèrent sortir de ces négociations avec une hausse du prix payé aux producteurs : « Produire a un coût, notre produit a une valeur », lance Nicolas Urban. Qui poursuit son raisonnement : « Les GMS doivent comprendre que si elles poursuivent dans cette voie, elles n’auront bientôt plus de produits français à proposer aux consommateurs. Déjà de très nombreuses exploitations sont en très grande difficulté. Si elles devaient se retrouver confrontées à une troisième année difficile, elles ne s’en relèveront pas. Donc si on veut que demain il y ait encore des agriculteurs et des éleveurs français qui font vivre l’économie, il va falloir que ça change. »  

Publié le 19/01/2017

Quelques semaines avant la tenue de son assemblée générale qui se déroulera le 3 février à Brumath, la FDSEA du Bas-Rhin a souhaité rassembler les délégués cantonaux lors d’un conseil qui s’est tenu le 12 janvier à Schiltigheim.

Suite à une année agricole 2016 marquée par des aléas climatiques et une conjoncture très difficile, la FDSEA souhaite à travers son assemblée générale poser la question de la gestion du risque. Jean Cordier, spécialiste de la question sera l’invité majeur de l’assemblée générale. Au-delà des actions que la FDSEA du Bas-Rhin met en place pour alléger les charges et accompagner au maximum ses adhérents, l’objectif est de se prémunir de ces risques météorologiques et économiques. Jean Cordier proposera une réflexion sur les outils qui pourraient être mis en place dans le futur pour se prémunir des aléas, il abordera les besoins budgétaires d’un tel dispositif et les conséquences sur les autres outils (Pac, DPI, DPA). Élection présidentielle : décryptage du programme des candidats Les assemblées générales cantonales, autre moment important de la campagne d’hiver, se dérouleront quelques mois avant l’élection présidentielle. Face à la crise agricole qui traverse tous les secteurs de production, le rôle de la FDSEA du Bas-Rhin à l’échelon local et de la FNSEA au niveau national est de mobiliser les futurs élus politiques sur de nombreuses questions agricoles. Le monde change, nous l’avons vu avec le Brexit et lors des élections aux États-Unis. Il ne faut pas ignorer ces changements mais bien être acteur de l’agriculture de demain. En vue de l’échéance présidentielle, la FNSEA a présenté les 13 mesures qu’elle souhaite voir mises en œuvre rapidement par le prochain gouvernement pour redonner du souffle à l’agriculture française : fiscalité, compétitivité, relations commerciales, etc. Le contenu des programmes des différents candidats et les demandes de la FNSEA seront abordés par nos équipes lors des assemblées générales cantonales de la FDSEA qui auront lieu de février à mars. Compensation environnementale : stop à la double peine Actuellement deux dossiers importants (le GCO et la liaison A4 Lorentzen) font apparaître les dérives en termes de compensation environnementale lors des projets d’infrastructures. Dominique Daul et Patrick Dietrich ont respectivement fait remonter les difficultés rencontrées avec l’administration sur leurs secteurs. Ces projets sont emblématiques par les surfaces qu’ils impactent mais de nombreux projets, partout dans le département, sont également concernés. Gérard Lorber a répondu sur le sujet : « Malheureusement aujourd’hui la compensation est inscrite dans la loi, elle est donc obligatoire ». Les services instructeurs de l’administration profitent de cette position dominante pour ajouter toujours plus de contraintes. Face à eux les porteurs de projets redoutent le passage au Conseil national de la protection de la nature (CNPN) qui peut faire annuler le projet si les compensations ne sont pas jugées suffisantes. Dans ces conditions les porteurs de projets finissent souvent par céder aux caprices de l’administration. « Nous nous battons sur chaque projet pour ne pas céder aux chantages de l’administration, mais une réforme de la loi serait nécessaire. Par ailleurs, nous avons obtenu le principe de compensation agricole car les agriculteurs sont les premiers à être pénalisés lors de la destruction de terres agricoles. » Copvial : le dossier sur les impayés des éleveurs avance Le dossier Copvial a été évoqué. Lors des réunions d’information destinées aux éleveurs, la profession s’était engagée à trouver des financements pour compenser la plus grande partie de la créance des éleveurs suite au dépôt de bilan de Copvial. Début 2017, cette promesse est sur le point d’être tenue et les premiers versements commencent à parvenir aux éleveurs. À ce jour, certains éleveurs ont perçu des premiers versements, notamment de la part de la Mutualité sociale agricole. Les aides de l’État via le dispositif Agridiff parviendront sur les fermes d’ici fin janvier. « Notre objectif est de pouvoir compenser au mieux les créances de tous les éleveurs. Plusieurs dispositifs sont actionnés de manière complémentaire. L’aide ne proviendra pas du même dispositif pour chaque éleveur, mais chacun sera traité au final de la même manière », a précisé Franck Sander avant de remercier tous les partenaires qui s’impliquent dans ce dossier. « C’est grâce à l’action et la mobilisation de tous, OPA, organisations économiques, MSA, État et collectivités que nous arriverons à solder ensemble ce dossier », a conclu le président de la FDSEA du Bas-Rhin. Évolution de l’ICHN Le conseil s’est terminé sur une note positive, en abordant la redéfinition des Zones défavorisées simples (ZDS) qui servira de base pour le paiement de l’ICHN et qui s’appliquera en 2018. La révision du zonage proposée par le ministère de l’Agriculture s’est traduite par un élargissement à quelques communes, mais aussi par l’exclusion de quatre autres communes historiques : Climbach, Burbach, Hinsingen et Rimsdorf. Au niveau national, de nombreuses communes se sont vues exclues du zonage ZDS suite à cette première mouture. C’est pourquoi, fin novembre, la FNSEA, la FDSEA 67 et les autres départements de France concernés sont montés au créneau. Un second zonage a donc été proposé. De nouveaux critères ont été pris en compte notamment l’existence d’élevages extensifs à l’herbe. Dans le Bas-Rhin, grâce à cette action, nous avons finalement pu faire entrer 31 communes supplémentaires dans le zonage dont les 4 qui étaient sortantes dans un premier temps. Une troisième carte, intégrant des nouvelles demandes, sera publiée d’ici mars 2017. La FDSEA continue donc de rester vigilante sur ce sujet et reviendra plus en détail dans une prochaine édition du journal lorsque le zonage ZDS sera finalisé.

Publié le 04/01/2017

La crise agricole qui frappe de plein fouet les exploitations alsaciennes n’épargne aucun canton. C’est pourquoi la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs du canton de Truchtersheim ont organisé le 12 décembre à Rohr une réunion d’information sur le dispositif mis en place pour aider les agriculteurs à surmonter ce cap difficile ou à prendre des décisions plus drastiques.

Dans le canton de Truchtersheim, on recense 350 exploitations sur une superficie de 12 000 hectares. Des exploitations de 32 à 40 ha en moyenne, très diversifiées : elles produisent 20 % des volailles, 20 % des porcs charcutiers, 25 % des betteraves à sucre et 19 % du tabac du Bas-Rhin. Petite mise au point de Dominique Daul, président du canton de Truchtersheim de la FDSEA : « On a souvent une image idyllique du Kochersberg, avec ses bonnes terres, ses exploitations diversifiées, ses agriculteurs spécialisés. Mais derrière ce tableau se cachent parfois des situations dramatiques, des exploitations en crise conjoncturelle ou structurelle. » Certaines se trouvent dans une situation critique qui compromet leur pérennité. D’où l’importance de la cellule Réagir, mise en place récemment. « Il existait déjà une cellule, baptisée Agridiff, permettant de venir en aide aux agriculteurs en difficulté lorsqu’une production était ponctuellement en crise, explique Denis Ramspacher, membre de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Mais avec la succession de mauvaises années, ce dispositif a montré ses limites. » Ces derniers temps, de nombreux responsables agricoles ont été contactés par des agriculteurs qui traversent une situation difficile. « C’est pourquoi nous avons décidé de créer la cellule Réagir et de confier sa responsabilité à une personne proche du terrain et des partenaires de l’agriculture. » C’est Pierre-Paul Ritleng qui a été chargé de cette mission. « Pour fonctionner de manière optimale, la cellule Réagir intègre l’ensemble des partenaires de l’agriculteur, la Chambre d'agriculture, la MSA, les centres de comptabilité, les banques et les OPA. » Des expertises bienvenues Le dispositif d’accompagnement aux agriculteurs en difficulté Réagir a été mis en place dans les dix départements du Grand Est, précise Pierre Paul Ritleng. « Les revenus sont en chute libre dans les dix départements, même s’il y a des variations d’un département à l’autre. » Selon les estimations, 70 à 75 % des exploitations de la région passeront le cap, 20 % passeront par la cellule Réagir, mais pour 5 % d’entre elles, la solution s’avère plus délicate. Par ses compétences, la MSA est très impliquée dans ce dispositif, de même que le Centre de fiscalité et de gestion et les autres centres de comptabilité. Les organisations agricoles interviennent ponctuellement pour apporter leur expertise (Comptoir agricole, Armbruster, Alsace Lait, Unicoolait, etc.), ainsi que les banques, les syndicats (FDSEA, JA, Association des viticulteurs d'Alsace). « Le rôle des banques est essentiel », indique Pierre-Paul Ritleng, saluant la présence de Florence Clémenceau, responsable du marché de l’agriculture et de la viticulture à la direction régionale Nord du Crédit Mutuel, et de Katia Ebersold, responsable de ce marché au Crédit Agricole Alsace Vosges. Détecter les exploitations fragilisées le plus tôt possible « Notre rôle est d’identifier les exploitations fragilisées le plus tôt possible, de les aider à appréhender l’ensemble des problèmes, à redresser l’équilibre de l’activité. Mais aussi, le cas échéant, d’accompagner, l’agriculteur vers une autre solution socioprofessionnelle réaliste. » Car il ne faut pas se leurrer : « Certaines exploitations ne pourront pas continuer ». Ce travail s’accomplit bien sûr dans une confidentialité absolue. Dans le Bas-Rhin, les exploitations en difficulté sont signalées par un appel au numéro vert (03 88 19 17 65) ou par un signalement à la MSA ou aux OPA, poursuit Pierre-Paul Ritleng. « L’agriculteur nous donne l’autorisation d’accéder à sa comptabilité. Avec l’aide du comptable, nous établissons un prédiagnostic qui est transmis à la MSA pour avis. Ensuite, nous analysons la situation avec les différents référents et nous prenons une décision. » Plusieurs cas peuvent se présenter : « Soit la solution est simple et rapide et l’exploitation peut sortir du dispositif, soit une adaptation du système est nécessaire, pouvant aller jusqu'à un audit complet de l'exploitation. Fréquemment, une réunion avec l’exploitant et les différents partenaires est organisée pour trouver une solution viable. Quant aux entreprises en difficulté structurelle majeure, elles sont orientées vers la cellule Réagir. » Mise en place fin octobre, la cellule Réagir recensait 29 dossiers à la mi-décembre. « Mais nous nous attendons à recevoir de nouveaux dossiers lorsque les échéances de fin décembre tomberont et qu’il faudra acheter les intrants pour la nouvelle campagne », indique Pierre-Paul Ritleng. Ils concernent des éleveurs laitiers, des producteurs de viande, des céréaliers, des producteurs de légumes et des viticulteurs. « 4 dossiers peuvent être réglés facilement, 20 nécessitent un audit d’approfondissement et 5 rencontrent des difficultés majeures, et ce depuis plusieurs années, ce qui fait que nous sommes devant un mur. Il faudra approfondir ces dossiers. » « Les dettes fournisseurs ont explosé » 20 exploitations ont déjà fait l’objet d’un prédiagnostic. « 16 d’entre elles ont un excédent brut d’exploitation (EBE) inférieur aux annuités à long et moyen terme, et toutes ont un EBE inférieur aux dettes fournisseurs et court terme. » Des dettes fournisseurs qui ont littéralement explosé, les agriculteurs s’acquittant prioritairement de leurs dettes auprès de la MSA et des banques. « Certaines situations sont incroyables. Ce qui fait que les banques ne sont pas enclines à accorder un financement. Pour qu’elles acceptent de jouer le jeu, il faut analyser cette dette, voir comment la restructurer. » Bien sûr, il existe des dispositifs pour permettre aux exploitants de souffler, comme l’année blanche que certains ont déjà utilisée par le passé. « Le syndicalisme a demandé la possibilité de cumuler deux années blanches. » Joseph Behr, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin, en est persuadé, la crise aura encore des répercussions en 2017, d’où l’importance de la cellule Réagir. « Pour la majorité des exploitations, le problème n° 1 est un problème de trésorerie. Nous nous sommes fortement mobilisés pour obtenir des enveloppes financières (fonds d’allégement des charges, remise de cotisations sociales). Nous avons également obtenu un dégrèvement de 30 % de la taxe foncière sur le non-bâti sur les terres et les prés, qui doit profiter à l’exploitant en cas de perte de récolte. » Par ailleurs, en cas d’année blanche, la Région Grand Est prendra en charge le tiers du coût des intérêts normalement à la charge de l’agriculteur. Katia Ebersold et Florence Clémenceau indiquent que les banques ont mis en place une palette de solutions pour assurer la pérennité de l’exploitation : pause sur les prêts à moyen terme, modulation ou report d’échéances à la fin du prêt dans le cadre de l’année blanche, révision des lignes de crédit, financement de stocks ou d’investissements récents qui auraient été initialement autofinancés, etc. Des solutions qui sont étudiées au cas par cas par des conseillers spécialisés, proches du terrain.

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