FDSEA

Publié le 08/02/2017

Vendredi 3 février, la FDSEA du Bas-Rhin tenait son assemblée générale à Brumath. Quel meilleur exemple que l’année écoulée pour mettre en avant l’importance de la gestion des aléas en agriculture ? En cumulant faibles rendements et prix bas, elle a impacté presque toutes les filières, animales et végétales. Pour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, il est urgent de mettre en place des outils pour se prémunir contre les aléas.

« 2016 restera dans les annales agricoles comme l’une des pires que nous ayons connues, souligne le président Franck Sander. Elle montre à quel point nos exploitations sont vulnérables face aux aléas, particulièrement lorsque ceux-ci se succèdent. » Pour passer ce cap difficile, toutes les organisations agricoles se sont mobilisées, au côté des coopératives, des banques, des assurances, des entreprises privées, afin d’aider les agriculteurs à résoudre leurs problèmes de trésorerie. En additionnant tous les dispositifs d’aides - enveloppe FAC de l’État, calamités agricoles, passage à l’assiette n - 1 pour le calcul des cotisations agricoles, dégrèvement de la TFNB -, on atteint un montant de 4,6 millions d’euros pour 2015, montant qui sera dépassé en 2016. Ces mesures ont été obtenues par la FNSEA et mises en œuvre avec l’aide des OPA. Franck Sander a également souligné le plan d’urgence de 5 M€ décidé par la Région Grand Est qui permettra de prendre en charge la part des frais incombant aux agriculteurs dans la mise en œuvre de l’année blanche. Mais même si elles sont importantes, ces aides ne couvrent pas les pertes subies par les agriculteurs et certaines exploitations auront besoin d’un accompagnement rapproché. C’est l’objectif de la cellule Réagir coordonnée par la Chambre d'agriculture d’Alsace. Actionner tous les leviers À l’avenir, il faudra réfléchir aux outils à mettre en place pour protéger les exploitations contre tous ces risques. De quels risques parle-t-on ? Du rendement d’abord, l’agriculture dépendant directement des caprices de la météo. Du prix ensuite : avec la mondialisation des marchés, ils sont de plus en plus sujets à la volatilité. « Nous devons trouver les moyens de nous en prémunir. » Mais on ne pourra pas tout régler à travers l’assurance. « Il existe d’autres leviers, sur lesquels nous sommes capables d’agir, à condition que notre administration veuille nous écouter. » Franck Sander évoque notamment le combat syndical contre la normatisation de notre société. « Avec ses 400 000 normes, la France détient un triste record ! Le compte pénibilité en est un parfait exemple. Il n’est tout simplement pas acceptable ! » Pour le président, l’excès de réglementations nuit à l’agriculture, l’exemple le plus flagrant étant celui des compensations environnementales qui pèsent systématiquement sur l’agriculture, comme pour le GCO. « Je demande au gouvernement de tenir l’engagement pris à l’automne 2015 de mesurer l’impact économique de toute nouvelle réglementation avant qu’elle soit mise en application. Le nouveau gouvernement serait bien inspiré de prendre cet engagement à son compte. » Autre chantier, celui de la compétitivité. La FNSEA a engagé un travail de fond pour améliorer la compétitivité des exploitations françaises et des résultats ont été obtenus, comme la baisse de 7 points des cotisations sociales en 2016, qui s’ajoute à celle de 3,1 % des cotisations familiales obtenue en 2015. « Mais souvent, le gouvernement nous reprend d’une main ce qu’il a donné de l’autre, comme la hausse des cotisations RCO. » Pour une répartition plus juste de la valeur ajoutée La FNSEA se bat également pour une répartition plus équitable de la valeur ajoutée. « La guerre des prix de la grande distribution nous met dans une situation intenable. Le rapport de force est tellement déséquilibré que nous ne comprenons pas ce qu’attend l’État pour intervenir. La logique des prix doit être inversée pour prendre en compte nos coûts de production. Nous plaidons pour une exception agricole en matière de droit de la concurrence, pour que les prix puissent être discutés sereinement au sein des interprofessions. » Les élections présidentielles doivent être l’occasion d’un changement de cap, insiste Franck Sander. « La FNSEA a listé treize mesures à appliquer dans les 200 premiers jours par le futur président de la République. » Le président de la FDSEA met en garde : « Il ne faut pas tout attendre de Paris. Nous nous devons d’être innovants, rigoureux et professionnels. La gestion de nos exploitations, comme nos outils de transformation, se doit d’être rigoureuse. Sachons chercher de la valeur ajoutée sur nos fermes pour être créateurs d’emploi. » Le combat pour développer le « manger local » et imposer l’origine du lait dans les produits laitiers et de la viande dans les plats préparés a porté ses fruits. « L’essai doit maintenant être transformé. » L’une des solutions pour se prémunir des aléas en agriculture est de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier, c’est-à-dire d’être diversifiés, au niveau des filières comme des modes de production ou des débouchés. « Mais nous ne maîtrisons pas certains éléments comme le climat, les ravageurs, la volatilité des marchés, le prix des intrants, etc. Comment se prémunir de ces aléas que nous ne maîtrisons pas ? Nous sommes prêts à assumer une part du risque, mais lorsque les calamités s’enchaînent, la pérennité des exploitations peut être mise en cause. » Ne pas abandonner les mesures de gestion de l’offre La solution est aussi préventive que curative. Des leviers préventifs existent, à commencer par la gestion de l’offre. « Au gré des réformes, l’Union européenne a pris le chemin inverse, abandonnant les quotas de production et les mécanismes d’intervention. Avec la mondialisation des échanges, la régulation à l’échelle européenne peut paraître illusoire, mais il ne faut pas l’abandonner, comme sur le marché laitier où l’Union européenne a accepté d’intervenir pour soutenir la réduction de la production. » Parmi les leviers préventifs, il y a tout ce qui peut améliorer la résilience des exploitations : l’arrêt de la surréglementation, l’amélioration de la compétitivité et des prix qui tiennent compte des coûts de production. Et lorsque tout cet arsenal préventif ne suffit pas, il est important que les agriculteurs puissent disposer de solutions curatives. L’outil principal est l’assurance. La Pac y consacre une part assez faible de son budget en subventionnant l’assurance récolte. Même si le système est perfectible, il permet incontestablement aux exploitations les plus touchées de passer le cap. Une réflexion est en cours pour améliorer le dispositif, en abaissant le seuil de déclenchement à 20 % et en modifiant le calcul du rendement de référence. « Nous ne disposons pas de système assurantiel contre la chute des cours ou les problèmes sanitaires. » Une réflexion est en cours pour mettre en place une assurance chiffre d’affaires qui engloberait tous ces risques. Mais comment la financer ? Sur les DPB ? Impensable… Quoi qu’il en soit, cette assurance ne doit pas être pour l’Union européenne une occasion de se retirer de la gestion des aléas. Constituer des réserves pour les mauvaises années Dans la panoplie des solutions, Franck Sander a évoqué une troisième catégorie, à la fois préventive et curative : les aides à l’hectare de la Pac (DPB) entrent dans cette catégorie. Franck Sander milite pour que, dans les années où le rendement et le prix sont corrects, les DPB puissent être placées en épargne par l’exploitant pour être réintégrées dans les mauvaises années, mais sans être fiscalisées. « Cela permettrait de constituer une vraie réserve. » De même, il plaide pour la création d’un fonds de mutualisation par filière. Chaque filière pourrait constituer un fonds abondé par du cofinancement national et européen. En cas de coup dur, ces fonds seraient débloqués pour venir en aide aux producteurs de la filière. Pour l’instant, ces dispositifs, pourtant prévus dans la Pac, ne sont pas mis en œuvre. « La gestion des risques et des aléas est devenue un enjeu majeur pour l’avenir de notre métier. Il faudra trouver des outils efficaces de gestion des risques, en jouant sur tous les tableaux. »

Assemblée générale de la FDSEA du Bas Rhin

« La gestion des risques agricoles dans la Pac post-2020 »

Publié le 03/02/2017

Jean Cordier, professeur à Agrocampus Ouest, spécialiste de la gestion des risques en agriculture, intervient aujourd’hui à l’assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin. Il nous livre en avant-première quelques éléments de sa réflexion.

Le risque est inhérent à l’activité agricole, car l’instabilité de son environnement naturel est la règle. Les agriculteurs travaillent depuis la nuit des temps pour produire des biens alimentaires réclamés par les sociétés humaines (famille, tribus, pays, monde) et pour faire face aux aléas de la nature, qu’ils soient climatiques ou sanitaires. Intégrés aux marchés locaux, puis nationaux, enfin mondiaux, ils connaissent la concurrence et la volatilité des prix même si la Politique agricole commune de première génération (1962-1992) a constitué une sorte de parenthèse de stabilité. La gestion des risques est probablement bien inscrite dans la génétique des agriculteurs. La Pac de première génération a favorisé l’expansion de la production au sein de l’Union européenne en recherchant des gains de productivité - restructuration des exploitations, technologie, intensification - avec des prix de support élevés sans contrainte de volume. Le risque de marché était alors absorbé par les instruments stabilisateurs de la Pac. La réussite de cette politique, modernisation de l’agriculture avec d’ailleurs une forte réduction du nombre d’exploitations, a cependant induit plusieurs effets négatifs dont : la création de surplus que la Pac a alors « bradé » sur le marché international, déprimant alors les prix mondiaux et augmentant leur volatilité ; et une certaine dégradation de l’environnement, un bien public sans valeur marchande. La Pac de seconde génération date de la réforme de 1992. Elle se fonde sur une « orientation de marché », c’est-à-dire vers une intégration de l’Union européenne au marché mondial avec des prix communautaires liés aux prix mondiaux mais aussi avec des produits agricoles de qualité répondant à la demande des consommateurs européens et mondiaux. Cette Pac s’est alors attachée à combler la lacune environnementale en proposant des compensations conditionnelles à la sauvegarde de biens publics (santé, biodiversité, changement climatique). Mais elle a certainement omis de proposer des instruments de gestion du risque pour que les agriculteurs puissent faire face aux aléas de la nature et des marchés internationaux. En 2017, il est reconnu que les risques qui pèsent sur l’exploitation agricole ont tendance à augmenter, changement climatique, diffusion internationale des maladies, transfert de volatilité entre matières premières (les chocs sur le pétrole, les métaux ou sur les monnaies affectent les marchés agricoles). Les agriculteurs européens supportent maintenant les risques et les crises sans disposer de réels instruments de gestion du risque. Ce constat maintenant bien admis induit immédiatement des questions : Que faut-il faire ? Quels instruments de gestion du risque faut-il privilégier ? Faut-il « copier » le Farm Bill 2014 qui privilégie le système assurantiel complété par des programmes contracycliques et qui a supprimé les aides directes ? La réponse à ces questions est actuellement largement débattue. La Commission agricole du Parlement européen a multiplié les études sur le sujet ces dernières années et a voté une résolution non législative en novembre 2016 demandant la mise en place de nouveaux outils de gestion des risques et des crises et le renforcement du pouvoir de marché en aval des filières. La direction générale de l’Agriculture de la Commission européenne a créé une task force en janvier 2016, afin d’émettre des propositions concrètes sur la gestion des risques et sur le renforcement du pouvoir de marché des agriculteurs. Ce groupe de travail a remis son rapport en novembre 2016. La présidence du Conseil des ministres européen a abordé cette question dans une vision de la Pac post-2020. Enfin, les syndicats professionnels représentant les agriculteurs et les acteurs des filières, les think tanks de toutes origines et même les chercheurs en économie agricole, émettent des propositions dans les différents pays européens. Que faut-il retenir de cette « masse de cogitations » ? aucun outil n’est parfait et ne permet de répondre aux multiples types de risques auxquels l’agriculture est confrontée. Il faudra donc concevoir une boîte à outils cohérente ou peut-être même plusieurs boîtes pour répondre aux attentes des productions végétales et animales. l’organisation en deux piliers de la Pac n’est pas optimale le mode de financement doit être revu car un budget européen fixe, comme actuellement, ne peut satisfaire un besoin de compensation aléatoire. Quels sont les outils envisagés dans la Pac 2014-2020 ? La boîte à outils proposée, avec des aides publiques cofinancées par l’UE et ses pays membres, recouvre : des assurances sur le risque de production (climatique et sanitaire) des fonds mutuels sur le risque de production des fonds mutuels de stabilisation du revenu (dits IST). Ces outils sont intéressants, mais sont fortement contraints par les textes réglementaires de la Pac courante. Leur développement ne peut s’envisager qu’en levant un certain nombre de contraintes. Celles-ci ont été plutôt bien exprimées dans le rapport de la task force et pourraient être intégrées dans le règlement omnibus destiné à « ajuster » les textes de la Pac 2014-2020 signés en 2013. Il est ainsi proposé des fonds mutuels sectoriels et le relèvement des seuils de déclenchement pour les indemnisations des assurances et des compensations des fonds mutuels. D’autres instruments peuvent aussi être envisagés, comme l’épargne de précaution, des assurances sur le chiffre d’affaires ou la marge du producteur, ou d’autres formes de support contracycliques. Tout doit être étudié et comparé en termes d’efficacité. Pour conclure sur la gestion du risque agricole dans la Pac post-2020 et pour progresser concrètement dans une vision future de cette politique, il ne suffit pas de s’arrêter sur des listes d’instruments avec leur potentiel et leurs limites, comme beaucoup le font. Il ne suffit pas de lever les contraintes au bon développement de ces instruments, comme il est envisagé de le faire. Il est indispensable d’abord de développer une vision de la cohérence des instruments et de montrer comment ils peuvent fonctionner ensemble. Il est ensuite indispensable d’en estimer le coût budgétaire annuel moyen, ainsi que de définir la méthode de financement pluriannuel, compte tenu de la variabilité annuelle du besoin. Beaucoup de travail en perspective, mais aussi beaucoup d’améliorations possibles de la Pac au profit des agriculteurs et des filières agroalimentaires.

Jean Cordier, invité d’honneur de l’assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin

Les futures politiques agricoles devront mieux intégrer la gestion des risques

Publié le 28/01/2017

Après une année 2016 chaotique d’un point de vue climatique et des prix guère plus réjouissants, la question de la gestion des risques revient sur toutes les lèvres. Aucune exploitation n’est suffisamment armée aujourd’hui pour surmonter de telles situations, surtout lorsqu’elles se succèdent. La FDSEA a donc souhaité faire de la gestion des risques et des aléas le thème de son assemblée générale le 3 février prochain à Brumath. Elle a invité à cette occasion un spécialiste de la question, le Professeur Jean Cordier qui interviendra autour du thème : Demain, comment se prémunir des aléas en agriculture ? Le Professeur Jean Cordier a notamment rédigé une étude économique sur le sujet qui fait référence tant auprès des pouvoirs publics, des instances européennes que des organisations agricoles françaises. Un résumé de ces travaux est à lire en encadré ci-contre. Ceux-ci montrent qu’il n’y a pas de stratégie unique pour se protéger du risque. Les mécanismes de type assurantiel semblent cependant incontournables.

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