FDSEA

Publié le 11/02/2017

Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, Philippe Richert, président de la Région Grand Est, et Christian Riguet, secrétaire général de la préfecture de région, ont conclu l’assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin en faisant le tour des dossiers d’actualité.

« Ce sont ceux qui prépareront au mieux l’avenir qui seront là demain. Nous devons être acteurs à tous les niveaux », estime Jean-Paul Bastian. Tout ne se réglera pas par une assurance, il faudra aussi travailler sur la diversification et la compétitivité de nos exploitations, faire évoluer la Pac - trop axée sur les productions végétales, elle ne prend pas en compte la réalité de la polyculture élevage. Pour le vice-président de la Chambre d'agriculture, il faut profiter des crises pour améliorer les instruments de gestion, qu’il s’agisse du système d’assurance ou des mécanismes de gestion des marchés. « Une bonne façon de préparer 2022 ! » La France a toujours été en première ligne pour faire évoluer la Pac, poursuit-il. « Elle ne doit pas réfléchir seule dans son coin mais partager sa réflexion avec les autres États membres, en commençant par l’axe franco-allemand, travailler sur un projet européen, trouver des compromis. » Évoquant la faillite de Copvial, il précise : « Cette affaire a montré la capacité des agriculteurs à prendre leur destin en main. Nous avons pris nos responsabilités, montré notre détermination à maintenir la diversité agricole sur le long terme, mais aussi notre capacité à mobiliser nos partenaires. Dans les moments difficiles, il reste des leviers, mais il devient de plus en plus coûteux en énergie de les actionner. Sur ce dossier, la confiance des agriculteurs était essentielle : les éleveurs ont continué à livrer, ce qui a augmenté les chances de trouver un repreneur. » Être dans la coconstruction Le domaine agricole et agroalimentaire a été la première politique mise en œuvre par la nouvelle Région Grand Est, souligne son président, Philippe Richert. « Cette politique, nous ne l’avons pas construite dans des cabinets, nous l’avons coconstruite avec les agriculteurs, pour répondre au mieux aux réalités du terrain. Nous avons réfléchi en amont avec les partenaires des différentes filières, sous la houlette du vice-président de la Région, Philippe Mangin. Laurent Wendlinger et Patrick Bastian ont été de toutes les réunions. » Le plus important, pour le président de la Région Grand Est, était « d’éviter les ruptures, d’apporter des réponses concrètes sans prendre de retard et de construire ensemble pour l’avenir ». La politique régionale doit permettre de renforcer la compétitivité de la chaîne agroalimentaire régionale pour valoriser au mieux la production agricole, de moderniser les exploitations, de soutenir les investissements, de créer une dynamique de compétitivité, de faciliter l’installation des jeunes. Elle doit également aider les agriculteurs à se positionner sur des marchés nouveaux. Le Grand Est constitue un marché de 5,5 millions de consommateurs. « Dès 2017, tous les dispositifs seront mis en place pour conquérir ce marché », indique Philippe Richert, visant notamment l’approvisionnement de la restauration hors domicile. 2017 sera consacrée à concrétiser la nouvelle politique régionale, en la déclinant territoire par territoire et en y intégrant la politique européenne. « Nous sommes en charge de la mise en œuvre d’une grande partie des fonds du deuxième pilier. L’outil national de gestion des aides ne fonctionne pas, nous nous demandons vraiment s’il ne faut pas le régionaliser… » Philippe Richert revient sur le plan d’urgence conjoncturel de 5 M€ voté par le Conseil régional. Ce plan permet à la Région de prendre en charge la part des intérêts incombant normalement à l’agriculteur en cas d’année blanche. Une mesure dont bénéficieront 100 à 150 exploitations par département, soit 1 000 à 1 500 dossiers dans le Grand Est. « Nous aurons aussi à gérer les conséquences de la suppression des prêts bonifiés », prévient Philippe Richert. « Ne pas tout attendre de la Pac » « Gardons-nous de l’excès de normes, prévient Christian Riguet, secrétaire général de la préfecture de région. Nous avons le devoir d’être réciproquement à l’écoute, de trouver des solutions pragmatiques. Nous devons continuer à résoudre ensemble les problèmes, car c’est une méthode qui nous a réussi. » La gestion des risques sera un élément important de la négociation de la nouvelle Pac. Des propositions concrètes vont émerger, estime le secrétaire général. Cependant, « il ne faut pas tout attendre de la Pac, mais mobiliser d’ores et déjà tous les outils à notre disposition. » Les services de l’État se sont investis dès le départ pour aider les éleveurs en crise, en mettant en œuvre tous les dispositifs existants, souligne Christian Riguet. Il insiste sur les efforts de la Chambre d'agriculture d’Alsace pour identifier les agriculteurs en situation de détresse et mettre en place le dispositif Réagir. En ce début d’année, un point sur les aides Pac s’impose. « Concernant les campagnes 2015 et 2016, 90 % des aides sont sur les comptes des agriculteurs. Seules les aides à l’agriculture biologique et les mesures agroenvironnementales restent à régler. » Concernant les ordres de reversement envoyés récemment par l’ASP, Christian Riguet précise : « Ces outils ne sont pas conçus pour être au service des utilisateurs. Ces lettres ont été éditées, elles seront mises en recouvrement d’ici fin juin et c’est un mécanisme de compensation qui sera utilisé. » 23 smileys verts ! Sur le dossier du GCO, les services de l’État travaillent avec le concessionnaire Arcos pour limiter l’empreinte sur l’agriculture. « L’emprise de l’aire de service a été diminuée de 18 à 7 hectares. Nous sommes en train d’imaginer de nouvelles mesures de compensation pour limiter la part d’acquisition de terres dans les mesures compensatoires. Comme dans le dossier hamster, le but est de sauvegarder le maximum de terres agricoles. » Lors de la manifestation du 29 novembre à Strasbourg, la FDSEA a remis une liste de doléances à l’administration. Cette liste comprenait 16 smileys rouges, 8 oranges et 1 vert. Christian Riguet a remis à Franck Sander une liste mise à jour : il y a 2 smileys orange et 23 verts. « 8 sont plutôt vert clair, mais ils sont sur le bon chemin… »

Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin

Sur tous les fronts

Publié le 10/02/2017

L'assemblée générale de la FDSEA venait clore une année 2016 éprouvante pour tous les agriculteurs alsaciens, malmenés par les aléas climatiques, économiques, administratifs, le dépôt de bilan de Copvial… Dans ce contexte, la FDSEA a été sur tous les fronts pour soutenir ses adhérents.

« Votre présence nombreuse témoigne de vos attentes et des questions que se posent les agriculteurs en cette période d’incertitude », constate Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. « Durant cette année, poursuit-il, le réseau a été plus que jamais mobilisé pour protéger les agriculteurs face aux calamités. » Et leur enchaînement révèle la nécessité pour les agriculteurs de se prémunir des aléas : « C’est devenu un enjeu d’avenir. Nous refusons que notre métier soit une loterie, et c’est pourquoi nous avons fait de cette question le thème de notre assemblée générale. » Des retards de paiement inacceptables « La FDSEA a été sur tous les fronts pour soutenir les agriculteurs, appuie Joseph Behr, directeur de la FDSEA. Au quotidien, dans l’urgence, pour aider les agriculteurs à faire face à leurs difficultés. Et sur les dossiers de fonds. » La première action des agriculteurs a eu lieu dès le printemps dernier, alors que l’agriculture était montrée du doigt suite à plusieurs épisodes de coulées d’eau boueuse : « Nous sommes intervenus en urgence pour répondre à ces accusations. Et nous avons obtenu la reconnaissance de l’état de calamité agricole pour des cultures non assurables comme les fraises ou les asperges. Et l’État a appliqué un dégrèvement de 30 % de la taxe sur le foncier non bâti. Ce sont plus de 3 M€ qui reviennent sur les exploitations », rappelle Didier Braun, vice-président de la FDSEA. Et un peu plus tard, c’est le prix du lait qui a provoqué des actions syndicales. Des représentants de la FDSEA ont rencontré la députée européenne Anne Sander, afin de débattre des mesures à prendre au niveau européen pour réguler le prix du lait. Des actions ont été menées pour dénoncer le comportement de Lactalis envers ses producteurs. « Ces actions ont permis de sensibiliser le public et d’obtenir une revalorisation du prix du lait. » Dans le même temps, les aides à la réduction de la production instaurées au niveau européen ont favorisé la régulation de l’offre, donc l’assainissement du marché. « On espère désormais que le redressement des cours va se ressentir sur les exploitations. » Suite au dépôt de bilan de Copvial, « tout a été fait pour ne laisser aucune exploitation sur le bord de la route ». Par contre, Didier Braun a dénoncé « l’amateurisme » avec lequel l’administration a géré une Pac qui se complexifie toujours davantage. Les retards de paiement s’accumulant, les agriculteurs ont fini par se mobiliser pour se rassembler fin novembre devant la DDT. « Nous devons avoir les moyens de produire » Outre ces actions ponctuelles, menées en réaction à des événements bien précis, la FDSEA a continué à œuvrer sur des dossiers de fond, comme les niveaux et la régulation des prix agricoles, la compétitivité des entreprises, la gestion du recours aux produits phytosanitaires… « C’est important de prendre du recul, d’analyser la situation pour pouvoir assurer un accompagnement à long terme des entreprises pour qu’elles restent dynamiques et performantes », souligne Fabien Metz, vice-président de la FDSEA. C’est dans cet objectif que la FDSEA a poursuivi son travail de lobbying afin que les décisions qui sont prises, à quelque niveau que ce soit, permettent d’orienter le schéma agricole dans la bonne direction. Une des priorités de la FDSEA, c’est de parvenir à une rémunération plus juste du travail des agriculteurs. « C’est un travail de longue haleine », constate Fabien Metz. Et qui commence à porter ses fruits puisque des avancées ont été obtenues : « La loi Sapin permet de prendre en compte les coûts de production dans la négociation des prix agricoles », illustre Fabien Metz. Autre cheval de bataille de la FDSEA, l’assouplissement ou du moins l’harmonisation des contraintes de production : « Nous évoluons dans un contexte de plus en plus réglementé et contraint alors que nos produits sont vendus sur un marché libéral, en concurrence avec des produits issus d’autres pays, qui ne sont pas soumis aux mêmes règles de production », analyse Fabien Metz. C’est pourquoi la FDSEA a travaillé sur les règles qui encadrent l’usage des produits phytosanitaires ainsi que sur la taille des élevages et la réglementation afférente. « Nous devons avoir des moyens de produire », poursuit Fabien Metz. C’est pourquoi la FDSEA a défendu le maintien du Plan bâtiment et s’engage pour préserver le foncier agricole et notamment réduire l’impact du GCO. Enfin, dernier cheval de la FDSEA, et non des moindres : la communication. « Aujourd’hui l’information et la désinformation se diffusent très vite. C’est pourquoi nous devons utiliser les réseaux sociaux pour expliquer notre métier aux consommateurs », affirme Fabien Metz.

Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA

Deux poids deux mesures

Publié le 09/02/2017

Dans une intervention au vitriol, Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA, fustige une administration française exigeante avec les agriculteurs, mais pas autant avec elle-même.

« 2016 a été marquée par des difficultés climatiques qui ont pesé sur les trésoreries. Dans une année aussi pénible, on attendrait que l’administration nous laisse un peu de répit… Et bien même pas. Presque deux ans après la fin des déclarations Pac 2015, toutes les aides ne sont pas versées. C’est inadmissible. De notre côté, dès le premier jour de retard de déclaration, nous subissons des pénalités ! », introduit Gérard Lorber. Il s’attaque au « demi-ministre de l’agriculture », faisant référence à l’autre casquette de Stéphane Le Foll, également porte-parole du gouvernement, ce qui, pour Gérard Lorber, est révélateur du peu de cas qui est fait de l’agriculture puisqu’elle ne bénéficie même pas d’un ministre à temps plein. D’autant que ce demi-ministre donc, « annonce des retards de paiement depuis 18 mois, sans jamais se remettre en question ». Pourtant, les dysfonctionnements sont nombreux. Gérard Lorber dépeint le parcours du combattant que représente une déclaration Pac. Il s’agit d’abord de se connecter au site TelePac, ce qui requiert de mettre la main sur le bon mot de passe, sachant que ce dernier change « tous les six mois ». Cette étape franchie, « on s’aperçoit que des centaines de vacataires en France se sont amusés à compter tous les arbres sur les parcelles et on se retrouve avec une liste de notifications longue comme le bras. On passe une demi-journée à tout vérifier en pleine période de semis pour que tout compte fait l’administration ne retienne pas les tracés. Sur certaines parcelles, cela fait cinq ans que je déplace un trait et que l’administration le remet au mauvais endroit, en dépit du cadastre ! » Arrivés au bout de la déclaration, les agriculteurs attendent, soulagés, leur versement, « mais il ne vient pas ». « Pire, depuis quelques jours, l’Agence de services et de paiement (ASP) se permet de réclamer de l’argent à des personnes qui n’ont toujours pas reçu le solde de leurs aides Pac. Je ne sais pas si l’administration se rend compte que, dans la conjoncture actuelle, les primes Pac pour beaucoup d’agriculteurs c’est le seul moyen de se tirer un salaire. » Simplifier S’il est déçu par les lenteurs administratives, Gérard Lorber salue le travail des assureurs : « Dans cette année particulièrement difficile, le dossier a été géré avec pragmatisme et efficacité ». Il développe ensuite les autres leviers à actionner pour mieux gérer les risques en agriculture, ce qui passe par l’adaptation à ces risques : « Il n’y a pas de meilleure assurance contre le risque de sécheresse que l’irrigation, pas mieux que le curage et le drainage contre l’excès d’eau ». Un travail est d’ailleurs en cours avec le Conseil régional pour développer l’irrigation, « une première enveloppe a été ouverte, j’espère que de nombreux projets vont voir le jour », se félicite Gérard Lorber qui appelle les agriculteurs à « jouer collectif » sur ce dossier, notamment à la faveur des remembrements. Mais si pour les agriculteurs l’irrigation est synonyme de sécurité, Gérard Lorber rappelle que pour d’autres c’est « un gros mot, et, trop souvent, le droit de l’environnement vient nous contraindre sur ces dossiers ». Cependant, la FDSEA a participé à l’élaboration d’un accord sur la méthode d’entretien des cours d’eau qui est « une réussite totale sur le terrain » et dont il faudrait s’inspirer pour gérer d’autres dossiers, en mal de simplification. « Pour poser une buse de 4 mètres dans ce pays, illustre Gérard Lorber, on nous impose une étude d’impact. Au total 12 pages d’études pour une malheureuse buse. Prix d’une buse de 4 m, 100 €, coût de l’étude 1 000 €. Quand le coût d’étude est dix fois supérieur à celui des travaux, je pense qu’on peut commencer à se poser des questions sur la manière dont fonctionne notre pays. » Aussi Gérard Lorber propose-t-il une mesure aux candidats à l’élection présidentielle : « Une pause réglementaire totale ». Récemment, le syndicalisme agricole a obtenu une hausse des seuils d’autorisation pour les installations classées. Alors qu’une étude ICPE coûte entre 8 000 et 15 000 €, cet acquis syndical représente donc un gain de compétitivité important pour les exploitations agricoles qui ne coûte rien à l’État. C’est donc possible de faire plus simple. Reconnaître Gérard Lorber appelle aussi à « sortir de l’écologie punitive ». « Trop souvent les problèmes sont attaqués sous le mauvais angle : on part d’un fait divers et on veut en faire une loi. » C’est ce qui s’est passé avec l’arrêté phyto, qui devait instaurer des interdictions d’épandage qui, avec le parcellaire alsacien, auraient signé la mort de l’agriculture locale. « Or 2016 nous a rappelé que nous avons besoin d’outils de protection des plantes. Nous avons dû pulvériser plus pour protéger nos cultures. » Mais c’est un message qui a du mal à être entendu, et « le combat sera long », présage Gérard Lorber. Pour lui, avec le traitement médiatique souvent binaire de l’agriculture, entre les bons petits paysans et les méchants grands industriels, qui occulte la grande majorité des agriculteurs, c'est ce qui contribue à « un vrai manque de reconnaissance de notre métier ». Rémunérer Cette reconnaissance, pour Gérard Lorber, passe surtout par « un salaire digne de ce nom ». Or pour avoir un revenu il faut un prix, donc une juste répartition de la marge au sein de la filière. « Il faut trouver un moyen de peser dans les négociations, pour savoir qui dit vrai dans ce jeu de dupe et défendre un prix qui permette de vivre de son métier. Aujourd’hui le droit de la concurrence nous interdit ces discussions sous format interprofessionnel. Il faudra rapidement y revenir car aujourd’hui les agriculteurs sont considérés comme des pions par le reste de la filière. » Gérard Lorber en veut pour preuve l’attitude de Lactalis vis-à-vis de ses producteurs. En outre, il estime que « dans ce combat pour un prix rémunérateur, nous devons faire du consommateur un allié. De plus en plus de consommateurs s’inquiètent de la qualité et de l’origine des produits. En ce sens, nous avons obtenu une victoire avec l’obligation d’étiquetage de l’origine des viandes et des produits laitiers dans les produits transformés. » En Alsace, où les agriculteurs ne peuvent pas être des céréaliers purs, mais doivent s’appuyer sur des ateliers à plus forte valeur ajoutée pour asseoir leur revenu, des opportunités sont à saisir : « Aujourd’hui le tabac, le houblon, la betterave, les pommes de terre, les ovins constituent d’intéressantes sources de diversification ». Avancer Gérard Lorber conclut son intervention en appelant à « la solidarité et à l’échange », des valeurs « essentielles » en agriculture, qui peuvent être mises à mal en temps de crise, où la tendance est souvent « au repli sur soi et à l’individualisme » : « C’est humain, mais ça serait une erreur », affirme Gérard Lorber.

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