L’Académie rhénane décerne son prix Europe
Joseph Daul : Européen car Alsacien
L’Académie rhénane décerne son prix Europe
Publié le 12/12/2016
L’Académie rhénane a décerné son prix Europe à Joseph Daul, député européen pendant trois mandats et actuel président du Parti populaire européen (PPE).
L’Académie rhénane se réunit deux fois par an en séance plénière. Au printemps, elle décerne ses prix dans les domaines des arts, de la musique, des lettres et des sciences. Les lauréats sont des personnalités de la région remarquées pour la qualité de leur travail dans ces quatre domaines. À l’automne, l’Académie rhénane remet son prix Europe. Cette année, il revient à Joseph Daul en raison de son engagement en faveur de l’Europe et de ses valeurs, indique son président Jean-Marie Vetter. Le prix lui a été remis vendredi 25 novembre à la Maison de la Région à Strasbourg. Philippe Richert, président de la Région Grand Est, a mis en avant le « négociateur hors pair » alliant « exigence et bienveillance » qu’est le récipiendaire. Il fait le portrait d’« un homme auquel les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne parlent en toute confiance », qui « garde les pieds sur terre » et dont les convictions européennes sont « solidement ancrées ». La formule prononcée par Pierre Pflimlin - « Je suis Européen car Alsacien » - s’applique parfaitement à Joseph Daul, estime Philippe Richert. Alors que l’Union européenne est encore sous le coup du Brexit, le besoin de « ressourcer le projet européen » se fait sentir. « C’est dans nos régions que nous pouvons le faire avec efficacité », affirme le président de la Région Grand Est en appelant à mettre en œuvre « des réalisations concrètes qui changent la vie de nos concitoyens ». Tourné vers l’action collective Une amitié vieille de 35 ans lie Joseph Daul à François Brunagel. L’ancien chef du protocole du Parlement européen, chargé de prononcer le « laudatio », évoque un parcours « simplement admirable ». En tant que président du Parti populaire européen (PPE), Joseph Daul a côtoyé les plus grands dirigeants d’Europe et de la planète. Aîné d’une famille d’agriculteurs de six enfants, il s’est installé comme agriculteur à Pfettisheim tout en s’engageant dans les mouvements de jeunesse agricole (à la JAC, puis au CNJA). Des engagements « qui orienteront toute sa vie vers l’action collective et publique », indique François Brunagel. Et qui lui inculqueront une méthodologie de l’action : « Observer avant de juger et d’agir ». Vice-président du CNJA de 1976 à 1980, puis de la FNSEA quelques années plus tard, il est aussi vice-président de la Chambre d’agriculture du Bas-Rhin. Avec Jean-Paul Bastian, Eugène Schaeffer et Jean-Marie Sander, il contribue à l’évolution de l’agriculture alsacienne, relève François Brunagel. Éleveur bovin, Joseph Daul préside la Fédération nationale bovine à partir de 1990. Il est élu président de la Fédération des coopératives d’Alsace et siège au Conseil économique et social de 1991 à 1999. C’est à cette date qu’il devient député européen. « Le virage est pris » Son élection ne signe pas son entrée dans le monde bruxellois : Joseph Daul représentait déjà la FNSEA au Comité des organisations professionnelles agricoles et il présidait le groupe viande au moment de la crise de la vache folle. « Il se révèle un négociateur hors pair entre les éleveurs et les pouvoirs publics pour éviter la catastrophe », se remémore François Brunagel. Aux élections européennes de 1999, où il est nouvellement élu, il passe de la sphère professionnelle à la sphère politique. « Le virage est pris » et Joseph Daul sera réélu député européen en 2004 et 2009. Il siège à la commission de l’Agriculture dont il devient bientôt le président. Il est ensuite sollicité pour devenir président du groupe PPE, fédération des partis européens de centre droit, au Parlement européen. « Être président d’un groupe politique au Parlement européen, c’est être entre l’arbitre et le juge de paix, réussir à faire émerger une position majoritaire parmi 300 membres - à l’époque - représentant 80 partis nationaux », souligne François Brunagel. La perspective ne l’effraie pas : élu président du groupe PPE en janvier 2007, il le reste jusqu’en 2014, date de son départ du Parlement européen. « À ce poste il a vraiment imprimé sa marque aux institutions et à l’Europe dans son entier. » « Autorité morale reconnue par tous, y compris par ses adversaires politiques », Joseph Daul a ensuite été élu président du PPE, où ses qualités de négociateur, de grand connaisseur des réalités et des difficultés européennes lui sont bien utiles. Parce qu’il a le sens de l’histoire de sa région, l’Alsace, il a voulu mettre ses pas dans les traces de Robert Schuman, assure François Brunagel, qui l’a côtoyé quotidiennement pendant de nombreuses années - son épouse, Marie-Thérèse, ayant été l’assistante parlementaire de Joseph Daul. Il a emmené de nombreux visiteurs au Mémorial de l’Alsace-Moselle à Schirmeck, en leur expliquant que le drame de l’Alsace devait être conjuré par la construction européenne. Ce parcours européen, Joseph Daul le doit au soutien résolu de son épouse Marie-Thérèse, de ses enfants et petits-enfants et de son réseau d’amis, à la simplicité dans les relations et à la franchise de propos qui le caractérisent, ainsi qu’à une bonne dose de foi chrétienne et de foi dans l’homme, conclut François Brunagel. Joseph Daul rappelle quelques-uns des combats qui furent les siens au Parlement européen : le sauvetage de l’Eurocorps, le maintien de l’espace Schengen en particulier. « Si nous refermons les frontières à l’intérieur de l’Union européenne, nous allons droit dans le mur. Il faut contrôler les frontières à l’extérieur et assurer la sécurité à l’intérieur mais on ne peut plus faire comme il y a 50 ou 60 ans », dit-il en plaidant pour une application stricte des règles de circulation actuelles. S’agissant des réfugiés qui arrivent en nombre aux portes de l’UE, « nous devons affronter la situation collectivement avec humanité et justice », plaide le lauréat du prix Europe. L’UE devra y consacrer 300 à 500 €/an dans les 15 années qui viennent, estime-t-il. Enfin, Joseph Daul considère que les prochains chantiers qui attendent l’UE sont la défense et la sécurité, pour lesquels les Américains n’accepteront pas de payer éternellement. « Je me sens authentiquement Alsacien, pleinement Français et je souhaite une Europe responsable qui prenne toute sa place dans le monde et contribue à la prospérité et à la paix », a conclu Joseph Daul, en recevant son prix, doublé d’un tableau peint par l’artiste Camille Bres, lauréate 2015 de l’Académie rhénane.












