Cultures spéciales

FRUITS ET LÉGUMES

Vaches maigres

Publié le 05/01/2018

La plupart des fruits connaissent une année noire. Noire comme la couleur attribuée au gel. Les légumes sont épargnés.

Le printemps avait bien commencé. Un peu trop bien. Les gelées nocturnes des 20 et 21 avril laminent en quelques heures les vergers qui avaient correctement fleuri, notamment dans les secteurs d’Obernai et de Colmar. Dans les cas les plus sérieux la perte s’élève à 100 % ! Le phénomène climatique touche davantage le Haut-Rhin que le Bas-Rhin. Et la grêle de mai fait presque figure d’anecdote. À la récolte, les mirabelles sont d’un bon calibre, mais il n’y a que 75 % de la normale dans le Bas-Rhin, seulement 25 % dans le Haut-Rhin. Le volume de quetsches est amputé de 30 %. Les cerises s’en sortent bien sauf dans les secteurs gelés où le déficit atteint 60 ou 80 %. Les cerises à kirsch sont entièrement sinistrées. Les 410 ha de pommiers payent un lourd tribut à la gelée noire. Les producteurs bas-rhinois ne cueillent que 50 % de la normale ; leurs collègues haut-rhinois doivent se contenter de 20 %, voire moins, comme dans le Sundgau. En outre, les fruits déformés ne s’avèrent valorisables qu’en jus. Les fraises constituent une autre victime du gel. Il grille les fleurs, entraînant une perte instantanée de 35 % que la suite beaucoup plus favorable de la saison ne compense aucunement. Sous le soleil de juin, la productivité est au rendez-vous tout comme la qualité. L’oïdium ne se manifeste pas, au contraire des acariens et, pour une fois, des pucerons présents de manière précoce. Les attaques de drosophila suzukii sont faibles. Les variétés remontantes produisent correctement à condition d’avoir réussi à bien contrôler les thrips. Les prix sont un peu plus élevés que l’an passé. 2017 est une deuxième année moyenne pour les fraisiculteurs. Légumes aux ravageurs actifs Itinéraire cultural aidant, les légumes maraîchers échappent au gel. Ils sont aussi épargnés par les maladies fongiques qui ne trouvent pas de terrain favorable à leur développement. En revanche, ils font face à une recrudescence de ravageurs. Leur vitalité est cependant bien contrôlée par les traitements. L’année convient bien aux tomates et aux courgettes dont certaines parcelles restent au champ en raison d’une surproduction des plants. Elle conduit à des télescopages entre les différentes régions de production de salades, au détriment du prix. Les carottes doivent d’abord se débarrasser des mouches qui les embêtent en début de culture. Sur l’ensemble de la gamme, la productivité est correcte, mais le niveau de prix laisse à désirer. En légumes de plein champ, le poireau doit se méfier de la fusariose et des thrips, beaucoup moins de ses maladies classiques comme la rouille, l’alternaria et le mildiou. Le chou-fleur et le brocoli sont assaillis par thrips et aleurodes, le chou légume par l’alternaria. En chou-fleur, les conditions météo gomment les décalages à la plantation jusqu’à provoquer un afflux de marchandise préjudiciable au prix de vente. Les alliacées ne sortent pas indemnes de l’année, mais tirent néanmoins le mieux leur épingle du jeu. Oignons et échalotes ont une levée homogène dans les terres légères, plus hétérogène en terres lourdes et croûtées qui rendent le désherbage délicat. Thrips et fusariose occasionnent quelques soucis. L’irrigation est nécessaire pour éviter les pointes sèches. Si la tombaison est précoce, les calibres de 5 à 7 obtenus sont satisfaisants. L’ail se met au diapason. La rouille est absente. Les cailleux sont beaux et le rendement correct.

Confédération générale des planteurs de betteraves

Quel marché pour la betterave sucrière dans l’après-quota ?

Publié le 26/12/2017

À l’occasion de son assemblée générale, la Confédération générale des planteurs de betteraves a présenté la campagne betteravière 2017-2018, première campagne de l’après-quota. L’occasion également de faire un point sur les débouchés potentiels de cette production en forte hausse par rapport à la campagne précédente.

« Nous sommes à un moment historique, l’an 1 d’une filière sans quota. La France va enfin pouvoir exprimer tout son potentiel », a affirmé Éric Lainé, président de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), lors de l’assemblée générale du syndicat le 12 décembre. Avec la fin des quotas, la production de la campagne 2017-2018 a atteint un niveau record avec 44,2 millions de tonnes (Mt) de betteraves ramassées, soit une production de sucre de plus de 6 Mt. Les producteurs français s’étaient préparés à la fin de ces quotas en plantant plus de betteraves. Les surfaces ont ainsi augmenté de 20 % entre 2016 et 2017. Les rendements ont également été au rendez-vous avec une moyenne de 93 t par hectare. Pour absorber ces volumes, les usines ont, cette année, travaillé 130 jours contre 100 jours en moyenne les dernières années. Mais avec l’accroissement de production se pose la question des débouchés pour le sucre. 28 % du sucre produit sont vendus en France à des fins alimentaires. Des ventes qui sont similaires à celles de l’année dernière. Cependant, suite au doublement de la taxe soda Timothé Masson, directeur du pôle international à la CGB, a exprimé ses craintes quant à une diminution des ventes de sucre en France au profit des édulcorants de synthèse. À quelques semaines des semis, il a dénoncé, un manque de transparence et de visibilité sur les cours. Le ministère de l’Agriculture n’a pas encore diffusé les cours officiels. En moyenne, les sucreries françaises vendent la tonne 350 €, soit une baisse 25 % par rapport à l’an passé. Hors pulpes, les producteurs touchent ainsi 23 € la tonne. 39 % du sucre sont vendus sur le marché européen à des fins alimentaires. Les ventes ont donc augmenté de 400 000 t par rapport à 2016. La France, premier exportateur européen Là encore, la filière française a exprimé ses inquiétudes sur la durabilité de ce marché. En effet, l’entrée en vigueur du Mercosur pourrait faire perdre des parts de marché au sucre français. Un Brexit « dur » pourrait aussi fermer les portes de la Grande-Bretagne. De plus, le marché européen reste volatil et le sucre est vendu moins cher que sur le territoire français. 18 % du sucre est exporté hors de l’Union européenne, soit une augmentation de près d’1 Mt. La France est donc le premier exportateur européen. Les prix ne sont pas toujours au rendez-vous. À la sortie des sucreries, le sucre est vendu en moyenne 325 €/t depuis le 1er octobre, soit 18 € la tonne de betteraves hors pulpe. 15 % du sucre français sont vendus pour des usages non alimentaires, dont 10 % sont destinés au bioéthanol. Ce marché n’a pas de suivi officiel. La betterave destinée au biocarburant est achetée environ 22 €/t. Si les volumes vendus à ces fins ont augmenté, ce marché n’est pas forcément pérenne. En effet, l’Europe débat actuellement sur un possible abandon des biocarburants d’ici 2030. Si ces propositions sont pour le moment rejetées, les instances européennes font des propositions pour une diminution progressive de l’utilisation de ces carburants. Dietrich Klein, président du groupe de travail bioénergies au Copa-Cogeca, a précisé que la commission propose de passer, en 2030, à 3,8 % de biocarburants issus des grandes cultures ou de résidus agricoles dans les transports. Il estime que cette position est inacceptable et a donc appelé à la mesure. Il juge les propositions de la commission et du conseil de passer à 7 % de biocarburant dans les transports plus raisonnables.

Coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F)

« Un outil envié par les autres régions »

Publié le 25/12/2017

La coopérative Tabac Feuilles de France vient de vivre sa première assemblée générale depuis la fusion avec Poitou Tabac. Elle regroupe 187 producteurs, pour une superficie de près de 1 700 ha. « Nous représentons 80 % de la production française de virginie et 60 % du tabac français, souligne le président Rémy Losser. Il s’agit de conforter cette position pour pouvoir affronter l’avenir, alors que nous sommes soumis de plein fouet au marché. »

« Après plusieurs années très moyennes en termes de poids, de qualité et de rendement par hectare, l’année 2017 est plutôt satisfaisante, voire excellente pour certains planteurs », explique Rémy Losser. Les volumes de production sont en nette hausse, parce que le potentiel de production est supérieur et que les surfaces sinistrées sont très faibles. « C’est bienvenu pour les producteurs, pour la coopérative et pour les marchés qui s’interrogeaient sur le devenir de l’origine France. » Une qualité globalement meilleure Près de 4 500 tonnes de virginie ont été livrées en 2017, soit 700 t de plus que l’année précédente. La qualité est globalement bonne, confirme le directeur, Olivier Riedinger. Le rendement du virginie conventionnel s’élève à 3 000 kg/ha, contre 2 426 kg/ha pour le virginie bio et 2 677 kg/ha pour le virginie en conversion. Les livraisons de burley sont en cours mais les premières constatations font état d’une bonne récolte en matière de poids et de qualité. L’occasion, pour Olivier Riedinger, d’annoncer que les attentes en termes de coloration des feuilles évoluent : « On passe du chamois clair au marron chocolat pour occuper un nouveau marché qui s’offre à nous ». Cependant, les marchés et les prix sont tendus, ce qui explique que le prix d’acompte est en diminution de 10 cts par rapport à l’an dernier pour le virginie. Pour le burley, les prix d’acompte restent stables. « Le paradoxe, explique Rémy Losser, c’est que France Tabac n’a pas assez de tabac pour satisfaire tous les acheteurs. Mais le prix ne va pas augmenter pour autant… » Il faut maintenir, voire améliorer encore la qualité, car les acheteurs sont de plus en plus exigeants. « La problématique, ce n’est pas de vendre le tabac, mais de le valoriser pour générer une plus-value dégageant un revenu acceptable pour les producteurs, poursuit le président. Tous les marchés ne sont pas porteurs. » La coopérative cherche à se positionner sur les marchés de niche, à haute plus-value. « Nous avons une chance énorme. Certains marchés ont émergé, comme le tabac à chicha ou le PPID (tabac à faibles résidus), sur lesquels nous sommes bien placés. » Le tabac à chicha, un marché très convoité Même s’il est en constante augmentation, le marché du tabac à chicha soulève quelques inquiétudes. « Au début, il y avait un seul opérateur, Alliance One. Aujourd’hui, de nombreux acteurs se sont engouffrés dans la brèche. Mais seule la qualité des tabacs français et allemands est reconnue. Il faut assainir ce marché en mettant en place une garantie de traçabilité. » Le tabac PPID rémunère mieux que le tabac conventionnel, souligne Rémy Losser. Ce tabac bénéficie d’une traçabilité qui garantit l’absence de certains produits phytosanitaires et un faible taux de nicotine. « Nous avons deux clients, pour un volume de 1 000 tonnes. Mais nous ne sommes pas sûrs de pouvoir livrer, du fait de la pression de l’orobanche. » Le marché du burley est un paradoxe total. Alors que la coopérative a poussé les planteurs à se reconvertir dans le virginie, elle peine aujourd’hui à fournir les quantités demandées. « La situation s’est retournée et nous cherchons à limiter la baisse du burley. » Concernant le tabac bio, « nous sommes très déstabilisés par l’arrêt de ce marché de niche. Nous avons encouragé certains producteurs à se lancer dans cette filière, car un acheteur était très intéressé par un développement rapide de cette production en France. » Mais du jour au lendemain, ce débouché s’est fermé, du fait des restructurations en cours dans l’industrie tabacole et, surtout, du lancement de la cigarette électronique Iqos par Philip Morris. Un dispositif révolutionnaire qui chauffe le tabac sans le brûler. C’est la combustion du tabac qui entraîne la production de certains agents toxiques pour l’organisme. Pour éviter cette combustion, les chercheurs de Philip Morris International ont développé un nouveau système qui permet de dégager un aérosol nicotiné à une température relativement basse, réduisant ainsi la production de monoxyde de carbone ou de goudrons… Le groupe américain a construit une usine à Bologne, en Italie, qui emploie 500 personnes. Cette cigarette électronique nouvelle génération est en cours de lancement aux États-Unis et au Japon, sonnant le glas de la filière tabac bio. « Nous devons trouver la meilleure manière de sortir de cette impasse. » Anticiper le réchauffement climatique Surtout, il ne faut pas oublier que le tabac est une production agricole très fragile, très sensible aux aléas - grêle, gel, vent, inondation, sans oublier l’excès de chaleur et le rayonnement solaire. « La sélection variétale doit prendre en compte les changements climatiques. » Mais pas seulement : seule la mise au point de variétés résistantes à l’orobanche permettra de venir à bout de ce fléau qui atteint des proportions inquiétantes dans certaines régions. Le centre de recherche de Bergerac a été repris par France Tabac. « Une équipe jeune et compétente y travaille. Une nouvelle dynamique se fait jour, qui prend en compte les attentes de la profession. Nous avons besoin de variétés adaptées à la demande des marchés, notamment en virginie, mais aussi aux préoccupations des planteurs - verse, orobanche, etc. De nouvelles variétés devraient être commercialisées d’ici quelques années. » La filière a encore d’autres préoccupations. « La convergence des aides est très douloureuse pour le secteur tabacole, qui bénéficiait historiquement de droits à produire plus importants. La nouvelle Pac est en cours d’élaboration. Nous restons à l’affût pour faire entendre notre voix auprès du ministère de l’Agriculture. Nous craignons notamment des excès de zèle, dans le cadre de la renationalisation de la Pac. Qu’il s’agisse de produits phytosanitaires ou de traçabilité, nous n’accepterons pas qu’on nous impose des normes disproportionnées ! » Enfin, Rémy Losser insiste sur le fait que la réduction des charges est une priorité de la profession, qu’il s’agisse des charges liées aux exploitations ou aux structures - coopératives, usine de transformation, institut de recherche, etc. « Il faut optimiser tous les maillons de la filière. »

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