commercialisation

Quatrième salon Millésimes Alsace

L’émotion du vin pour séduire les professionnels

Publié le 14/06/2018

Lors de sa quatrième édition, le salon Millésimes Alsace a dévoilé la nouvelle communication du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace. Autour de 107 exposants, près de 900 professionnels ont dégusté et appréhendé cette nouvelle stratégie de la viticulture.

Le nouveau logo des vins d’Alsace, devenus simplement VA, a été dévoilé le second jour du salon professionnel des grands vins d’Alsace (lire en page 21). « Le vignoble alsacien ne représente pas grand-chose en termes de production, mais énormément par ses particularités, remarque Thierry Fritsch, œnologue au Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa). Ces dernières semaines, nous avons développé trois axes dans notre communication. Le premier rappelle que l’ensemble des terroirs se trouvent en Alsace. Deuxièmement, 90 % de la production se fait en vin blanc, on veut en être une référence. Enfin, il faut souligner que derrière chaque bouteille, il y a une famille, des hommes. » Pour illustrer ce nouveau positionnement aux professionnels de l’importation, de la distribution, de la restauration et de la sommellerie, trois vignerons ont été choisis comme témoins. « J’ai voulu que trois professionnels spécialistes dans leur domaine partagent leur vécu. Je crois que l’émotion est passée », résume Thierry Fritsch. « Le réchauffement climatique est une bénédiction pour l’Alsace » Maurice Barthelme, du domaine Albert Mann à Wettolsheim, travaille sur 150 îlots de production différents : « La particularité de l’Alsace c’est que sur 100 km de long et 8 km de large, on trouve pratiquement tout ce qu’il y a sur la planète ». 13 entités géologiques sont recensées. Mais il n’y a pas que la géologie qui détermine les itinéraires techniques : « Quand j’étais plus jeune, on vendangeait plus tard avec parfois des rendements très faibles, notamment dans les années 1980. Actuellement, on arrive à faire des choses extraordinaires, notamment des pinots noirs que l’on n’aurait pas pu faire il y a 20 ans. » La météo y est pour beaucoup, selon Maurice Barthelme : « Le réchauffement climatique est une bénédiction pour l’Alsace. Je ne crains pas l’évolution parce qu’on a les possibilités agronomiques de la contrecarrer, mais la précocité, car le vignoble est plus sensible au gel. » Ces éléments le rendent très positif quant au positionnement de l’Alsace sur le marché : « C’est notre tour. C’était déjà le cas au Moyen-Âge. On exportait alors deux fois plus de vin qu’actuellement. » Si la mode est en faveur du vignoble alsacien, il reste prudent : « Fin des années 1990, il était impossible de vendre un riesling aux États-Unis. Tout le monde voulait du chardonnay charpenté, on ne savait pas trop si c’était le charpentier qui faisait le vin ! Il faut s’inscrire dans la durée et expérimenter. Si on plante une vigne, c’est pour 50 ans. Si j’avais arraché les plants de riesling à l’époque, je ne pourrais pas répondre à l’intérêt qu’il suscite aujourd’hui. » « Ce n’est pas compliqué, c’est complexe » Olivier Humbrecht, du domaine Zind-Humbrecht à Turckheim, qui propose 98 références à la vente est aussi responsable de la gestion des grands crus en Alsace. Thierry Fritsch lui demande comment il explique les Appellations d’origine protégées (AOP) à ses clients. « La notion de grands terroirs est ancienne dans notre région. Ce serait un crime de mélanger un Furstentum et un Schlossberg. Le mélange serait peut-être un bon vin, mais on perdrait toute la personnalité du lieu. Si on produit autant de vin différent c’est qu’on veut garder ce respect. Ce n’est pas compliqué, c’est complexe. Pour moi, une grande bouteille de vin doit indiquer d’où vient le vin, où il a été produit, pour que vous puissiez aller sur le terrain voir le travail de la personne. Ainsi, l’étiquette est la transmission de cette histoire, de ce travail, de cette peine. C’est une promesse qui devrait faire rêver. C’est aussi un contrat que l’on passe avec les gens qui achètent la bouteille. » En Alsace, il y a une classification des grands crus. Une classification des premiers crus est en train de se mettre en place pour laquelle il faudra entre trois et quatre ans. « Il ne faut pas être pressé et bien la faire. La priorité est de se donner de la peine pour faire un grand vin. Cela passe par des sacrifices. Nos grands crus rouges seront produits avec 30 % de rendement de moins que les grands crus bourguignons en 2017. On a mis en place une réglementation de production qui est peut-être l’une des plus sévères au monde. On a tous les outils pour faire de très grands vins. Maintenant il faut savoir transformer la magie que nous avons dans nos terroirs pour la mettre dans une bouteille. Cela passe par autre chose que par la législation. L’Alsace a la capacité de le faire. » « L’âme d’un lieu c’est l’âme d’un vin » Inspiré par le film de Sergey Tsoller, André Ostertag, du domaine Ostertag à Epfig, est appelé à parler de l’invisible du vin. Pour lui, c’est l’essentiel du métier de vigneron. « Il y a des vins produits de technologies et des vins produits d’art, d’homme et de lieu. La différence est dans la vibration de la matière, ce qui nous touche de manière irrationnelle. Les grands terroirs sont de hauts lieux vibratoires, la plupart ont été révélés par des moines cisterciens. C’est pourquoi, s’il n’y a pas d’homme pour le révéler, il n’y a pas de terroir. L’Alsace est une terre spirituelle et humaniste. L’âme d’un lieu c’est l’âme d’un vin. » Pour lui, le défi pour le vignoble alsacien est « le passage de témoin d’une génération à l’autre. Les jeunes ont des rêves nouveaux, il ne faut pas les freiner. » Pour preuve, une phrase qui a fait sourire les 250 participants à la conférence : « Je suis catholique, mais je pense faire des vins de protestants. Mon fils se dit bouddhiste, on peut se demander quel vin il fera ! »

Label ferme à Lingolsheim

Des céréales aux légumes bios

Publié le 05/06/2018

Installés à Lingolsheim, à la périphérie de Strasbourg, Jacques et Fernanda Wurtz se sont lancés dans la production de légumes biologiques il y a quatre ans. Les débuts sont difficiles, même si la ferme commence à trouver son public.

De nombreuses personnes sont venues soutenir Jacques et Fernanda Wurtz, dimanche 20 mai à Lingolsheim. Le couple organisait une fête des asperges bios sur son site, celui d’une ancienne sablière remise en culture. Ce sol très léger convient particulièrement à la production de légumes. Jacques Wurtz s’est lancé dans le maraîchage voici quatre ans suite à la réduction de ses surfaces en raison de l’urbanisation. « Mon grand-père a transmis 100 hectares à mon père. Moi, j’en ai reçu 60 ha quand je me suis installé il y a 10 ans. Aujourd’hui, il me reste 40 ha car les constructions et la gravière n’ont pas cessé de s’étendre. » Lutter contre l’urbanisation semblait un combat perdu d’avance. Jacques Wurtz décide donc d’en faire un atout, les habitants de Lingolsheim étant, après tout, des consommateurs potentiels de produits locaux. Il aménage un parc à poules pour produire des œufs et commence à cultiver ses premiers légumes sur 70 ares. « Je me posais déjà la question du bio, raconte Jacques Wurtz. Ce sont les légumes qui m’ont fait franchir le cap. » Il investit dans une serre de 1 000 m2 et augmente ses surfaces maraîchères progressivement pour atteindre 4 ha en 2017. Les débuts sont difficiles : avant tout céréaliculteur, il doit à la fois se familiariser avec la production des légumes, maîtriser les méthodes de culture biologique et apprendre à gérer du personnel. Sur la sole qui n’est pas dédiée aux légumes, il expérimente tournesol, orge, avoine, pois, lupin, soja. Cet apprentissage, qui se solde parfois par des échecs, vise à préparer la conversion des surfaces restées en agriculture conventionnelle. Suite à ces différents essais, il envisage de ne garder que le soja, qui s’avère « la culture la plus rentable à condition de maîtriser l’enherbement ». En 2018, les Wurtz, qui sont aidés d’un salarié permanent et de quatre à six saisonniers, ont réduit la surface légumière à 3 ha, auxquels s’ajoute 1 ha d’asperges. Ils cultivent une trentaine de légumes différents selon les saisons : mâche, salades, carottes, courgettes, concombres, tomates (de plein champ), pommes de terre, patates douces, céleri, petits pois, navets, radis noir, chou de Milan, courges, oignons… Ils produisent aussi quelques fruits, notamment des fraises, des melons et des pastèques. Le couple élève par ailleurs quatre lots de volailles par an, qu’il écoule sur commande. Deux distributeurs en libre-service Pour la vente, Jacques Wurtz a investi dans deux distributeurs en libre-service installés à deux extrémités de la commune. Il organise également deux marchés par semaine à la ferme et ouvre tous les soirs à la belle saison. Les clients de Label ferme peuvent passer leurs commandes via le site internet et payer en ligne. Ils récupèrent les produits dès le lendemain dans un des casiers du distributeur grâce à un code qui leur est envoyé par SMS. 70 % de la production sont vendus en direct, le reste part chez des grossistes. Label ferme continue à chercher de nouveaux débouchés et Jacques Wurtz a bon espoir d’être référencé prochainement dans un magasin de producteurs locaux. Il espère sortir de la période de rodage cette année. « Je pense qu’on a trouvé la bonne taille et la bonne équipe, indique l’exploitant. J’ai la chance d’avoir de la place et que le bâtiment soit déjà amorti. Pour ce qui est du matériel, je me suis équipé pour le maraîchage mais j’avais déjà les tracteurs. » L’exploitant utilise également du matériel acquis en commun : il est en effet membre de deux Cuma, dont la Cuma Terre et Prés, qui a acquis un vibroculteur, une butteuse et une effeuilleuse à pommes de terre. « La Cuma, c’est super pour les échanges, surtout en bio, quand on est en train d’apprendre, comme moi », relève Jacques Wurtz. Ce sont d’ailleurs des producteurs bios, rencontrés lors de stages de formation ou dans le cadre de la Cuma, qu’il avait invités le 20 mai à sa fête des asperges bios et qui ont contribué au succès de la journée.

Publié le 13/04/2018

La société Arômes d’Alsace basée à Schnersheim et Système U Grand Est ont signé un accord de culture, mercredi 4 avril. Le distributeur s’engage à acheter 200 tonnes de produits à prix garanti. Les premières répercussions des États généraux de l’alimentation.

« Avant nous avions un gentleman agreement », illustre Thierry Boltz, président de la centrale U dans le Grand Est. Mais depuis mercredi 4 avril, un contrat d’une vingtaine de pages régit la relation entre l’enseigne et les quatre agriculteurs d’Arômes d’Alsace. Le partenariat garantit un prix minimum aux agriculteurs et un volume de livraison au distributeur. Surtout, avec cette signature, les magasins U tiennent parole. Ils respectent la charte de bonnes pratiques commerciales signée en novembre dernier à l’occasion des États généraux de l’alimentation et censée assurer un prix rémunérateur aux paysans. Une gageure. À peine signé, le document a en effet subi des attaques de toutes parts. Christiane Lambert a même accusé certains négociants de « s’asseoir dessus ». La présidente de la FNSEA a de nouveau pointé du doigt cette mauvaise volonté fin février, alors que s’achevaient les négociations entre grandes surfaces et producteurs. 200 tonnes par an garanties Mais dans la région, Système U fait figure de pionnier. « C’est la première enseigne à concrétiser des accords commerciaux depuis les États généraux de l’alimentation », se réjouit Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace. Plusieurs accords ? Oui car début décembre, trois semaines après la publication de la charte, la firme signait un premier contrat de culture avec l’entreprise haut-rhinoise ID3A-Fraîcheur d’Alsace. « La politique nationale c’est bien, mais il faut que ça se traduise sur le terrain », appuie Thierry Boltz. C’est donc chose faite dans le Bas-Rhin cette fois. Ces bonnes dispositions rassurent Jean-François Vierling, l’emblématique patron de la SARL Arômes d’Alsace. Le contrat porte sur 200 t d’alliacées par an. « C’est un début mais le développement devrait suivre son cours », affirme-t-il, confiant. Car avec 100 t d’ail, 600 t d’échalotes et 1 500 t d’oignons produits en 2016, il dispose en effet d’une marge de progression importante.

Pages

Les vidéos