économie

EARL Les Nouves à Bretten

Du lait livré en Allemagne

Publié le 17/01/2017

Installé sur l’exploitation familiale à Bretten depuis 1990, Gilles Schnoebelen a toujours été producteur de lait. Son secteur, éloigné des grands axes routiers, est dépourvu de laiterie. Depuis cinq ans, sa production est entièrement livrée en Allemagne. Une expérience intéressante…

Âgé de 48 ans, Gilles Schnoebelen est installé avec son épouse Sylvie. Leur fille, Marie, 23 ans en avril, est salariée sur cette exploitation de polyculture élevage. « Quand j’ai succédé à mon père à sa retraite, j’ai poursuivi l’activité laitière. Aujourd’hui, nous faisons en moyenne 800 000 litres avec nos 90 vaches de race holstein et, depuis 15 ans, 25 % en simmental. Une race que j’ai choisie pour sa viande. Nous élevons tout le cheptel et nous vendons peu de veaux. Pour les cultures, nous avons essentiellement du blé et du maïs. Mais, de moins en moins de maïs car les rendements sont en baisse et on a besoin de paille. Les vaches sont en pâture au printemps avec comme première alimentation, l’herbe. Nous avons suffisamment de prés autour de l’exploitation. Nous avons pensé aux circuits courts pour optimiser nos produits, mais Bretten, c’est un peu loin de tout. Et seul, ce n’était pas possible », explique Gilles Schnoebelen. Un GIEPLSE Pour l’activité laitière, son père faisait à l’époque la collecte pour Schmitlin avant de se consacrer pleinement à l’exploitation. Suite à Schmitlin, le lait a été livré à la coopérative Alsace Lait puis à la coopérative de Belfort et enfin à la laiterie fromagère Mulin à Besançon pour une durée de sept années à chaque fois. Mais, en septembre 2010, Mulin dénonce le contrat liant les deux parties, voulant récupérer du litrage dans une autre zone géographique. « Nous nous sommes trouvés devant une dénonciation de contrat de la part du collecteur. La collecte était assurée par un prestataire (Scherrer). Cela nous a permis d’aller voir ailleurs avec la possibilité de faire du rendu quai. On s’est alors tourné vers les laiteries des environs : Ermitage, Sodiaal, Alsace Lait, Lactalis. Toutes nous ont répondu la même chose. Elles n’avaient pas besoin de volumes supplémentaires ou dans des délais qui n’étaient pas adaptés à notre situation. Sans débouché possible en France, on s’est alors tourné vers l’étranger », explique Gilles Schnoebelen. Dans le même temps, il crée en avril 2011 avec d’autres éleveurs concernés - Christien Schnebelen de Heimersdorf, Thierry Itty d’Altenach, Isabelle Schirck de Novillard dans le Territoire de Belfort, Gilbert Rein à Seppois-le-Bas et Jean Sirlin à Hirsingue - le groupement d’intérêt économique des producteurs de lait du Sundgau et des environs (GIEPLSE). Jongler avec les règles différentes « Cela nous a permis d’obtenir un agrément en tant qu’acheteur de lait et ainsi de pouvoir organiser la collecte auprès des adhérents, de faire la gestion des volumes pour FranceAgriMer, de facturer la production de lait et de vendre sur le marché français ou à l’export. » Après un premier contact finalement négatif et des recherches élargies dans une zone géographique plus importante, les éleveurs trouvent un accueil favorable chez Omira, une coopérative allemande dont l’usine la plus proche était située à Rottweil dans le district de Fribourg-en-Brisgau et le siège à Ravensbourg. « Mais, la crise est également passée par là-bas. En 2013, Omira s’est restructurée avec un nouveau conseil d’administration et un nouveau directeur. Le site de Rottweil a été fermé. Nous livrons depuis le lait à Ravensbourg, 70 kilomètres plus loin », explique Gilles Schnoebelen. La collecte se fait toutes les 48 heures. Scherrer vient chercher le lait en tant que prestataire pour Omira. « Les débuts ont été laborieux. Comme c’était du lait exporté, nous avons rencontré des difficultés avec l’administration française pour avoir toutes les autorisations. Aujourd’hui encore, il faut jongler avec les règles différentes dans les deux pays. Les analyses de lait réalisées par les laboratoires allemands par exemple, ne sont pas reconnues par la France alors que l’on a les mêmes normes Iso. Nous sommes donc obligés de faire des analyses sanitaires en France que nous payons, évidemment, environ 1 000 € par an. Concernant le paiement du lait, c’est différent en Allemagne. Il faut respecter les normes en vigueur. Il n’y a pas de classification intermédiaire. Ou tu es bon ou tu ne l’es pas. Le paiement allemand est plus simple qu’en France. Il n’y a pas d’engagement à faire sur du volume. Nous appliquons la grille allemande en respectant la réglementation européenne », ajoute Gilles Schnoebelen. En moyenne, peu d’écarts de prix En tout, ce sont 32 producteurs de lait français, essentiellement situés dans le Sundgau et dans le nord du Territoire de Belfort, qui livrent leur lait en Allemagne. Ils représentent 14 millions de litres. Mais comme en France, la crise du lait est une réalité en Allemagne. Elle a même touché plus durement le prix outre-Rhin en raison d’une plus forte réactivité du marché. Le prix est fixé mensuellement en fonction du marché national et des ventes de la laiterie. « Un exemple. On a bien vendu en décembre et du coup le prix du lait augmente en janvier. Il n’y a pas de lissage des prix. Il y a parfois des primes de 10-15 € qui viennent des acheteurs comme Lidl ou Nestlé. On a connu le meilleur avec 420 € les 1 000 litres en 2014 (à l’époque en France, ce prix était de 380 €/1 000 l) et le pire avec 225 €/1 000 l en juin 2016 (en France, 265 €/1 000 l). Si nous prenons une moyenne quinquennale, il y a peu d’écart de prix entre les deux pays. En 2016, nous sommes malheureusement largement en dessous du prix français. En novembre dernier, nous étions, comme en France, à 290 €/1 000 l et là, nous devrions repasser les 300 €/1 000 l. » « Cette expérience est intéressante car elle nous a permis de voir ce qui se fait autour de nous, aussi bien du côté des producteurs que du côté des laiteries. Nous voyons une autre gestion de la filière, très différentes de l’organisation française, même si la frontière est toute proche. La non-contrainte du volume nous permet d’atténuer l’effet de la baisse du prix du lait. Pour être là demain, il faudra faire du volume. Ce qui est possible en Allemagne et pas en France où l’on bride les exploitants performants. Personnellement, je n’ai donc pas envie de revenir en arrière même si, en 2017, nous comptons reprendre contact avec les laiteries françaises pour, éventuellement, avoir la possibilité de partager les volumes et avoir ainsi deux sorties pour notre lait », conclut Gilles Schnoebelen. Dans tous les cas, c'est en assemblée générale que les grandes décisions sont prises. Qu'importe ce que l'avenir lui réserve, l'éleveur souhaite garder sa liberté dans ses décisions acquise par cette expérience.

Commercialisation des matières premières agricoles

Apprendre à dompter les marchés à terme pour mieux gérer les risques

Publié le 07/01/2017

Cet été encore des catastrophes climatiques ont impacté le revenu des agriculteurs. Grâce à ses formations au fonctionnement des marchés à terme, Offre et demande agricole (ODA) propose aux agriculteurs de ne plus subir les aléas des cours et de transformer leurs hausses comme leurs baisses en opportunités.

« Durant leur cursus, les agriculteurs sont formés à produire. Et cela n’a pas changé depuis qu’ils sont exposés à la volatilité des prix. Notre objectif c’est de leur apprendre aussi à vendre leurs productions, et notamment en utilisant les marchés à terme », explique Renaud de Kerpoisson, président d’Offre et demande agricole (ODA), société de conseil indépendante spécialisée dans la gestion du risque des prix des matières premières agricoles, et qui propose de former et d’accompagner les agriculteurs à l’utilisation des marchés à terme. Sécuriser sa marge, une priorité En apprenant d'abord à lire les prix et ensuite à utiliser les marchés à terme, les agriculteurs peuvent avoir une vision anticipée du prix auquel ils pourront vendre leurs productions l’année suivante, les pré-vendre, et faire leurs choix de gestion de leur entreprise en conséquence. En effet, connaissant ses charges, l’agriculteur est en mesure de calculer une marge par hectare. Il peut alors adapter son assolement et ses itinéraires techniques, en levant le pied sur les intrants si les prix s’annoncent bas, et inversement… « Savoir utiliser les marchés à terme représente une aide à la prise des décisions de gestion. Les agriculteurs en retirent des informations particulièrement utiles en cette période de prix bas. Car, avec une bonne utilisation des marchés à terme, on peut absorber jusqu’à 80 % du risque lié à la volatilité des cours », poursuit Renaud de Kerpoisson. Un apprentissage sur la durée Concrètement, l’agriculteur a accès aux marchés à terme via des services proposés par la majorité des banques, certains courtiers ou encore ODA, qui est agréée par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Des agréments qui lui permettent de proposer des formations aux marchés à terme (lire en encadré), ainsi que l’accompagnement des agriculteurs au fil des ans. « Les formations que nous proposons visent à faire découvrir cet univers aux agriculteurs. Mais trois jours de formation, cela reste un peu juste pour maîtriser les marchés à terme. C’est pourquoi il existe des clubs qui ont pour objectif d’accompagner les agriculteurs dans leur transition de la théorie à la pratique. Dans ce cadre, les agriculteurs ont la possibilité de rencontrer un consultant d’ODA une fois par mois, et de bénéficier d’informations et d’analyses sur les marchés », indique Renaud de Kerpoisson. Les agriculteurs restent membres de ces clubs pendant au moins deux, voire trois ans, avant de voler de leurs propres ailes. Durant ce laps de temps, ils seront forcément confrontés à des situations différentes chaque année, que ce soit pour des raisons météorologiques ou économiques. L’objectif est donc de leur donner les outils nécessaires pour appréhender la plupart des situations. Mais Renaud de Kerpoisson souligne : « En faisant le choix d'utiliser les marchés à terme, les agriculteurs font le choix d’apprendre un nouveau métier. Cela va leur demander d’y consacrer au moins un quart d’heure par jour, une journée par mois… » Pour les y aider, ODA propose aussi une série d’outils, comme une application dédiée. Le lait aussi En France 13 000 agriculteurs ont été formés par ODA, essentiellement des céréaliers. En effet les marchés à terme ont d’abord été développés pour le colza, le blé puis le maïs. Mais ils concernent aussi désormais le lait : « L’éleveur passe toujours par sa coopérative, mais celle-ci peut pré-vendre sa production en connaissant le prix du beurre, de la poudre, du lactosérum et en répercutant ces prix sur la rémunération de l’éleveur, qui peut donc se protéger des variations de prix, mieux appréhender les risques et mieux gérer son troupeau, ses rations… »

Publié le 16/12/2016

La loi de finances 2017 apporte son lot de nouveautés en matière fiscale. Le point avec Rémy Uffler, directeur adjoint de l’AGC-CFG67.

Le dispositif Macron, qui introduit une déduction exceptionnelle en faveur de l’investissement, communément appelée « suramortissement », est prorogé, annonce Rémy Uffler, directeur adjoint de l’AGC-CFG 67. Les biens immobiliers (bâtiments de stockage et d’élevage, mais aussi matériel de transport, de stockage et de magasinage), sont exclus de ce dispositif, précise-t-il. Toutefois, les matériels roulants concourant à la réalisation d’une activité de production ou de transformation sont éligibles, ce qui inclut les tracteurs, les moissonneuses-batteuses, les ensileuses, les outils de travail du sol et de semis, ainsi que les pulvérisateurs et épandeurs. De même, les cuves de vinification, les pressoirs, les robots de traite et les matériels de serre horticole sont éligibles. L’autre nouveauté est le remplacement du forfait collectif agricole par le micro-bénéfice agricole (micro-BA). « Ce régime est applicable de plein droit lorsque la moyenne des recettes mesurées sur trois années consécutives n’excède pas la limite de 82 200 € hors taxes pour l’année 2016. » Il s’applique aussi aux exploitants au réel dont la moyenne de recettes redevient inférieure à cette limite. « Une entreprise au réel en 2015, dont le chiffre d’affaires moyen sur trois ans est inférieur à 82 200 €, passera d’office au micro-BA », précise Rémy Uffler. Les sociétés créées après 1997 sont exclues de ce régime, les Gaec constituant l’exception à la règle. Par contre, les entreprises du monde du cheval, écartées du forfait agricole, pourraient également bénéficier de ce régime d’après les discussions parlementaires en cours. Le nouveau « micro-BA » est équivalent à 13 % de la moyenne des chiffres d’affaires de l’année en cours et des deux années précédentes, c’est-à-dire que 87 % de cette base représentent les frais de l’exploitation. Un mode de calcul transitoire est prévu, le régime de croisière de ce nouveau dispositif devant être atteint en 2018, indique Rémy Uffler. Attention, l’administration impose aux agriculteurs concernés, sur conseil de leur comptable, de se positionner avant le 31 décembre 2016, mais la parution tardive des textes ne leur facilite pas la tâche ! La TVA sur l’essence progressivement récupérable Le projet de loi de finances 2017 apporte, comme chaque année, son lot de nouveautés. À commencer par un relèvement des tranches du barème de 0,1 % pour l’imposition des revenus de 2015. Il instaure une réduction de l’impôt de 20 % pour les petits contribuables et généralise le crédit d’impôt « services à la personne » : ainsi un retraité pourrait bénéficier d’un crédit remboursable suite à l’emploi d’un salarié à domicile. Par ailleurs, il proroge le crédit d’impôt pour la transition énergétique, ainsi que les dispositifs de défiscalisation immobilière Pinel (logements en zones sensibles) et Censi-Bouvard (résidences pour étudiants et seniors). Autres bonnes nouvelles, les agriculteurs pourront récupérer progressivement la TVA sur l’essence, comme ils le faisaient jusqu’à présent pour le fioul et gazole. Le taux de l’impôt sur les sociétés est progressivement réduit pour arriver à 28 % en 2020. Par ailleurs, le taux du CICE (crédit d’impôt calculé sur les salaires payés) passera de 6 à 7 % pour les salaires de 2017. Des dispositions sont également prévues pour favoriser les véhicules non polluants, qu’ils soient électriques ou hybrides. Un changement d’envergure Un changement d’envergure se profile à l’horizon : le gouvernement a annoncé la mise en place du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu à compter de 2018. Une mesure déjà appliquée dans de nombreux pays. L’objectif est de supprimer le décalage entre la perception des revenus et le paiement de l’impôt correspondant. Ce prélèvement à la source s’applique aux salaires, aux revenus des indépendants, et donc aux agriculteurs, ainsi qu’aux revenus fonciers. Les revenus des capitaux mobiliers et les plus-values immobilières ayant déjà un système de recouvrement particulier, sont exclus du champ d’application Ce prélèvement à la source sera effectué par un collecteur (employeur, caisse de retraite, pôle emploi), à charge pour lui de le reverser à l’administration fiscale. Cependant, les agriculteurs, de même que les commerçants ou les professionnels libéraux, devront s’acquitter directement de cet impôt par paiements trimestriels. « Le taux du prélèvement à la source sera communiqué par l’administration au collecteur. Il sera modulable si un changement important de situation intervient en cours d’année », explique Rémy Uffler. Un agriculteur devra donc payer des acomptes trimestriels sur ses revenus de 2016 en 2017 ; en 2018, il paiera des acomptes pour l’impôt sur ses revenus de 2018 qu’il pourra plus facilement moduler s’il pressent une baisse de revenus cette année-là. Il devra ensuite faire une déclaration des revenus 2018 en mai 2019, afin de calculer l’impôt définitif. Et, en tant qu’employeur, il devra s’acquitter d’acomptes mensuels qui seront imputés au salarié sur sa fiche de paie. « L’année 2017, dite année blanche, sera dans le collimateur de Bercy, car les revenus exceptionnels seront inexorablement taxés », poursuit Rémy Uffler. Toutefois, ce nouveau « prélèvement à la source » devra résister à l’épreuve des élections présidentielles du printemps prochain, certains candidats y étant hostiles.

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