Cultures spéciales

Association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA)

Passer la seconde

Publié le 16/02/2018

Après avoir traversé une grave crise, la filière houblonnière alsacienne semble s’installer durablement dans une période plus confortable. Les variétés aromatiques qu’elle produit collent parfaitement à la demande, qui ne faiblit pas. Elle doit néanmoins consolider ses atouts pour que la prospérité persiste.

Malgré une grosse attaque de mildiou au printemps, la campagne houblonnière a été « productive et rentable », décrit Jean-Paul Ulrich, président de l’Association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA). « La politique commerciale du Comptoir agricole porte ses fruits. Nos dix variétés sont vendues localement et dans plus de dix pays, ce qui laisse entrevoir un futur plus serein. Même si produire autant de variétés constitue un challenge pour les producteurs, il s’agit d’une demande du marché à laquelle nous devons répondre », poursuit-il. Des variétés spécifiques pour des clients ciblés Au niveau mondial, « les volumes de production et les prix ont augmenté », indique Bernard Ingwiller, président de l’Association générale des producteurs de houblon (AGPH). Alors que la surface mondiale était descendue au plus bas à 49 000 hectares, elle va dépasser les 60 000 ha en 2018. S’il rappelle que le houblon « s’achète et se vend au gré d’une bourse internationale, qui connaît des hauts et des bas », il pense « fermement » que la situation a changé. En observateur éclairé de la situation houblonnière internationale, il présage « d’une relative stabilité des prix à moyen terme ». En outre, les houblonniers alsaciens ont en main un certain nombre d’atouts. Des variétés en propre d’abord : « Nous avons la chance de ne pas nous situer sur le créneau des houblons amérisants mais des aromatiques. Donc pas sur le tout-venant, mais sur le spécifique, en lien avec le mouvement des bières premiums », rappelle Denis Fend, directeur du Comptoir agricole. Du coup, les houblons alsaciens se positionnent sur des créneaux et des clients ciblés. Et leur distribution est assurée par une coopérative forte, dotée d’un service commercial compétent. Marc Moser, président du Comptoir agricole, rappelle que la marque Hop France a été créée afin de « valoriser les houblons de France à l’international ». Manque de solution pour protéger le houblon Mais certains points restent à améliorer : « Nous manquons de solutions phytosanitaires efficaces contre les maladies et les ravageurs qui sont de plus en plus agressifs », déplore Jean-Paul Ulrich. En effet, les firmes phytosanitaires sont frileuses à consentir des investissements pour une culture mineure. « Nous devons nous mettre en ordre de marche pour obtenir des dérogations et trouver des solutions alternatives, qu’elles soient préventives ou curatives », soutient Bernard Ingwiller. Et qu’elles soient biologiques, mécaniques ou chimiques. D’autant, rappelle Marc Moser, qu’il s’agit aussi de garantir la qualité sanitaire du houblon. « Avec le coût de la main-d’œuvre, c’est la crainte de ne pas pouvoir livrer un houblon de qualité par manque de solution de protection des cultures qui sort en tête des préoccupations du groupe de jeunes », insiste Jean-Paul Ulrich. Gagner en productivité Il s’agit aussi de poursuivre la recherche variétale, pour élaborer des variétés certes aromatiques, mais aussi plus productives et plus résistantes aux maladies. D’une part parce que, par rapport à leurs homologues allemands, les Alsaciens cultivent des variétés à moindre potentiel de rendement, ce qui tend à entamer leur capacité d’investissement. D’autre part, parce que des variétés plus résistantes aux maladies contribueraient à préserver quelques quintaux de rendement. Pour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, l’amélioration de la productivité passera aussi par le renouvellement des plantations. Une chose est sûre, pour que les producteurs investissent dans les moyens de production, leur revenu doit suivre. Il s’agit donc aussi d’améliorer l’assurance récolte, de développer l’irrigation : « Avec la Région, nous avons ouvert une enveloppe qui doit permettre à chacun d’accéder à l’eau, que ce soit par du stockage, du goutte-à-goutte, des amenées d’eau… », indique Franck Sander. Avec un financement à hauteur de 25 % de l’investissement des dossiers collectifs, il encourage à profiter de ce dispositif. D’autant que le couplage des aides houblonnières qui avait été obtenu lors de la précédente réforme de la Pac n’est pas gravé dans le marbre : « Le Brexit va avoir un impact énorme sur le budget. Beaucoup de choses vont changer », prévient Franck Sander. Il va donc falloir continuer à défendre les spécificités du houblon au niveau européen, notamment sa certification, dont la suppression serait « mal venue, alors que les consommateurs réclament de la traçabilité », note Bernard Ingwiller. Autre préoccupation majeure des houblonniers : « Le coût de la main-d’œuvre, qui doit rester raisonnable. Sinon, nous allons encore plus subir le dumping social exercé en Allemagne », dénonce Jean-Paul Ulrich. Enfin, il s’agit de rester attentif aux évolutions du marché. Un travail de devin difficile pour Francis Heitz et Antoine Wuchner, pour qui les niveaux de stock des négociants constituent des signaux : « Tradition a du mal à se vendre. Avec plus d’aramis nous aurions un meilleur mix produit ». Avoir confiance en l’avenir « Pour pérenniser cette embellie, nous devons engager une réflexion », estime Bernard Ingwiller. Il souligne qu’une exploitation houblonnière c’est en moyenne 11 ha de houblon en France, contre 17 ha en Allemagne. « Nous devons réussir à augmenter les surfaces sans pour autant forcément changer nos séchoirs et nos machines », estime Jean-Paul Ulrich. Néanmoins, une partie du matériel devra être renouvelée. Pour cela, les producteurs peuvent compter sur le soutien de la Région, qui a mis en place un plan d’aide au développement de la filière houblon. Plan qui porte ses fruits, puisque des houblonnières se sont d’ores et déjà remontées. Mais, pour Jean-Paul Ulrich, il est « impératif de développer encore le volume de production ». Cela passera par la poursuite de l’accompagnement des extensions de surface, mais aussi par la création de nouveaux ateliers par des jeunes. « Arriver à installer un jeune en partant de rien serait un très bon signal », confirme Denis Fend, qui encourage : « En Alsace, nous ne serons jamais de grands céréaliers, il faut investir dans des cultures à haute valeur ajoutée ». Une vision que partage Franck Sander : « Le houblon a toute sa place dans le modèle alsacien car il apporte une diversification de trésorerie. C’est vrai pour les producteurs, et pour la coopérative. » Néanmoins, Bernard Ingwiller comprend que la jeune génération puisse éprouver quelque réticence à se lancer dans le houblon, en raison des difficultés rencontrées par le passé : « Le houblon, c’est une culture pérenne, un engagement de vie, qui requiert des investissements lourds, surtout dans un contexte de changement climatique que nous devons prendre en compte pour garantir la stabilité des volumes et des alpha… Il y a donc de nombreux sujets à investiguer pour retrouver confiance dans la filière et monter dans le train en marche alors que la conjoncture est bonne. » Vers une interprofession avec les brasseurs Pour Franck Sander, la pérennité de la filière passera aussi par une meilleure répartition de la marge et de la valeur ajoutée. Il serait donc de bon ton de mettre au point une stratégie de structuration de la filière. D’autant que cela permettrait d’espérer un soutien dans le cadre du plan d’investissement de 5 milliards d’euros prévu par l’État. Franck Sander évoque donc la possibilité de créer une interprofession dans le cadre d’un plan de filière, et de contractualiser les relations commerciales. « Si on arrive à faire ça avec les brasseurs, les producteurs auront plus de visibilité sur leur capacité à gérer des investissements », assure-t-il. Ça tombe bien, Maxime Costilhes, délégué général des Brasseurs de France, était venu assister à cette assemblée générale avec une brassée de bonnes nouvelles. La première c’est que le marché de la bière se porte bien : « La consommation par habitant augmente, notamment celle de bière craft. C’est une tendance lourde que nous pensons durable parce qu’elle s’est faite à budget restreint pour les consommateurs et parce qu’elle concerne un public jeune. » La deuxième c’est que les brasseurs sont prêts à « passer de clients à partenaires » des houblonniers. Notamment via la contractualisation : « Les brasseurs qui l’ont mise en place en sont satisfaits ». La troisième c’est que, animés par une volonté de relocaliser leurs approvisionnements, et ainsi répondre à la demande des consommateurs, les brasseurs sont prêts à aider les producteurs, par exemple via le financement de programmes de recherche. « Nous travaillons déjà sur l’orge avec les malteurs. Nous pouvons travailler sur le houblon. » Et pourquoi pas le houblon bio, puisque les brasseurs sont confrontés à d’importantes difficultés d’approvisionnement. En outre, Brasseurs de France aimerait aussi voir l’activité de pelletisation relocalisée en France. « Nous sommes prêts à travailler en partenariat pour trouver des fonds et mener des investissements », annonce Maxime Costilhes. Qui termine par une quatrième et dernière bonne nouvelle : « Les brasseurs sont prêts à construire une interprofession. Ce sera le gros sujet du Salon international de l’agriculture. » Surfer sur la dynamique actuelle D’autres signaux permettent d’envisager l’avenir avec sérénité. De plus en plus de néoproducteurs se lancent dans divers projets de production de houblon. Une dynamique que les producteurs historiques voient d’un bon œil : « À nous de nous remettre en question pour gagner en productivité et limiter nos charges ». C’est à cette fin qu’un groupe de réflexion et de communication a été créé durant l’année au sein de l’APHA : « Notre objectif est d’améliorer nos méthodes de lutte contre le mildiou, d’étudier des alternatives au défanage chimique, de développer l’irrigation et d’optimiser la récolte », indique Francis Woehl, membre de l’association. Dans le cadre de ce groupe, les producteurs ont vu deux prototypes d’outils de défanage et prévoient d’organiser deux démonstrations : l’une de destruction d’engrais verts et l’autre d’une arracheuse de souche en vue d’une replantation. Les producteurs avaient invité Christophe Barbot, de la Chambre d'agriculture d’Alsace, à intervenir sur l’intérêt de la mise en place de couverts dans les houblonnières, le houblon, culture pérenne à écartement entre les rangs importants, étant à l’image de la vigne particulièrement sensible au risque érosif.

Publié le 10/02/2018

Du 30 janvier au 1er février, le Comptoir agricole organisait la seconde édition de sa formation « Houblon Expert ». Une quarantaine de participants, venus des quatre coins de France et même de l’étranger, y ont participé.

Le succès de la première édition de cette formation l’avait suggéré, celui de la seconde le confirme : le houblon a le vent en poupe. Ils sont en effet nombreux à vouloir en cultiver. Qu’ils soient microbrasseurs désireux de développer une activité de micro-houblonnier, agriculteurs en quête de diversification, jeune en cours d’installation… Ces aspirants houblonniers sont issus de tous milieux, ont des projets très divers, et viennent de toute la France, voire de Belgique, mais aucun du Grand Est. Parmi eux, certains sont très aguerris à la culture du houblon, comme cet agriculteur belge, qui en produit déjà, mais affirme apprendre encore des choses, « surtout dans les détails », et apprécie de pouvoir comparer sa méthode de travail à celle d’un confrère alsacien. La formation très complète proposée par le Comptoir agricole permet aux stagiaires de balayer tous les aspects de la filière houblonnière, au gré de six modules : organisation de la filière et marché mondial, aspects agronomiques, économie et gestion des charges en production, process et qualité, découverte d’une houblonnière, gestion des ressources humaines. Heureusement pour les stagiaires, certains modules donnaient lieu à des visites sur le terrain : le site de la coopérative à Brumath et les installations de Sébastien Holtzmann, producteur de houblon à Wingersheim. Une pousse qui peut atteindre 20 cm/jour En cette saison, pas grand-chose à voir dans les houblonnières, aussi Sébastien Holtzmann accueille-t-il les groupes dans son hangar. Il déroule le fil d’une saison houblonnière en présentant les outils qu’il utilise pour réaliser les différents travaux. Mais, avant de démarrer, il précise : « Je cultive 20 hectares de houblonnière, je suis donc équipé en conséquence. Selon les dimensions de votre projet vous n’aurez pas forcément besoin de tous ces outils. » Puis, il commence à partager son expérience, par l’hiver, saison « morte » dédiée au remplacement des poteaux, câbles endommagés, à l’apport de compost, et à l’entretien du matériel de récolte. La première opération dans les houblonnières, c’est la taille, que Sébastien Holtzmann étale de mi-février à début avril pour répartir le travail. L’objectif est de raser la butte de terre pour mettre la souche à nu. Vient ensuite la mise en place du tuteurage qui doit être finie le 10 avril pour accueillir les lianes qui commencent alors à pousser à une vitesse vertigineuse. L’ébroussage consiste à détourer les souches pour enlever 90 % des jets et n’en garder qu’une dizaine. Seuls trois d’entre eux seront mis au fil « enroulés dans le sens des aiguilles d’une montre, précise Sébastien Holtzmann. À ce stade, le houblon peut pousser de 20 cm/jour, il ne faut donc pas traîner pour le remettre au fil sinon les lianes s’emmêlent. » Le buttage permet d’étouffer les rejets qui n’ont pas été mis au fil, et de stimuler la pousse de petites radicelles superficielles. Une culture sous haute surveillance Les principales maladies du houblon sont le mildiou et l’oïdium. « Il faut être très vigilant pour éviter les contaminations primaires, indique Sébastien Holtzmann. À partir de mi-juin, l’outil que j’utilise le plus c’est le quad, pour aller surveiller les houblonnières et ne déclencher les traitements que si c’est nécessaire. » Ce qui implique aussi de les surveiller par le haut, grâce au mirador fixé sur un tracteur. Les ravageurs du houblon sont les charançons, les pucerons et les araignées rouges : « Je ne traite contre les pucerons que si c’est vraiment nécessaire. Car ce traitement affecte aussi les auxiliaires, et laisse plus de place aux araignées rouges », décrit Sébastien Holtzmann, qui envisage de convertir une partie de sa surface en agriculture biologique. La récolte du houblon s’effectue lorsque la plante atteint 20 % de matière sèche, « c’est à ce stade qu’on bénéficie du meilleur équilibre entre la qualité aromatique et le risque de dégradation », indique Sébastien Holtzmann, devant la cueilleuse, sorte de « moissonneuse-batteuse fixe qui sépare les cônes du reste ». Là aussi, l’équipement du houblonnier est conséquent, « mais avec du temps et des compétences en mécanique, il doit être possible d’en concevoir un modèle réduit », estime Sébastien Holtzmann, qui la décrit comme « une série de tambours rotatifs puis une succession de tapis inclinés ». Lui-même a apporté plusieurs modifications au modèle de base. Notamment parce qu’il doit en modifier constamment les réglages en fonction des variétés, de l’heure à laquelle le houblon a été récolté… Le séchage, une étape cruciale Enfin Sébastien Holtzmann guide les stagiaires dans son séchoir, « dimensionné en fonction de la cueilleuse ». Car, après la récolte, le séchage du houblon ne peut pas attendre. Une étape cruciale, qui dure environ 6 heures, et où s’exprime tout le savoir-faire des houblonniers. « Avec un mauvais séchage, vous pouvez flinguer la récolte », prévient Sébastien Holtzmann. Le chargement doit être homogène, et il faut savoir sortir les cônes sur la table de refroidissement au bon moment. Soit entre 9 et 10 % d’humidité. Dernières étapes : la cellule de conditionnement, où le houblon va être ventilé avec de l’air frais pour qu’il soit moins cassant. Et la presse, qui permet de conditionner les cônes en ballots de 55 kg. Avant expédition, stockage, transformation… et dégustation !

Publié le 30/01/2018

La réunion hivernale organisée dernièrement par la sucrerie Cristal Union a permis de revenir sur la campagne 2017 et de préparer la prochaine. Variétés, désherbage, fumure, protection phytosanitaire étaient au menu de la rencontre.

C’est une bonne campagne 2017, avec des performances variables selon les secteurs, qu’ont vécue les planteurs de betteraves alsaciens (lire en page 20 de notre n° 1 du 5 janvier 2018). Aline Barbière, technicienne agrobetteravière, en a rappelé les principales étapes lors de la réunion organisée vendredi 12 janvier à Dossenheim-Kochersberg. La déception vient des 1 200 ha où la cercosporiose a fait baisser les rendements. Le groupe Cristal Union, dont fait partie la sucrerie d’Erstein, est en pointe dans la lutte contre cette maladie liée au réchauffement climatique, précise son collègue Michel Butscha. Il mène en effet des expérimentations pour trouver des variétés tolérantes. Ces expérimentations sont d’autant plus utiles que l’Alsace n’est pas la seule région touchée en 2017 : l’Auvergne et l’Île-de-France ont également subi des dégâts. En Alsace, six agriculteurs mettent des parcelles à disposition pour y tester des variétés alliant productivité et résistance aux maladies. Cercosporiose : choisir des variétés qui tiennent la route Parmi les variétés simples tolérantes à la rhizomanie, le cap est très clairement mis sur la tolérance à la cercosporiose afin d’allier les bénéfices de la génétique à la protection phytosanitaire. Sur les zones de culture historique et de rotation courte ou à forte pression de rhizomanie qui se conjugue également avec le rhizoctone brun, le choix variétal est plus pointu. Des solutions performantes - encore trop peu nombreuses - existent malgré tout, grâce au fort investissement des semenciers dans la recherche. Dans l’idéal, comme le souligne Michel Butscha, « les rotations sur trois ans valent mieux que les rotations sur deux ans ». Même si le rhizoctone brun ne s’est pas tellement manifesté en 2017, « il risque de le faire s’il ne gèle pas plus que ça cet hiver », prévoit Michel Butscha. Dans les parcelles à précédent maïs et dans les parcelles où l’eau a tendance à stagner, mieux vaut utiliser des variétés doubles tolérantes (60 % des variétés utilisées en 2017). Dans les anciens secteurs betteraviers, il peut être utile de semer des variétés doubles tolérantes rhizomanie-nématodes. « En termes de productivité, il n’y a pas de différence avec les variétés simples tolérantes », précise Michel Butscha. Sur ce segment de marché, l’exigence porte également sur la tolérance à la cercosporiose et l’offre est plus restreinte. Faible peuplement : ne pas ressemer Côté densité de semis, les techniciens de Cristal Union cherchent à savoir jusqu’où les planteurs peuvent descendre sans pénaliser le rendement. Les essais conduits en 2016 et 2017 montrent que « moins il y a de densité, moins il y a de rendement » mais qu’en matière de richesse en sucre, « ce n’est pas parce qu’on sème plus dru qu’on a un effet positif ». Tout au moins quand l’azote est bien géré. À 60 000 pieds/ha, la perte de rendement est de 8,5 t ce qui n’est pas aussi élevé qu’on pourrait le craindre. Cela ne justifie pas de ressemer une parcelle, précise le technicien agrobetteravier qui conseille, sauf exception, de laisser les parcelles à faible peuplement en place sans les ressemer. La densité de semis préconisée est de 110 000 à 120 000 graines/ha. La réussite des semis tient avant tout au positionnement de la graine en profondeur et à la qualité du lit de semence. La préparation du sol doit être « bien homogène » et le semis régulier pour mettre toutes les chances de son côté. Pour ce qui est des ravageurs, les planteurs peuvent craindre les tipules, capables de ravager un champ. Elles se développent lors des hivers doux et humides. Les limaces constituent un autre risque. Un traitement anti-limaces au semis coûte 25 €/ha, c’est peu comparé au coût d’un ressemis, remarque Michel Butscha. Utilisable en agriculture biologique, l’anti-limaces Ironmax présente une bonne efficacité. Il est recommandé en zone de captage. Sur le plan de la fertilisation, les planteurs de betteraves, après mesure des reliquats, ont généralement une bonne gestion de l’azote. Le technicien remarque toutefois que la forme de l’engrais utilisé n’est pas toujours bien choisie. « On peut mettre de l’urée avant betteraves mais sans dépasser 60 unités et en l’enfouissant », précise-t-il. En revanche, on n’utilisera pas cette forme entre le semis et la levée pour ne pas pénaliser la levée. Les services techniques de la sucrerie proposent des analyses de sol permettant de repérer les éventuelles carences, notamment les carences en bore et en magnésie. Dans ce dernier cas de figure, l’apport de Kieserite, produit contenant du soufre et de la magnésie, peut être utile. Les écumes de sucrerie ont aussi leur intérêt car elles permettent, en plus, d’améliorer l’infiltration de l’eau dans le sol. Buses à injection d’air : contre la dérive Côté fongicides, Camille Meistertzheim est revenu sur les essais menés par Cristal Union pour lutter contre la cercosporiose. Différents produits ont été testés (Priorix, Spyrale, Timbal), avec ou sans cuivre, et différents programmes de traitement ont été comparés. L’association triazoles + cuivre donne les meilleurs résultats, constate le technicien. Bien qu’aucun fongicide à base de cuivre n’ait à ce jour d’autorisation de mise sur le marché pour 2018, une demande de dérogation a été demandée pour le Yucca, mais la réponse n’arrivera qu’en avril. Pour que les traitements fongicides soient efficaces, la date de couverture des rangs est très importante, souligne Camille Meistertzheim. Les planteurs l’ont appris à leurs dépens en 2017 : ceux qui ont eu de gros dégâts sont intervenus trop tard. La sucrerie apportera des informations sur les plages de traitement durant la campagne, selon les secteurs. Le technicien se veut confiant : Cristal Union possède une réelle expertise sur la cercosporiose et l’ensemble de la filière betteraves est aujourd’hui mobilisée contre cette maladie, avec l’ITB et les firmes phytosanitaires, qui sont en train d’homologuer de nouveaux produits. Michel Butscha a rappelé quelques conseils clés pour réussir le désherbage des cultures. II a aussi fait le point sur les buses à injection d’air. Ces buses, qui augmentent la taille des gouttelettes par rapport aux buses classiques, limitent la dérive des produits phytosanitaires au cours de la pulvérisation. Elles permettent ainsi de réduire la largeur des zones non traitées (ZNT) en bordure de cours d’eau, sous réserve de la mise en place d’une bande enherbée de 5 mètres. Les buses à injection d’air sont homologuées pour une plage de pression donnée, que les planteurs doivent respecter.

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